VN A • QVAE ES • OMNI A D E A • ISIS
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ci dont la forme pouvait annoncer une ressemblance avec la fleur du lotlios , toute espèce de doute fut dissipé , nous rcstâmtnc* convaincus que c’était une Isis , et nous écartâmes l’idée qu’elle pouvait être une image de la mère des Dieux, ou de quelque personnage attache aux mystères de son culte. Mais il nous restait encore l’incertitude, savoir si c'était une Isis ou une de ses prêtresses. En nous rappelant qu’Hérodote donne la description d’un temple dans lequel étaient placées des statues colossales en bois , qui représentaient les prêtres de cette Déesse (i), l 'habillement de notre buste semblable à celui des autres ministres des cultes étrangers nous laissa pendant quelque temps dans le doute. Il nous vint k l’idée aussi que les Grecs avaient pu, en donnant de la noblesse au tfujet , chercher à conserver le style de ces figures colossales. Lorsque nous avons réfléchi ensuite que le sacerdoce était interdit aux femmes en Egypte (a) , même pour le culte des divinités de leur sexe, nous nous décidâmes avec plus d’assurance à reconnaître dans cette sculpture une Isis.
C’est donc cette Déesse , dont le culte passa de l'Egypte dans touie la Grèce , où elle eut des temples magnifiques , que nous trouvons dans cet ouvrage d’un ciseau grec , et qui malgré sa propor-
(i) Voyci Hérodote, liv. II, pige 1 44-
(a) Mulier ne que Dei , neque Dette ullti sacerdos est , viri Deorum omnium , et D car uni. Ilérodot. , liv. II, 35, page loi.
tion colossale , a reçu des mains habiles de l’arliste une grâce et une délicatesse admirables , sans rien lui ôter de cetto majesté imposante qui convient à des objets sacrés pour la religion. Son profil a toute la pureté du style grec , étant formé par une ligne presque droite depuis le front jusqu’à l’extrémité du nez. Les formes en sont grandioses, le mouvement en est énergique, et même plutôt prononcé avec force ; les sourcils ont je ne sais quoi d'aigu dans leur contour , comme on le remarque dans les figures de Pallas. La draperie qui lui couvre la tête , est travaillée avec un adroit abandon qui fait resortir le moelleux du fini dans le visage. Une certaine inclinaison de la têle(i), la forme de la pierre, quelque chose d’étroit, qui se remarque à l’endroit oii les épaules sont coupées, donnent lieu aux personnes qui connaissent bien l’art, de croire que ce buste a été placé haut dans quelque abside ou niche (a)} car les artistes anciens formaient leurs sculptures selon les lieux
(i) Cette inclinaison de la tête que l’on remarque ici, donne un air de douceur à la figure, et parait annoncer que le Dieu est propice aux vœux que lui adressent les mortels.
(a) On trouve dans le voyage de M. Denon , pl. CXX, 5 , une grande tête d’Isis sur la façade d’un temple. Hérodote atteste que les Égyptiens avaient coutume de placer aussi à l'extérieur du temple les images des divinitcj. Divers colosses démesurés que l'on admirait dans l'Égypte près des temples sont indiqués par Hérodote , 1. II, i }5, page 1
Musée C/iiar. Vol. I.
où elles devaient se placer et le point de vue d’où on les apercevait.
