PLANCHE XXXI Y
Triomphe de Bacchus * *.
Quoique l’on voye souveut sur des tombeaux les mystères de Bacchus (i), ce bas-relief devient
Mcirzo , les deux dernières figures à l’extrémité de la face repre'sentent deux ministres ou prêtres de Bacchus , vêtus .et barbus comme leur Dieu. On peut voir ce sarcophage dans le tome V du Muse'e Pie-Clëmentin dans les plauches de supplément ^ lett. C.
* Ce bas-relief a neuf palmes de long et quatre onces $ il est haut de trois et demi, en marbre grec dur. Il était autrefois chez le chev. Cavaceppi , et il fut acheté par 3YI. Giovanni Pierantonj, sculpteur académicien.
(i) Outre que les initiés de Bacchus conservaient parmi les ornemens de leurs tombeaux la mémoire des mystères auxquels ils avaient été admis , les érudits ont encore observé qu’ il y avait beaucoup de signes qui donnaient des rapports à ces images dans les monumens funèbres. En effet Bacchus était l’inventeur et le protecteur de différens arts , comme de la peinture , de l’art de la guerre, de la culture en général, particulièrement de celle de la vigne. Il était l’inventeur encore et celui qui présidait aux spectacles aux théâtres , aux festins , de là danse. On le regardait également comme le Dieu à la gaieté : aussi promettait-il la prospérité et la joie aux défunts , même après leur mort. On peut ajouter à cela qu’il était déscendu dans les enfers pour conduire sa mère au ciel, comme le raconte Hvgin, fab. CCLÏ. De plus Bacchus lui-même devint Dieu après sa mort , voyez le même Hygin fab. CCXXIV. Bacchus, selon Isidore y se nommait Licieus parce qu’il de'barassait des inquiétudes. Hoc alii quod nos cura solvat Liaeum appellant. Isid. , liv. XX , ch. 5 , pag. i5i5, 46; et le même, lit. VUI,
fort intéressant par la quantité d’objets qu’il représente. Aussi nous fait-il nous plaindre des ravages que le temps exerce , qui nous en a ravi une grande partie , et qui a laissé ce qu’il a épargné , dans un état encore déplorable.
Les chars , les éléphans , les prisonniers , nous indiquent fort clairement le triomphe de Bacchus sur les Indiens. Les hahillemens divers, et les objets mystérieux , vont être le sujet de nos recherches rapides , parce que la plupart ayant été déjà traités , il suffira que nous les rapelions à la mémoire de nos lecteurs érudits.
La première figure qui s’offre à nous , en commençant à la droite du spectateur , est un hermès barbu enveloppé dans plusieurs habits, et dont la tête est ornée comme celle d’une femme (i). Ce peut être un hermès de Bacchus barbu , peut-être aussi celui du Dieu Terme ou de Priape , toutes choses qui sont analogues au sujet représenté (2).
cap. II, pag. 1027, 2: Liaeus axo T ov ùveov qnod multo vino membra solvantur. Toutes ces conside'ralions font convenir Bacchus avec la tranquilité de la mort.
(1) Quoique cette figure soit fort endommagée , il lui reste encore assez d’indices pour y retrouver , en outre de la confrontation avec des monumens antiques semblablés, une face barbue.
(2) On voit quelquefois Bacchus barbu représente' à l’extremite' des bas-reliefs, dont le sujet a rapport à des actions de ce Dieu , ce que nous aurons occasion de faire remarquer ailleurs. Le Dieu Terme et Priape cependant se confondent souvent l’iin avec l’autre , et tous deux ont des rapports avec Bacchus. Bacchus planta ses ter-
Musée Chicir . Vol. I, J7
Devant ce simulacre est uu autel où brûle une flamme , et orné cFencarpii , de festons (i). Une jeune fille , vue par derrière, revêtue d’un manteau double, offre sur cet autel, au Dieu, un oiseau (2); ce que nous trouvons plutôt par la comparaison avec d’autres monumens semblables, que par notre marbre lui-même (5).
mes en colonnes, comme Hercule , sur les confins de ses conquêtes. C’est ce qui est atteste , entre autres , par Q. Curtius, liv. III, ch. X, 5; et liv. IX , ch. IV, 21. D’ailleurs le culte de Priape e'iait mêle aux mystères de Bacclius j comme nous l’indiquent beaucoup de monu* mens anciens, et cela est encore confirme' par la fable qui fit Priape fils de Bacclius et de Ve'nus. Casali, dans l’ouvrage de profanis romanorum ritibus , parle de cette relation superstitieuse part. I , ch. IX, page i56, B.
(1) Nous avons déjà observe' à la note (r) de la page 188, que les encarpes se trouvent autour des autels dans les sacrifices rustiques , d’où nous renvoyons nos lecteurs à se reporter à ces réflexions. Plusieurs auteurs anciens croyent que Bacclius a e'te' un des premiers à propager le culte des Dieux, et à instituer des rits et des ordonnances sacre'es. On sera bien aise que nous rapportions ici des vers d’Ovide à ce sujet:
Ante tuos or tus arae sine honore fuerunt ,
Liber , et in gelidis lierba reperta fccis.
Te memorant Gange , totoqüe Oriente subacto Primitias magno seposuisse Jovi .
Cinnama tu primus captivaque ; thura dédis ti ,
Deque triumphato viscera tosta bove .
Nomen ab auctoris ducunt Libamina nomen Libaque ; quod Sacris pars datur inde focis.
Fast. III, v. 727.
(2) Nous aurons lieu de parler de ce genre de sacrifice dans le discours suivant.
