‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 55 sur 69 · REGINA APOSTOLORUM, ORA PRO NOBIS · texte numérisé non relu

REGINA APOSTOLORUM, ORA PRO NOBIS

Ce que les philosophes les plus renommés par leur science, ce que les orateurs les plus éloquents, ce que les hommes les plus puissants et les plus habiles n'avaient pas eu même la pensée d'entreprendre ; ce que jamais ils ne fussent \enus à bout d'exécuter, s'ils eussent osé mettre la main à l'œuvre, douze pauvres ignorants Galiléens l'ont osé , sans aucune ressource humaine , l'ont réalisé avec un bonheur inconcevable. Les Apôtres se partagent le monde pour le conquérir, pour établir, «dans tout l'univers, un nouveau «culte, un nouveau sacrifice, une loi nouvelle ayant « pour auteur Jésus crucifié dans Jérusalem. Et, pour «se concilier les esprits : Yeitez, disent-ils, venez « serv'ir Jésus; quiconque se donne à lui sera heu- « reux quand il sera mort ; en attendant , il faudra « souffrir les dernières extrémités i.» Et, pour prêcher cette doctrine, ils bravent les tourments, la

' Bossuet, Panéffvr. de saint André.

mort même; et ils «attirent tout à eux^,>^ et bientôt l'univers païen adore Jésus et pratique lÊvangile.

Zèle divin , dévouement divin, succès divin, sans aucun donte! Mais quelle part Marie a-t-elle donc eue à cette grande œuvre, pour mériter le titre de Reine des Apôtres ! Ah ! cette auguste Vierge qui, par la seule prééminence de sa maternité divine, aurait droit à ce titre, a merveilleusement contribué à la formation , à l'accroissement , au soutien de l'Église naissante.

Ne la voyons-nous pas, dès le commencement, pendant cette pieuse retraite par laquelle les Apôtres se disposaient, selon l'avis du Sauveur, « à recevoir « d'en haut la vertu de l'Esprit saint -, n ne la voyonsnous pas « persévérant avec eux dans la prière ^ ? » « Et qui pourrait penser, dit saint Antonin , qu'elle « n'ait reçu avec eux , au jour de la Pentecôte , les « dons merveilleux dont ils furent tous enrichis par le « Saint-Esprit , afin que rien ne lui manquât de <( toutes les grâces , de tous les avantages spirituels « qu'elle pouvait posséder '' ? » « Oui certes , dit saint « Thomas , la bienheureuse Vierge a reçu excellem- « ment le don de sagesse , le don de miracles , et le « don de prophétie ^. » Sans doute elle ne devait pas exercer le ministère des Apôtres; mais toutes ces grâces lui ont été accordées comme un ornement dû à la dignité de Mère de Dieu : une telle mère pouvaitelle, dans tout ce qui était compatible avec les convenances de son sexe , rester au-dessous de ceux qui

' Jean, xii, 32. — - Luc, xxiv, 40; — Act., i, S. — 'Acl.,i, 14. — ■' 4 Part. tit. io,c. 1!).— ^ .1 Part. (]. 27, art. o.

s'appelaient « les serviteurs de Jésus ^, » et dont saint Anselme et saint Bonaventure n'ont pas hésité à dire « qu'ils avaient été les disciples de celle qui l'avait « enfanté -? »

Et, en effet, c'est Marie qui a dû révéler aux Apôtres toutes les circonstances des mystères dont ils n'avaient pu être les témoins, et qu'ils devaient à leur tour faire connaître au monde; c'est elle qui a dû leur communiquer, sur la vie cachée de Jésus , les connaissances les plus précieuses et les plus consolantes : car « elle conservait tout dans sa mémoire et « dans son cœur, suivant l'expression de l'Évangile ^, « dit le vénérable Bède , pour en faire part, quand le « temps serait venu , aux Apôtres et aux Évangé- « listes ^. » Et comment douter qu'elle ait été pour eux une source de lumière , quand saint Ambroise a dit « qu'auprès d'elle saint Jean, cet aigle sublime, a « puisé les hautes et admirables notions qu'il a eues « de la divinité du Verbe ^ ? »

Mais elle mérite encore le titre de Reine des Apôtres par son heureuse influence sur les progrès de l'Évangile. Ses exemples étaient une prédication puissante: n'était-elle pas, en tout, l'image la plus fidèle du divin Jésus, « le miroir le plus éclatant de sa vie, «dit saint Laurent Justinien^?» Ses entretiens avaient une efficacité merveilleuse : il est écrit que « la bouche «parle de l'abondance du cœur^,» et le cœur de Marie était , dit saint Bernardin , « une fournaise d'a-

*Jac. 1,1; — Il Pier. 1, i; — JuJ. 1. — -S. Xnie\m., de Concept. Virg., C.27; — S.Bonav., in psalt.min. in Prec. — ^ Luc, ii, 19. — ' Homél. m Luc, cap. 2. — ' Lib. de insdt. Virg., ç. 7; — Prœf. in Juan. — '' De Irirtmph. ngon. Christ. — ' Miilth., Xli, 'M.

