‹ Monumens du musée Chiaramonti, décrits et expliquésChapitre 29 sur 55 · PLANCHE XV · texte numérisé non relu

PLANCHE XV

Tète de Minerve *.

Nous nous bornerons à faire quelques observations relatives à l’art sur cette tête de Minerve, dont le travail est excellent, et nous préviendrons nos lecteurs que quelques parties ont été restaurées en entier , afin qu’ils puissent examiner avec plus de plaisir ce monumeut rempli de mérite. Cette tête , sortie d’un ciseau grec , annonce par l’heureux ensemble de scs formes, l’image d’une Déesse.

* Cette tête est en marbre dur, grec, et dans la proportion qui convient à une statue de douze palmes et plus. Nous ne dirons rien dans cette note des restaurations qui lai ont été faites, ni du lieu où elle a été trouvée , parce que nous en parlons dans le discours. Elle appartenait à M. Fagan qui l’a fait restaurer.

La dureté du marbre dont l'artiste s’est servi, a été cause qu'il a conservé jusqu’à présent le poli qu*il reçut de scs mains. Aussi ne faisons nous aucune difficulté de la comparer aux bustes les plus remarquables de cette Déesse, qui sont déjà connus à Rome, et appréciés par leur proportion et par les beautés de l’arL

Ce fut à Laurentum , ville très-ancienne , oîi Enéc trouva son premier asile , que cette tête fut découverte. Quoique elle n’eut plus son casque et son égide , on ne peut manquer cependant d’y reconnaître les traits majestueux de la modeste Minerve. Un bras et un pied du même marbre , d’une proportion analogue , et dont le travail annonçait le même ciseau , ont fait penser qu'ils avaient appartenu à une statue colossale en bronze , dont la tête , les mains et les pieds devaient être de marbre. On suppose , en voyant quelques fragments, que le blanc de l’œil était d’ivoire, les prunelles ayant été faites de quelque pierre précieuse, car un certain vernis verdâtre annonce que les paupières antiques avaient été rapportées en métal (i).

(i) Ces notions relatives à la fouille nous ont etc communiquées par M. Fagan lui-même qui a trouvé cette tète, et qui a indiqué précisément qu’elle fut découverte à la Tour dite Paterno , dans les ruines de l’ancienne Laurentum, en même temps que les fragmens dont il est parle'. Ou voit dessous le col le marbre travaillé grossièrement , d’une forme conique pour l’insérer commodément. Il y a sur la tète un canal qui fut fait peut-être pour fixer le casque, lequel probablement était de métal. Le cher. Pacctti

Celui qui l'a trouvée , doué d’heureuses connaissances , crut que cette statue pouvait représen» ter le Génie de Laurentum elle-même , ou bien cette ville représentée sous la forme d’une guerrière. Mais lorsque nous avons examiné avec le plus grand soin tout ce qui a été raconté sur sa découverte , nous avons fait la remarque que le pied que l’on trouva m lequel devait , dit-on-, s’adapter à une statue de métal , ne pouvait appartenir qu’à une ligure couverte d’une robe fort longue. Les figures viriles des Génies d’une ville sont ordinairement représentées en babils courts , et spécialement quand elles offrent l’aspect guerrier. De même les statues représentant des villes , avec Pattirail militaire , ont pour la plupart l'habillement relevé , et non la robe dite talaris ; c’est ce que l’un peut observer dans presque toutes les figures de la ville de Rome (i). Par ces motifs nous nous sommes décidés à croire que cette statue était uue Paîlas, que les anciens ont toujours représentée avec des vélemens longs.

cul une tête semblable trouvée dans la Ville Palombara sur l'Esquilin ; clic avait de même un canal pour placer le casque: cette tète était précieuse pour sa conservation et par son travail.

(t) Nous avons beaucoup d’exemples de statues de Rome avec un habit relevé. Il y en a une petite dans le Musée Pic-Clémcnlin au n. a6 de la Galerie des candélabres, selon l'indication de Elle est rarcincut représentée

avec un habit long, sur les médailles impériales. Peut-être que la plus ancienne est la figure de Rome Éternelle, sur la médaille d'Autonin le Pieux. La figure de Rome dans la peinture Barbé rine a aussi une robe longue.

Les caractères disiinciife de la physionomie de Pallas sont , dit Wiockelmann , de n’avoir rien qui annonce la foiblesse ordinaire k son sexe , de montrer cette sévérité qui semble avoir triomphé de l'Amour lui-tnérae , et un air de pudeur virginale qu’on reconnaît à ces regards abbaissés , qui annoncent une profonde méditation , tandis que Rome» cette Hère dominatrice du mpnde , montre au contraire de l’assurance et de la fierté (i) dans ses regards.

