‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 35 sur 69 · MEDITATION XXIX · texte numérisé non relu

MEDITATION XXIX

SPECULUM JUSTITi/E, OKA 1>IU) NOBIS.

L'Église, ayant comme épuisé tous les titres qui pouvaient lui servir à honorer dans Marie la mère et la vierge, passe à un autre ortlre d'idées, afin de lui offrir de nouvelles louanges.

Et d'abord elle l'invoque sous l'image dim miroir, qui réfléchit admirablement « l'éclat de la Majesté di- « vine ^. » S'il est vrai, en effet, du Verbe éternel « qu'il « est l'image et la splendeur de la gloire du Père -, » n'est-ce pas Marie qui réfléchit en elle avec le plus de fidélité possible les attributs adorables de ce « Verbe « fait chair "'?» IN 'est-ce pas elle qui lui ressemble plus que toutes les autres créatures intelligentes? Le Seigneur l'avait destinée à tenir le premier rang parmi tous «les ouvrages de ses mains ^, » à être, selon les expressions de saint Anselme, « au-dessus de tout ce « qui n'est pas Dieu ^ j » pouvait-il ne pas l'orner des dons et des mérites les plus approchants de ses per-

' Sag., VII, 2G. — - llélir., i,S. — ^ Jean, i, U. — '' Ps. cxxxvii, 8. — '^ Lib. (If c.ruril. hiiniann' vila', c. 7.

fections infinies?... C'est ce qui a fait dire à saint Pierre Chrysologue, que « celui qui contemple Marie «sans en être ravi, extasié, méconnaît Dieu qui en « a fait son image la plus accomplie *. »

Mais pourquoi l'Église l'appelle-t-elle Miroir de justice?... D'abord, parce que Marie est le Miroir fidèle de celui qui a pour nom « Soleil de justice 2, » dont les rayons divins échauffent, fécondent les àraes, y font germer et fleurir toutes les \ertus chrétiennes. Or, Jésus lui-même nous désigne l'ensemble de ces vertus sous cette expression , quand il nous dit : «Bienheureux ceux qui ont faim et soif delà justice •"';)) ceux qui désirent ardemment d'être parfaits, et qui travaillent avec zèle et constance à le devenir!... Il y a encore dans ce mot employé ici par l'Église un autre sens, bien digne de fixer l'attention de toute âme pieuse.

L'Apôtre saint Paul appelle «justice^» l'état de grâce sanctifiante, qui donne droit à la béatitude éternelle. Cet état sui'naturel, si honorable, si précieux, l'homme, par sa désobéissance, l'avait perdu pour lui et pour toute sa postérité. Mais aussitôt après sa chute, le Seigneur lui annonce « qu'une femme écrasera la « tête de celui qui Va fait tomber ^ : » dès lors il peut contempler dans cette fille d'Eve, comme dans un miroir, et la profondeur de sa misère pour la guérison de laquelle il ne faut rien moins qu'un hbérateur Homme-Dieu, et la nécessité de la pénitence sans laquelle il ne saurait profiter du bienfait de la rédemption que doit opérer le Fils de Marie. De son côté, l'Ange

1 Serm. 104. — ^ Malach., iv, 2. — ' Matth., xvi, 27.— ' Rom., i. 17, 24 ; — IMiilipp., m, 0 ; — Tit., m, 7. — ' f!iMi., m, l.'i.

MÉDITATIONS SUH LES LITANIES. l^Zi

resté fidèle voit dans celte créature privilégiée la mère de celui qui est le principe et la source de sa persévérance et de sa confirmation en grâce; car on peut dire, en s'appuyant sur saint Paul \ et sur plusieurs saints docteurs de l'Église-, que c'est à Jésus- Christ que les bons Anges sont redevables du mérite et du prix de leur fidélité. Enfin, l'Ange réprouvé n'est-il pas condamné à voir dans Marie, conçue en état de grâce, élevée, « à cause de son humilité ^ » si profonde, jusqu'à la maternité divine, la folie de son orgueil, le malheur immense qu'il a eu de perdre sa beauté surnaturelle, et, par contraste, la hideuse laideur qui le dégrade? IS'y voit-il pas, en même temps, l'énormité de son péché, pour lequel il n'a pas eu de rédempteur parce qu'il était tombé volontairement de bien plus haut que l'homme, par pure malice, sans être exposé à la séduction des sens? Et n'est-il pas forcé d'unir sa voix à celle du Ciel et de la Terre qui proclame que «Dieu est juste ^, et qu'il rend à cha- « cun selon ses œuvres ^ ? »

En contemplant dans la très -sainte Vierge lafaveuiinappréciable de « notre délivrance du péché ^, » ah ! gardons-nous d'imiter « celui qui se considère dans « un miroir, s'y voit au naturel, s'en va et s'oublie « aussitôt lui-même''. » Pénétrons-nous plutôt intimement de cette pensée, que « notre afîranchisse- « ment du péché nous a rendus les heureux esclaves

