MATIR AMABILIS , ORA PRO NOBIS
Le cantique sacré dans lequel le Saint-Esprit nous offre l'emblème de l'alliance du Verbe incarné avec son Église, est aussi une peinture magnifique de toutes les qualités qui assurent à Marie le titre de Mère aimable. Dans ce divin tableau le céleste Époux nous la représente sous les couleurs les plus variées, sous les images les plus exquises et les plus brillantes : ce sont des fleurs, des fruits, et les plantes les plus belles; ce sont des parfums précieux que l'art a préparés, ou qui sont l'ouvrage de la nature ; des comparaisons pleines de grâce et de douceur ; des ornements d'une délicatesse, d'un éclat, d'un charme ravissant. Mais tout ce qui appartient à la terre est trop au-dessous de la Mère aimable par excellence ; et voilà que , par la bouche des vierges de Jérusalem, elle est saluée de ce cri d'admiration : « Quelle est fhnc celle qui « s'avance comme l'aurore , belle comme la lune , « éblouissante comme le soleil * ?... » Oui, son ama-
' Canf. VI, 0.
bilité a les brillantes couleurs des premiers feux du jour, le doux éclat de la lune , la riche splendeur du roi des astres; et c'est à bon droit que saint Épiphane lui dit avec un pieux enthousiasme : « Après « Dieu, vous êtes la première beauté : celle des Ché- « rubins, celle des Séraphins, celle de tous les « chœurs des Anges s'efface devant la vôtre ^. » Combien plus éclipse-t-elle donc les charmes de Rébecca et de Rachel, les touchants attraits d'Esther, la grâce majestueuse de Judith, que l'Écriture mentionne pourtant avec honneur - !
Mais n'allons pas nous arrêter aux idées terrestres que donnent les sens : cette beauté , celte amabilité ineffable de la fille chérie du Roi des rois « vient en « entier de son âme"^, » et de tous les dons inestimables dont le Seigneur l'a ornée, Si les hommes étaient capables de voir ce qu'est une àme qui possède la grâce sanctifiante, ils la trouveraient belle à ravir les yeux les plus indifférents; et sil en est ainsi de toute âme qui jouit de ce trésor précieux, quelle ne doit pas être la beauté de celles qui, par leur fidéhté, leur zèle , leur ferveur, méritent chaque jour et, pour ainsi dire, à chaque instant, un accroissement de ce don céleste, de cette magnifique, de cette divine parure de l'àme chrétienne ! Quelle idée faut-il donc avoir de la beauté intérieure, de l'amabihté surnaturelle de Marie ! Dès sa conception, elle avait reçu l'effusion de la grâce dans un degré supérieur à celui dont toutes les autres créatures ont pu être favorisées. Le Seigneur, en effet, dans ses conseils éternels,
' Serm. de laudib. Virg. — - Gen., xxiv, Ifi ; Gen., xxix, 17 ; Ksih., ir, 7; Jml., vm, 7. — l's. xnv, 14.
MÉDITATIONS SUR LES LITANIES. .s;{
l'ayant choisie enti'e toutes pour être sa Mère, elle a dû nécessairement , dès son origine , lui être plus agréable que toute autre ; et, pour ne pas rester inférieure à sa destinée incomparable , elle a dû par là même être, plus que toute autre, appliquée, unie à Dieu d'esprit et de cœur, jalouse d'augmenter incessamment son trésor par de nouveaux actes d'amour divin. Nulle autre ne s'est donc enrichie autant qu'elle, à chaque instant, de nouveaux traits de beauté surnaturelle; nulle autre n'a possédé comme elle les vertus qui sont inséparables d'une telle abondance de grâce , et qui ont tant de charme pour le cœur humain. Jamais donc cœîir ne fut si humble, si patient, si charitable, si compatissant, si prévenant; jamais cœur, si généreux, si dévoué, si pur, si noblement élevé, si grand, si approchant du cœur adorable de son divin Fils.
