GEORGES COLONNA-CECCALDI
(Extrait de la Revue archéologique ^ décembre 1879)
C'est avec un vif sentiment de regret que nous faisons part aux lecteurs de la Revue archéologique de la mort d*un jeune savant dont ils ont été à même d'apprécier maintes fois les remarquables travaux. M. Georges Colonna-Ceccaldi a succombé le 3 septembre dernier ^ à une longue et cruelle maladie, sur Tissue fatale de la-
quelle ses parents et ses amis ne pouvaient plus, depuis des années, conserver d'illusion.
M. Georges Colonna-Ceccaldî n'était âgé que de trente-neuf ans. Il avait longtemps résidé en Orient. Les fatigues supportées sous un climat déprimant, dans des recherches qui le passionnaient, n'ont pas été sans influence sur l'origine et le développement du mal qui l'a emporté, et contre lequel il a lutté jusqu'au dernier jour avec le courage d'une nature d'élite. Il avait la souffrance concentrée et discrète, autant par une rare énergie de volonté que par affection pour les siens. Il se rendait cependant un compte exact de la gravité de son état. Il savait depuis longtemps que ses jours étaient comptés, et il ne craignait pas de mesurer d'un œil stoïque l'étendue de la tâche qu'il s'était imposée au court espace de temps qui lui restait à vivre. Cette tâche, il n'a pu l'accomplir entièrement; mais s'il ne lui a pas été donné de rendre à la science archéologique tous les services qu'elle était en droit d'attendre d'un esprit aussi bien doué^ il lui en a néanmoins rendu assez pour que son nom reste définitivement attaché à l'histoire des antiquités chypriotes et syriennes.
M. Georges Colonna-Ceccaldi a été le premier à faire coimaître en France les belles trouvailles faites à Chypre par le général P. di Cesnola et par M. Lang. Grâce à la position qu'il occupait au consulat général de France à Beyrouth, grâce aussi à la présence de son frire, le comte T. Colonna-Ceccaldi », consul de France à Chypre (de 1866 à 1869), il avait pu sui^re de très près les excavations et recueillir sur les lieux mêmes une foule de renseignements et d'observations qui ont aujourd'hui un grand prix. Les articles de la Revue archéologique où il a consigné une partie de ses recherches et de ses découvertes sur ce terrain si intéressant et si neuf sont des documents que les archéologues consulteront toujours avec fruit. Ils y trouveront, à côté de vues pénétrantes et justes, alliées à une certaine hardiesse d'interprétation, la plus scrupuleuse précision dans
I. A qui Ton doit aussi quelques communications intéressantes sur les fouilles de Chypre, Revue archéologique, XVIII» p. 367 ; XIX, p. 267, pi. V et VI ; XX, p. 208, plé XVI.
la description des monuments, et des reproductions d'une exactitude toujours rigoureuse. Et cependant c'est d'une main demi-paralysée, mais commandée par une volonté sans défaillance, qu'ont été relevés beaucoup de ces dessins si nets, si consciencieux.
M. Georges Colonna-Ceccaldî était né à Paris le 7 janvier 1840. Il avait fait ses études au collège Rollin. Son premier séjour en Orient date de 1860, époque à laquelle il se rendit à Alexandrie, où il résida plus de deux ans, de mars 1860 à mai 1862. C'est en Egypte qu'il prit le goût de l'archéologie et des langues orientales. Il s'occupa activement d'organiser la bibliothèque et le petit musée de l'Institut égyptien. Entre autres recherches, il essaya de retrouver les traces du canal d'Alexandrie, qui faisait communiquer dans l'antiquité cette ville avec le Nil. Il ne perdit jamais de vue, depuis lors, cette difficile question de topographie, sur laquelle il avait rassemblé une foule de données et de matériaux dont la mort l'empêcha de faire usage. C'est l'Egypte qui lui fournit la matière de son premief mémoire archéologique (sur l'inscription du camp de César à Nicopolis). La copie qu'il prit de ce texte important est citée avec raison comme autorité par les éditeurs du Corpus inscriptionum latinarum ». Un peu plus tard, il tira de ses notes et croquis, recueillis alors, la matière d'un intéressant mémoire sur le temple de Vénus Arsînoé au cap Zéphyrium 2.
Revenu à Paris en 1862, M. Georges Colonna-Ceccaldi suivit les cours de l'école des Jeunes de langue et se livra avec ardeur à Pétude des langues orientales, arabe, turc et persan, sous la direction d'un maître émincnt, M. A. Pavet de Courteille. En 1866, après avoir passé les examens de cette école, il entra dans le service consulaire en qualité d'attaché au consulat général de France à Beyrouth. Il résida à Beyrouth de septembre 1866 à octobre 1871, date à laquelle l'état de sa santé le contraignit à rentrer définitivement en France. Pendant ce séjour de cinq années, interrompu seulement par un congé de quelques mois, il fit plusieurs excursions en Syrie et de nombreux voyages à l'île de Chypre, où il passa souvent jusqu'à