Monument de jubilé [microforme]
Appel de Mgr. l'Eveque de Montreal en faveur d’une nouvelle Œuvrede Charite, commeSouvenir des Graces du Jubile de l'annee 1865,
Dans Notre Lettre Pastorale de ce jour, Nous vous invitons, N.T. C. F., à faire, d’un commun accord, une grande œuvre, qui puisse être, jusqu’à la dernière postérité, l’ex. pression de notre vive reconnaissance, pour les grandes grâces que le Seigneur, tout bon et miséricordieux, nous à accordées pendant le dernier Jubilé.
Cette Œuvre de Charité, on l’appellera comme on voudra : ou un Hospice qui abritera ceux qui, après avoir frappé à toutes les portes, sont à errer ça et là : ou un Asie ouvert à des malheureux qui sont le rebut de tous et ne tronvent aucun secours ailleurs : ou une Maison d’Industrie établie pour enseigner les arts et métiers à de pauvres enfants qui, privés de bons parents, ne font que se démoraliser et vagabonder en tous lieux. Pour Nous, Nous lappellerons le Port du Salut pour ceux qui, dans notre société, ont fait un triste naufrage, c’est-à-dire qui se sont tellement dégradés dans l'opinion publique, qu’ils ne sauraient trouver place dans d’honnêtes maisons, ni même dans d’autres Institutions de charité, à cause du danger qu’il y a toujours pour les bons d’être en contact avec les méchants. Nous l’appellerons le Fruit d’un bon Jubilé qui nous aura appris à être miséricordieux, comme le Père céleste qui fait lever tous les Jours son soleil sur les méchants comme sur les bons, et qui, dans ce ten:ps favorable, nous a ouvert tous les trésors de sa miséricorde.
Ce doit être en effet un Fruit excellent, produit par une terre que le Seigneur a arrosée, bénie et fécondée par de célestes rosées et des pluies abondantes, qui sont tombées à verse, pendant cette année jubilaire, pour répandre partout la joie et le bonheur. Benedixisti, Domine, terram luam... terra nostra dabit fructum suum. Ps. 84.
C’est ce qu’il vous sera facile de comprendre, N. T!. C. F., par les détails dans lesquels Nous allons entrer
pour vous faire mieux connaître et apprécier cette Œuvre, que la divine Miséricorde daigne opérer parmi nous,eten se servant de Nous, pauvre et indigne pécheur (quorum primus ego sum) pour assurer le salut des plus grands pécheurs.
D'abord, il faut bien remarquer que, dans les, grands centres de population, se réunissent et s’agglomèrent comme nécessairement beauroup d’infortunés qui s’imaginent que là il n’y a pas de misèree à craindre et que l’on peut sans peine et même sans travail vivre à son aise. Fatale illusion qui engendre l'’oisiveté, la mère de tous les vicés, et produit le paupérisme, cette plaie hideuse qui ronge les sociétés modernes, fomente le vagabondage de tant de gens fainéants qui deviennent d’habiles voleurs, de grands ivrognes, des piliers de cantines et de prisons et des repris de justice, qui fait cheminer vers les maisons de débauche des filles pauvres, qui arrivent de la campagne avec leur innocence qu'elles vont, hélas ! sacrifier, dans ces maisons de prostitution, à une vie oisive et sensuelle, à l'amour de la paresse et aux criminelles jouissances de la concupiscence; qui est zause enfin que de malheureux parents, pour s’arracher à la misère, vendent leurs enfants à des ennemis de la Religion et sacrifient l'âme de ces, pauvres enfants pour une poignée d’orge et un morceau de pain, selon l’expression du prophète. Propter pugillum hordei, et fragmen panis. Ezech. 15, 19.
De tels gens deviennent, comme il est visible à tous ceux qui suivent de près les vices de la civilisation, par leurs excès d’intempéranc leurs honteuses débauches, leurs brigandages, le fléau des villes, la terreur de la police et la peste des campagnes où ils se réfugient, pour se multiplier dans la misère, la crapule et le désordre. Un simple coup-d'œil sur un extrait du Rapport de la Police de New- York, en 1865, fera toucher du doigt ces faits vraiment déplorables.