Apprenons ici à aimer avant tout, comme Marie, ce qui seul est vraiment aimable. Dieu et les moyens de lui être agréables, de nous unir à lui. Apprenons à dédaigner, comme elle, cette beauté extérieure si fragile qui se fane, se décolore, se flétrit, tombe enfin «ous le coup de la mort, pour faire place à quelque chose de dégoûtant et de hideux. Attachons-nous, de toutes nos forces, à cette beauté intérieure, à cette beauté de l'àme qui nous rend si aimables devant Dieu, que tout fidèle mourant en état de grâce est associé par lui à sa gloire et àson bonheur. Souvenons-nous enfin qu'en méritant pour notre àme la félicité du ciel, nous laméritons aussi pour notre corps ; et que, par suite, tout ce que nous faisons dans le temps pour la beauté surnaturelle de l'àme, nous le faisons, non-seulement dans
l'intérêt de sa béatitude éternelle, mais encore dans celui de la glorification de notre corps pour Téternité.
0 Marie ! chef-d'œuvre du Tout-Puissant, que votre beauté est ravissante aux yeux de la foi ! Oui, vous êtes digne «d'être appelée par ea;ce//e«ce Ai mable-au-Sei- « gneur^; » car vous êtes ornée de toutes les vertus, de toutes les perfections « qui peuvent rendre aima- « ble une créature-. » Qu'il nous est doux, mère chérie, de nous écrier, avec un de vos dévots serviteurs, « que vous enlevez à eux-mêmes les cœurs qui vous « contemplent^! » Qu'il nous est doux de vous exprimer le désir sincère que nous avons de vous aimer constamment selon votre mérite, de préférer, comme vous, la beauté de l'àme à tout le reste, et de travailler sans cesse à l'accroître par la ferveur de notre charité ! Bénissez-le, ce désir ;
Mère aimable, priez poor nous! — Mater aniabilis, ora pro nobis !
1 11 Rois, xir, 2o. — ' Pliilipp., iv, 8. — ' Médit, in Anliph. Salve Reg. attribuées à saint Bernard.
MATER ADMlKAlilLIS, ORA PRO .NOBIS.
L'homme a mis en œuvre ce que Dieu a livré à sa patiente industrie, et il a produit des choses admirakes. Il a, par les plus heureux efforts de son génie, soumis les éléments les plus rebelles, la lumière ellemême, à son activité intelligente ; il a fait d'étonnants ouvrages, dignes d'exciter l'enthousiasme de tous ceux qui ont le sentiment du beau, du sublime dans les arts. Mais que sont tous les chefs-d'œuvre de l'homme comparés à ce que Dieu a produit par le seul acte de sa volonté toute-puissante? Et que sont tous les chefs-d'œuvre de la création en comparaison de la Mère iidmiruble?
Dieu, il est vrai , a tiré du trésor infini de sa puissance les merveilles les plus frappantes et les plus variées; il les a semées dans l'espace , comme dans nos champs , la poussière ; il a orné la terre de créatures où se déploient la délicatesse et la force les plus étonnantes; il a paré les cieux d'az.ur. d'argent et d'or; il a établi dans l'univers la plus profonde combi-
8G MÉDIÏATlOiNS SLR LES LITANIES,
liaison d'éléments contraires, la plus savante harmonie de lois sublimes dans leur diversité, dans leur unité, dans leur stabilité ; il a créé l'homme qui est le roi de la nature , l'abrégé vivant de toutes les merveilles du monde. Et pourtant il a plus fait encore, il a créé Marie, la Mère admirable : admirable dans ses grandeurs et dans ses privilèges; admirable dans le prodige unique de sa maternité divine ; admirable dans l'influence auguste, incomparable, qui lui a été donnée sur les destinées du genre humain, et que proclame sa coopération à notre salut, aussi bien que le pouvoir si étendu de son intercession; car tous les éléments semblent lui être soumis : à sa prière l'air contagieux perd sa malignité, l'incendie suspend ses ravages, les flots débordés rentrent dans leur lit, la terre stérile reprend sa fécondité.
