‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 80 sur 97 · TOMBEAU DE CAIUS CESTIUS, A ROME · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE CAIUS CESTIUS, A ROME

Chez les Romains, les sacrifices étaient suivis d’un festin ; lorsque l’offrande aux dieux était faite par un particulier, il invitait ses amis à manger avec lui la partie de la victime qu’ils n’avaient point offerte sur l’autel. Dans les fêtes publiques , le trésor faisait les frais des sacrifices ; des repas avaient lieu ensuite : on les nommait, ainsi que les premiers , epulœ sacrificales. Les particuliers s’occupaient eux-mêmes des soins de leur festin ; mais pour le public , il fallait que des magistrats revêtus d’un caractère spécial présidassent à l’ordonnance de ces cérémonies communes. On les nommait epulones , les épulons. Dans certaines occasions , on offrait aussi des repas aux dieux; leurs statues étaient posées sur des lits richement ornés, et on leur servait un festin comme si elles eussent voulu manger. Ces banquets, qu'on nommait leclisternia , étaient offerts aux frais du public et dirigés par les épulons.

Tite-Live fait connaître la date de la première institution de ces magistrats ; elle remonte à l’an 558 de la fondation de Rome, sous les consulats de Lucius Furius Purpureo et de M. Claudius Marcellus. Ils ne furent d’abord que trois : triumviri epulonum. On les porta ensuite au nombre de cinq : quintumviri epulonum; puis de sept : septemviri. Enfin, lorsque Jules-César était pontife, le nombre fut porté jusqu’à dix : decemviri epulonum. Ils furent réduits plus tard à sept , comme on le voit sur des inscriptions du temps des empereurs. Leurs fonctions consistaient , dit Festus , à publier le jour où les repas sacrés devaient se faire en l’honneur des dieux, à veiller aux préparatifs et à la pose des lits sur lesquels on se couchait pour manger ; ils devaient aussi recueillir les legs que des particuliers faisaient par dévotion pour ces repas sacrés, et obliger les héritiers d’y satisfaire, même par saisie de biens. Tite-Live dit qu’ils portaient la robe bordée de pourpre comme les pontifes. Au nombre de leurs privilèges était celui d’exempter leurs filles d'être vestales. Aulu-Gelle s’exprime ainsi à l’égard de ceux qui jouissaient de cet avantage : « Sed eam , cujus soror ad id sacrificium lecla sit , excusationem mereri aiunt. Item cujus pater fl amen , aut augur, aut quindecemvir sacris faciendis , aut qui septemvir epulonum. »

Il nous a semblé nécessaire de donner ces détails avant de faire connaître le tombeau de Caius Cestius, qui était un de ces épulons, du temps de la république et lorsqu ils étaient au nombre de sept, comme on le voit par l’inscription supérieure gravée sur la face principale du monument , dont les dessins sont joints à cette notice. Ce mausolée est une pyramide quadrangulaire , revêtue de plaques de marbre blanc d’un pied d'épaisseur. Le plan tracé sur la planche de détail, fig. trc, est un carré au centre duquel est pratiquée la chambre sépulcrale; aux angles de la face principale sont placées deux colonnes.

La pyramide s’élève sur un soubassement carré, qui est en partie enterré, ainsi que les piédestaux des deux colonnes. Aucun ornement n’est sculpté sur les faces du monument; on y a gravé deux inscriptions qu’il est inutile de reproduire ici. Le dessin les donne d’une manière lisible ; elles indiquent, l’une, que Caius Cestius, fils de Lucius, était de la tribu Publilia , préteur, tribun du peuple et septemvir des épulons ; l’autre , que ce tombeau lui a été élevé par testament, en trois cent trente jours, par Pontius Mêla, fils de Publius, de la tribu Claudia, héritier, et Pothus , affranchi. Les détails de la base et du chapiteau des colonnes, placés sur la planche aux numéros 7 et 8, font connaître quel était l’état de l’art à l’époque de la construction.

Ce monument fut longtemps enterré beaucoup plus qu’aujourd hui. Le pape Alexandre VII ayant fait baisser considérablement le sol, dégagea la base de 5 mètres, et fit pratiquer la petite porte qui conduit aujourd’hui à la chambre sépulcrale établie au centre du monument. (Voir sur la planche de détails la coupe générale et celle de la chambre en particulier.) A l’époque des travaux de restauration exécutés par ordre de ce pontife, on trouva les deux colonnes et leurs chapiteaux renversés auprès du monument; ils furent rétablis sur les piédestaux , qui contiennent l’un et l’autre une inscription semblable, qui fait connaître que Caius Cestius était contemporain d Agrippa. On découvrit aussi un pied de bronze conservé aujourd’hui au Capitole, et qui appartenait à une statue colossale de Caius Cestius , dressée sans doute en avant de la pyramide.

On entre dans la chambre sépulcrale par un corridor étroit et peu élevé; la pièce a été disposée pour renfermer les cendres de Caius Cestius ; elle est enduite d’un stuc très-dur, sur lequel on a peint des arabesques et des figures qui ont rapport aux funérailles ou à la charge d’épulon que remplissait le défunt. On y a tracé

— STYLE GRÉCO -ROMAIN

d’abord un soubassement divisé par des panneaux très-simples, au-dessus desquels en sont d’autres plus allongés, et qui contiennent des arabesques reproduites à la fig. 4, que l’on peut considérer comme des candélabres. Entre ces panneaux étroits ou pilastres, le peintre a figuré, au milieu de larges parallélogrammes, des vases qui rappellent sans doute la charge d’épulon , et des figures de femmes , dont une , reproduite au n° 6 , tient devant elle un monopodium. La voûte de la chambre sépulcrale est construite en plein cintre ; des lignes peintes y forment des cadres autour d’une petite ouverture pratiquée au milieu , comme si le jour pouvait pénétrer dans la pièce. Peut-être , ainsi que dans les pyramides d’Égypte, a-t-on établi au-dessus de la chambre, dans le massif de la construction, quelque autre excavation non explorée jusqu’à ce jour : cette ouverture indiquée au sommet de la voûte semblerait le faire supposer. Aux quatre angles du compartiment central sont peintes quatre figures de femmes aux ailes étendues ; elles portent des couronnes et des bandelettes.

Boissard et le père Montfaucon (tom. III , pl. ix) ont fait graver une belle pierre sépulcrale qui représente Caius Cestius tendant la main à sa fille, qu’il vient de perdre, et lui donnant un éternel adieu, ce que nous apprend l’inscription ainsi conçue :

Page 1