‹ Monumens littéraires de l'Inde, ou, Mélanges de littérature sanscriteChapitre 23 sur 24 · III · texte numérisé non relu

III

, 1. IV. — * Ibid. , 1. XVIII. — ' Man. , 1. ii. — * /?A. , ^ Hit., ch. I.

pas qu'il n'a plus rien à faire : qu'il dompte ses sens par la pénitence. La véritable beauté du rossi^ol y c'est sa voix : celle de la femme , c'est la fidélité à son époux ; la beauté de l'homme laid y c'est la sagesse; celle de l'homme religieux, c'est la mortification \ Ainsi pense , ainsi agit le véritable Mouni : retiré à Fécart , détaché de tous les objets extérieurs, il contemple Brahma dans toutes les créatures * ; quoique toujours habitant de ce c^rps, que nous appelons la ville aux neuf portes, son esprit est déjà uni au grand Etre. Étranger à toutes les affections humaines % il est comme la lampe solitaire dont la lumière n'est point agitée par le soufile du vent ; et les désirs passent par son âme ^ y comme les eaux des fleuves entrent dans la mer , sans en augmenter la masse , sans en troubler la tranquillité. Qudquefoiâ ravi en extase , il jouit d'une vue anticipée de Brahma : il l'aperçoit sous toutes ses formes merveilleuses et infinies ^. Tantôt, assis sur son trône de lotus, Brahma lui apparaît environné de puissance et de majesté : une couronne brille sur sa tête , ses mains soutiennent la massue et le tchakra, le disque resfJiendî^

* ^j^.,ch. I — » Bh.^ 1. vetpaw. — ' Jèid., 1. ri. — ^ thid, , Lu. -^' lbid.,Vxi.

sant : le feu est moins ardent y le soleil moins radieux; c'est le dieu de gloire, c'est le dieu créateur. Tantôt, c'est sous une forme moins imposante qu'il se présente à ses yeux : lien et appui du monde , âme de tous les êtres , soleil vivifiant, lune bienfaisante, admirable composé de force et de douceur : c'est le dieu de bonté, le dieu conservateur. Mais bientôt le spectacle change, c'est un géant qui s'élève jusqu'aux cieux, géant terrible formé de plusieurs corps réunis : ses yeux sont étincelans , ses bras leyés pour frapper , ses bouches armées de dents menaçantes. Dans ces bouches ouvertes et enflammées, se précipitent les générations entières avec l'impétuosité des fleuves qui courent se jeter dans l'Océan , avec l'aveugle rapidité des insectes qui volent vers le flambeau fatal : c'esr le dieu de la mort , c'est le temps qui détruit tout pour tout reproduire. A cette vue le Mouni^ humblement prosterné , s'écrie d'une voix agitée par l'amour et la crainte : Dieu puissant, l'univers est rempli de ta gloire ; il t'adore , il te bénit. Les mauvais génies fuient devant toi frappés de terreur, et la troupe des saints te révère et chante tes louanges. Auteur et soutien du monde, être pur et impérissable, père des temps , âme de l'univers et maître de la nature.

a68 PHILOSOPHIE ET RELIGION.

tu es en tous lieux ^ tu es la source de toute existence. Honneur, honneur à toi, mille fois honneur ! Infini dans ton pouvoir et tes perfections, tu es tout, tu remplis tout. Essence inconcevable, source de toute sagesse, de toute science, de toute majesté, le monde, ton ouvrage, passe et périt; toi seul es immuable.

Rien n'est semblable^ rien n'est égal, rien n'est comparable à toi au ciel , sur la terre et dans les enfers. Je me prosterne devant toi , humble et suppliant, ô Seigneur, j'implore ta miséricorde.» A ces mots , le Mouni se tut, il semblait abhné dans ses méditations. Et moi, debout devant lui, ému par son discours, j'admirais comment, chez des peuples que nous traitons de barbares, au milieu de quelques erreurs, on pouvait trouver tant de sagesse.

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