Marie, ah ! c'est à la fois la vierge et la mère, l'étonnement de la nature confondue par la grâce; c'est la créature et la Mère du Créateur, « la servante et la « Mère de Dieu *; » c'est la fille d'Eve déchue et l'Eve véritable, « la véritable mère des vivants'-. » Marie! c est l'abrégé de la bonté, de la charité, de la miséricorde, de la puissance duTrès-Haut, «l'abrégé de sesin- « compréhensibles perfections, dit André de Crète ^. » C'est, après Dieu, le centre des vœux et des louanges de l'univers catholique; c'est, pour la foi , la Sainte par excellence, inséparable de l'Homme-Dieu : leurs noms sont répétés chaque jour par toutes les bouches ; en leur honneur, l'Orient et l'Occident ont uni toujours et toujours uniront leurs chants et leurs hommages.
' Lue, I, i:\. — ' (ii'ii., III, -id. ■ Scnii. 2 (le Asxuiitpl.
« Le Tout-Puissant a donc fait de bien grandes cho- « ses * » pour cette incomparable Vierge : il l'a si prodigieusement glorifiée au ciel et sur la terre, qu'au jugement de saint Cyrille et de saint Bernard, « les « langues les plus éloquentes ne font que bégayer la « louange, quand elles parlent de sa prééminence ^ »
Mais devrons-nous ici nous borner à un profond sentiment d'admiration pour cet ouvrage si parfait du Seigneur?... Replions-nous sur nous-mêmes; considérons-nous bien avec les yeux de la foi ; n'y a-t-il pas aussi en nous du prodige ? Dieu ne nous a-t-il pas rendus véritablement admirables? «Nous « n'étions par notre naissance qu'enfants de colère ^ ; et « nous sommes devenus des enfants de prédilection ^, » l'objet de l'amour et des soins les plus tendres du Père céleste. Bien plus, nous, mortels si petits et si méprisables, nous sommes élevés, par la grâce et par l'Eucharistie, jusqu'à la vie sublime des Anges, à la vie divine du ciel; nous sommes destinés à jouir éternellement de la plus haute gloire, de la gloire même de Dieu, puisqu'il est écrit «que nous lui serons sem- « blables^ et que nous régnerons avec lui dans les « siècles des siècles 6. » Ah! si nous étions intimement pénétrés de ces magnifiques enseignements de la foi . que nos sentiments envers le Seigneur seraient grands et généreux! que notre conduite répondrait bien mieux à ses faveurs et à la sublimité de nos espérances !
Vous êtes , ô Marie , et vous serez à jamais digne
' Luc, I, 49. — - Saint Cyrille, Homil. habita in Nestor.; saint Bernard, in deprecat. adB. Virg. — ■' Éphés., ii, '.]. — ''Épht'ï., v, i. — ' I Jean, m, 2. — '' Apoc, xxii, li.
d'admiration , non-seulement à cause de votre perpétuelle et miraculeuse virginité, figurée par le prodige qui apparut à Moïse « sur la montagne de Dieu^, » mais à cause de la sublimité de tous vos privilèges , de la surabondance de grâces dont le Seigneur vous a remplie , de la puissance incomparable qu'il vous a donnée, de la gloire unique dont il vous a revêtue. « Admirable ^. )> c'est le nom propre dont le Père céleste a voulu qu'on appelât son divin Fils; c'est le nom que l'Église vous donne, comme à celle qui approche le plus des adorables grandeurs de l'Homme-Dieu, et qui en réfléchit le mieux la gloire. Auguste « objet de « l'étonnement des grands et des princes de laterre^, « ô vous dont l'excellence ne peut être assez admi- « réc^, » ah! rendez-nous sensibles aux prodiges de grandeur où il a plu à Dieu de nous élever nousmêmes dans ce heu d'exil et d'épreuve, aux prodiges bien plus merveilleux encore de la glorification céleste qu'il daigne promettre à nos efforts ; rendez-nous dignes, par votre intercession , d'une si haute et si magnifique destinée;
Mère admirable, priez pour nous! — Mater admiraMlis, ora pronobis!
' Exoile, III, 2; Brév. rom., office de la Circoncis. — - Is., ix, 0. — ■• Sag-., VIII, il. — ' Eccli., XLiii, 32.
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