Si nous voulons k présent examiner, l’un apres l’autre, les ornemens de ce buste , il sera nécessaire de parler de tous ceux de la tête , en laissant de coté cette Heur de lotlios, parce que c’est une restauration faite d’après une simple indication de l’antique. Les cheveux de notre Isis sont recouverts d’un voile, légèrement plisse et serré sur le front par une bandelette ou ténia. On voit dans presque toutes les figures égyptiennes la chevelure ainsi cachée, et même on la voit ainsi dans les beaux sphinx sculptés à la pointe de l’obélisque solaire (i). Nous n’osons pas décider si la bandelette qui relient ce voile est une distinction de royauté , laquelle pouvait très-bien convenir à Isis ou comme Déesse, ou comme reine autrefois de l’Egypte. ?ïous remarquons en effet que le front de toutes les reines de ce pays eu est orne, sur les médaillés qui les représentent, quoiqu'elles soient voilées, comme Arsinoé et Bérénice (a). Ce qui, selon nous, mérite d’être remarqué, c’est l’art avec lequel on a placé ce voile , de manière que, sans être maniéré , il donne à ce simulacre toute l’apparence d’une figure égyptienne. Si l’on fixe ses regards en effet sur les Isis d’un style égyptien antique que l’ou admire dans les galènes à Rome , ou à celles que nous a données Pocoke (5) ,
(0 Wiuckelniann, Monum. ant. inèd. , tome. I, n. 78. (a) Vaillant, Uist. Ptol , , page 43, *3o»
(3) Pocoke , Descr. of the Past. , vol. I , p. 210, pl. LX, LXI , LXII , LXIÜ.
on trouvera une certaine conformité entre la disposition donnée à ce voile dans notre figure et cette coiffure barbare , ce qui peut décider qui que ce soit , suffisamment à reconnaître le sujet. Nous ajouterons encore à cela , que comme les figures égyptiennes antiques ont le plus souvent les oreilles découvertes , et que cette partie est travaillée avec beaucoup de talent, de même notre artiste, malgré le voile qui les couvre , n'a pas manqué de les sculpter avec une grande adresse, de sorte qu’on doit admirer la perfection du travail, et principalement le mécanisme très-difficile au moyen duquel il les a exécutées (i). Le voile d’ailleurs, n’est pas un ornement nouveau sur la tdte d’isis, quoique assez souvent on la voye decouverte avec des cheveux arrangés élégamment, qui retombent en boucles sur son sein. Les Grecs, plus particulièrement, la représentaient avec ce voile , parce qu’ayant fait d'elle le symbole de la nature , ils indiquaient que ses secrets sont inconnus aux hommes , et qu'il ne leur est pas même permis d’en pénétrer le mystère (a).
(i) Ou doit remarquer que ce voile s’e'lcnd très-peu au rlc- là des épaules de la figure, et ou il finit , H s'arroudit doucement ; nous nou» étendrons davantage sur ce sujet à la pl. III.
(a) Ou sait que dans le temple de Minerve , on Isis de Sa», ü était écrit que personne ne pouvait soulever ce voile d'isis. Plut., de LùUs et Osîr. , pag. 554* — Quad Sai est Mincrvae , i/iiam eanulem cum Iside arbitrant tir , fanum tuinc luth et inscriptioncm. Ego sum umtto quod exlitit , est f et erit , matin j ne péplum nemo adhuc mortalium detexit.
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On retrouve souvent en usage dans les monumcns anciens les divers colliers qui ornent le cou de celte Déesse. Dans Casali(i) on voit une Isis mutilée, ayant un collier à-peu-près semblable à celui-ci : et quoique les figures de la fameuse table du card. Bembo(a) soient exécutées avec sécheresse , cependant on ne manque pas de trouver à foules quelque ornement de cou. On aperçoit évidemment un collier à cette tète qu’a donnée Pocoke déjà cité ; et principalement à beaucoup de statues d’Harpocratc qui ont des colliers riches et doubles qui pendent à leur cou (3). Nous pouvons distinguer de riches ornemens autour du cou d’Isis elle-même , en examinant l’isis ailée qui a été expliquée par Winckelmann dans ses Monumenti inédit i (4).
Ce collier peut paraître au premier coup-d’ceil composé de travaux en or et de pierres précieuses en forme dç graines ou bayes , d’où il pourrait s’appeler collier godronné , dont il est question dans les anciens écrivains. Enée fuyant l'incendie de Troye emporta un collier godronné , en même temps qu’un double chapelet de pierres précieuses entremêlées d'ouvrages d’or (5). Les vers de Virgile nous rappellent un ornement de femme.
(i) Caialiui , de Vcterum Aegyp. Ritib. , page 0;.
(a) Pignor. , Menta l suie a.
(3) Pocokc, lieu cité, pl. LXIV, F., p. ai 4 ; LXV , p. ai5.