«mour de Dieu ^. » Ses prières étaient l'élan , à la fois, le plus pur, le plus humble, le plus ardent; et comment exprimer avec quel zèle, avec quelle ferveur celte divine Mère demandait au Ciel le développement de la grande œuvre de son Fils adorable?

Pour imiter Marie , concourons , selon notre pouvoir, au bien de l'Église et au succès des pieux missionnaires qui sont les continuateurs des premiers Apôtres. Soyons apôtres nous-mêmes par nos exemples, nos discours, notre coopération aux bonnes œuvres, afin que, « par nous . le nom de N.-S. Jésus- « Christ soit slorifié -. »

0 Marie! que Jésus laissa surla terre, après son ascension glorieuse, pour y exercer un zèle plus qu'apostolique , « pour y être l'appui et le soutien de son « Église ^^ ; » vous qui non-seulement avez participé à tous les dons que les Apôtres reçurent du Ciel, mais qui avez été leur lumière et leur modèle, ohl qu'à bon droit vous êtes nommée la Reine de ces « douze a héros, dont les noms sont écrits dans les fonde- « ments de la sainte cité de Dieu'^î» Daione votre cœur, si ardent pour la gloire de Jésus, communiquer au nôtre quelque étincelle de ce feu sacré que les âmes pieuses cherchent à répandre sans cesse autour d'elles! Faites, faites du moins que, «par les « œuvres d'une bonne et sainte vie ^ , nous soyons « comme des flambeaux qui éclairent nos frères, et « qui leur fassent glorifier le Père céleste ^ ! »

Ueinedes apôtres, priez pour nous !— Regina aposioioriim.ora pronobisl

» Seini. !l, de \ isit. — - Il Thcssal., i , 12. — ' Bossuet , Serin, sur l'Âssompt. — ' Apec, \xi. n. — -lar.. m. lo. — ' Malth.. v, !«.

MÉDITATIOJI L.

RE(;iINA MAHTYRUM , ORA l'RO INOBIS.

Qui nous donnera d'égaler ici les lamentations aux douleurs? 0 Marie ! que vous avez bien pu dire aux hommes avec vérité, alors que « votre affliction était « profonde comme l'Océan^ : Regardez donc et voyez « s'il fut jamais déchirement de cœur semblable à « celui qui fait mon martyre ^ ! »

La vue du sang répandu nous émeut : notre nature ne saurait froidement voir couler par violence celui d'un de nos semblables; elle souffre cruellement si c'est celui d'un ami ; plus encore si c'est celui d'un frère; plus, ah! bien plus encore, si c'est celui d'un fils, et d'un digne fds, d'un fds tendrement chéri. Mais si c'est le cœur de la plus tendre des mères qui est condamné à ce triste spectacle, combien l'impression en est plus vive, plus douloureuse! Et si le fils qu'elle voit immoler est un fils unique, doué des qualités les plus rares, ah! nulle parole humaine ne saurait rendre l'extrémité de cette souffrance morale.

' Lainenl. ii, l.f. — - /'hV/., i, 12.

^iOG MEDITATIONS SUR LES LITANIES.

Vous filles cette mère, ô iMarie! Jésus fut ce fils unique, véritablement incomparable, au supplice duquel vous dûtes assister! 0 vous que l'Église nomme si bien «la Mère de douleur^ ,» dites-nous, (car nous ne pouvons ni le sentir ni l'exprimer nous-mêmes), dites-nous quel «glaive acéré transperça votre cœur ^,» à chacun des coups qui enfonçaient les clous dans les mains et dans les pieds de votre Jésus ; dites-nous quelles furent vos angoisses, quelle affreuse et longue agonie fut la vôtre , quand , durant trois heures, vous eûtes à contempler ce tout aimable Fils suspendu si cruellement à un infâme gibet ; ou plutôt taisez-vous, ô divine Marie ! gardez , ah ! gardez ce silence si héroïque , si éloquent , si sublime , que votre immense douleur s'imposa sur le Calvaire : ce silence surhumain nous en dit plus, infiniment plus, que tous les cris, tous les gémissements, tous les sanglots d'une mère désolée.. . Oh ! que volontiers vous eusyez donné votre vie pour sa vie ! que vous auriez goûté de consolation à mêler du moins votre sang à son sang! Mais non , il fallait que vous fussiez « plus que mar- « tyre, selon la pensée de saint Bernard ^ et de saint « Bonaventure ^, » en souffrant tout ce qui naturellement devait vous faire mourir, avec la certitude que la mort ne viendrait pas mettre fin à votre inexprimable supplice. C'est ainsi que vous deviez conquérir glorieusement le titre de Reine des Martyrs, par l'excès inouï de vos souffrances , devant lesquelles saint Anselme «estime légères toutes celles des autres