Il s’est fait cette année, dans cette ville, 68,878 arrestations pour différents délits, et il s’y est commis 193 meurtres. Onfy compte 228 salons concerts et 1191 filles qui y sont employées comme servantes, el qui sont de vraies prostituées. Chaque jour, on voit 29,050 personnes se diriger vers ces salons infectés d’immoralités, qui y dépensent jour par jour 31,362 piastres (savoir, 11,447,130 piastres par année.) Il y a en outre, dans cette cité, 9,270 auberges dont 754 seulement sont licenciées.
On compte de plus 9,270 aubergistes qui tiennent des maisons dites à locataires pour y recevoir les personnes qui, ne sachant de quel côté donner la tête, parce qu’elles n’ont ni feu ni lieu, s’y retirent pour avoir des abris. Ces repaires, foyers d’infection et d’insalubrité, sont presque tous dans des caves, avec des murs de pierres ou de briques nues, un sol boueux et détrempé, sans lits ou sans quoi que ce soit. Il n’y a là ni air, ni lumière, excepté ce qui peut pénétrer par la porte. Tout y est sale et dégoûtant; et la vermine encombre ces caves, et les rats les infectent.
Les occupants de ces repairs sont des ivrognes, hommes et femmes, des mendiants et des mendiantes, des voleurs, des prostituées, des hommes, des femmes, des enfants, des noirs, des blancs, qui couchent tout pêle-mêle comme des animaux. Ce quise commet dans ces endroits est infâme. Ils donnent naissance à la maladie et empoisonnent l’atmosphère que les gens décents et honnêtes sont obligés de respirer.
Notre état de société est loin sans doute de ressembler à celui de cette grande cité ; et il est bien à espérer que nous n’aurons jamais à gémir sur des maux aussi déplorables. Il ne faut pas toutefois se le dissimuler, nous y allons grand train, à en juger par les tristes affaires qui sont portées tous les jours devant nos cours civiles et celle de la police, et par les tableaux statistiques de nos prisons et de nos maisons de correction.
Aussi, lous ceux quiont à s’occuper de la police extérieure sentent-ils la nécessité d’un établissement public daus lequel seraient recueillis ceux qui sont à charge à la société, car ils comprennent que ce n’est pas en mettant des chaînes aux pieds et aux mains des coupables qu’on les corrige, mais en les prenant par les charmes de la divine Religion que le Fils de Dieu a établie dans le monde pour sauver les plus grands pécheurs.
Telest, N.T. C.F., le but qu’on se propose en ouvrant ’Hospice dont il est ici question, et qui doit offrir un Asile aux plus grandes misères qui puissent affliger notre pa”. vre nature, Ce n’est pas que l’on ait la prétention de guérir toutes les plaies de notre société. Mais l’on a l’espérance de pouvoir offrir à tous ceux qui voudront sincèrement en profiter, des moyens cificaces de se sanctifier sur la terre, pour arriver au bonheur éternel. Quelques détails suffiront pour rendre la chose palpable.
Il ne se passe guère de nuits que la police ne mette la
main sur des infortunés qui traînent les rues parce qu'ils sont sans abris et trouvés en contravention aux réglements faits pour le bon ordre. Tout se réduit à les condamner à quelque amende ou à quelque: jours de prison. Puis on leur permet de rentrer dans la société, sans avoir pu s'assurer de leur amendement. Aussi, est-on certain de les voir revenir bientôt subir les mêmes châtiments, parce qu’ils auront commis les mêmes délits ou de plus grands peut-être.
Mais supposez que ces malheureux, au lieu de passer par la vindicie publique, soient reGus dans une maison de charité où l’on se sera empressé de les laver et nettoyer de toute vermine, de leur donner un bon souper et un bon lit, et où, après leur avoir prodigué tous les soins de la compassion, on leur aura adressé de bonnes paroles, pour les engager à bien vivre, à bien prier, à se bien confesser de leurs fautes qui les rendent si misérables, même dans ce monde, ne se sentiront-ils pas portés au repentir, et au désir de mieux pratiquer une Religion, qui sait inspirer tant de dévouement, pour les soulager dans leur misère ? Ne donneront-ils pas toute leur confiance à des hommes qui leur tendent les bras dans leur malheur? Ne travailleront-ils pas ensuite à bien remplir leur devoir dans les honnêtes maisons où ces hommes de Dieu trouveront moyen de les placer.