(i) Winckelmann , Ilist. de Part , tome I, page 240 , § P allas, s'exprime de la manière que nous avons indiquée ci-dessus.

Quelques-uns veulent donner à Pallas un air totalement féroce, mais nous n’avons aucun exemple d'une pareille expression dans sa ligure, sur les monument antiques qui nous restent. Nous avons pu remarquer seulement, et trèssouvent, qu’elle était dans une attitude qui annonce la force et le courage , comme sur les médailles, et même sur quelque marbre, où on la voit prête à lancer la foudre, ou brandir sa Utice. Mais pour parler de sa beauté ^ nous citerous une épigramme tirée de l'Anthologie Grecque, 11t. rv, cil. XII, n. 18:

« Si tu regardes , passager, la V inus de Gnide , tu dis , voilà bien la souveraine des Dieux et des hommes ; mais si tu vois Pallas à Athènes, brillante de courage , et avec sa lance , tu t'écrieras : oh ! Paris , en effet, n'était qu'un berger. »

A la vérité les poètes latins lui ont donné quelque chose de mile, mais on ne peut décider si cela se rapportait k ses formes , ou II son maintien , ou k ses exercices, c’est par cette raison qu'elle est désignée dans Ovide et Stace par le mot Virago.

Il uc ubi pervenit belli metuenda virago

Ovid., Afcf. U, v. 765.

On voit très-distinctement dans notre buste les caractères attribues .à la première : et la ressemblance qu’ü a avec tant de monumens de cette Déesse , particulièrement avec la Pallas de Yelletri , cous fait aflirmor que cette tête représente Pallas. • .

Nous espérons trouver à l'appui de notre opinion des argumens assez forts dans l’histoire de 1a ville même oit cette tête fut découverte. Nous avons dit, en commençant, que Laurentum fut le premier asile que trouva lînée (i). On n’ignore pas

Mars rapuit currus, et Gorgone cruda virago Stat. , Theb. IX, v. 4*4-

« mea carmina

Refîna bcllorum virago Caesareo peraravit auro.

Idf m , lir. IV ; Sylv. V, v. aa.

(t) Sans s’embarasser de disputer sur la géographie , il suffira de dire que Volpi , foetus Latium , t. VI , 1. X, c. I, page it , est d’accord avec Fabretti , Suffi delf Accademia di Coriona f tome III, page aaa , pour croire que l'ancien Laurcutuin était à Tor Faterno , quoique Khirker et d’autres le placent, cause de la seule analogie du nom, à Tor S. Lorenzo. Ce fut à Laurentum que, scion Pénis d'Ualycaraasse, Enée et ses compagnon» terminèrent leur voyage — Tandem ad Italiae Laure ntum pervenerunt. Hic inventa errorum fine .... castratnentati sont. Antiq : Rom. , liv. I , ch. L1II, page et il en avait précédemment décrit le site, chap. XLV , page 55 : Tune autem , Trojani qui post captum I ilium CMm Acnea ex wrle profugerant , appulerunt Laurentum , quod in lilore Aboriginum ad mare Tjrrrenum , non procul a Tiberis ostio situm erat. Le même raconte tous les

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que le pieux Troyen apporta dans le Latium scs Dieux Pénates et le Palladium (i). Les anciens bisto-

soins que prirent les Troy ens pour retirer de leurs vais* seaux les objets sacrés , et les placer dignement sur le rivage , en dressant des autels devant eux : Alii Deorum simulacra Aeneae jussu in locum indication ex navibus extuierunt ; alii vero bases et aras ipsis erexerunt , 1. c. , ch. LV, page 44* Après être restes là peu de temps ils furent attirés par des prodiges plus avant dans les campagnes du Laviuium, et enfin ils fixèrent leur demeure à Albe , où ils érigèrent le temple de Vcsta, y plaçant leurs Dieux Pénates et le Palladium , comme nous l’apprend le même Dénys, lien cite*, chap. LYII , page 45: Quumque Trojanis imperasset , ut in collem castra montrent , in praestantissima collis parte Deorum simulacra collocarit . Huma importa d'Albe k Rome le culte de Vêtit , -avec toutes les images qui se trouvèrent dans son temple. Cependant Tullus Uostilius rétablit a Albe un autre temple , cl le même culte, en conséquence de quelques évéïiemcns surnaturels qui l’avaient engagé k le faire , et ce temple fut appelé, comme le dit Juvénal , Sat. IV, v. 6i , liv. I, V estant Minorent :

