MEDITATION \LVII
REGl.NA PAÏRIAnC.HARUM, ORA PRO NOBIS.
Sur la terre les saints patriarches avaient « salué de « loin ^, » avec une foi vive, une douce et ferme espérance, cette femme merveilleuse que le Seigneur avait annoncée, dès le commencement, comme devant donner le jour au Sauveur du monde. Dans le ciel ils lui offrent, avec une joie sans égale, le tribut de leur vénération et de leur tendre amour, comme à celle qui, par Jésus, les a introduits « dans les ta- « bernacles éternels -. »
C'est d'abord x\dam qui admire et bénit en Marie, l'Eve nouvelle , la véritable a Mère des vivants ^, « dont le pied a écrasé la tête du dragon infer- « nal ^, » séducteur de la première Eve ; celle dont le divin Fils est venu réparer la chute primitive d'une manière si merveilleuse, quel'Éghse a pu s'écrier dans un pieux élan de reconnaissance : « 0 heu- « reuse faute ! qui nous a valu un si admirable et si « grand Rédempteur ^ ! »
' Hébr., XI, 13.— = Luc, xvi, 9. — "> Gen., m, 20. — '' Gon., m, !•'). — •'' Mis'îf'l l'oiii., s;irn('(ii-snint.
Après Adam, Noé, choisi jadis pour être comme le second père du genre humain qui était condamné à périr par le déluge, contemple avec ravissement celle que l'Église appelle « notre vie et notre espé- « rance ^ ; » Abraham, qui n'a pas hésité autrefois d'immoler à Dieu son fils unique, de la vie duquel dépendait naturellement l'existence du peuple destiné à produire le Messie, honore, loue, avec un saint transport, la Mère de ladorable Fils unique dont Isaac avait été le symbole -, et dans lequel « toutes « les nations ont été bénies, selon les promesses du « Seigneur ^. » Puis, c'est Jacob qui célèbre la gloire de cette Vierge par excellence, de qui est né, sur la terre , « le salut du Seigneur qui avait été l'objet « de ses vœux les plus ardents ^. » C'est encore Joseph , « le Sauveur de l'Egypte ^ , » qui rend un solennel hommage à la mère a du Sauveur du « monde ^. » dont son innocence, ses malheurs, son élévation avaient si bien figuré la sainteté, les souffrances et la gloire ; c'est Moïse qui admire, exalte celle qui a donné à l'univers « l'Envoyé divin, sem- « blable à lui ', » comme lui législateur, thaumaturge et libérateur ; ce sont, en un mot, tous « les « saints patriarches, tous les augustes chefs de fa- « milles bénis du Seigneur, aujourd'hui heureux ha- « bitants de la Jérusalem céleste ^, » qui se plaisent à reconnaître que par elle la couronne immortelle ceint leur front radieux, et qui lui disent de concert : « Votre sceptre est celui de la douceur et de la
• Salve Reg. — - Hébr., xi, 10. — ' Gen., xxii, 17, 18. — ' Gen., XLix, 18. — ' Gen., xli, io. — '' Jean, iv, i2. — ' Deulér., xviii, i:i, IS. — -^ Paialip., viii, 28.
« justice, et votre droite est pleine de merveilles^ ! » Mais qu'est-ce qui leur a mérité cette couronne inestimable?... leur fidélité à Dieu, leur foi au Rédempteur futur, et « leur désir de voir luire le jour « de sa venue ^ : » fidélité, foi, désir qui dans le cœur de la très-sainte Vierge, avant le bienheureux message qu'elle reçut d'en haut, étaient déjà montés à un degré de perfection inexprimable. Si, en effet, la foi et la fidélité d'Abraham, par exemple, étaient allées jusqu'au prodige, quelles durent être celles de Marie, si élevée dans le ciel au-dessus de ce saint patriarche, dans le ciel où chacun a le rang qu'il a mérité ! Si le désir de voir arriver le Christ sur la terre était devenu si vif dans le cœur d'Abraham, que Jésus lui en donna publiquement une louange solennelle à Jérusalem ^, quelle dut être la flamme de ce même désir dans l'âme de celle dont saint Proclus a dit que «nul « patriarche ne saurait en rien lui être comparé ^'. » Pour nous, (ô bonheur ineffable !) nous n'avons pas à désirer, nous n'avons qu'à jouir; nous ne goûtons pas seulement les consolations d'une douce espérance, nous possédons tous les fruits délicieux de la réalité. Jésus est venu « du haut des cicux ^ ; il a vite site la terre *^ ; » il l'a éclairée, il l'a sanctifiée, il l'a sauvée , il l'a dotée des dons les plus magnifiques, des ressources spirituelles les plus précieuses. Bien plus, il a fixé sa demeure « dans cette vallée de lar- « mes ^, » qui eût été, sans doute, trop heureuse de le posséder quelques années, quelques instants..... Hélas! et nous méconnaissons son adorable et con-
' Ps. XLiv, ij. — - Jean, viii, bO. — ' Ibid. — '' Oral. '6 in S. Deip. — ' Jean, m, i;j. — '^ Luc, i, 78. — ' Salve Reg.