(5) En outre du bas-relief que nous donnerons ci-apres,
Dans le bas est placé un petit Génie ailé de Bacchus, à cheval sur un tigre , ou sur une lionesse, ne pouvant assez les distinguer à cause du dégât de la sculpture (i); ou c’est l’Amour, qui accompagne toujours Bacchus , monté sur cette bête féroce (2). La figure de vieillard qui vient après ,
et d’autres qui sont dans cette collection , on peut voir la pl. Ylll du tome Y du Muse'e Pie-Cle'mentin.
(1) Le Génie de Bacchus s’appelait Acratus, et ce nom signifie vin pur. Nous avons beaucoup de monumens qui offrent cet enfant ailé avec les symboles de Bacchus, et pour en faire connaître quelqu’un, nous indiquons celui du. tome Y des peintures d.' Herculanum , pl. XIII , et l’autre pl. XXXYII du tome II des Bronzes. Selon Winckelmann, Acratus est un enfant sur un tigre, publié par Caylus tome III , Recueil d’Antiq., page 565 , pl. CYII. Winckelmann croit aussi reconnaître Acratus dans une figure ailée qui soutient Bacchus, sur une pâte antique, indiquée dans sa description du Musée de Stosch. V- Pier Gi av. de Stosch. , page 229, num. i458. Ou voit sur les monumens Maithejani , tome III, pl. LXXII , fig. £ et II , des Génies ailés de Bacchus dans les bas-reliefs d’un des pulvinaria qui sont aux escaliers du palais Mattéi. Cuper, dans L'explication de V Apothéose d'Homère insérée tome II, page 166, du Trésor de Polénus, appelle Bacchus un enfant ailé sur un tigre représenté sur quelques médailles. Cette figure a semblé à quelques érudits l’Amour vainqueur et domptant tous les-êtres -, mais comme il est accompagné d’un Satyre , il paraît plus vraisemblable de le rapporter à Bacchus j et nous ne sommes pas éloignés de le regarder comme son Génie, d’autant plus que nous voyons près du char de Bacchus un enfant ailé monté sur un lion.
(2) Nous avons de fortes raisons pour croire que ce m’est pas D’Amour qui est représenté sur notre marbre ; le
s’avauçant d’an pas grave et lent, en s’appuyant sur nu bâton , paraît à sa physionomie , qu’on distingue mieux dans le bas-relief que dans la gravure, avoir tous les caractères du vieux Silène (1), vêtu à la manière des barbares (2) * et peut-être à l in-
lieu où il est place ne paraît pas être convenable à une Divinité céleste Quand l’Amour est sculpté sur de tels monumens , on le voit toujours volant, et non confondu parmi les suivans de Bacchus. Cette place peut convenir k un Génie que l’ancienne mythologie plaçait dans la classe inférieure des divinités , et presque comme un serviteur des Dieux plus grands. Voyez kce sujetVandale , de Orctculis, cap. 1 , et de or tu , et progr. Idolol. , cap. 5.
(1) Nous aurons occasion de parler du visage de Silène en expliquant deux de ses statues publiées dans ce tome aux planches XXXVI et XXXVII. Nous devons bien assurer nos lecteurs que dans le marbre original on voit clairement les formes caractéristiques de son image.
(2) Nous pouvons citer divers monumens qui nous offrent Silène vêtu 7 et non pas nu. Winckelmann , dans son ouvrage déjà cité Pier. Gras', de Stosch., n. 1470, en décrit un vêtu comme un philosophe, appuyé sur son bâton. Bellori, dans les Lucernaet partie II , fig. 21 , en rapporte un , comme on l’observe eucore dans d’autres bas-reliefs antiques. Dans le bas-relief, du Musée Pie-Clémentin, que l’on trouve dans Je tome IV, pl. XXVII, Silène est vêtu d’une tunique, et d’un pallium orné k ses extrémités $ il est aussi chaussé, de sorte que ce n’est pas une chose neuve de le voir vêtu. On pourra k propos de cela réfléchir que le triomphe de Bacchus est ici représenté avec la plus grande pompe et majesté, en donnant k chaque figure l’habit qui lui est propre. Silène, selon Diodore , liv. III, ch. ni , premier roi de Nisa, pouvait être représenté avec les vêtemens que les anciens don-
2Ôl
dienne , il précède le triomphe. Une jeune fille vêtue d’une robe longue et d’un péplum voltigeant, suit la pompe, en jouant avec deux cymbales, ou sur son tambour, ayant les mains élevées (i); à moins que l’instrument dont elle joue ne soit des cro laies , comme on les voit h d’autres suivans de Bacchus (2) ; car étant entièrement endommagées nous ne pouvons rien déterminer. À sa suite est une figure de femme d’une initiée ou d’une prêtresse ; elle porte sur sa tête le van mystique (3).
naient aux rois des Barbares. On pourrait dire aussi que si le Bacclius Indien se voyait velu avec une barbe et lin habit long, parce qu’il suivait les usages de ces* peuples , Silène aussi, qui l’accompagna dans cette expédition , pourrait avoir adopte' cette manière de se vêtir.
(1) Les figures des Bacchantes ou des danseuses qui frappent leurs cimbales ou sur leurs tambourins, en élevant les deux mains, sont très-frequentes. On peut entre autres en voir une dans les peintures d’ Herculanum , tome I , pl. XXI , et pl. XX dans la même tome.
(2) La sixième figure du beau vase Borghèse joue avec les crotales , en e'ievant les bras. V. Sculture delta * villa Pinciana , tome 1 , page 4°; salle II, n. co.
