PLANCHE XXIX
Bacchus et une Nymphe \
Nos lecteurs ne serout pas fâchés sans doutequ’avant de commencer l’explication de ce groupe,
sa suite. On U voit ayant la pointe couverte de feuilles, paice que ce fut de cette manière qu'il surprit les Indiens. D'autres disent qu’il la couvrit ainsi parce que ses compagnons étant enivrés se blessaient entre eux.
(i) Il suffira de citer le très-beau bas-relief Farnèse que tVinckclinann a placé à la tête de l’index des planches de l’ouvrage, page IX , outre les pierres gravées publiées par Malïei, tome II, pl. XXX et XXXI, et par de la Chausse, pl. 70. Nous ne citons pas les statues , parce qu’elles pourraient avoir le thyrsc et d’autres symboles qui fussent une restauration moderne.
* Le groupe a de hauteur dix palmes, 4 onces. Les torses des deux figures sont antiques et de marbre grec. La tète de Bacchus est antique , mais rapportée , et de marbre pentéliqne. Celle de U Nymphe , aussi antique et rapportée , est de marbre statuaire de nos contrées. Le Bacchus a de nouveau tout le bras droit; le gauche était abbaissé de manière qu’il paraissait devoir embrasser une autre figure. Les jambes sont modernes. Dans la Nymphe tout le torse jusqu’à la moitié des cuisses est moderne- Les jambes et la base sont antiques, mais rapportés. Il existait au côté droit de la femme divers tenons antiques qui font voir qu’elle était jointe à une autre figure; à la draperie il y a plusieurs tasseaux rapportés. Il n’y a d'antique des bras de la femme , qu’une partie du bras droit avec la main. Ce groupe fut acheté, et ensuite
nous en fassions d’abord l’apologie , car il pourrait paraître à quelque personne qu’il serait l’cm-
rc&tauré par le chev. Pacetti,en suivant la direction de l'antique.
Les professeurs, les amateurs des beaux arts et les drudits ne sont pas d’accord sur la restauration des sculptures antiques. Nous n'approuvons pas cette rigueur qui ne permet pas de mettre la main aux morceaux que le temps a rompu ou prive de leur parties. Les sculptures restant toujours mutilées et informes, ne peuvent dire agréables à voir que pour ceux qui sont extrêmement connaisseurs, qui cependant ne les trouvant pas placées i» leur vrai point de vue, cherchaient envuiu à en retirer les lumières qu'ils y trouveront lorsque elles sont rappelées à leur état premier qu'il se peut par des choses rapportées autant. Le restaurateur ne doit ajouter que les parties perdues sans jamais retoucher à celles qui existent encore. Ce qn'il refait pour remplacer doit être copié, imité de quclqu'aulre monument antique, ne rien faire dcfantaisic, l'immortel Raphaël n'ayant pas dédaigné de consulter les lettrés pour former ses chefsd'œuvre , à plus forte raison dans ce cas-ci l'artiste devra suivre les avis des hommes érudits versés dans la connaissance de ces sujets. Il doit lâcher de se mettre k l’unisson du style , et ne pas chercher à faire briller un talent parfait en restaurant un fragment d'un travail médiocre, ni former une statue entière lorsqu'il n’a trouvé qu’un petit fragment. Il vaudra mieux sculpter uue copie où l'on pourra rivaliser avec l'original. Les premiers artistes habiles qui ont entrepris des restaurations furent Michel- Ange et sou école j mais il travailla à sa fantaisie , sans s'occuper de suivre la manière de l'ouvrage qn’il y avait à réparer. Ceux qui se sont appliqués depuis lui ii ce travail l'ont imité , et même lorsqu'ils ont trouve’ quelques inarbres un peu endommagés les ont polis trop inconsidérément les retouchant en entier, et les rendant presque
vrage d’un habile restaurateur plutôt qu’un monument antique. Cependant ceux qui s’exprimeraient ainsi feraieul voir qu’ils y sout engagés par la simple description que nous faisons du groupe, ou par l’examen attentif qu’ils feront de chacune des parties de ce morceau. La ligure de Bacchus a d’antique, entre autre chose, partie du bras qui embrasse la femme: et la figure de celle-ci, qui est placée sur une base, indique, par beaucoup de vestiges , qu’elle était attachée à une autre statue : ce qui fait supposer que si d’abord ces deux figures n’étaient pas jointes immédiatement , clics pouvaient cependant appartenir h un groupe semblable : et comme nous avons vu un groupement tout pareil dans un bas-relief antique (i), nous allons
<le modernes sculptures exécutée» sur des anciennes, le défunt cher. Bartolomco Cavaccppi introduisit de notre temps une manière plus raisonnée pour la reslauratioii j il ajusta des marbres aux cassures les plus marquante» , il ajouta ce qui manquait, sans rien enlever de ce qui était antique, il a»sortit avec soin les qualités du marbre, et par 'là il établit une méthode plus juste, plu» vraie, pour ramener les anciens monument h leur premier éclat. 11 a eu beaucoup d’imitateurs de celte heureuse méthode , et il a donné en même temps un nouveau prix à la sculpture moderne , et les arts anciens lui doivent beaucoup. Ce sculpteur, après avoir restaure plusieurs milliers de monument antiques en a formé trois volumes gravés qui renferment des objets d'antiquité fort-curieux soit pour l'art, soit pour l'érudition. Cet ouvrage appartient à présent à la calcograpbic de M. Gnspare Capparoni.