1 Ephés., I, 10; — Coloss., i, 17, 20. — ^ S. Jéiùine, /'/» cap. i ad Ephes.; — S. Grégoire, lib. i, c. 2, in lib. I Reg.; — S. Bernanl, serm. 22 in Canl. ; — S. Thomas, lect. 10, in cap. i Joan., et quœst. ~i prœced., arl. 9. — ' Luc, i, i8. — * Apoc, xvi, o. — ' Matth., xvi, 27; — Hoiii., ii,<); — AiMjL., XXK, 12. — •> n<j:ii., vi, 18. — ' Jar., i, 2i.

« de la justice^, et qu'autant nous avons fait servir nos « facultés au mal, autant nous devons les faire servir <( désormais à notre sanctification -, »

0 vous en qui « nous voyons comme dans un miroir^ » la perfection adorable du Très-Haut, ah! laissez tomber sur nos âmes quelques rayons salutaires de l'éclat éblouissant de vos sublimes vertus. Daignez, par votre douceur, corriger nos vivacités et nos impatiences; par votre humilité, nos vaines prétentions et notre orgueil; par votre pureté, nos appétits sensuels; par votre charité, notre froideur envers Dieu, notre manque d'amour vraiment fraternel pour le prochain! Daignez surtout, par votre sainte protection, nous faire rentrer en grâce avec Dieu, si nous avons l'incomparable malheur d'en être déchus; nous y maintenir, si nous sommes assez heureux pour jouir de son amitié, dont le prix et l'honneur sont infinis ; et nous aider à devenir de plus en plus « conformes «à votre divin Fils^, » en vous imitant, ô vous « qui « en êtes l'image vivante ^ ! »

Miroir (le jastice, priez poar nons! — Specnlum jnslitiœ, ora pro nobis!

' Rom., M, 18. — ' Rom., vi, 19.— U Cor., xiii, 12. — ' Rom., Yiii, 29. — ' S. Jean Damasc, oral, de Nativ. B. V.

1DIT\TIII\ \\\,

SKItKS SAP1K>TI i:, iiliA l'Rn >ulllS

Fils du Très-Haut, Verbe adorable, « parole iu- « lérieure, pensée, raison, intelligence incréée, sub- « stantielle de Dieu^, » vous êtes « la source de la « sagesse-.» Oui, vous êtes cette Sagesse éternelle «en- « gendrée dans le sein du Très-Haut avant toute créa- «ture^; cette Sagesse qui fait jaillir la science « comme la lumière, dont les pensées sont plus vastes « que la mer, et les conseils plus profonds que Tabîme ^; « cette Sagesse qui atteint dune extrémité à l'autre « avec force, et dispose toutes choses avec suavité^ ! » Vous êtes cette Sagesse infinie «qui a reposé dans le « sein de la Irès-sainte \'ierge comme dans un taberna- «cle*'. » et (jue la foi chrétienne aime à contempler, sur les genoux de cette divine Mère, sous les traits « du plus aimable des enfants des hommes^ ! »

Et vous, ô Marie, vous êtes pour cette Sagesse in-

' Bossiiot, Mi'^ Eléviil. sur les laysL, xii" seiuaiue. — - Eccli., i, .). — ' Eccli., vxiv, o. — ' Eccli., .vxiv, '.il, 39. * Eccli., x.viv, 12. — ' Ps. XLiv, 'i.

carnée un trône magnifique, bien plus précieux et plus digne que tout ce que nous pouvons connaître ou imaginer de plus beau, de plus riche, de plus resplendissant dans les créatures!... L'Histoire sainte, voulant nous montrer combien était merveilleux le trône divoire du roi Salomon, nous dit « qu'il ne s'était ja- « mais fait un ouvrage semblable dans tous les royau- « mes de l'univers *. » Ah! ne craignons pas de dire nous-mêmes que le Seigneur, dans sa toute-puissance, n*a jamais créé rien d'égal à celle dont il a fait le trône vivant de son divin Fils : « trône par excellence, « incomparable où, selon la pensée du bienheureux « Pierre Daraien, notre grand Dieu s'est plu à repo- « ser - ; demeure auguste du souverain Monarque de « Tnnivers, dit saint Pierre Chrysologue ; palais sacré <( que s'est bâti la Sagesse ; noble et magnifique « sanctuaire qu'elle a décoré de sept colonnes^, « qui sont l'emblème des sept dons répandus par « l'Esprit saint dans l'àme de Marie avec une si ad- « mirable abondance ^ ! »