(5) Le van e'taitla corbeille dont les anciens se servaient pour nétoyer le grain. Ce fut dans ce van que les Nymphes de Dodonc , à qui Bacchus fut confie' après sa naissance, mirent ce Dieu. Ce berceau de Bacchus devint ensuite mystérieux, de sorte qu’il v avait dans les pompes sacrées en son honneur, le porteur de van. On pourra lire à ce sujet Winckelmann, Mon . ined. , tome II, page (53 , n. 55 , qui explique clairement tout ce qui appartient à l’objet dont il s’agit. Nous ajouterons seulement que le van mystique de Bacchus , selon Servius , faisait allusion à la purgation des aines, et par cette rai-
Vient après un prisonnier , triste , ayant les mains liées derrière le dos. Il est presque nu ; seulement une chlamyde attachée avec une boucle, tombe dedessus ses épaules en formant différens plis (i); il paraît être conduit par un Satyre , lequel doit représenter Pan , autre chef de l’armée de Bacchus (2).
son était propre aux tombeaux sur lesquels on le voit fort souvent sculpte. V' Serv. , ad Virgil. , Georg. , lib. /, v. 1 66.
(1) Les prisonniers se trouvent représentes dans d’autres bas-reliefs qui forment le triomphe de Bacclius , comme celui du Musée Pie-Clèment in , tome IV, pl. XXllï , et dans les bas-reliefs du palais Albani expliqués par M. Zoega, et qui ont e'te' publiés par M. Pietro Piranesi , tome I , pl. VII , VIII et IX. Cependant iis ne sont pas , comme on les voit dans notre marbre , couverts d’une clamyde ornée. Nonnus décrivant dans les Dionjrsiaques,Y\\ . XV , v. i4o et 146 , les Indiens devenus esclaves, dit qu’on leur lia les mains derrière le dos.
(2) Il semble que le sculpteur de ce monument a introduit, dans la composition du bas-relief, les deux chefs de rawme'e de Bacclius dans son expe'dition de l’Inde, Silène et Pan. Lucien , Praef. sive Bacclius , tome 2 , page 060 , dit «Que deux personnages commandèrent l’armée sous les ordres du Dieu 5 l’un était un vieillard court, gras , ventru , avec le nez écrasé ... un autre homme monstrueux, ayant la partie inférieure, depuis la ceinture, semblable à un bouc, avec des jambes couvertes de poil , des cornes , et une barbe longue et épaisse. » Nous avons déjà remarqué le premier , et nous retrouvons le second décrit également par l’auteur grec , lequel , à raison de son maintien noble, peut être distingué pour un personnage remarquable fait prisonnier par le vainqueur, et par cette raison, il est convenable qu’un chef triomphant
Au bas du champ on Voit un masque de Faune fort grand ( i ) ; une corbeile mystérieuse formée de
le conduise à son char. Nous observons dans la tête de ce Satyre une singularité' dans les oreilles qui ont quelque chose de semblable à celles d’un âne : mais si l’on veut examiner le bas-relief appartenant k Winckelmann, qu’il a publie' dans ses Monum. ined. , numéro 57 , et l’autre du Musée Capitolin , tome IV , pl. 63 , nous trouverons la figure de Pan assez semblable k la nôtre dans la forme des oreilles. Winckelmann croit que l’inclinaison des oreilles dans cette figure de Satyre est un signe de compassion. Mais il nous semble que très-souvent les Satyres ont, dans les monumens antiques, les oreilles longues et pendantes ; en outre des autres exemples cités déjà , nous rappelerons k la mémoire un Satyre ivre , qui pourrait bien-être Pan conduit par deux Génies dans un bas-relief qui a appartenu k M. Jenkins , publié dans les Monumenti inediti , an 1 786 , avril , planche III ; celui-ci a également les oreilles inclinées. Nonnus , l’écrivain le plus recherché de tout ce qui appartient k Bacchus , dit que les oreilles des Satyres étaient agitées par les vents, expression qui s’adapte beaucoup avec les grandes oreilles molles et tombantes.
Aures ver o ambas Incedentium alati ventilabunt vend .
Non., Dion. , liW. XIV , v. i38.
On sait que Pan est appelé l’inventeur de la tactique des phalanges, et que comme il fut le premier qui dompta l’ennemi en l’effrayant par le bruit, de-lk est venu qu’on a dit Terreurs Paniques : de sorte que Pan fut le plus fameux des chefs de l’armée de Bacchus. V. Anonjm . de Incredib . in Opusc. Mjthol. Gale , pag. 89.
(f) On trouve souvent dans des sculptures de ce genre des masques de Faunes , de Silène , de Satyres , de figures tragiques et comiques qui se rapportent toutes k Bacçhus. M. Zoega dans l’explication des bas-reliefs du pa-
jonc; de-dessous son couvercle sort un serpent symbolique (i). Près du char de Bacchus se trouvent
lais Albani , page 69, pl. XVII , croit qu’ils représentent les masques grossiers en bois que les agriculteurs formaient avec des écorces d’arbres , et qu’ils plaçaient par dévotion sur quelque pierre^, les établissant comme protecteurs de leurs champs. Quelques-uns ont pense' que l’on voit dans les triomphes de Bacchus ces masques k terre , pour indiquer la supe'rioriré du Dieu sur ces divinite's champêtres. Cette opinion nous semble cependant peu analogue aux ide'es de l’ancienne mythologie qui ne nous a jamais présente' ces choses ; et elle n’a aucune espèce de probabilité' dans noire cas, et par rapport à tant d’autres bas-reliefs, sur lesquels on voit les objets les plus sacrés à Bacchus de même jetés à terre, mais seulement pour montrer le désordre que le vin a nais parmi les ministres ou les suivans de Bacchus. Des auteurs ont de'jk remarque' que quelquefois les têtes humaines qui sont près des autels représentent ces têtes en terre ou d’autre matière , qui étaient substituées aux victimes humaines. Virgile parle dans le liv. II des Ge'orgiques , v. 589, des oscilla ou des têtes que l’on suspendait aux arbres en l’honneur de Bacchus , et à ce sujet les commentateurs tant anciens que modernes racontent mille choses.