(4) Wiockelm. , Mon. en t. inêd. , tome I, num. a5.
(5) Virg., Jencid., liv. I, v. 638.
double , le collier et le chapelet , et nous donnons ce dernier nom à ce tour en pierreries qui ayant été passé par-dessus la tête descend majestueusement aux côtes du voile de notre Déesse. On voit des chapelets parfaitement semblables à celuici dans le bas-relief de l’Arcbigallc Capitolin (i) et dans l'autre de Vallicelien représentant un Bcllonaire , publié par Gori (a). Beaucoup d'auteurs anciens nous parlent de riches chapelets ou de colliers placés sur la tête des divinités, ou pour accomplir un voeu , ou par ornement. Pausanias nous dit souvent que les têtes des Dieux sont ceintes de couronnes et de pierreries. Il raconte qu’une statue de Némésis avait pour ornement un chapelet garni de cerfs et de petites figurés (3). Le même nous décrit une statue de Junon eu or et en ivoire , ouvrage de Polidete , laquelle avait sur la tête une couronne où l’on voyait les Grâces travaillées avec beaucoup d’art (4). Galba offrit à Vénus Capitoline un riche collier, qu’il avait d’abord destiné pour sa Fortune à Tusculum (5). Très-souvent nous trouvons dans les pierres gravées (6) et dans d’autres monumens antiques ,
(i) Foggini, Mas. Cap., tome IV, pl. XVI, p. 67.
(а) Go ri us , ad Jnscriptiones Doruanas , pl. VIII, n. J et II , page LX.
(3) Pausanias, liv. I, ch. XXXII, p. 81.
C() Le même , liv. Il , ch. 148.
(5) Svetone , in Galba , ch. XVIII, 5. Monile marga ritis gemmisqae consertum ad ornandum Fortunam suant Tusculanam ex omni gaza secreverat ; ùl repente quasi aagustiore dignias loco Capitolinae Veneri dedicavit.
(б) Mariette, Traité des pierres gravées , tome II, p. L.
des figures qui placent des guirlandes , des bandeaux , des couronnes à quelque image de divinité. C'est donc avec raison que notre figure est parée de ces ornemens qui conviennent à une Déesse exposée à la vénération publique. Tout ceci pourrait avoir quelque fondement de vérité , en supposant que nous regardions ce collier comme un de ceux qu’on appelait godronnés. Mais nous sommes portés à croire que c'est tout autre chose, c’est-à-dire que nous le croyons une infula. Ce qui est clair de soi-même , cl ce qui fut découvert habilement par le chev. Canova, qui jugea que ces espèces de graines devaient être formées par le voile même de la Déesse , comme cela sc faisait pour les infulae ou vitlae sacrae ; ce qui fut remarqué pour la première fois par le savant antiquaire qui a expliqué le Musée Pie-Clémentin (i), et nous lui devons l'idée juste que nous en avons présentement. C’était , comme il le démontre, une quantité de fils de laine, ou d’autre substance , liés et resserrées avec symétrie à certaines distances , par des lils de différentes couleurs ; et nous les voyons emploi, és dans les cérémonies des sacrifices. Cependant cet ornement est reconnu dons notre monument pour être , au lieu de fils, un voile très-léger, lequel est lié: de même d’espace en espace, de sorte qu’il se forme comme des figures de graines , ce qui donne à tout le morceau un air de légèreté qu’d n'aurait pas sans cela. On pourrait encore ajouter quelques réflexions sur
(i) Viscuuü, Musco Pio-Clcm. , t. IV, pl. I Mil.
le vêtement trcs-légcr, à pCs serrés, qui couvre , au dessous du cou, la déesse; mais comme nous avons k parler , à propos d'une figure isiaque , des dificrens vétemens d’Isis , nous n’en dirons pas davantage ici; et nous nous contenterons d’avoir montré aux amateurs un simulacre colossal de la Divinité de Memphis , qui n’avait pas encore été reconnu pour le sien , et très-estimable aussi par son travail qui annonce un ciseau grec.