(1) Ou retrouve le même sujet que notre groupe dans la première et la seconde figure du célèbre vase Borghèsc
Musée Chiar, VoL I. 5i
parler de celui-ci , comme d’un ouvrage antique également.
Une foule d’idées se présente , en voyant Bacchus s'appuyant sur une jeune fille d’une figure trèsagréable , habillée avec grâce et pinçant une lyre : car le sujet de celte aimable figure pouvait être ou Venus , ou une Muse , ou une Nymphe de la suite de Baccbus.
Vénus, mère de l’Amour et du plaisir, peut être la compagne de Baccbus , puisque l’ivresse et la satiété suivent la volupté (i). Cette Déesse fut mariée , selon la fable , avec Baccbus , car on fait naître d'eux Priape(a). Mais réfléchissant que Venus et Bacchus sont deux divinités égales , il semblerait que la petite proportion de la figure de la femme s’oppose à cette première idée (3), d’au-
que Bcllori a publié dans son Admiranda , pl. 5o, qu’ensuite a donné Montfauco» , Antiq. Expi. , tome II, par l, pl. LXXXVII, num. I , qui est finalement parmi les sculptures de la ville Pinciana, tome l, salle II, n. 10.
(i) Verbum hercle hoc verum est f sine Cerere et Libéra friget Venus.
Tercut., Eunuc- , Act. IV, sc. V , v, 6.
(a) Quoique Ilygio , fab. CLX , mette Priape au nombre des eufans de Mercure, H y a cependant beaucoup d'auteurs anciens qui lui donnent uue origine différente en l'attribuant à Bacchus et Jt Vénus. On peut consulter Porphyre , v. 1 1 1 du liv, IV des Géorgiques de Virgile: Hune Liberi , et V encris /ilium, hortis et vineis custodem datum ajunt ; de même que le scoliaslc d’Apollonius au y. 9 ra du liv. I.
(3) Les anciens avaient coutume de représenter les Dieux
tant plus que dans tons les monumens antiques ou l’on voit Mars et Vénus ils sont toujours représentés de la même grandeur (z), et il n’y a pas ^de raison pour représenter Bacclius plus grand que Mars , et Vénus plus petite que Bacchus même. Celle opinion, par ce motif, ne me paraît pas vraijcmblablc , quoiqu’elle pût acquérir quelque probabilité de la coiffure de la femme , dont la tête antique pourrait bien n’avoir pas appartenu à cette figure.
Nous croyons qufil est plus conforme à la vraisemblance de pouvoir l’appeler une Muse , parce que la lyre , qui lui a été replacée par le restaurateur moderne, était assez probablement indiquée par le mouvement des bras , sans oublier que les Muses se trouvant avec Apollon , peuvent aussi être unies avec Bacchus. En effet , Bacchus est , selon l’ancienne théogonie d'Orphée et d’Hésiode , la même chose qu’Âpollon , c’est-à-dire la force distributive universelle des corps célestes, l’aine et l’harmonie des sphères. Enfin Macrobe assure qu* Aristote regarda Apollon et Bacchus comme la même divinité , et qu' il chercha à
d’un second ordre près des grands Dieux dans une proportion plus petite, et de même les mortels près des Divinité'*. Mais les Dieux égaux de rang sont toujours de grandeur égale lorsqu'ils sont réuuis.
(i) Le groupe Capitolin de Venus et Mars publié dans le dit Musée, tome 3 , pl. 20 ; l’autre de Toscane , Mus. Flor.j tome III , pl. XXXVI ; les Pierres gravées de Mariette , tome II , pl. XIX et XX ; Gori , Mus. Flur. , 1. 1, pl. LXXUI, n. VII , VIII cl IX; Mail ci , Gemme antiche , tome III, pl. 53.
le prouver par beaucoup d’argumen* (i). En outre de cela , Bacclius s’est trouvé réuni aux Muses dans la célèbre collection de ces Déesses, à Tivoli (a). Les érudits ont aussi reconnu dans plus d’un bas-relief antique Bacclius accompagnant quelque Muse (3). D’ailleurs les représentations théâtrales prirent naissance au milieu des vendanges, dont Bacebus fut l’inveulcur; c’est par cette raison que trèssouvent Melpomène et Thalie sont couronnées comme des Bacchantes (4). Bacclius se reposant après la conquête des Indes , pouvait bien écouter quelque chant épique , ou des hymnes chantées â sa louange sur la lyre de CalHope ou d’ Erato , et d'après cela se trouver dans la compagnie des Muses. Ces Déesses pouvaient être même représen-
(i) On pourra lire tout cela dam Macrobe, Satum. t livre I, cbap. XVII! , où il assure que le* poètes grecs croyaient qu'Apollon et Bacclius étaient U même chose que le Soleil , et par celte raison Bacchus était encore confondu avec Osiris , comme le prouve Jablonsli dan* le Panthéon Aegypt ,, tome I , p. lab.
