‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 63 sur 105 · TER .. A N · texte numérisé non relu

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# ANTOINE MANOEËL DE VILHENA, lle LU +

Goixante-Quatrième Grand-Ælaître,

A MALTE

Dom Antoine Manoël de Vilhena, Portugais, de la langue de Castille, succéda au Grand-Maitre Zondodari, dont il avait été le compétiteur. Né en 1652, et entré de bonne heure dans l’ordre de Saint-Jean, il devint patron de la capitane après avoir fait les caravanes accoutumées, et reçut plusieurs blessures, en 1680, à la prise de deux navires de Tripoli. Nommé en 1684 capitaine de vaisseau, il arriva successivement au grade de major et de colonel des milices de la campagne. En 1692, il revint au commandement d’une galère, obtint d être Grand-Croix de Grâce en 1696, commissaire des armemens en 1698, et trois ans après commissaire des guerres. En 1703, il fut élu Grand-

Chancelier, puis Baiïlli d'Acre, Procureur du trésor, et enfin proclamé Grand-Maître le 19 juillet 1722. Telle était alors la destinée de chaque chevalier, et ce n'était guère qu'à travers un long apprentissage d'obéissance et de commandement qu'on arrivait par degrés à la dignité suprême. L'horizon politique s'était rembruni du côté de l'Orient. Un Ture nommé Hali, long-temps esclaye chez les chevaliers, et qui avait été racheté, fit entendre au Grand-Visir que les captifs mahométans étaient plus nombreux à Malte que les habitans même, qu'il serait facile devles pousser à la révolte en se montrant avec une escadre de dix vaisseaux prêts à les secourir, et que de cette manière le succès d’une attaque devait être infail- ‘lible. Prévenu heureusement à temps, Vilhena redoubla de précautions, éleva dans la petite île de Marsa-Muscet un fort nommé depuis Manoël, et appela auprès de lui tous les chevaliers au-dessus de dix-neuf ans. Quand la flotte turque parut, les esclaves, renfermés plus étroitement, étaient hors d'état de la seconder, et des guerriers pleins d’ardeur bordaient les remparts hérissés d'artillerie. L'amiral ottoman, nommé Abdi, se contenta de lancer quelques volées de canon, et laissa en partant une lettre pour le Grand-Maiître, dans laquelle il se disait « expressément envoyé par le Grand-Seigneur, maître de l'univers et refuge du

monde, pour le menacer des plus terribles châtimens, s’il ne rendait la liberté à tous les Turcs qu’il avait en son pouvoir dans son misérable gouvernement. » Vilhena répondit avec dignité qu'il était prêt à traiter de l’echange ou de la rançon des esclaves, et le marquis de Bonnac, ambassadeur de France à Constantinople, remit cette lettre au Grand-Visir. Comme la Turquie était alors en guerre avec la Perse, non-seulement le Divan agréa ces propositions, mais parut même disposé à renoncer désormais à un état d’hostilité envers les chevaliers. Toutefois, l'ordre refusant une paix définitive, on dressa un projet de trève limitée à vingt ans, qui cesserait à la première guerre qu’un prince chrétien aurait avec la Porte. D'ailleurs les esclaves devaient être échangés, et la Turquie s’'engageait à ne fournir aucun secours aux puissances barbaresques exceptées du traité.

Tous les articles étaient adoptés, et déjà la joie éclatait à Constantinople, quand la jalousie du capitan-bacha souleva contre la trève tous les officiers de marine, et ils montrèrent un tel mécontentement que, le Grand-Visir n’osant signer cette convention, les choses demeurèrent comme aupa— ravant.

Cependant, enhardis par l'apparition de la flotte turque, deux vaisseaux de Tunis avaient recommencé leurs pirateries et enlevé déjà deux barques

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aux Chrétiens : le Saint-Jean et une frégate eurent ordre de les poursuivre. Les corsaires s’en approchèrent d'abord, les regardant comme une -proie assurée; mais, à la vue du pavillon de la Croix, ils s’efflorcèrent de gagner la haute mer : ils n’en eurent pas le temps. La frégate joignit le plus gros vaisseau, patrone de Tripoli, portant quarante—huit canons et quatre cents hommes, l’attaqua, et, après un combat de plusieurs heures, le corsaire, privé de son équipage, fut contraint d'amener. Le vaisseau Saint-Jean s'était emparé plus aisément de l’autre pirate, et tous les deux furent conduits à Malte. Le chevalier de Chambray, qui se distingua particulièrement à cette action, envoya à sa famille, avec plusieurs autres étendards, le grand pavillon de la patrone de Tripoli, percé de soixante coups de canon. Ce trophée glorieux fut placé dans la chapelle du château de Chambray.