Quel cœur, en effet, fut jamais aussi intimement pénétré de cette crainte religieuse qui appréhende constamment de déplaire au Seigneur, et qui est attentive à peser jusqu'aux moindres actions de la vie? Quel cœur fut aussi éminemment doué de cette piété tendre qui fait que l'on s'attache à Dieu avec un dévouement sans bornes, et qu'on a « un désir extrême « d'accomplir ses commandements^? » Quelle créature humaine reçut jamais une aussi riche etfusion de cette «science des Saints*^ » (|ui éclaire l'homme sur

'111 Hoi-, X, JO. — - Si rm. de Annunlial. — l*ro\., ix, 1. — ' Seiin. \\(^ de Annunlial. — ' Ps. cxi, I. — '' Piov.. iv, I0.

tous ses devoirs, et lui trace la roule à suivre pour arriver à sa fin dernière? La retraite de Marie encore enfant dans le temple, sa consécration entière au Seigneur, ses paroles à l'Ange dausle mystère de l'Annonciation, «sa vie cachée en Dieu*» à Nazareth, nous disent assez haut combien cette âme si privilégiée avait été ornée de ces dons précieux. Et dans quelle autre a éclaté, comme dans Marie au Calvaire, ce don de force qui fait triompher des plus grandes épreuves ? Dans quelle autre a brillé , comme dans « la Vierge très-prudente -, » le don de conseil, qui dirige dans les circonstances les plus délicates ; ou le don d'intelligence, qui pénètre les voies les plus élevées de la grâce , comme dans celle « dont le repos même, «disent les saints docteurs, n'interrompait pas la sublime contemplation ^ ? » Quelle autre enfin posséda jamais à un si haut degré le don de sagesse, qui couronne tous les autres, et qui consiste à bien connaître l'auteur et la fin de toutes choses , à n'agir, à ne vivre, à ne respirer que pour lui seul? Marie n'a-t-elle pas toujours vécu pour Dieu seul , et son doux et glorieux trépas n'a-t-il pas été « l'effet « d'un dernier élan d'amour divin ^ ? »

Rendons, ici, tous nos hommages « à ce trône « royal ^, à ce trône divin ^ » de la Sagesse éternelle; et supplions celle qui a été élevée à un si grand honneur, de nous obtenir, avec une heureuse participation aux riches dons qui ont fait l'ornement de sa

' Coloss., III, 3. — ^ Lilan. — 'S. Ambroise, Lib. deVirg.; — S. Antonio , t. 2, serm. 5, art. i, c. 2; — S. Bcrnaidin, t. 2, serin, fil, p. 4, tit. 15, c. 2. — '' Bossuel, \" serm. snr l'Assonipt. — ^ S. GréiToire Thaunirif., scnii. de Annunt. — '■ S. Ephroiii, de Laiidib. Deip.

belle âme , la grâce d'attacher toute notre estime à la sagesse chrétienne que nous a enseignée son divin Fils; la grâce d'en faire la règle exclusive de notre conduite , « en cherchant avant tout le royaume de Dieu « et sa justice * , » et en nous assurant, par nos bonnes (Euvres , « un trésor que la rouille n'atteint pas et que « les voleurs ne sauraient ravir 2. »

0 Marie ! ne permettez pas que nous nous laissions jamais égarer par « la fausse sagesse de la chair qui « est ennemie de Dieu^, » ou par « la fausse sagesse « du monde qui n'est que folie devant le Seigneur ^.» Faites plutôt, par votre intercession puissante, que nous soyons les disciples dociles de « cette sagesse qui vient « d'en haut, qui est chaste, amie de la paix, mou deste , pleine de fruits de vertu ^ , » qui maintient l'esprit dans le calme et la modération évangéliques , qui réprime les mouvements désordonnés des passions , qui inspire la réserve et la circonspection dans les jugements; qui enseigne à user d'indulgence pour les autres, à veiller avec sévérité sur soi-même. 0 vous qui avez été « la demeure vivante de la Sagesse « hicréée ® , » de ce Jésus par qui « la grâce diver- « sifie admirablement ses dons^,» demandez-en pour nos âmes une effusion abondante.

Trône de la sagesse, priez pour nous! — Setles sapienlùT, orapro nobisî

' Matth., VI, 33. — - .Mallh., vi, 20.— ' Rom., i, 7. — '• 1 Cor., i„, 10. — • .I.H-., m, 17. — «Satr., vil, 2S. — ' Kiiliés.,111, lO.

.Of ,111 ..ï^rtq'A :>,in|, ao^ ?^r.|, ooili^riovil. J>^, ir.in o|. v^o^ir.? f.J ' 2UOM ftuop S3i8q .aeaaoAe aj aa 3mort

Avor ollo (lonioiirp la s;i£ro?50. Sag., vil, 28.

La saçTPssr do Dion rst divorsifii-tMlans sos dons. Ephtis., m, \0.

La sappsso sVst Icitic un palni< dtVoré do sopt rolonnos. Prov.. ix, 1.

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