linuelle présence; et nous négligeons de visiter cet hôte divin, qui semble s'oublier lui-même, pour « faire ses délices d'être au milieu des enfants des « hommes ^ ! » Oh ! qu'il ne soit plus vrai de dire de nous ce que Jean-Baptiste disait des Juifs, contemporains du divin Jésus : '( Au milieu de vous habite « celui dont je ne suis pas digne de déher la chaus- « sure, et vous ne le connaissez pas - ! »
0 Marie! « doux espoir des patriarches ^. qui avez possédé d'une manière si intime celui qu'ils avaient tant désiré, faites-nous apprécier le bonheur infini que nous avons de le posséder nous-mêmes, et de pouvoir jouir de toutes les grâces dont il est la source inépuisable. Comme le Messie à venir avait été le centre de vos vœux les plus ardents, le Messie venu fut le centre de toutes vos affections; et il a été, sous vos auspices, l'objet unique de l'amour et du dévouement de ces illustres fondateurs d'Ordres religieux que la piété appelle les patriarches du nouveau Testament. Qu'il en soit ainsi de nous, ô divine Mère! Puisse surtout notre foi s'animer dans nos cœurs assez vivement pour nous faire bien voir et bien sentir que, par le mystère adorable de la présence continuelle de Jésus au milieu de nous, « la terre nous devient un « ciel ^,n et que vers l'Eucharistie doivent se tourner toutes nos pensées, tous nos désirs, toutes nos aiïections î afin que nous accomplissions fidèlement ce pieux devoir à la gloire de votre divin Fils ,
Reine des patriarches, priez pour nous ! Regina palriarcliaruni, ora pro nobis!
' Pruv.', MU, Ml. — - Joan.,i, 26. — ' S. Eplufin., de Laudil>. n. r. — • S. Cluv^ost., Homél. 24 in ICor.
JIEDITATIO.\i XLVIII.
RtGIN.V rilOPIIETARUM, ORA P[tO NOBIS.
Prodiges vivants de connaissances surnaturelles, les Prophètes tracèrent jadis le tableau le plus parfait du Messie, bien des siècles d'avance. « Les plus an- « ciens en firent comme la première esquisse; ceux « qui vinrent après eux achevèrent successivement « les traits laissés imparfaits par leurs devanciers. « Plus ils approchaient de révénement, plus leurs « couleurs s'animaient; et quand le tableau fut ter- « miné, le dernier, en se retirant, désigna le saint « Précurseur qui devait dire : Yoilà l'Agneau de « Dieu chargé des péchés du monde ^ ! »
Mais en peignant les diverses phases de la vie mortelle du Sauveur, les divers caractères de sa personne et de son ministère, les fruits merveilleux de sa mission, pouvaient-ils ne pas entrevoir la Mère auguste de cet Homme-Dieu, cette fille admirable d'Eve, dont ils savaient que le Seigneur avait annoncé primitivement la coopération glorieuse au salut du monde -?
' l.ellies de M. Dnick, lablnu convuili. — - Gen., m, l.i.
Ah ! sans doute, la douce et majestueuse figure de Marie les a fait tressaillir plus d'une fois, tandis qu'ils écrivaient l'histoire prophétique de son divin Fils; et combien surtout vous dûtes en être émus, vous David *, Ezéchiel -, Isaie ■'^, à qui des illuminations spéciales révélèrent les grandeurs de la Vierge-Mère!
Maintenant que, dans le séjour de la gloire éternelle, ils contemplent à découvert sa destinée si brillante et si magnifique , son éblouissante couronne de « souveraine universelle de toute créature'', » avec quelle joie ils rendent hommage à leur céleste Reine ! Avec quelle vénération ils honorent l'excellence des lumières divines dont le Seigneur l'a gratifiée elle-même!
Chaque prophète n'avait été, en effet, surnaturellement éclairé que sur quelques points de l'histoire du Rédempteur ; et vous, Reine des prophètes, vous avez embrassé toute la suite de leurs prédictions, vous en avez pénétré tout le sens, selon la pensée de saint Liguori^ ; « vous avez vu de vos yeux, vous avez ouï de « vos oreilles , ce qu'ils avaient tant désiré de voir et « d'entendre "^î » Les prophètes, animés du feu sacré de l'inspiration , s'étaient élevés à une hauteur de pensées, de ton, qui nous frappe, nous charme, nous ravit dans leurs écrits; et vous, «remplie « de l'Esprit saint ^, toute transportée de joie en « Dieu notre Sauveur ^. » vous avez chanté, à sa gloire, un hymne de reconnaissance où se déploient une richesse de sentiment, une sublimité d'expression, un enthousiasme divin, que n'égalent pas ces
* Ps. XLiv, 11, 12. — 2 Rzéch., xuv, 2. — ' U., vu, li. — '' S. Jean Damasc, Lib. i de fi de orlhod. — ' Serm. sur les douleurs de Mario. — « Luc, x, 2i — " Luc, i, iCi. — *Luc, i, iT.
