INSCRIPTIONS GRECQUES DU LYCUS
inférieure de Tinscription ont souffert, mais qu'une étude plus approfondie sur estampage permettra de restituer sûrement. Je l'examinais attentivement et me disposais à la copier quand mon muletier m'appela. Je me levai pour rejoindre ma monture. J'avais fait à peine vingt mètres et j'étais arrivé au point où la voie tourne brusquement à gauche pour côtoyer la mer, lorsque sur la paroi du rocher qui fait le coude, à gauche, je vis sur une surface plane, un peu oblique, ménagée ad hoc^ une autre inscrip-r tion (encadrée cette fois) de dix lignes de caractères presque aussi grands que ceux de la première, mais frustes. Je ne vis pas d'autre inscription grecque que celle de la borne milliaire couchée à droite, à deux pas de là, et publiée dans le recueil de MM. Lé Bas et Waddington.
Deux fois encore je repassai aux mêmes lieux à la même heure, deux fois je revis ces inscriptions, deux fois le temps me manqua pour les copier. Je ne pus que prendre à la hâte les commencements des douze lignes du premier texte; pour déchiffrer le reste, il m'eût fallu arrêter le soleil qui, en s'élevant, finit par éclairer les creux des lettres et les fait disparaître avant de les replonger dans l'ombre; et en même temps il m'eût fallu une science du grec qui me manquait. Au mois d'octobre suivant, j'allai, accompagné d'un ouvrier et aidé du concours de M. Louis Laurella, agent du Lloyd autrichien, prendre les estampages de ces textes, inédits jusqu'alors, et qu'on ne peut bien réellement apercevoir que pendant un quart d'heure environ chaque jour, au lever du soleil. Je suis le premier chercheur qui ait passé par là à pareille heure, rien d'étonnant à ce que le hasard m'ait favorisé. Je parlai de ma découverte à Beyrouth et je ne doute point que quelqu'une des personnes que je mis dans la confidence n'en ait fait part à l'explorateur américain, ou même peut-être le secret a-t-il été divulgué par les moukres qui me virent en extase devant ces lignes d'écriture. A mon retour en France, Monsieur, je vous parlai de ma trouvaille, j'en parlai à
M. de Saulcy, et, il y a plus d'un an, je confiai le^ estampages à M. Waddington, à qui le temps manqua pour les étudier, et qui les a encore.
Je ne veux point ici discuter sur le sens de la grande inscription, qui me paraît fort curieuse. Que dit l'autre ? Elle est fruste et je ne sais ce qu'on en pourra tirer. Je pense toutefois qu*il est intéressant de rapprocher et de citer ici la traduction d'un passage de Nicolas de Damas, publié dans les Fragmenta historié corum grœcortim, éd. Didot (t. III, p. 414-74) :
Cumque ille (Antiochus) in Parthos expeditionem faceret, eum comitatus est Hyrcanus*
At Antiochus, erecto tropseo ad Lycum fluvium, cum Indaten Parthonim ducem superasset, illîc per biduum substitit ad preces Hyrcani Judaei, quod forte inciderat patrium quoddam festum in quo Judaeis non licebat iter facere.
Qui sait si la seconde inscription n'est point relative soit à ce trophée d' Antiochus, soit au séjour des deux rois au Lycus ?
En terminant, je dirai que les antiquités du Lycus n'ont jusqu'à présent été vues qu'en passant et décrites incomplètement ou inexactement. Sans avoir la prétention de dire le dernier mot sur cette question, j'ajouterai, dans un article spécial, mes observations personnelles à ce qui a été déjà écrit là-dessus.
Veuillez agréer. Monsieur, etc.