IL y a déjà, dans notre ville, un tel hospice érigé par nos frères séparés, pour exercer l’hospitalité envers ceux qui n’ont aucun abri, et qui seraient réduits à la nécessité de se réfugier dans les étables ou de coucher dans les rues, au risque de périr de misère ou d’être logés à la police. Ne pourrions-nous pas, nous aussi, avoir le nôtre ; et n’aurions-nous pas pour le faire les mêmes raisons et les mêmes moyens ? Et si nous ne le faisions pas, ne serait.ce pas pour le catholicisme une vraie disgrâce et une véritable humiliation ?
Dans Nos voyages, Nous nous sommes fait un devoir de visiter les différents hospices qui ont été établis à cette fin, par la charité ou ia philantropie. C’est surtout à Rome qu'il faut aller voir la Trinité des Pélerins et l’'Hospice de Ste. Galle où l’on reçoit tous les soirs des personnes qui n’ont point de logis. Oh ! que Nous avons été heureux d’y voir pratiquer cet oracle de la divine Charité : J'ai été étranger, el vous m'avez reçu. Eten effet onest attendri jusqu'aux larmes, quand on voit des Cardinaux et des Prélats de la Ste. Eglise, des Princes et des Chevaliers Romains
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qui s’agenouillent devant les pèlerins, leur lavent les pieds et les servent à table,
Mais quoique cet acte de charité soit un des buts de la nouvelle fondation, il n’est pas toutefois le principal, var il n’y aurait là qu’un bien passager, Ce que l’on a surtout en vue, c’est d’abord de procurer à ceux de nos vicillards qui sont les plus abandonnés et par conséquent les plus à plaindre, un lieu de retraite, pour y méditer les années éternelles avant d'y entrer ; et pour se préparer à paraî. tre devant le Souverain Juge, par de ferventes prières, par l’assiduité à entendre des instructions religieuses, par la réception fréquente des sacrements et par l'exercice de la patience, dans les peines et les souffrances de Ja vieillesse,
En second lieu, cet hospice est fondé en faveur des jeunes gens, qui sont les plus exposés à se perdre. Ainsi pendant que d’infortunés vieillards, ramenés à des senti. ments chrétiens, se prépareront, par la méditation des vérités éternelles, à quitter le monde qui les aura séduits, des jeunes gens se Prépareront, par la pratique des vraies vertus, à y entrer et à y vivre en bons chrétiens et en bons citoyens.
Il s’agit donc ici avant tout de s'emparer des enfants et des jeunes gens, pour les prémunir contre les vices qui les entraîneraient dans des désordres aussi préjudiciables à la société qu’à eux-mêmes, ou pour les en corriger, si par malheurils en étaient déjà infectés; d’où il faut conclure que cet Hospice sera une maison de Préservalion pour les bons et de correction pour les méchants. Aussi tous les plans d’édifices seront-ils dirigés pour atteindre plus facilement le but important que l’on se propose, savoir de réunir ainsi, sous le même toit, tant de besoins différents.
Ce que Nous venons de dire fait assez voir que l'on donnera une sérieuse attention à bien classer les bons, pour les séparer des méchants afin de les mettre à l’abri de tout danger. Ainsi, l’on aura égard aux enfants qui, à l’âge de l'innocence, ont perdu leurs pères et mères, ou n’ont que de mauvais parents, pour les soustraire aux imminente dangers qu’ils auraient à courir, s’ils étaient abandonnés à eux-mêmes, ou laissés aux soins des auteurs de leurs jours qui, au lieu de les élever chrétiennement, ne feraient que les scandaliser par leurs affreux blasphêmes, leurs discours déshonnèêtes, leurs actions honteuses.