(1) Ces corbeilles renfermaient l’un des mystères , le plus sacré de Bacchus > comme l’ont dit plusieurs poètes anciens :
Pars obscura cavis celebrabant Orgia cistis
Orgia , quae frustra cupiunt audiri profani.
Catul. , Carm. LXXII , v. 259.
Et levis occultis conscia cista sacris.
Tibul. , I , Eleg. VIII , v. 48.
Quelques-uns veulent qu’elle contenait un phallum. Firmiu dit que cette corbeille renfermait le coeur de Bacchus tué par les Titans, et que Minerve donna k gar-
un enfant ailé a cheval sur un lion , qui paraît fort
der à Silène. V . Firm. Mat. de errore prof. Relig . , pagei5eti4# la fin- Clément d’Alexandrie nous dit pins clairement que dans cette corbeille reposait le serpent sacré : Quales porro et cujusmodi sunt mysticae iilae cistae ? nudandum enirn quidquid apud eos sancti est , quidque arcani evulgandum. Nonne haec ontnia sessamae . . . et Draco Dionysii Bassari sacramentum ? Cohortat. ad Gent. , page 19. Selon Isidore les corbeilles étaient nommées ainsi cista , a costis ex canna , 'ifel ligno , qui bus contexitur , page \0‘ii , iiv. 9. On les voit représentées de cette manière dans les anciens monumens de Bacchus , et particulièrement sur les médailles d’argent appelées Cistophores. On remarque presque toujours à ces dernières le serpent qui sort la tète dehors en soulevant le couvercle , comme il est dans notre marbre. Les serpens , selon les anciens , représentaient un Dieu , ou la divinité de ces Dieux , et plus particulièrement celle de Bacchus. Il semble que le vers suivant de Valerius Flaccus fait allusion au serpent que renferme la corbeille :
. ... et plenas tacita formidia cistas .
Argonaute liv. Il, pag. 49 7 v* 9*
Ces serpens n’étaient pas venimeux, mais au contraire fort doux , du genre de ceux que les anciens appelaient TtOvpetfljÇi comme nous l’observe le scoliaste d’Aristophane dans le Plutus : Uti serpens pareas. Species serpentis est pareas , ita dictus eo quod genae ejus inflatae ac eleva tae sint. Dicunt autem , ipsum non mordere : vel si mo morderit , dolorem damnumste non afferre. Ejus meminit et Demosthenes , ubi dicit : serpentes, qui pareæ appellantur. » Ac etiam Lycurgus in oratione contra Dema d’ern. Talis ( ser pentium J species Alexandriae reperitur : et talis species invenitur in templis , vel sacris Bacchi. V . Aristoph. Plut. , page npi , édition. Odoardi Biseti , "Aurel. Alobr. , 1607 , fol. Quelquefois ces serpens sacrés étaient travaillés en or ou en argent. Selon Arnobe et
doux (i), et un tigre en repos qui est orné d’un bandeau (2).
Clément d’Alexandrie, il y avait d’ailleurs beaucoup de raisons pour qu’ils fussent consacrés à Bacchus. On prétend que Bacchus enfant confié aux Parques, fut léché au visage par deux énormes scrpens. On dit en outre que les serpens sont le symbole d’une jeunesse perpétuelle, dont Bacchus jouissait. On assure encore que ce fut aux serpens qu’il dut la connaissance des vignes. Enfin, selon Clément d’Alexandrie et Arnobe , on attribuait des serpens à Bacchus, parce que Jupiter s’était transformé en serpent pour engendrer Bacchus et Prosç,rpine.
(1) Nous voyons dans cet enfant ailé un autre Génie de Bacchus , monté sur un lion , comme nous avons vu déjà Acratus à cheval sur un tigre. On peut croire que celui-ci est Ampélus , ou un autre de ses Génies , fils de Silène , que Bacchus aima très - particulièrement , et qu’à cause de cela on a placé plus près de son char. Son nom provient des vignes, et on raconte beaucoup de choses de lui. Nonnus le dé'crit , liv. IX , v. 66 , assis sur le dos des lions et des tigres , comme le fait remarquer l’auteur du Musée Pie-Clémentin x tome ÏV , page 177, n. (1), et nous donnons ici la traduction du passage de ce poète : Quelqitefois monté sur le dos d'un ours des montagnes , il le conduisait en pressant ses flancs hofi'ihlement velus ; tantôt assis sur un lion il frappait ses flancs ; et d' autres - J ois il s amusait à conduire sans frein le tigre , à peau variée , qu'il chevauchait .
(2) Les guirlandes formées de lierre et de fleurs étaient les oruemens ordinaires de Bacchus, de ceux de sa suite, des animaux, des temples, et meme des autels qui lui étaient consacrés. Dans un bas-relief du Musée Pie-Clementin , tome IV, pl. XXIV , page 194, on voit deux tigres avec des ornemens pareils , et on observa aussi que l’on voit des Centaures ceints d’une pareille guirlande, qui tirent les chars et Bacchus dans la pl. 10 du tome III de
Le ebar dans lequel il paraît qu’on voit Baccbus et Ariane (i) , est conduit par deux Centaures , un sur le devant , qui est barbu , et l’autre du sexe féminin (2) , ayant la tête tournée en ar-
ia Raccolta di statue , etc., restaurées par le chcv. Cavaceppi. Il semblerait que ces guirlandes dans notre sujet démontrent que ces animaux au lieu d’étre féroces sont domestiques.
