PLANCHE IV
Statue de Jupiter *.
Abandonnons les rits égyptiens , pour passer à la mythologie grecque et latine où nous pouvons par elle trouver un champ plus vaste dans les monumens que renferme la riche collection de notre Musée. Jupiter, le père des Dieux, le tranquille habitant de rOlympe , est le sujet de cette statue inr
(i) Buonarroti^ Osserv. sui vetri ^ ec, , p. 68 et suîr.
'^ Hauteur dix palmes et demie. Le marbre est pentéliqne appelé CipoUa. La tête y le bras droit et partie de de la main gauche sont modernes. Cette statue était placée en plein air dans le jardin du palais Quirinal , où elle avait beaucoup souffert^ et elle a ëté même maltraitée ^ un geu par nn restaurateur de peu de talent*
téressoDie » tant par sa proportion que par le style grandiose qu'on remarque dans Texécudon. Elle nous représente le souverain, des Pieux en pied , à moi* ûfi nu, avec un ample pallium jeté sur Tépaule gauche , qui venant d'envelopper le flanc droit, tombe jusqu'aux picds^ dont il cache une partie. Le DÌ£U tient doucement de la main droite son fou** dre, et de la gauche il soutient un côté de ^n pallium. La figure est svelte, sws être seche^ et il y régne une majesté in^sante* Le temps lui a eur levé quelques parties de cette peau « comme ^'ex« priment les artistes, c'est-à«rdire. de cette première surface oii brille la dernière touchç du ciseau de l'habile sculpteur; cependant elle conserve dans tout son ensemble une certaine beauté , une rondeur dans les muscles, du grandiose dans les formes, un effet savant dans les enfoncemens des plis, va* rlés avec harmonie, de sorte quon peut attiibuer cet ouvrage & ces temps heureux oii brillaient les arts.
Nous voyons nne attitude semblable dans le Ju« piter tenant son foudre (i) qui est sur le grand ^ autel triangulaire de la Villa Pincian^, que Win* kelmann a dit être de style étnisque , mais qu'avec plus de raison on a reconnu pour un ouvrage grec antique (a). Plusieurs petites st^ues grossières en métal de ce Dieu , qui sont conununément de style étrusque ou latin très-ancien , et que ches les Ro*
(i) Visconti» Manum» QaUni j, pi. «uppl. A< (!a) Au méiQc licu^ p« ^ià%»
niftios on plaçait dans les lararia , ressemblent à Dotré moDument. Une autre statue parfaitement semblable est celle en marbre du Musée Kircker qu'>a publiée fionannt (i) et après lui Montfaucon (2), Ces ^observations nous ont fait penser qu'cDe représen* tait quelque simulacre célèbre et vénéré de Ju^ piter existant à Rome^ et particulièrement un qui ait été transporté à Rome par quelque rit étrusqua
Nous nous rappelons que les Etrusques, selon Pline , avaient uoe doctrine particulière sur la fou« ' dre ; qu'ils en avaient déterminé les espèces différentes les ponant au nombre de onze, trots desquelles ils attribuèrent à Jupiter. Les Étrusques possédaient Tart de les attirer à leur volonté. Porsenna en avait -eu quelque connaissance. Nons lisons que Numa avait appris cet art des Étrusques , chez les* quels il en avait vu de très-heure nx effets; tandis qu'au contraire Tullius Hostillius, n'ayant pas assez d'expérience , avait attiré sur lui-même la foudre dont il fut consumé (3).
11 est certain que Romulus en construisant Rome
(1) Bonanni, Muséum Kîrk*^ class. Iypl*X^x^3, page ai.
(a) Montfaacatty Âniiq.ExpL, tornei^ pars I^ pi. VIII^ 5^ et pi. IX ^ I.
(3) Pline , Hîst. nat. , liv. Il ^ ch. LUI, tome I^ p. ao6. Tuscorum liier^e novem fleas eminere fulmina existimant , eaque esseundecim generum: Jovem vero trina jaculari ; «t an chap.LIVy png. 207: Extat Annalûan memoria , ^cris quibusdam ^ et praecationibus cogi fulmina , vel impetrari . . . Ei ante cum a Numa saepius hoc factita-
ravait eoûsacrée à Jupiter* On voit son image, comme
Dieu tutebire , très-souvent sur les médailles i//z-
ciales ( d'une once ) et sur celles d'argent , en
outre de tout ce que nous en a conservé l'histoire.