Il en est d’autres qui appartiennent à de bons parents, mais qui sont d’un caractère si intraitable qu’ils résistent
opiniâtrement aux exhortations, corrections et bons exemples que leur donnent leurs pères et mères. Ce sera donc un service immense à rendre à ces parents honorables sous tous rapports que de les aider à s'acquitter du devoir si précieux qui leur est imposé de ne rien négliger de ce qui peut contribuer à la bonne éducation de leurs enfants. Or, ce secours, ils le trouveront dans le nouvel hospice, qui sera dirigé par des Frères de la charité, qui ont grâce d’état, pour faire ce que faisait St. Vincent de Paul, leur Patron à qui, comme tout le monde sait, l’on amenait les enfants jncorrigibies de Paris, pour qu’il en fit des enfants pieux et dociles ; ce dont il s’acquittait avec un merveilleux succès. Espérons que ses enfants en Jésus-Christ en feront autant pour nous, avec la grâce de leur sainte vocation.
Le nouvel Hospice viendra encore au secours d’un bon nombre de jeunes gens qui, en sortant des prisons de réforme, ne savent pas quelque fois où se placer convenablement, pour se conserver dans leurs bonnes dispositions. Tout le monde les redoute comme dangereux, et les honnêtes gens ont sans doute de justes raisons de ne pas les mettre en contact avec leurs enfants ou leurs apprentis. Cependant ia correction qu’ils ont subie, dans ces prisons, leur a été salutaire, et ils voudraient sincèrement travailler à mériter de ne plus y retourner. Mais que feront ils, si personne ne leur tend une main secourable? Dans leur désespoir, ne s’abandonneront-ils pas de nouveau au vagabondage et aux vices qu’il entraîne avec lui, si tous les honnêtes gens leur tournent le dos ?
Enfin, pour ne cacher aucune des plaies hideuses, qui défigurent si horriblement notre état social, et yrépandent graduellement une gangrène contagieuse, qui peut amener une maladie incurable et une dissolution complète, il est des jeunes gens, et le nombre n’en est déjà que trop grand, qui, au commencement de leur carrière, sont tout-à-fait gâtés, pourris et démoralisés ; et qui pourraient en apprendre long à beaucoup de vieillards. Elevés à courir les rues et les places publiques, et n’ayant d’autres abris que les auberges les plus mal famées, l’on comprend qu’ils ont été privés des instructions et autres secours religieux, qui ont coutume de former à la vertu le cœur des enfants et adolescents et de les préparer à paraître dans le monde avec honneur. L’on comprend que c’est surtout pour ces êtres infortunés que le nouvel Hospice devra être utile et nécessaire. Car il appartient à la Religion seule de corriger les cœurs
les plus gâtés, et de maîtriser les caractères les plus durs et les plusintraitables. Aussi, est-ce là un des caractères qui la font briller aux yeux des hommes, comme une Religion vraiment divine.
Mais pour que l’on comprenne encore mieux combien est puissante l’activité de la Religion sur ces cœurs qui paraissent les plus inaccessibles aux sentiments chrétiens, Nous allons reproduire ici quelques passages d’un excellent rapport fait sur une maison de réforme, par un Prêtre qui en est Chapelain.
Après avoir classé les jeunes gens sur lesquels s’exerce sa vigilance, et avoir tracé leur caractère et leurs «ispositions, il ajoute : “Dans ces jeunes gens, au milieu de beau- ‘‘eoup de vices et de défauts, un œil attentif découvre ‘ quelques fois de belles et de nobles qualités. J'en ai vu ‘ parmi eux pleurer amèrement en me racontant les pei- ‘“ nes qu’ils ont causées à leurs parents ; j’en ai vu parmi ‘ les plus méchants, venir en pleurant se jeter à genoux ‘ devant moi, pour me demander pardon de légers manque- ‘ ments commis à mon égard ; J’enai vu d’autres pousser ‘ des sanglote en me faisant le récit de leurs fautes ; enfin ‘‘ jen ai rencontré qui se trouvaient si malheureux et qui ‘“ avaient tant d’horreur de la vie qu’ils menaient qu’il leur ‘ prenait envie de s’ôter la vie, tant leur état leur faisait ‘ horreur. Oh! c’est dans ces moments surtout que je ‘ comprenais qu’un Prêtré seul est incapable, malgré sa ‘“ bonne volonté, de travailler efficacement au salut de ces “ chers enfants. Il faudrait que tous ceux qui sont em- ‘“ ployés à ce ministère eussent le cœur et le dévoue- ‘ ment nécessaires pour comprendre que ces malheureux ‘‘ jeunes gens ont plutôt besoin d’être aimés et soutenus ‘ que d’être punis et maltraités. Aussi, quand j'entends ‘ dire que pour ces jeunes gens le moyen de les ramener ‘‘ à la vertu est de les accabler de punitions et d’ignomi- ‘“ nies, mon cœur en éprouve une peine bien sensible. ‘ Souvent je suis forcé de m’avouer que si Dieu avait ‘ permis que je fusse exposé dans mon enfance aux mêmes ‘ dangers que ces enfants, je serais peut-être devenu plus ‘ misérable qu’eux.