' Slahut. — - Luc , Il , 33. — ' Seim. 12 de I'rn>rogaliris H. M. 1'. — ' In xpec. Ire t. i.

« héros du Christianisme'.» qui pourtant «ont en- « duré les fouets, les chaînes et les prisons, ont été « lapidés, ont été sciés , ont été torturés de toute ma- « nière, eux dont le monde n'était pas digne -. »

Mais le Calvaire ne fut pas le seul théâtre du martyre de la très-sainte Vierge. Lorsque le corps sacré du Sauveur eut été détaché de la croix, la tradition nous dit qu'il fut remis entre ses mains, avant d'être déposé dans le sépulcre. Eh ! qui pourrait concevoir ce qui dut se passer dans le cœur d'une telle mère , en ce moment si tristement solennel? Tenir dans ses bras le corps inanimé de son Fils bien-aimé , ce corps meurtri, déchiré si cruellement; contempler, de ses yeux pleins d'amour, les blessures profondes par où son sang précieux, s'écoulant, avait baigné la terre ; se représenter vivement toutes les scènes affreuses de la passion, oh! quel supplice ! Saint Augustin dit que « toutes les douleurs de Jésus avaient été les douleurs « de iMarie; que la croix et les clous du Fils avaient « été la croix et les clous de la Mère ^. » Alors donc tout ce qu'elle avait ressenti auparavant , tout ce qui avait navré, déchiré son cœur si tendre, se renouvela, mais avec un redoublement d'amertume, de désolation extrême, de souffrance sans égale et sans nom.

Grande leçon pour nous tous, enfants de l'Évangile ! Jésus et Marie sont entrés dans la gloire éternelle à travers les peines et les souffrances : Jésus, la sainteté même! Marie, la plus sainte des créatures! Et nous , pécheurs par nature , pécheurs de volonté ,

1 De excellent. Virg.. c. o. — ^ Hélir., XI , 30, 37, 38. — = Serm. de Pass. Doiii.

prétendrions-nous y arriver par une autre voie? La croix , voilà l'héritage que l'Homme-Dieu nous a laissé dans ce monde, et qui doit devenir pour nous comme le gage assuré « de l'héritage immortel , in- « corruptible ^ » qu'il promet à notre résignation, à notre patience, à notre fidélité dans les épreuves; car il est écrit : « Si nous souffrons avec lui , avec lui nous régnerons -. »

0 tendre Mère! qui avez enduré, au pied de la croix, des souffrances bien plus cruelles que le martyre du corps ; ô vous dont l'exemple et la prière ont dû si heureusement encourager « tous ceux qui ont « vaincu par le sang de l'Agneau , qui ont scellé de « leur sang le témoignage rendu par eux à la parole « divine ^, » et au nom desquels le glorieux saint Etienne vous offre sa palme et sa couronne, daignez compatir à nos peines et soutenir notre faiblesse. Détournez de nous le calice, s'il devait devenir trop amer pour notre débile vertu; ou bien, obtenez-nous de dire courageusement à Dieu avec le Sauveur : « Que « votre volonté soit faite ^ ! » Faites-nous bien comprendre cette grande parole du divin Maître, que « quiconque ne porte pas sa croix et ne le suit pas, ne « peut pas être son disciple ^ •, » et afin que nous ayons le bonheur « de posséder toujours nos âmes par « la patience ^, »

Reine des martyrs, priez pour nous! — Regina niarlyrani, orapro nobis!

1 IPier., I, 5. — MI Tim., ii, 12. — ' Apoc, xii,ll. — '' Mattli., XXVI, 42. — * Luc, XIV, 27. — ^Luc, xxi, 19.

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• 2U0H «U09 X3lfiq ,2RYTflAM 230 3MI3R

Un glaive de douleur transpercera votre ùine. Luc, ii, 35. Ce sont là ceux qui ont remporté la victoii-e par le sang de TAgncau et par

la parole à laquelle ils ont rendu témoignage ; ils ont renoncé à l'amour

de la vie jusqu'à souffrir la mort. Apoc, xii, 11. Regardez et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne. Lam.,i, 12.

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