Jupiter Elicius était particulièrement adoré à Rome : et ce surnom lui était donné de ab eli'' ciendo , parce qu'on le forçait à descendre du ciel ; et par Jupiter on entendait, à ce qu'il parait, le feu céleste du ciel lui*méme , duquel se formait la foudre (i). Mais si tout cela peut nous persuader que la représentation de Jupiter avec un foudre ait pris son origine en Etrune , cependant nous n'y trouvons pas de moyen pour connaître quelle dénomination particulière appartient proprement à notre Jupiter.
Les noms de Jupiter Capitolin, Stator ^ Con* seivator , «t tant d'autres qu'il serait trop long de citer , se trouvent dans les médailles désignées , mais les images ne se rapportent pas avec notre figure , de sorte que nous ne pouvons distinguer notre simulacre par aucun de ces noms. Nous dirons seulement que le Jupiter Capitolin était armé d'un foudre (a), et que s'il était nécessaire qu'on lui of-
twn y in primo Annalium suorum tradit L. Piso , gravés Auctor : quod imitatum parum rite Tullium Hostilium ictum fulmine.
(i) Eliciunt caelo te Jupiter ^ unde minores
Nunc quoque te célébrant '^ Eliciumque vocant* Ovid., Fast, m, V. 337.
(n) Qui ipse Jupiter ? modo imberhis statuitur , modo barbatus locatur , et cum Hammon dicitur , habet comua , et cum Capitolinus j tune gerit fulmina, ìlui»Feì,Ocia,r,y pag. 193.
fiît des foudres - on devait les fiiire en or; et pour les autres Divinités on les faisait en argent (i). . Comme nous avons réfléchi que d'avancer des idées neuves dans des écrits^ cela peut être ayantageuiK pour les auteurs, sans être souvent plus VtUe à l'ouvr^e^ nous ne craûidrons pas de vé«; péter dans Tocçasion les observations déjà fait es ^ que jious puiserons dans d'autres ouvrages rempli» d'érudition , afin que le lecteur trouve ici tout ce qui peut contribuer k porter le plus grand jour suple sujet et ce qui lui appartient. C'est pour cela que^ nous dirons avec Cicéron ^ que les Latins appeléi(ent Jupiter Juçans Pater (a). Les philosophes* grecs, le regardaient comme là force motrice ei vin vifiante de l'univers (3), Les historieQS en ont fait un roi de Crete (4) > et les poêles ont imaginé qu'il était fils de Saturne , et maitre du ciel et de la l^rjre» Les arûstes inspirés par les expressions poétiques d'Homère, et par uti certain usage introduit par
(i) Decemvîrorum monitu decretum esè: Joyi primum donum fulmen aureum pondo quinquaginta fier et ; Junoni , iâinervaciiue ex[€urgeftto donAdarentur* Liv. ^ liv.XXII^^ chap. 1.
(a) Sed ipse Jupiter , id est Jmans Pater , quem con* fersis casibas appellama» a juvando Jofem , a poetis pater divuTnque hominumque dicitura Gc. y de Nat. Deor.^ liv. II ^ !i5 ^ pag. 187.
(5) Fornot. , de Nat. Deon , chap. II , vel Jupiter didtur aniina mundi qvod quemadmodum nobis praesit anir mus y sic omnibus longe lateque imperet natura. V. in Opusc. Mythol. y Th. Gai., page i4^«
(4) Dîodor» ^ III, 61^ tome I^pagc ^3^*
Musée Chiar. Vol î 4
la religion , s'efforcèrent à l'envi d!e donner .& Sn^ piter une représentation majestueuse, mais en lui conservant cependant toujours une uniformité d'expression. Nous ne parlerons pas ici des traits de son tisage, parce qu'il nous paratt plus conyena-^ Ue de les détaiDer lorsque nous examinerons un de ses bustes. Nous ajouterons néanmoins qu'il est représenté comme un homme d'un âge moyen , robuste et svelte , mais sans être aflfoibli , ce qui convient k une divinité , et nous remarquerons que son
caractère princHpal est la majesté (i).
L'ample pallium qui le couvre vers la partie inférieure, en laissant la supérieure nue, indique, à ce que. dit le très-érudit et savant Yossius , que la divinité de Jupiter est k découvert dans le ciel» mais que sur la terre, représentant la nature, elle est voilée (a).