‘ Je prie Dieu qu’il permette que cette maison tombe ‘“ entre les mains de personnes consacrées par état à la réforme des jeunes gens, et je crois qu’alors mes pré- ‘ visions s’accompliront ; c’est à-dire que l’on verra alors ‘ que ces jeunes gens qui aujourd’hui n’inspirent que le
‘dégoût, sont susceptibles de recevoir dans leurs cœurs “ les impressions des plus solides vertus,”
Or, c’est à ce noble travail que vont se consacrer les hommes de Dieu, qui ont'tout quitté, pour venir Nous aider à élever ce nouveau monument de charité, afin d'ouvrir le sein de la divine Miséricorde à tous ceux qui voudront sincèrement se sauver, Un tel Hospice pour nos jeunes gens nous est indispensablement nécessaire. Car, N.T. C.F., regardez bien de tous côtés, et vous ne verrez, pour ces jeunes délinquants, que la Police, la Réforme et la Prison, tandis que pour les personnes du sexe, il y a, grâce à la divine Providence, des Asiles qui abritent l’innocence, des Refuges, qui préservent les faibles contre les séductions du monde, et des Hospices dans lesquels se purifient les taches contractées dans le commerce de ce monde si dangereux à la vertu.
Si cet Appel est entendu dans toutes les parties de ce populeux et riche Diocèse, nous aurons donc, N.T, C. F., un Port de salut à offrir à tous ceux qui, Sur cette mer orageuse du monde, ont à craindre le pius funeste des naufrages, Nous aurons en particulier, pour sauver nos ieunes gens, un établissement de charité, tel qu'est celui que Nous avons eu le bonheur de visiter à Rome, et qui, pendant quelques années, a joui de l'insigne honneur d’être dirigé par notre Immortel Pontife Pie IX, qui n’est entré dans la carrière des hautes Prélatures, et n’est arrivé au Souverain-Pontificat, qu’après avoir exercé sa grande charité dans ce modeste et humble Hospice. C’est là que son bon cœur a commencé à compatir à toutes les misères humaines et à s’associer à toutes les œuvres destinées à les soulager. Depuis que la divine Providence la placé sur la Chaire de St. Pierre, il n’oublie pas ses chers jeunes gens. Car, c’est au milieu d’eux qu’il va respirer un peu de repos après ses longs travaux ; et c’est en leur adressant des paroles pleines d’onction et de charmes qu’il soulage les grandes douleurs dont sa belle âme est navrée, Aussi, ne se retire-t-il de ce lieu chéri qui lui rappelle de si doux souvenirs, qu’en disant à tous ceux qui ont l’honneur de lentourer : que les plus heureuses années de su vie ont été celles qu'il a passées à diriger cette maison de charilé.
Ce que Nous allons vous dire de ce bel établissement achèvera, Nous l’espérons, N. T. C. F., de vous intéresser au plus haut degré ; et vous donnera une juste idée de celui qui est l’objet du présent Appel.
Tous les jeunes gens qui sont admis dans cet hospice: de Rome sont logés, nourris, vêtus et entretenus aux frais de l'établissement, et dirigés par de pieux et charitables ecclésiastiques qui en ont le gonvemament, el y exercent une surveillance douce, mais pleine de sollicitude.