anciens oracles du Très-Haut ! Vous avez prédit, vous, humble et pauvre fille de la tribu de Juda, vous, épouse obscure d'un obscur et pauvre ouvrier de Nazareth , que « toutes les générations vous procla- « nieraient bienheureuse ^ : » prophétie des plus étonnantes, que tous les peuples, tous les âges, ont accom-= plie constamment depuis dix-huit siècles ! Vous avez prédit aussi les futures destinées de l'Église, du vrai peuple de Dieu, du véritable « Israël, que le Seigneur « a pris sous sa protection, se souvenant de sa misé- « ricorde et de sa promesse à Abraham et à sa poslé- « rite, qui doit subsister aux siècles des siècles - ; » et les combats perpétuels, les perpétuels triomphes de l'Église n'ont jamais cessé de mettre en évidence la science divine qui vous les avait fait lire dans l'avenir ! « Que nou§ sommes heureux, dit ici le grand évè- « que de Meaux, que Dieu ait daigné s'engager ainsi « avec nous par des promesses! Il pouvait nous don- « ner ce qu'il eût voulu ; mais pourquoi nous le pro- « mettre, sinon, comme l'a dit Marie, pour faire « passer d'âge en âge sa miséricorde ^, » manifestée si admirablement par l'avènement du Sauveur, qui nous a promis lui-même de conserver son œuvre «jusqu'à la fin des siècles ^. » Reposons-nous, avec une foi inébranlable, sur sa parole divine : « le ciel et « la terre passeront, mais elle ne passera point ^. » Profitons de l'accomphssementsi fidèle de la prophétie de Marie et de la promesse de son divin Fils, depuis le berceau du Christianisme jusqu'à nos jours, pour ranimer notre confiance en toutes les autres paroles du
* Luc, I, 48. — - Ibid., oi, Sa. — ^ Élév. sur les mysl., xiv" seiiKunc, viii' F:iév;it. — '' Malth., xxviii, 20. — ^ Malth., xxiv, 3o.
saint Évangile ; et livrons-nous, avec un total abandon , aux bienheureuses espérances de la foi , dans lesquelles nous devons « noyer toutes les trompeuses « espérances dont le monde nous amuse ^ . »
Jadis, ô Marie ! dans l'extase de votre gratitude envers le Seigneur, l'avenir s'est ouvert à vos yeux, et vous avez annoncé le culte pieux et solennel dont vous deviez être l'objet de la part a de toutes les gé- « nérations -, » et la perpétuité de l'Église, qui doit vivre, et combattre, et triompher «jusqu'à la fin du « monde ^. » Ah ! c'est avec une douce consolation que nous voyons le merveilleux accomplissement de vos paroles, durant une si longue série de siècles ; c'est avec une vive joie que nous reconnaissons en \ous, avec saint Basile, celle qu'Isaie avait désignée sous le titre de « prophétesse ^, » et à qui « les Voyants « rf'/sraë/^, rendent témoignage ^» dans leurs prédictions touchant le divin Rédempteur. Daignez, ô vous ! que David appelle « la Reine brillante de l'éclat des « ornements les plus variés "^ , » daignez nous obtenir de mêler toujours notre faible voix au concert universel qui « vous proclame bienheureuse ^ : » de nous appuyer toujours sur les oracles infaillibles de l'Évangile; de ne nous laisser jamais ébranler ni par les scandales, ni par les persécutions , mais « de persévérer « fidèlement, jusqu'à la fin ^, » dans la foi et dans les œuvres qu'elle seule inspire !
Reine des prophètes, priez pour nous !
Regina proplielaruni , ora pro nobis !
* Bossuet, Élevât, sur les mysf., Und. — - Luc, i, 4S. — ' Matîli., XXVIII, 20. — '■ In h. proph., c. 8. — ^ Is., xxx, 10. — « .\ct., x, 43. — ■ Ps., xuv, 10. — ^ Lur., I, 18. —" Mnlth., x, 22.
.i<1 ,1 ,')«A .l'>ii-i«I iii'jJivnéi n<iê iioiJ'j'iloKj >:>■. ^im>. %iu| r. Ji)i«I .c* »Jf,.\3K .ovKn;gioiii9i Jiiilifi'ji lui g'iJ'iilqon'l if-jj
eUOM flUOq Î3IH9 ,23T3HSOaS 230 3MI3fl
C'est la Rfinr, ornéo dos tilios Us plus divors. Ps. xLiv, 10.
Voilà que lontos les générations nie proclameront bicnlienrouse. Liir, i, 18.
Dieu a pris sons sa protection son serviteur Ismël. Lttc, i, Tii.
F-es Prnpliètes lui rendent tcrnoipfnaijc. Ad., x, 45.