(*j) Voycs le Musée Pic-Clé ment in , tome I , pl. XLIII, où se trouve une statue de Bacclius couché, qu’on a découverte dans la Villa de Cassio, avec le* statue* d’Apollon et des Muscs.
(3) Le bas-relief Borglièse cite i» la note (î) de ce discours , page a 4 1 » représente, d'après ce qu’a cru Bellort dans les premières figures, Bacclius et une Muse ou une joueuse de lyre. Mon tlaucon a eu la même opinion , tome 11 , Ant. Expi. , page 105.
(4) On voit dans le tome VI du Musée Pic-Clémentin les deux têtes de la Tragédie et de la Comédie couronnées comme des Baccbautcs.
lées moins grandes que Bacchus, parce qu’elles sont d’un ordre inferieur et de la suite d'un autre Dieu; comme on les voit quelquefois plus petites qu’Apollon (i), il était possible de les figurer aussi plus petites que Bacchus.
Mais quoique toutes ces raisons puissent nous engager à croire que cette jolie figure soit une Muse , il nous semble cependant que la familiarité avec laquelle Bacchus s'appuye sur cette jeune fille ne convient pas à la modestie des filles de Mnémosinc, que tous les poètes se sont accordés à représenter pleines de cette décence (a), à laquelle est contraire trop de nudité, un vêtement presque transparent, nous dirions même trop voluptueux, de même que l’âge trop tendre , et des formes arrondies qui indiquent plutôt une personne de la condition humaine , que des divinités.
Par ces motifs il nous semble plus probable de trouver dans celte figure de femme une Bac-
(i) Les Muscs Tiburlincs, dont il a été parle, sont d'une proportion plus petite que U statue d'Apollou qui était dans cette collection.
(a) Voyea Wiuckclmann , Mon. ùted. , t. Il , page ai. Les auteurs de l'Encyclopédie ont dit qu’on n’a jamais tu les Muscs avec le sein découvert , et que toujours elles ont été représentées vêtues avec la plus sévère décence : c’est ainsi qu’on les voit dans le bas-relief Capitolin, dans celui Mattéi , dans les deux de la Galerie Giusliniani , dans celui du Prioralo, dans le bas-relief Barbcrin, dans celui Albani :
Castas Pieridum chorum Sorores.
Lus. y in Priap.j Caria. I, v. 7.
chante , une nymphe , servante , et de la suite de Bacchus, sur laquelle il s 'appuyé mollement, lui qui est ami de la licence , et que l'on voit dans tant de groupes sculptés se faisant soutenir par ses sectateurs (i). Nous avons quantité de ces monumens qui nous montrent les Bacchantes vêtues de cette manière (2), et tenant une lyre (3). Or ceci donnant l’explication la plus simple, doit, à ce que je crois, avoir la préférence sur les autres opinions, surtout ne trouvant rien de solide à lui opposer (4).
Ce groupe forme et restauré avec art (5) est
(1) Musée Pie-Clém. , tome I, pi. XLII. Mon. ined.t pour l’année 1787 , tome IV, pl. I, Janvier. Mus. Flor.f t. III, pl. XLVIII. Le même , t. I, pl. LXXXVIH, 8. Mattéi , Gemme , tome III, pl. 33. Statue di P' t ne zi a , tome 11 , pl. aG.
(a) Voyex dans le Musée Pic-Clémentin , tome IV , les planchcs XX, XXII, XXIII, XXVI et XXIX.
(3) Il y en a plusieurs exemples répété» dans les Bacchante» d’IIerculanum , comme an tome I de» Peintures , pl. XXVII cl XXXVIII i au t. II, pl. XX ; au t. IV, pl. XXXV ; et au tome V des mêmes , pl. XXXVII.
(4) Le chev. Luigi Lambcrti directeur de U Bibliothèque royale de Brera , et inspecteur de l’instruction publique , plus éclairé que les érudits qui avaient expliqué cette figure, déjà citée, du vase Borgbcse, la désigna comme une Bacchante.
(5) Il faut prévenir que notre ligure de Bacchus avait le bras posé sur sa tête , attitude qui indique le repos : mais comme on lui a adapté une tête qui avait appartenu à une statue dans une pose dittérente , le sculpteur prit le parti d'élever le bras sur la tête de même, et de donner à la main uu geste, comme si en joignant le doigt
fort agréable à voir, et n’est pas à dédaigner ni pour sa composition , ni pour son exécution , qui lui a donné tant de grâces et de morbidesse , qu’on ne peut s’empêcher d’y trouver de la vérité. Les amateurs de l’art y admireront une variété qui fait plaisir t tant dans l’action simple de Bacchus , que dans la délicatesse du vêtement de la jeune fille, de manière que l’opposition de ces deux figures, Tune vêtue si légèrement, et l’autre lout-à-fait nue, produit l’efTet le plus agréable.