REGINA CONFESSORUM, ORA PRO NOBIS
Gloire à vous, nobles confesseurs de la foi, qui avez regardé « comme un gain précieux * » de vous avouer hautement disciples de Jésus devant les ennemis de son nom, au péril même de vos jours! Gloire à vous qui , lorsque la Providence ne vous a pas mis à de telles épreuves, avez toujours fait profession d'appartenir à cet adorable Maître par la pratique de toutes les vertus évangéliques , par l'éminente sainteté de votre vie ! Mais plus encore , bien plus qu'à vous , gloire à Marie, votre auguste Reine à tant de titres!
Vous vous êtes, en effet, montrés constamment les serviteurs dévoués du divin Sauveur; mais Marie n'est-elle pas demeurée plus intimement et plus courageusement fidèle à son divin Fils? Votre cœur a été pénétré pour lui d'un amour ardent et généreux ; mais Marie n'a-t-elle pas été embrasée d'un feu divin véritablement incomparable? Vous avez bravé, pour lui , les outrages, les dangers, les traverses de toute es-
» Philipp., I, 21.
t>lO MEDITATIONS SUR LES LITANIES.
pèce; mais Marie n'a-t-elle pas partagé toutes les situations si pénibles de la vie mortelle de son Fils, toutes les persécutions dont il fut l'objet ? Que de fois il fut calomnié, injurié par ses ennemis ! Que de fois les injustices et les insultes prodiguées au Fils durent cruellement rejaillir sur la Mère ! Voyez plutôt avec quel ton moqueur s'exprimaient ceux qui refusaient de croire à Jésus : « N'est-il donc pas « le fils de celle qu'on appelle Marie ^ ? » Entendez aussi comme jusque dans l'extrémité de son supplice , les ennemis de l'adorable patient lui jetaient la dérision, le mépris, les bravades les plus audacieuses ; Marie, debout au pied de l'infâme gibet, n'a-t-elle pas dû être confondue par eux avec lui dans les mêmes sentiments de haine et les mêmes outrages? Au milieu de toutes les injures, de tous les sarcasmes blasphématoires dont les ennemis de voire divin Fils font retentir les airs, ô Marie! «ô femme « par excellence, l'honneur et la gloire de votre sexe , « que votre foi est grande ^ ! » que votre amour, que votre dévouement sont admirables ! Tous les apôtres de Jésus, à l'exception de saint Jean, l'ont abandonné ; leur chef, Pierre lui-même, qui avait si hautement protesté qu'il lui serait fidèle jusqu'à la mort, a par trois fois , et avec serment, refusé de le reconnaître; et vous, en présence de la fureur des Juifs, en présence des bourreaux tout couverts du sang de votre Fils, vous déployez l'héroïsme de votre grande âme, vous entourez leur victime de toute votre adoration, de tout votre amour, de tout votre dévoue-
« Matfh.,xm,5o. — 2Matfh., xv, 28.
ment, lorsque le ciel même semble l' abandonner! qui pourra donc vous être comparé, ô Marie! ô vous dont la foi au divin Rédempteur a été si magnanime?
Et qui, d'ailleurs, égala jamais cette divine Vierge dans la pratique sublime de toutes les vertus qui peuvent caractériser une àme sainte, et faire de sa vie comme une prédication éloquente de l'Évangile , ou dans la possession des dons précieux qui assignent un rang éminent dans le ciel? Pureté, modestie, humilité, douceur, détachement, pauvreté, obéissance, piété , amour ardent de Dieu , charité inépuisable pour le prochain, zèle brûlant pour la gloire du Très-Haut, parfaite soumission à sa volonté adorable, abandon absolu à sa providence , patience à toute épreuve : toutes les vertus , en un mot , et au plus haut degré, ont brillé dans Marie. C'est pourquoi saint Pierre Chrysologue l'appelle « la réunion vi- « vante de tous les trésors de la sainteté ^ -, » saint JeanDamascène, «le sanctuaire de toutes les vertus^. »
Apprenons de cette Reine admirable de tous les confesseurs à mépriser le respect humain, et à vivre en dignes disciples de Jésus-Christ. Au miheudes sarcasmes du monde, portons haut la tête et le noble signe de la croix dont notre front a été marqué dans le baptême et dans la confirmation ; bravons, avec un saint courage , les dédains et les menaces « des enfants du «siècle % » nous souvenant de cet oracle infaillible de celui qui les jugera aussi bien que nous-mêmes : «Quiconque aura confessé mon nom devant les « hommes, je le reconnaîtrai devant mon Père qui
' Sei'ui. 1 iO. — - Lib. IV, De flde orlhod.—'^ Luc, xvi, 8.