(1) Il n’est pas facile, sans y apporter une grande attention, de trouver la trace de la seconde figure qui est appuyée sur le char. Nous avons eu le bonheur d’étre aidés dans celte recherche par le sculpt. M. Alessandro d’Este; jeune homme d’une grande espérance. 11 n’a pas eu recours k la comparaison avec d’autres monumens pareils; au lieu de cela, en examinant avec grand soin les cassures du marbre , et le plan qu’offre la superficie , il a déterminé cette figure ; k laquelle s’accordent parfaitement les plus petits morceaux qui en restaient sur le bas-relief. Notre intention avait été de faire graver son joli petit dessin, mais comme nous pouvons indiquer d’autres monumens antiques où l’on retrouve cette pose , nous nous sommes abstenus de donner cette gravure. Le basrelief de la Galerie Giustiniani , tome II ,pl. 122^ en est un exemple ; et l’autre est dans le recueil déjà cité de M. le ch. Cavaceppi, tome II, pl. 68.
(2) Il est inutile de parler des Centaures , Buonarroli ayant rassemblé tout ce qu’on en pouvait dire , dans l’explication du Camée , représentant le triomphe de Bacchus , qui est dans le Musée Carpegna, réuni k quelques observations sur de grandes médailles du meme Musée. Nous répéterons seulement les vers de Nonnus quî décrit tous les animaux qui étaient emplovés k tirer le char de Bacclius :
Et fulvum Corybantes ministrabant prope stabuhnn Ceiyices pantherarum jugpli liguâtes loro ,
rière pour regarder les deux divinités. Le char est fort élevé dans la partie antérieure, et semble être sans oruemens. Selon les vestiges qui restent , on peut supposer que Bacchus et Ariane se tenaient embrassés , et qu’ils étaient couronnés par une victoire, ayant une palme dans la main gaucne(i). Ce char est accompagné par une Bacchante vêtue d’une longue robe -, elle tient élevé , de la main gauche , un trophée qu’elle appuyé sur son épaule (2).
Hedera ligalis vero leones collegabant antilenis .
Mentum constringences minci ci freno ,
Et hirsutam Centaurus habens horrentem barbam In jngum. per se incitatus volnntariam cervicem extendens Et S aty r or uni longe magis liabens desiderium dulcis vint Semiperfectus inniebat vir commistus cum equo ; Desiderans Bacchum suis humeris portare.
Nonn. , Dionys. , lib. XIV , v. 260.
(1) Sur les élégantes médailles grecques de Syracuse , et d’autres villes de la Grèce , lesquelles représentent des Victoires couronnant des vainqueurs, on les voit le plus souvent volantes , et non comme elle est ici ; aussi se raprochet-elle davantage du style romain que du grec. Nous ferons remarquer toutefois à nos lecteurs, que l’on voit aussi la Victoire dans le bas-relief Capitolin , tome IV , pl. LXIII, déjà cite' ailleurs, quoique le très-habile e'crivain de ce Musée ne Fait pas reconnue , et qu’il croye au contraire que cette figure ailée sert une Muse. Dans le bas-relief Capitolin elle est couronnée de serpens ; et il n’est pas extraordinaire que la Victoire suive les usages d’un Dieu vainqueur, qui dès son enfance se ceignit le front avec des serpens , et dont il fit souvent sa couronne , et la ceinture qui releve les habits de ses partisans.
(2) Il a paru d’abord à quelques-uns que cette jolie
Le marbre est rompu de ce côté , d’où l’on peut supposer qu’il manque d’autres figures qui coin-
figure portait un parasol près du char de Bacclius. Celte ide'e n’était pas hors de propos, car, suivant le rit sacré en Grèce, on devait porter un parasol en signe de vénération sur le simulacre de Bacchus lors des pompes solennelles. Il y eut meme une fête nommée ILKiepaj soprr? , qui voulait dire 7 festum ombratile : elle nous a été décrite par Pollux , par Pausanias, par Hesychius, comme on pourra s’en assurer dans la dissertation de Pacciaudi , de Umbellae gestatione , ch. I et TL II a rapporté même plusieurs monumens Bacchiques qui représentent cette cérémonie sacrée. Il paraît cependant dans notre sujet que cette Bacchante porte plutôt un trophée qu’un parasol. Cette action d’en porter le bâton appuyé sur l’épaule, et de danser en le portant semble plutôt convenir à qui se rejouit, en soutenant le poids d’un trophée, qu’à celui qui serait chargé du soin de tenir le parasol sacré de son Dieu.