Ig nem Trajanum et Vestam colit Alla minorent Ici le scoliaste dit : Romani Tullo Hostilio rege Albam deseruerant dirutam , et Sacra Dcosyue Penates Romam transtulcrunt. Cum a ut cm poste a magnus imber grandinum et laptdem oriretur , illo prodigio moniti sont , ut Albae sacra revocarentur , et sacra suis locis non movenda esse : ubi tamen consecratur y esta , minore cum rcligione ffttam Romae . Et c'est le motif qui fait dire a Tile Live, liv. I , cli. ao, page 44*' Vûgines Vestae legit , Alba oriundum sacerdotium.

(*) De* poètes , ainsi que les historiens, nous racontent, qu'Enée emporta, avec scs Dieux Pénates, le Palladium jusqu'en Italie; c’est ce qu'entre autres, nous assure Dénvs d'IIalycarnasse , livre I, chapitre LX IX , page 55

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ricua nous assurent qu'on éleva, aussitôt après l’ar-

oîi il parle de l'histoire de ce Palladium. Ou voit , sur les médaillés d'argent de la famille Julia, Enée fuyant de Troye avec Anchise , et tenant le Palladium dans la main droite. La ligure de cette statue dePallas, connue sous le nom de Palladium ; ne peut être déterminée d’une manière certaine. Far l'usage observe dans les plus anciens simulacres on pourrait croire que cette ligure était un pilastre, ayant uuc tète et des bras; et elle parait représentée ainsi sur un autel qui a été expliqué avec beaucoup d’érudition par M. le chanoine Foggini, tome IV du Musée Capitol, pl. XIV, quoique dans la gravure elle paraisse habillée. Mais en sougeaul que c’était, selon la fable, un simulacre descendu du ciel, et qu’on ne pouvait par cette raison ac le figurer sous des formes grossières, comme les première» images que fireut les hommes à la naissance des arts , on forma par celte raison le Palladium d'un style simple, en donnant aux plis des vélcmcns des lignes droites, avec le bouclier rond au bras gauche, et une lance dans la droite. Dioscoride, célèbre graveur grec en pierres fines , sur une gravure qui représente Diomède avec le Palladium , l’a exprimée de cette manière, comme on peut le voir daus les Mémoires des anciens graveurs de pierres, etc., publiées par Bracci, t. II, pl. LXI. L’autre Diomède de Once ne diffère pas de celui-ci dans la figure du Palladium, I. c., tome I, pl. L, comme il est enfin semblable dans la gravure de Félix Calpurnius, Le., tome II, LXXY. Nous avons vu, sur un très-beau vase de terra de la collection rare de M. le chev. Pietro Yivenrio, le Palladium représenté comme le faisaient les anciens graveurs; et le public doit attendre avec impatience que sou savant propriétaire en donne une explication qui puisse le satisfaire. L’abbé Fonttnu, Histoire de V Academie Royale , tome 3 , page 3g- , publia pour la première fois une médaille d’argent avec Minerve Iliaque, AQHNA2 1A1AAÜZ, et y reconnut le Palladium, mais

rivée de ce héros , un temple , où l’on conservé ccs précieux restes de sa religion , qui furent ensuite transportés de Lautentum à Lavinium, ensuite à Albe , et enfin J* Rome , où l’on en confia la garde aux Vestales. 11 nous paraît assez probable que les habitans de Laurentum fussent si glorieux d’avoir reçu ce dépôt sacré , qu’ils en conservassent la mémoire, et qu’ils eussent une dévotion particulière à Pallas. Par cette raison, ce simu-

ou le détcriorcmcnt du monument, ou le désir de le faire accorder avec la description d'Apollodore, lui a fait négliger d’y voir la roche dans la partie gauche. Eckcl , Doctrina Numorum , tome II, pagei84, observant mieux d'autres me'daillei semblables et mieux conservées , y reconnut un flambeau dans la main gauche de la Déesse. On a beaucoup de médailles romaines qui l’expriment, cl outre celle déjà citée de la famille Julia que l'on peut voir dans Moiclli , Thés. Fam. Rom. , IYLIA, pl. XX, n. G, on la retrouve encore dans la main de Yesta , de Rome, et des empereurs , comme on peut le voir dans De Bie Icônes Fumism. cum Dial., Ànt. Augustini , pl. ab , n. XIV * pl. 5o, n. XXIV ; pl. 3a, n. XVIII j pl. {o , num.VI; pl. 4® 7 XXII j pl. a5, n. XV ; et dans Fedrusi, les Césars du Musée Farn. , tome VI , pl. IX , n. 3 lit -t et pl. XVIII, n. I. Dans toutes ccs médailles, la figure de Pallas tenant la lance etl'écu, se rapporte très-bien aux autres , et on doit pardonner quelque variété à la petitesse de la médaille, plutôt qu'au peu de soin qu'v mit l’artiste qui la fit , et au secret avec lequel on gardait ce dépôt sacré qu’on rendait invisible à tous les jeux: d’où Lucain a dit , liv. I , gg3 :

nullïque aspecta virorum

Pallas , in abstruso pignus memorahile lemplo. .

