RUE CADET
A Monsieur Léon BOURGEOIS
DÉPUTÉ ANCIEN MINISTRE DE L^iNSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS
"Monsieur le Députe,
PermetUi'-moi de vous dédier cet opuscule en souvenir de la visite dont vous ave:^ honoré notre chantier de Titngad au mois de mai 1892^ ainsi quen témoignage de ma reconnaissance et de mon respectueux dévouement,
A. Ballu.
CONFÉRENCE DU ii DÉCEMBRE 1S9J
Monsieur le Directeur des Beaux-Arts, Mlsdames, Messieurs,
9a conférence que jevais avoir l'honneur de faire aujourd'hui [ ne sera qu'une description bien sommaire de trois des plus \ belles ruines de l'antique Afrique Romaine, Tébessa, Timgad et Lambèse:je ne dirai que quelques mots de cette dernière, bien que les restes en soient des plus importants, mais il faut se limiter et d'ailleurs c'est principalement sur les deux premiers points que nous avons dû diriger nos recherches et nos études.
Avant tout, jedois rendre hommage ilamémoirede mon regretté prédécesseur Duthoit ^ qui est échu, sous la haute direction de M. Bccswillwald, inspecteur général, la tâche ingrate et aride du
commencement et dont les beaux relevés remplissent les cartons du Ministère : la mort l'a enlevé au moment où il allait recueillir le fruit de ses peines et de son incomparable labeur; il me faut aussi faire mention des services que nous a rendus M. Bauer, récemment dècèdé.comme inspecteur correspondant des monuments historiques del'Algérie ; enfin je n'aurai garde d'omettre de rendre justice au zèle déployé par M. Sarazin, inspecteur des travaux du département de Constantine, dans l'exercice des délicates et pénibles fonctions qu'il remplit avec dévouement et intalHgence.
TÉBESSA
TÉBESSA
i*HÈVESTE (aujourd'hui Tébessa) et Lambœsis, de nos jours Limbcse, étaient autrefois reliccs par une voie Romaine qui traversait Mascula (actuellement Krenchela) et Thamugndi, le nom antique de Tiingad, la perle de nos ruines Africaines, notre Pompéi Algérienne. Un coup d'oeil sur cette partie de la carte du département de ConstantJne permet de reconstituer la route qui mettait en communication les points destinés à contenir les belliqueuses et turbulentes populations de l'Aurès. Le territoire militaire commandé par le légat partait un peu à gauche de Philippcvillcj comprenait la Tunisie actuelle et redescendait au sudouest que les postes dont nous parlons protégaient contre les excursions des Barbares.
Philippeville, l'antique Rusîcada, possède encore de vastes citernes romaines utilisées par la ville moderne, de belles mosaïques, et surtout des restes de son théâtre dans lequel on a réuni un assez grand nombre de statues fort intéressantes. Les gradins ont malheureusement disparu mais une grande partie des voûtes subsistent. Ce théâtre, suivant la coutume des anciens, était adossé i une col-
line, de telle sorte que la déclivité du terrain fût utilisée pour rétablissement des degrés.
Sans nous arrêter à Constantine, l'ancienne Cirta dont on connaît les silhouettes pittoresques et la position hardie au-dessus des gorges du Roumel, nous arrivons à Tébessa. Théveste, fondée sous Vespasien à la fin du i'^'^ siècle, fut la résidence primitive de la m* légion Auguste, à laquelle l'histoire de l'Afrique antique est si intimement liée.
Dès la première moitié du ii' siècle, Théveste, alors point de jonction de neuf voies différentes, fut le rempart de Rome contre les agressions constantes des Berbères en même temps qu'elle était la cité la plus riche de l'Afrique après Carthage à cette époque relevée de ses ruines. Sous Septime Sévère (193-21 1), parvenues son apogée, elle servait d'entrepôt pour le commerce actif que les Romains entretenaient avec le centre du pays; ses environs étaient d'une fertilité prodigieuse.
Il ne reste pas à Tébessa de nombreux vestiges de cette époque primitive impériale, toutefois le règne de Caracalla nous a laissé un magnifique arc de triomphe quadrifons (fig. I) (c'est-à-dire de quatre faces d'égales dimensions) qui date de l'an 212 après J.-C. Ce monument presque intact avec ses colonnes détachées supportant un attique orné d'inscriptions possède encore les restes de l'un des deux édicules qui contenaient les statues de Caracalla et de Géta, toutes ses sculptures et l'amorce d'une coupole qui le couronnait. Il est dédié à Septime Sévère, à Julia Domna, sa femme, et à Caracalla, leur fils. Avec l'arc de Janus à Rome, c'est le seul exemple d'arc antique encore debout possédant cette disposition des quatre faces égales, mais celui de Théveste est infiniment plus riche et plus intéressant.
On ne saurait douter que cet édifice ait été l'ornement d'une des places de la ville ; ce fut seulement au vi* siècle, lorsque l'eunuque Solomon (et non Salomon, comme beaucoup d'auteurs l'ècri-