Le temps se partage entre l'instruction, les exercices de piété et le travail. L'instruction qu’on leur donne, dans l’intérieur de la maison, a pour but principal d’en faire de bons ouvriers, en développant leur intelligence par l'étude des sciences propres à les rendre habiles dans leur état. Mais en cultivant ainsi les talents naturels, qu’ils ont reçus de la divine Providence, on ne néglige rien de ce qui peut contribuer à former leur cœur à la vertu, et à les réhabiliter à leurs propres yeux, pour qu’ils soient ainsi comme forcés de se respecter eux-mêmes par leur bonne conduite. Car, l’instruction religieuse leur est par-dessus tout nécessaire, parce qu’elle est le fondement de l'édifice spirituel que l’on veut élever, en rendant ces jeunes gens de bons chrétiens,
Une bonne partie du temps est aussi ‘mployée à la prière, à la fréquentation des Sacrements, à l’assistance aux Offices, et à tous les autres exercices de religion, qui sont les, seuls qui puissent mettre de l’entrain dans de semblables établissements. Car il s’en exhale comme un parfum exquis, qui leur rend la vertu douce et aimable, ei une puissance divine qui leur fait surmonter tous les obstacles qui s’opposent à la perfection chrétienne. Ils contractent dans ces communications intimes avec Dieu des habitudes religieuses, qui finissent par les détacher des affections charnelles, et les élever progressivement vers les choses d’en haut. Aussi, finissent-ils par être sincèrement pieux et fervents. |
Dans l’intérieur de l’établissement règne une surveillance active qui est le mobile de la belle discipline que l’on y remarque, et qui produit des fruits merveilleux. Cette surveillance est douce et paternelie ; aussi, s’y assujettit-on sans peine et de bon cœur. Car, ceux qui en sont l’objet y trouvent la bonté, la joie, la douceur que souvent ils n’auraient pas trouvé dans le foyer paternel. Là, ils ouvrent leur cœur à la confiance et à l’amour: parce qu’ils sentent vivement qu’on les aime et que l’on travaille à les rendre heureux. Le cœur de ces jeunes gens, ainsi gagné par l’appat de la charité et par de bons traitements, tout le reste devient facile avec la grâce de Dieu. D'ailleurs, l’on
y fait une étude particulière du caractère, des passions, des inclinations du cœur et de l'intelligence d’an chacun ; aussi, sait-on comment le prendre, ponr le réformer.
A tous ces moyens de réforme, employés avec intelligence, on ajoute le travail, qui est comme le complément de cette éducation vraiment soignée. Car, ce que l’on a en vue, dans cette belle Institutior, c’est de faire de bons ouvriers, d’habiles artistes, des homnes pratiques dont la Religion s’honore et dont la Patrie n’a qu’à se glorifier. Pour cela, on les met tous les jours, à des heures fixes, entre les mains des chefs d’ateliers qui sont ch-rgés de les former aux arts et métiers auxquels ils ont de l'aptitude. Leur journée faite, ils rentrent dans l’hospice, pour y prendre leurs repas, avec le repos qui leur est nécessaire. Puis, ils vaquent à la prière, à l'instruction et aux exercices de la vie chrétienne. Après quoi on les conduit dans un lieu commun, où ils se reposent pendant la nuit des fatigues du jour.
C’est sur ce beau modèle que doit se former, en tous points, l’hospice que nous avons, N. T. C. F., à établir, pour offrir à nos jeunes gens, les plus exposés à la démorulisation de ce siècle, tous les moyens de devenir de bons chrétiens et de bons citoyens. Cette entreprise est grande sans doute ; mais si tous y mettent la muin, elle aura infailliblement un plein succès, e! personne ne s’en apercevra que par les célestes bénédiciions qui surabonderont dans le commerce et l’agriculture, dans nos villes comme dans nos campagnes.
Dieu la bénira, parte que c’est une œuvre de miséricorde, faite pour venir au secours des plus malheureux, Car ce Dieu tout bon et miséricordieux, se plait à déioxer toutes les prévisions des hommes, en donnant un admirable succès à des institutions qu’ils avaient jugées impossibles et blàmables même. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup-d'œil sur plusieurs de celles que nous avons sous les yeux, et dont l’existence est encore pour nous tous un vrai problème.
La divine Providence saura bien en temps et lieu parler au cœur de ceux et celles qu’elle daignera choisir pour être les agents de sa volonté toute-puissante et les instruments de son infinie bonté envers des créatures si dignes de compassion, par cela même qu’elles sont plus exposées au plus grand des malheurs, la damnation éternelle.
