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CGREGOIRE CARAFEA
Soixantième Grand- Maître,
À MALTE
Désormais, à la mort de chaque Grand-Maïître, il faut s'attendre à voir le magistère disputé comme une riche proie, recherché par la corruption et les brigues. Long-temps avant la fin du règne de . Cotoner, il s’en était ourdi, et, entre autres prétendans, le chevalier de Wignacourt avait déjà pour lui la voix de dix électeurs. Mais les Espagnols, l'ayant emporté, élurent Grégoire Caraffa, de l'illustre maison de ce nom, originaire d’Aragon, fixé à Naples, et Prieur de la Rocella. Il se trouvait le cinquième Grand-Maître choisi dans la langue d'Italie et fut proclamé le 2 mai 1680.
Lescommencemens de ce magistère furent pleins de gloire; en 1685 le chevalier de Corréa , général
des galères, après un combat sanglant et longtemps douteux, s'empara de cinq vaisseaux algériens au moment où la puissance des Turcs paraissait plus formidable que jamais. Ils pressaient alors Vienne avec une nombreuse armée, et l’Europe tremblante attendait avec anxiété le résultat de la lutte , quand Sobieski rejeta les Musulmans de l’autre côté du Danube. Ce brillant exploit fut le signal d’une ligue presque générale dans la chrétienté, et, pour seconder ses efforts, la flotte des chevaliers parcourut les côtes de la Barbarie, répandit l’effroi partout et s’empara des îles de Prevesa et de Sainte-Maure. C'était comme le prélude de plus grands faits d'armes. Unis aux Vénitiens et aux galères du pape, les soldats de Saint-Jean attaquent Coron défendu avec bravoure et opiniàtreté; un fort emporté par les Chrétiens venait d’être repris par les Infidèles. Le chef des Hospitaliers les guide lui-même à l'assaut à travers une grêle de balles et de feux, abat l’étendard du Croissant ; mais, frappé d’un coup mortel, il trouve à la fois la mort et la victoire, et Coron ouvre ses portes au noble cercueil de asépide Corréa.
L'année suivante (1686) les chevaliers s’emparèrent du vieux et nouveau Navarin, forcèrent Modon, et, le 30 juillet, paraissant sous les murs de Napoli de Romanie, capitale de la Morée, ils
en formèrent le siége. Trois fois les Turcs essayèrent de secourir la place. Ils furent à trois reprises mis en déroute, et les assiégés. au désespoir capitulèrent au bout d’un mois.
En 1687, le Grand-Maître équipa hit galères; cette flotte ayant opéré une descente en Dalmatie, s'empara de Castelnovo, ce qui rendit Venise reine souveraine de l’Adriatique. Partout les chevaliers, combattant au premier rang, décidaient constamment de la victoire, et Innocent XI adressa à cette époque un bref à Caraffa pour le féliciter de la gloire de ses armes.
Triomphante au dehors, Malte était heureuse au dedans. Un sage prélat occupait le siége épiscopal ; la faveur dont il jouissait aupres du pape retenait enchainée l’ambition de l’inquisiteur. De nouvelles fortifications furent le fruit de ce calme : on répara aussi les anciennes; et, en même temps qu’on rebâtissait le fort Saint-Elme, plusieurs ouvrages extérieurs étaient ajoutés au château Saint- Ange.
Un revers imprévu troubla cette prospérité. En 1689, la flotte confédérée tenta le siége de Négrepont; mais, après avoir perdu ses plus braves soldats et vingt-neuf chevaliers, elle fut forcée à la retraite. Cet échec influa sur la santé du Grand- Maitre , déjà malade. Une fièvre violente le saisit, et il succomba le 21 juillet 1690, à l’âge de
soixante-seize ans, après un magistère de près de dix années.
IL fut déposé dans un tombeau qu'il avait fait construire lui-même dans la chapelle d'Italie, et où on lisait deux inscriptions, dont la première avait été composée, dit-on, par lui, deux ans avant sa mort :
À DIEU, TRÈS-BON ET TRÈS-GRAND
FRÈRE DOM GRÉGOIRE CARAFFA, ARAGONAIS, DES PRINCES DE LA ROCELLA, ÉLEVÉ À LA DIGNITÉ DE GRAND—MAITRE DE L'ORDRE DE JÉRUSALEM,
DONT UN DES VOEUX ÉTAIT DE SURVIVRE À SA MORT, SACHANT QUE CELUI QUI PRÉVIENT LA PREMIÈRE ÉVITE LA SECONDE, S'EST FAIT ÉLEVER, ENCORE VIVANT, NON