lacrc en bronze , d'un travail grec (i), pouvait avoir été placé dans quelque temple superbe qu’on y avait construit , quand les riches babitans de Rome établirent des maisons de délices sur ces bords (a).

(1) Comme il sembla, en voyant les fragment, que cette tête appartenait k une statue assise, nous pourrons k ce propos rapporter une opinion de Paolo Ale**. Maffei, qui veut que U Minerve assise de la Galerie Giustiniani, dont il donne l’explication , était le Palladium. U cite , page 1 5 , un passage d’Eustase dans Homère, liv. I, ou il est dit que les simulacres de Pallas existent dans laPhocide, à Marseille et à Rome , et que le Palladium devait être une figure assise, parce que Virgile dans Y Enéide, liv. II , v. 174 > dit:

. . • . terque ipsa solo ( miralile dicta J Emicuit , parmamque ferens hastamque trementem. Ce qui , si on en tire la preuve qu’elle se levait et se mouvait, ne prouve pas cependant qu'elle était assise avant de se lever. Mais le passage d’Eustasc, et cette expression ambiguë de Virgile, peuvent toujours donner lieu de croire qu'ou supposait que Pallas était assise , de sorte que celui qui commanda cette statue à qui appartint 1a tête dont nous parlons, pouvait avoir suivi celle opinion , et peut-être l’avoit trouvée existante dans quelque antique, quoique ce ne fût pas la plus generale, ou bien la plus vraie, surtout parce qu’il s’agissait d’une image qu’on ne voyait pas sans difficultés.

(a) Quiconque examinera les lettres de Pline le Jeune, Apprendra facilement de combien de maisons de dc'licej étaient ornes les rivages de Laurentum , en outre de celle que chérissait cet écrivain. Yolpi les décrit tome VI, liv. X, ch. III , dans l’ouvrage déjà cité. On y voyait celle de L. Scipion , de Q. Hortensius, de la famille Procilia et d’antres. M. l’abbé Marques mexicain , qui cultive avec succès les études de l’antiquité et de l’architecture de tou-

il n'est pas extraordinaire de voir qu'on oit employé dans les images des Dieux les métaux, l'i voire, les pierres précieuses, et les marbres. La description du Jupiter Olympien , et de quelques autres divinités , que nous a laissé Pausauias , suffît pour en donner un exemple (i) , ainsi que U statue de Pallas elle-même , ouvrage de Phidias (a).

tes les nations t publia & Rome en 1796 une belle et ingénieuse explication de la Ville Pliniana fondée sur la connaissance des ouvrages de Pline même.

(l) Pausauias, liv. I, ch. 18, page 4a- Nous avons dans le Capitole deux statues de Rome avec des têtes adaptées dans d'autres marbres. La tête semblable à la présente que nous avons indiquée déjà dans la note (1), page (33, et qui était dans la collection de M. Pacetti , avait , selon ce qu'assure celui qui en a fait la découverte, des vetemeu* faits d'albàtrc, et son égide à écailles de différens marbres mêlés. Nous voyons aussi dans le même marbre statnaire la tête encaissée quelquefois , et les bras d’un marbre plus fin , comme dans la statue colossale de la Junon Barberine du Muse'e Pie-Clcxnentin , tome I, pl. II. Un buste fort rare d’un Dieu Lare, d’un style étrusque, avait aussi des yeux rapportes. Massi a noté ce buste dans la description du même Musée à la page 63 , numéro XXXJ1. C’était une statue de marbre avec ses vêtement de métal que ce très-bel Antinous colossal qui appartient à S. E. le duc Braschi, cité dans les Monum. ined. de l’année i8o5 t pl. II.

(a) V. Pline, Il ist. nat tome V, liv. XXXVI, c. V, p. 54. La belle statue de métal du Musée Florentin, gravée dans la pl. VII, avait des yeux rapportés d'une matière plus précieuse, comme nous le dit Gori lui-même dans le Musée étrusque , tome U , page 90.

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