Un examen fait avec attention de cette figure , nous engage à donner une nouvelle explication de quelqu’autre monument antique ; et comme nous nous flattons de pouvoir amener nos lecteurs à notre opinion , il nous sera permis de la traiter , peut-être , un peu longuement. L’auteur du Musée Pie-Clémentin à la pl. XXVI du tome IV, page 210 , a cru que cette figure était une Victoire. On connaît des figures de cette Déesse sans ailes dans les antiques, mais il n’est pas vraisemblable que sur le même morceau on voye deux Victoires , l’une avec des ailes, l’autre sans ailes ; ce qu’il faudrait admettre en appellant une Victoire cette femme qui porte un trophée. On peut ajouter à cela une autre raison , c’est que les Victoires représentées dans le triomphe de Ptolémée Philadelphe qu’Àthénée nous a décrites, étaient ailées: leurs ailes même étaient d’or ; et cette pompe ayant été executée dans la forme de triomphe de Bacchus
pletaient le cortège triomphal de Bacchus Diony~ siaque.
il paraît vraisemblable que les Victoires du triomphe de ce Dieu devaient être aussi ailées. V. Athénée , liv. V , ch. VIII , page 2o5. Par ce motif nous croyons que celte figure réprésente une Bacchante qui porte un trophée des Indiens déjà vaincus, puisque c’était la coutume même parmi les nations les plus anciennes d’enlever les armes à l’ennemi vaincu ou tué, pour les offrir aux Dieux. David plaça dans le tabernacle l’épée de Folialh. Beg. I, ch. XXI, v. g. Ulisse fit un trophée des armes de Dolon , et les consacra à Minerve. Homer., lliad. , liv. X , v. 460. Hector promit à Apollon les armes du vaincu, lliad f liv. VII, v. 85. A l’appui de celte opinion, nous avons Nonnus qui dit que les Bacchantes enlevèrent les armes et les richesses qu’elles trouvèrent dans le camp des Indiens vaincus ou morts, qu’elles formèrent des danses joyeuses en frappant sur les boucliers , avec les armes de l’ennemi , et qu’elles revinrent au bout de sept ans triomphantes dans leur patrie. V. Nonnus , Dj'onis. , liv. XL , v. 242 et siuv. Les trophées devinrent ensuite un ornement principal des triomphes dont Bacchus était l’inventeur. Dénis d’Halicarnasse appelle le triomphe une pompe sacrée et tropaepOra. V. liv. II, ch. 54* Athénée décrivant le pavillon de Ptolomée Philadelphie orné pour son triomphe, le fait voir décoré de boucliers et d’autres armes qui sont suspendues autour j Athénée, liv. V, ch. VI , page 196, F ; et aussi liv. V, ch. VII page 202 , E , on dit que beaucoup de cuirasses, de boucliers et d’autres armes enlevées à la guerre formaient de grands tromphées que l’on conduisait sur des chars. Les arcs de triomphe des empereurs romains encore existans sont ornés de trophées des armes de l’ennemi, et si on les voit souvent soutenus par des Victoires, elles sont presque toujours ailées et le plus souvent volantes.
Les traces du groupe qui était sur le char sont si incertaines, que c’est avec peine qu’on peut s’as-
A présent que nous avons prouve que la figure décrite n’est qu’une Bacchante, qui porte un tropliëe près du char de Bacchus vainqueur, nous pensons avoir trouve' le meme sujet dans la figure publiée, pl. X du tome II des Bronzes d’ Herculanum. C’est une petite statue d’une jeune fille presque toute nue: une légère draperie qui est sur son e'paule gauche voltige autour d’elle. Dans sa main droite elle tient un trophée composé d’une cuirasse et de deux o dire ae y et sa droite, agréablement passée par-dessus de la tète , le soutient. Cette figure a ses cheveux rattachés par des bandelettes : ses bras sont ornés de plusieurs brasselets ; autour de son cou pend un très-grand collier qui retombe sur son sein* et son corps délicat est traversé par une guirlande posée sur son épaule droite. Ses pieds, qui forment des pas de danse, sont chaussés d’une espèce de soulier ; et dans sa pose bien contournée, on voit respirer un sentiment de mollesse et de lasciveté. Ces doctes académiciens ont cru qu’elle représentait une "Victoire, et nous pensons absolument que ce ne peut être qu’une Bacchante. Ces écrivains ont dit d’abord que la figure était d’un style étrusque , et ces peuples étaient ceux qui donnaient des ailes à beaucoup de divinités, auxquelles les Grecs et les Latins n’en accordaient pas. De sorte qu’il était extraordinaire qu’ils les ôtassent à une divinité que tous les autres peuples représentaient ailée. Si quelquefois la Victoire se trouve être décrite sans ailes, ce fut pour indiquer qu’elle était permanente, mais jamais on ne lui donna cette attitude. En second lieu nous ne nous rappelons pas d’avoir vu des Victoires entièrement nues; il y en a de découvertes de la ceinture en haut; cela provient des ailes qui ne doivent pas être attachées aux habits. Ces vêtemens se vovent généralement enflés par le vent; ainsi ce que dit Ovide peut bien leur corc venir, Metam. } liv. I , v. 528 :
surer quel était son ordonnance. On découvre trèsclairement, par la palme, la Victoire qui la tenait
Obviaque adversas vibrabant fl.am.ina vestes .
Et le même, Met., liv. Il f v. 8^5:
.... tenues sinuantur flamine vestes.
Le mouvement des figures de la Victoire ne fut jamais celui d’une danseuse , on la raprésentait volant , et c’est ainsi que les anciens poëtes la peignirent :
Adfuit ipsa suis aies Victoria t emplis.
Claudien, de VI Cons. Honor. , v. 5gn.
.... Dubiis volitat Victoria permis .
Ovid., Met., liv. VIII, y. i5.
.... Rutilas Victoria pinnas.
Explicat.
Prudent., contra Sym.7 liv. II, v. 28.