212 MÉDITATlOiNS SUR LES LITANIES.
«est dans les cieux; et si quelqu'un rougit de moi, «je rougirai aussi de lui devant mon Père^. » N'oublions pas non plus cette grave recommandation du divin Maître : « Que vos bonnes œuvres soient comme « un flambeau qui frappe les yeux des hommes et les « force à glorifier votre Père céleste - ! »
Auguste Vierge, devant le trône de laquelle les confesseurs de la foi de Jésus se prosternent, en vous faisant hommage, les uns des «couronnes ^ qu'ils ont, (( sous vos auspices , pointées pour sa plus grande « gloire , les autres , de la sagesse céleste qui a brillé « daus leurs écrits ou dans leurs bonnes œuvres , et « qu'ils avaient co»ime reçue de votre douce protec- « tion ^ ; •» 6 vous, « qui avez en tout et toujours con- « fessé le nom du Dieu saint ^, » obtenez-nous la grâce « de soutenir avec fermeté les combats de la « foi ^, » au milieu du monde impie et corrompu qui nous environne. Vous qui avez toujours été le modèle créé le plus parfait de toutes les vertus évangéliques , obtenez-nous de rendre notre foi honorable par nos œuvres, « afin que le nom et la doctrine de Dieu ne « soient pas exposés par nous à la médisance des « hommes '', » mais qu'au contraire « notre bonne « et sainte vie leur ferme la bouche ^, et que nos « exemples les portent à glorifier le Seigneur ®, » auprès duquel nous vous supplions instamment de nous accorder votre bienveillante intercession.
Reine des Confesseurs , priez pour nons ! Regina Confessorum , ora pro uobis !
•Matlh., X, 32, 33.-2 Matth., v, 16. — 'Apoc, iv, 10. — ^Dculéron., xxxiii, 3. — ^Eccl., xlvii, 9. — "^ I Tim., vi, 12. — ' 1 Tini., VI, 1. — M Pier., II, la. — ' [bid., 12.
IIEDITAIION m.
BECINA VIRGINLM, ORA PRO ISOBIS !
Oui, VOUS êtes la Reine des Vierges , admirable Marie, qui la première parmi toutes les filles d'Eve, et malgré le préjugé contraire de votre nation, « avez « fait au Seigneur la promesse solennelle d'une chas- « teté perpétuelle ^ ! » C'est vous qui , selon les expressions de saint Arabroise, « avez levé l'étendard de « la virginité ^ ; » vous qui avez porté la vertu angélique à une telle perfection, que saint Jean Damascène, vous appelle « le trésor de la pureté virginale ^.
Et certes , il le fallait ainsi dans celle qui était destinée à une grandeur incompréhensible. « La « pureté rapproche de Dieu, dit le Saint-Esprit lui- « même dans le livre de la Sagesse ^. » Elle a donc dû être assez parfaite dans Marie pour la rendre aussi digne que possible de « l'alliance la plus étroite avec
' Saint Augustin, serm. 20 de tetnpore ; — Tract. 10 m Joan. ; — Saint Grégoire de Nysse, Orat. de Xativ. Dom.\ — le vénér. Bède, in cap. i Luc; — Saint Anselme, De excell. Virg., c. 4; — Saint Bernard, serm. 2,super Missus, etc. — ^ Lib. de inst. Virg. — ' Homél. fi, contra Nestor. — '' Sag., vi, 20.
« une personne d'une majesté infinie '^ : alliance si « admirable, dit Albert le Grand, ({ue Marie n'aurait « pu être plus intimement unie à la divinité qu'en « s'identifiant avec elle ^ ! »
Mais ce n'est pas seulement sous ce merveilleux rapport que toutes les vierges saluent Marie du nom de Reine dans le ciel. N'a-t-elle pas été pour elles, sur la terre, une sauve-garde aussi bien qu'un encouragement et un modèle? Ah ! elles ont senti le prix de la pureté, en voyant que c'est à une vierge qu'a été réservé le privilège ineffable de la maternité divine ; elles ont compris l'honneur prodigieux que Dieu a fait à leur sexe, en la personne de Marie, et le bienfait immense de réhabilitation qui en a découlé pour la femme chrétienne ; et leur cœur a éprouvé le besoin d'en témoigner au Seigneur sa gratitude, « en se dé- « vouant à lui plaire et à l'aimer sans partage ^ » dans le monde, ou à le contempler et à le louer dans la solitude, ou à le servir en la personne des pauvres et des malheureux. Et qui pourrait énumérer les milliers de traits admirables de vertu qui ont illustré ces générations incessantes de vierges, depuis le commencement de l'Église! Que de fois la terre étonnée a vu déjeunes et timides filles de Marie ne reculer, ne pâlir devant aucun danger, devant aucun obstacle, aucun fléau, aucune menace, aucun supplice !...Tous les jours encore, que de congrégations religieuses viennent dire, souvent même au péril de leur vie, à tous les maux humains : « Soyez mon père et mes frères; » à toutes les infirmités, à toutes les nécessités de l'es-
* Saint Thomas, 1 p. q. 25, a. (>. — - Snp. Missus est , c. ISO. — ^ ICor., vil, 32.