En 1725, le pape Benoît XIII fit présenter à Vi- Ihena, par un de ses camériers d'honneur, l’estoc et le casque bénits ‘, que le Saint-Siége ne donnait

1 On trouvera peut-être curieux de voir les noms de ceux auxquels les papes avaient fait cet honneur , jusqu’à Vilhena :

1306. — Urbain VI l'envoie à la république de Lucques. 1404. — Innocent VI à François d'Aragon, fils de Ferdi-

nand roi de Sicile.

qu’à des princes ou à des personnages distingués par des actions mémorables contre les Infidèles, et les exploits de l’ordre méritaient cette faveur. On appelait estoc une épée d'argent doré de cinq pieds

1419. — Martin V au dauphin Charles VII.

1430. — Alexandre VI au landgrave de Hesse.

1432. — Le mêmé à Frédéric, deuxième fils du roi de Naples.

1435. — Eugène IV à la république de Florence.

1450. — Nicolas V à Albert d'Autriche, frère de l’empereur. — Pie IV à l’empereur Frédéric, à Albert, marquis de Brandebourg , à Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, à Louis XI, au doge de Venise. — Paul IT à l’empereur Frédéric III. — Sixte IV à Alphonse, duc de Calabre, à Édouard, roi d'Angleterre.

1497. — Le même à Philippe, archiduc d'Autriche.

1499. — Le même à Louis XII.

1503. — Jules IT à Philippe, fils du roi des Romains.

1505. — Le même à Henri VIT, roi d'Angleterre.

1509. — Le même à Charles, duc de Savoie, aux Suisses, au roi d'Angleterre.

1514. — Léon X à Emmanuel, roi de Portugal, à la république de Florence, au roi de France, à l’empereur Maximilien, à Henri VIII. |

1532. — Clément VII à Charles-Quint, à l'empereur Ferdinand. — Pauk]IIT'à Philippe Il.

1535. — Le même à André Doria.

1539. — Le même au marquis del Guast. — Jules IIT à Cosneté Médicis, au roi d'Angleterre. — Paul IV à l’empereur Ferdinand.

1567. — Pie V à don Juan d'Autriche.

de longueur, et le casque, bénit solennellement par le Saint-Père, était un bonnet de velours pourpre brodé d’or et enrichi d’un Saint-Esprit en perles.

En 1728, dans une autre campagne, Tripoli fut

1569. — Le même au duc d’Albe. — Grégoire XIIT à l’empereur Rodolphe IT, au duc de Bavière. — Sixte V à Ferdinand de Médicis, au prince Alexandre Farnèse.

1590. — Le même à Sigismond, roi de Pologne. — Grégoire XIV à Philippe, prince des Espagnes.

1594. — Clément VIII au même.

1610. — Le même au roi de Pologne.

1615. — Paul V à Louis XIII.

1619. — Le même à Philippe, prince des Espagnes.

1625. — Urbain VIII à Wladislas, prince de Pologne.

1650. — Innocent X à Jean Casimir, roi de Pologne.

1670. — Clément X à Sobieski, roi de Pologne.

1690. — Alexandre VIII au doge de Venise. — Clément XI au prince Eugène de Savoie.

1725. — Benoît XIII au Grand-Maître de Vilhena.

L’honneur que reçut alors le Grand-Maître était inusité à Malte, et y fut signalé par les fêtes les plus brillantes. Le chevalier de Chambray, qui s’y trouvait, a rapporté dans ses Mémoires manuscrits huit inscriptions qui décorèrent le palais des Grands-Maîtres et l’église de Saint-Jean. Nous nous bornons à la suivante, placée sur le portail de ce dernierédifice :

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