Autant cette nudité' convient peu à la figure de la Victoire , autant elle est propre à caractériser des Bacchantes qui dansent, et sur tout celles de l’ancien style. Par cette raison nous laissons de côte' les exemples des basreliefs et des pierres gravées qui seraient en assez grand nombre \ nous nous bornerons a citer ceux des vases appele's e'trusques , parce que nous en pouvons tirer quelques-uns de ceux de Passeri. Une Bacchante , pl.CXXIlI du tome II, est presque toute nue , et elle a un baudrier qui traverse sur son dos. Sur un autre vase du même tome II, pl. GXXXIX, sont deux Bacchantes nues ayant un collier, le corps traverse' par deux bandelettes en baudrier^ toutes deux tiennent une corne pour boire. Une autre Bacchante^ à. la pl. CXLVI, dansant avec un satyre a seulement une petite draperie , et un double baudrier comme les autres. Enfin on voit à la pl. CXLIX une Bacchante qui danse avec un Silène. Donc si toutes les raisons apporte'es prouvent qu’on ne peut pas croire que cette figure soit une Victoire, beaucoup de justes conjectures démontrent que ce doit être une Bacchante.
daus sa main gauche, et on peut y distinguer avec assez de probabilité la couronne , qu’elle paraît pla-
Nous ne dirons rien des bracelets, du collier, toutes choses qui conviennent à des suivantes de Bacchus, mais nous dirons que les guirlandes qui les ceignent ne se trouvent qu’aux figures Bacchiques. Nous n’en citerons pas des exemples, lorsque nous avons vu cet ornement à Bacchus, aux Faunes, aux Centaures, et jusqu’aux animaux féroces consacre's à ce Dieu. Ce qui le démontre avec plus d’évidence , ce sont ces espèces de souliers dont elle est chaussée. Nonnus dit en parlant des Bacchantes ; Induit argente as plantas purpurei cothurnis .
Non., Dionys. > liv. XIV, v. 237.
Dans un autre endroit il raconte que les Bacchantes, chaussées de simples cothurnes, avaient vaincu les Indiens armés de fortes ocreae de bronze :
Da mihi flavos calceos ferre , quod ipsae Infractae ocreae inclinatae surit a cothurnis.
Non. , 1. c. , liv. XXX , v. 28.
Car si les cothurnes de chasseurs couvrent , comme nous l’avons observé ailleurs , presque toute la jambe en se laçant dessus, cependant les socci et les cothurnes , que l’on voit aux jambes des personnages tragiques et comiques, ressemblent bien souvent aux souliers de la figure eu question. Sur les vases étrusques cités , on voit des Bacchantes et des Faunes avec des chaussures absolument semblables, comme dans celui de la pl. CXXIII, CXXXIX, CXLYI , CXLIX , tome II , et autres. Ce qui donne de la certitude au sujet ce sont ses pas de danse. Les anciens poètes ont décrit les danses ( saltationes ) Bacchiques et militaires, en commençant par Homère, comme on peut voir dans les antiquités Homériques d’Everard Titius, liv. IY , ch. V. Nonnus, après avoir raconté la victoire deBacchus, amene, sur le champ de bataille meme, la danse de l’armée de femmes triomphatrices. Y. liv. II
Musée Chiar. YoL I. 18
Cer sur la tête de la femme qui est dans le char. La première figure posée sur le Lige des Centaures est certainement une femme , et il semble qu’elle conserve encore quelque partie de la nébride (2)
X". 24a et suiv. Ce fut peut-être la cause qui fit regarder la danse comme ou exercice militaire , car on lit dans Alhe'née que Socrate dit que : Qui coris religiosissime Deos venerantur fortissimi ( surit J in bello. V. liy. XI V, c. Vf, page 628; F. Nous terminerons nos observations en faisant remarquer que la figure, que nous expliquons , semble vouloir tirer quelque son des armes de son trophée , ce qui s’accorde aussi avec ce qu’on raconte des triomphes chez les anciens^ pendant lesquels on faisait entendre souvent le son belliqueux des trophées. Le bruit accompagna toujours les combats et les fêtes de Bacchus j l’éclat bruyant des boucliers frappés , des Tympani , le son aigu des crotales , des clochettes, ont toujours été la musique qui accompagnait ces fêtes. De cette manière nous avons donné deux images nouvelles de Bacchantes guerrières et triomphatrices , puisqu’il appartenait aux chefs eux-mêmes de porter les trophées, comme Virgile nous l’apprend^ En. , liv. XI, v. 85 :
Jndutosque jubet truncos hostilibus armis Ipsos ferre duces , inimicaque no mina figi.
Et nous pourrons aussi appliquer ici le vers dans lequel Sidonius décrit Rome guerrière portant un trophée :
Quercusque tropeis
Cuiya tremit , placidoque Dea sub fasce fatigat.
Sidon. , Paneg. ad Autem. I , v. 42 8 .
(1) La JSébride , comme le remarque Buonarroti ; dans l’explication du triomphe de Bacchus , jointe à ses observations sur les médailles du Musée Carpegna , est la peau de jeunes cerfs, dont Bacchus et ses suivans avaient coutume de se parer. Diodore en donne pour motif, que ces peaux étant couvertes de petites taches comme des
ou iassara{ i) qui lui couvrait la poitrine, c’est par cette raison qui nous nous sommes décidés à croire cette figure , plutôt que toute autre , celle d’A-
goultes d’eau , ces taches indiquaient les étoiles , Bacchus e'tant la même chose que le Soleil. En effet Bacclins , sur la corbeille du Musée Kircker , a un grand manteau orné d’étoiles. V. Mus. Kir. , Aenea , t. I , pl. Il, III. Eustathe dans son commentaire sur Dionys de orhis situ , v. 7o3? veut que cette peau ait été consacrée à Bacchus , par ce que ses taches imitent les grappes de raisin. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on voit encore d’autres peaux en usage parmi les suivans de Bacchus, comme celles de daim, de chèvre, de panthère, quelquefois même imitées et tissues , et toutes ces peaux s’appelaient également Nébrides. Lactance interprétant Stace liv. II, de la Thébaïde , v. 664,, dit que la Nébride était un habit sacré, que l’on mettait pour célébrer les sacrifices, comme le dit Virgile:
Pellibus in inorem cincti.