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Pourrait-il, en effet, ce Dieu si riche en miséricordes, refuser son secours à ceux qui ne cherchent qu’à faire des œuvres de grande miséricorde, lui qui est descenüu du ciel pour réparer la nature humaine, en l’unissant à sa divinité, pour l’élever au plus haut des cieux ; lui qui a consacré toute sa vie mortelle à opérer la réforme de l’homme tombé dans ia plus humiliante dégradation ; lui qui a déclaré qu’il est venu en ce monde, non pour les justes, mais pour les pécheurs ; lui qui accueillait, avec tous les charmes de sa divine douceur, les plus grands pécheurs, pour en faire des saints et des justes ?
Nous pourrions, N. T. C. F., Nous en tenir là, parce que Nous parlons à des hommes de foi, qui se plaisent à reconnaître et à honorer en Dieu le plus aimable de ses attributs, savoir, la Providence, qui fait tout, sait tout, gouverne tout, pour le bonheur de toutes les créatures qui composent ce vaste et magnifique univers. Nous vous dirons ici, toutefois, en deux mots, ce que Dieu a déjà fait pour l’œuvre dont il s’agit dans cet Appel.
Il y a quelques années, un de nos charitables citoyens se trouvait un jour près d’un de ces malheureux dont Nous avons fait plus haut le triste portrait. Cet homme se trouvait rendu au dernier degré de la démoralisation, à cause de l’ivrognerie et des vices qui marchent nécessairement à la suite de cette passion dégradante. Il était couvert de haïillons, décharné par la faim et réduit à la plus affreuse misère.
Ce triste état auquel était réduit cet infortuné qui, sans ce défaut, avait tout ce qu’il fallait pour gagner honorablement sa vie, toucha de compassion le cœur de ce citoyen. Il s'approche de ce frère malheureux, lui tend la main avec tous les témoignages du plus vif intérêt : Mon cher ami, lui dit-il, comme je vous plains ! Vous pourriez gagner votre vie si honorablement ; et vous périssez de misère. Mais surlout, votre pauvre âme, que va:t elle donc devenir ? Allez-vous-en à confesse, pour vous réconcilier avec Dieu, que vous avez tant offensé.
Ces paroles et autres semblables firent sur ce pauvre infortuné une salutaire impression. Il alla sans différer se jeter aux pieds d’un Prêtre, fit sa confession avec des sanglots et des soupirs. Bientôt après il s’était lavé dans le bain de la Pénitence, et il se nourrissait à la Table Sainte du pain des Anges. Le Père des miséricordes entendit ses gémissements et exauça sa prière en lui faisant trouver grâce
dans une maison honorable où il peut gagner sa vie honnête. ment.
L’heureuxe conversion de cet infortuné pécheur fit penser à ce riche citoyen dont Dieu s’était servi pour l’apérer, qu’il ne fallait désespérer du salut d’aucun pécheur, et que Dieu voulait se servir de chacun de nous pour sauver le prochain. Cette pensée venait du ciel : aussi, en est-il demeuré depuis cetle époque fortement préoccupé ? Pour la mettre à exécution il n’a reculé devant aucun sacrifice. Le 13 Juin 1861, il jetait les fondations de l'Hospice de St, Antoine qui s’est élevé comme par enchantement. La direction d’un établissement de ce genre demandant des hommes exercés dans la pratique des œuvres de miséricorde, il fit venir de Belgique des Frères de la charité, dévoués par état au soin etau soulagement des misères spirituelles et corporelles, Croyant que son Hospicede St, Antoine était insuffisant pour remplir ses vues qui s’élargissaient à mesure qu’il apercevait de plus grands maux à guérir, il le transféra sur un terrain plus spacieux qu’il acheta à grand prix afin de pouvoir le développer au besoin. C’est dans cette même intention qu’il tient en réserve un autre magnifique local qui servira à lui donner encore de plus larges proportions, Car nos besoins futurs sont incalculables.