prit et du corps : «Soyez ma mère et mes sœurs! » Noble et sublime postérité spirituelle de la divine Vierge . ah! c'est elle qui vous protège, qui vous soutient comme «de chastes épouses réservées au Christ*, » et contre la faiblesse de votre sexe, et contre les séductions du monde, et contre les assauts de l'enfer, et, quand il le faut, contre les bourreaux, contre tous les instruments de leur cruauté ! L'Église met dans sa bouche ces paroles de la Sagesse : « Je chéris ceux «qui me chérissent 2. » Mais le plus grand témoignage d'amour qui puisse lui être donné, n'est-ce pas l'imitation de la vertu qui a le plus éclaté en elle , et qui, pour notre nature déchue, est la plus difficile? n'est-ce pas votre vœu, semblable au sien, « de vivre, « à l'égal des Anges ^, » dans un corps mortel?
C'est dans ce même vœu que l'esprit de dévouement et de sacrifice trouve sa source et sa force ; car, en dégageant le cœur des liens de famille, il lui laisse la liberté de consacrer toute l'activité humaine au service de Dieu et aux bonnes œuvres. Celle qui n'a d'autre époux que Jésus , « s'occupe, dit l'Apôtre «saint Paul, du soin des choses du Seigneur, « afin d'être sainte de corps et d'àme ^. » Admirons cet esprit vraiment céleste qui produit, dans la véritable Église, des fruits merveilleux, que lui envient tant de sectes, stériles parce qu'elles se sont séparées d'elle. Demandons au divin Jésus d'avoir part, chacun selon notre vocation spéciale , à ce zèle d'immolation volontaire à sa gloire, et de pratiquer aussi, selon notre état, la vertu sublime qui, selon l'expression de
UI Cor.,'xi, 2. — ^ Brév. rom., in festis B. M. V.; — Prov.,viii, 17. — 5 Marc, XII, 25. — M Cor., vu, 34.
saint Ambroise, «fait les héros du martyre, et nous « rend les frères des Anges *, » qui même élève notre mérite au-dessus de celui des esprits célestes : « car, «dit saint Jérôme, gagner la gloire angélique dans « une chair mortelle, c'est bien plus que de la possé- « der par nature 2. »
0 divine Reine des Vierges qui viennent, triomphantes, vous faire hommage du lis de leur pureté, de la palme de leur victoire, auguste Mère de cet agneau divin qui est « le chef et le guide de la virginité '^, » qu'avec joie nous vous glorifions de ce que vous avez, par votre exemple et par votre secours, fait naître, fait croître tant de merveilleuses vertus sur la terre ! Ah ! daignez, de plus en plus, augmenter la foule de vos filles chéries, qui ornent l'Église comme des tleurs brillantes et l'embaument d'un parfum dont la suavité n'est pas de ce monde. Daignez nous inspirer respect et amour pour une vertu qui fait tant d'honneur à l'humanité, qui « a pris sa source dans le ciel ^', » où elle jouit, pour récompense, du privilège de former « le cortège inséparable de l'agneau de Dieu ^. » 0 vous à la suite de laquelle tant de milliers de vierges ont conquis une gloire et une félicité indicibles , faites « qu'attirés par l'odeur céleste de vos a vertus^ nous allions au Roi des rois, en suivant « la voie si pure que vos pas nous ont tracée ^ ! »
Reine des Vierges, priez ponr nous! — Regina Virginnni, ora pro nobis!
* Lib. I de Virg. circa initimn. — ^Serm. de Assumpt. — ' Jérém., m, 4 — ' Saint Amhroise, ibid. — ^ Apoc, xiv, 4. — *Cant., i, 3. — ' Ps. ii.u', \n.
.i. ,viz ,.:>oqk .UBon^A'f sb efdr/ir^osni n:g'.l'ioa f»l Jnorrrio^ soignai"/ »oJ ?uoM nuo<ï xaiR'ï ,23on3iv aaa îniafl
C'est l'Agneau divin, l'adorable guide des Vierges. Jérém., m, i.] Les Vierges forment lo cortège inséparable de l'Agneau. Apoc, xtv, 4.