Aen., liv. VIII, v. 282.
C’est avec raison que l’artiste a donné cette peau k Ariane placée sur le char de triomphe , puisqu’elle devait être yètue de l’habit le plus sacré et le plus solennel dans le triomphe , qui était aussi une pompe sacrée.
(1) Bassaris était une longue robe dont Bacchus et ceux de sa suite se vêtaient. Antoine et Porphyre, anciens Scoliastes d’Horace, veulent que ce nom vienne de Bassara, lieu de la Lydie, où on les faisait. V. Hor. , liv. I, od. XVIII ; v. ic. L’ancien scoliaste de Perse tire ce nom des renards , que les Thraces appelaient Bassaris. V. Perse , sat. I , v. loi. Cet habillement fît donner le nom de Bassareus k Bacchus, et de Bassarides aux Bacchantes, Quelques-uns ont cru que la Bassaris était une espèce de soulier , mais plus généralement les érudits l’ont regardée comme un habit.
riane , et non une Cérès , déesse des moissons , que Ton voit sur quantité de monumens antiques triompher avec le Dieu du vin. Mais il ne nous reste que très-peu de chose du Bacchus; on ne voit que le thyrse ou la férule qu’il tenait de la main droite (1).
Le derrière de ce bas-relief est aussi plein de sculptures. Trois éléphans (2) placés de diverse ma-
(1) Pline parle de la Férule liv. XIII , chap. XXII, tome III, page 69, sect. XLII , 9 , et il fait mention aussi de ses diverses propriétés médicales. Le même , ch. I du liv. XXIV, tome IV, page 3o4 , i3, dit que cette plante est fort agréable aux ânes et à Bacchus. Elle correspond à la canne de l’Inde , et à cause de sa légèreté et de sa solidité c’est l’appui le plus commode. Bacchus voyant que ses sectateurs se blessaient dans la fureur de l’ivresse avec leurs thyres , les remplaça par la férule, qui les soutenait lorsqu’ils étaient ivres, et ne pouvait leur causer des blessures, comme les thyrses qui étaient armés d’un fer de lance, quoique couvert de feuilles. Dans la pl. VII du tome V du Musée Pie-Clémentin , un Centaure porte un arbre , et l’auteur l’appelle Centaure Dendrophore. On consultera dans le même lieu les notes sur l'allusion qu’a cette figure aux fêtes célèbres dites Dendrophories.
(2) L’Inde abonde d’éléphans, et même, selon Pline, il y en a une espèce plus petite qui sert à labourer. V. liv. VIII, ch. I, tome Il , page *39, 5. Le même écrivain ajoute, ch. II, que Pompée fut le premier qui à son triomphe, dans Rome, fit tirer son char par des éléphans, imitant ainsi le triomphe de Bacchus. Hardouin dans ses notes et corrections du liv. VIII, assure qu’il n’a pas trouvé d’autre auteur ancien qui ait parlé du char de Bacchus traîné par des éléphans, mais que Dio*
mère , conduisent plusieurs prisonniers ; quelques chameaux remplissent le même office (i): on voit aussi à l’extrémité différentes draperies suspens dues (2) j tous ces objets augmentent la splendeur de ce triomphe.
Nous ne pouvons pas dire beaucoup de choses sur le travail de ce bas-relief , auquel il n’est resté aucune partie assez intacte pour juger de son mérite. La composition cependant est belle , et dans quel-
dore et Nonnus le font paraître dans son triomphe monté jsur un éléphant. V. tome II , page 25 2 , note IV.
(1) Les chameaux sont abondans dans l’Inde , et Nonnus dans les épisodes des combats des Indiens avec Bacclius , liv. XIV , y. 070 , parle des Bacchantes qui coupèrent la tête à un chameau. Mais comme les triomphes de Bacchus ont rapport à toutes les victoires qu’il remporta dans l’orient , les chameaux peuvent aussi se rapporter à l’Arabie ; dont le symbole propre est un chameau > ce Dieu s’étant rendu maître de cette contrée. V. Euripide, Bacchus^ V. 16 ; Nonnus, Dion. 9 1. XXI.
(2) Comme nous croyons voir dans ce bas-relief un style* latin , nous pourrons l’expliquer aussi par des usages romains. Les auteurs anciens nous apprennent qu’on avait coutume de porter dans les triomphes des toiles sur lesquelles étaient peintes les batailles et la gloire des vainqueurs , et on les portait suspendues à la vue du peuple. Malgré cela nous croyons plus probable que ces toiles y aient été placées seulement pour donner plus de majesté au sacrifice qu’on célébrait, d’autant plus que quelquefois on forma sous des tentes des espèces de temples aux Dieux. Très-souvent ces draperies, appelées par les Latins Aulaea , sont placées par les artistes anciens pour séparer les actions qu’ils représentent ; mais comme ici c’est une pompe générale , ce motif ne peut avoir lieu.
ques endroits, qui ont un peu moins souffert, on voit dans le travail la touche d’une main habile.
Il semble que les sculpteurs grecs et latins, qui faisaient à l’avance ces tombeaux , pour les vendre ensuite au hazard, exécutaient dessus une quantité de sujets , pour pouvoir peut-être en retirer un plus haut prix ; ou, peut-être, était-ce l’usage de ceux qui les achetaient d’y vouloir trouver toutes les choses mystérieuses qui appartenaient aux cérémonies sacrées.