Sans plus de détails, concluons, N. T. C. F., d’après tout ce que Nous avons dit plus haut, que le Diocèse tout entier est vivement intéressé au succès de ce nouve! établissement, et doit en conséquence s’y associer en contribuant généreusement à sa dotation comme à sa fondation. Déjà il y a mis la main parles aumônes dn Jubilé, qui se montent à 4,255 piastres, et qui vont être versées dans ses fondations.
Tous ceux done qui ont fait le Jubilé dans lequel se sont exercées les infinies miséricordes de notre Dieu, ont déjà donné leur encouragement à cette œuvre de charité, les campagnes comme les villes, les pauvres comme les riches, les jeunes comme les vieux. Tous aussi participeront aux célestes bénédictions qui y sontattachées. Tous continueront, nous l’espérons, à lui donver leur sympathie et leur concours.
Les villes sont vivement intéressées à nos succès parce que, comme Nous l’avons fait voir, c’est dans leur sein que le paupérisme exerce ses funestes ravages en démoralisant la classe pauvre qui finit partout par se ruer, avec fureur, contre toutes les sociétés existantes, pour en troubler l’ordre et les bouleverser de fonden comble.
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Les campagnes n’y sont pas moins intéressées que les viiles, parce que, si l’on y faït attention, c’est de la campagne que nous arrivent de nombreuses familles, chargées d’énfants qui, faute de soins, sont bientôt tombés dans les gouffes que Nous n’avons pu que faire connaître de loin ; car Nous n’en saurions sonder les abîmes et les profondeurs.
Maintenant, il ne Nous reste plus qu’à récommander à la charité de tous une Institution qui est créée pour les besoins de tous. Nous là recommandons au Clergé et aux Laïques, aux Communautés religieuses et aux Associations pieuses, aux riches et aux pauvres, aux vieillards etaux jeunes gens. Nous faisons en particulier un appel chaleureux aux Conférences de St, Vincent de Paul à quiest spécialement dévolu le soin des plus pauvres et des plus misérables, et à nos Dames de charité qui ne demeurent étrangères à aucune des saintes œuvres qui ont pour but le soulagement des misères humaines.
Pour en venir à l'exécution finale, Nous recommandons de faire dans chaque paroisse des villes et des campagnes, une assemblée publique pour aviser aux meilleurs moyens à prendre pour venir en aide à cette œuvre naissante, par exemple, pour faire, en temps opportun, une quête à domicile, et nommer à cette fin des comités et collecteurs chargés de solliciter les aumônes de leurs quartiers respectifs. L’Evêché est mis, comme de raison, à contribution, pour être le dépôt général de toutes les collectes. Ces diverses assemblées ne se feront toutefois que lorsque la présente Lettre Pastorale aura été lue et expliquée, pour . que chacun puisse en avoir une parfaite intelligence.
O divine Marie, c’est à vos pieds sacrés que Nous déposons ce modeste Appel, fait à la charité de tout un Diocèse qui vous est consacré, et qui vous aime comme un enfant doit aimerla meilleure des Mères. Nous y avons fait conuaître les serpents venimeux qui se glissaient dans nos villes et nos campagnes, pour les démoraliser. Daignez maintenani les montrer vous-mêm? aux yeux de tous, pour qu’ils inspirent en tous lieux une juste horreur. 0 Vierge pure et sans tache, écrasez de votre Pied Immaculé ces monstres affreux qui désolent tous les pays et causent partout des plaies hideuses. (Convertissez, Ô vous qui êtes le Refuge des plns grands pécheurs, les infortunés enfants et jeunes gens qu’il est question de sauver, en les arrachant à la terrible démoralisation qui se fait sentir partout, d’une manière si alarmante. Ensei-
gnez-nous à menerune vie pure, à marcher dans le droit chemin, pour arriver à Jésus, votre adorable Fils, et nous réjouir tous ensemble en sa divine présence. Vitam præsta puram, îter paratutum ut videntes Jesum, semper collætemur. Amen.
SerA le présent Appel lu et expliqué, au prône de toutes les Eglises où se fait l'Office public, et au chapitre de toutes les Communautés, au jour eten la manière qui seront plus convenables, par ceux et ceiles qui en ont la direction.
Donxé à Montréal, le vingt-deuxième jour d’Avril de l’année mil huit-cent-soixante-six, sous. Notre seing et sceau etle contre-seing de Notre secrétaire.