‹ Monuments d'antiquité figuréeChapitre 14 sur 31 · EPI H PO · texte numérisé non relu

EPI H PO

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NYCI O

ÈTriotovuffto) viptùi àyaÔû Au vertueux héros Épidionjsius'^^^''".

Et à cette occasion le savant anglais remarque que sur tous les monuments héroïques on voit généralement une figure de cavalier.

''° VII, 25,7. — Les interprètes se sont trompés sur le sens de ce passage. Ainaseo traduit : Cuni equestris viri jarn pêne abolita pictura ; et Clavier : Un tombeau sur lequel est peint un homme à cheval. Dodwell, vol. 1, part. 2, p. i63, pense qu'il s'agit ici d'une statue équestre enduite de couleurs. J'ajouterai que ce passage de Pausanias est à tort cité par M. Grimm. , Myth. Germ., p. 488, note ■*, comme un exemple de la téle de cheval sur les monuments funéraires.

^5' T. II, p. 578.

a5,i bis Le nom d"E7nStovu<7ioi; est formé de la même manière que celui d"ETra- (spooiTOç, si commun sous les premiers empereurs romains.

Mais le monument le plus précieux sous ce rapport , celui dont le sujet caractérise le mieux un départ funèbre , c'est le beau vase peint publié par le baron Judica dans ses Antichità di Acre "^^. Sur la face antérieure de ce vase, on voit un vieillard à longue barbe qui se tient nu et debout près d'un cheval. Sa tête est couverte d'une xuv^ , sans visière et surmontée d'une aigrette. Cinq personnages l'accompagnent : trois guerriers le casque en tête , les cnémides aux jambes, et le corps entièrement couvert d'un énorme bouclier argien dont le bord est garni d'un triple cercle; et deux femmes vêtues d'une robe brodée fort étroite qui va en se rétrécissant vers les pieds, et la têle couverte d'un voile qui, ainsi que le reste du costume, rappelle beaucoup le style égyptien. Aux deux extrémités du sujet, deux dauphins en regard. Derrière la tête du vieillard, un oiseau à tête ronde (sans doute à face humaine) se dirige les ailes éployées vers la terre.

M. Judica rattache ce sujet aux monuments gymniques. Il voit dans le vieillard un vainqueur à la course des chevaux, et dans les deux femmes deux dames grecques qui ont déjà remporté le prix. Les dauphins, selon lui, trouvent naturellement leur place dans cette scène, puisque ces animaux étaient ordinairement placés sur le sommet des colonnes qu'on élevait dans l'hippodrome près de la borne, pour indiquer le nombre des courses. Enfin, l'oiseau à tête ronde est, si je ne me trompe, pris par l'antiquaire sicilien pour l'amphore pleine d'huile, qu'on donnait parfois comme prix aux vainqueurs '^^^.

Mais cette explication est loin d'être satisfaisante, et je crois être beaucoup plus près de la vérité en voyant ici un départ funèbre. Le vieillard a atteint le terme de sa carrière; déjà son âme, dont l'oiseau

'*' Mcssina, 1819, in-folio, tav. XXVII et XXVIII.

'^^ Pindar. Ncm. X, 64 et 68. Corsini, FasùAtùci, P. I, Diss. I, p. 3o et 3i.

( '5o ) h tête humaine est un symbole bien connu ^''^ , s'envole vers la terre, dans le sein de laquelle son enveloppe mortelle va rentrer. Le cheval de la mort est là prêt à l'emporter dans le séjour des bienheureux; et comme pour indiquer que ce lieu de félicité suprême est situé dans les îles Fortunées , l'artiste a cru devoir ajouter encore le symbole du dauphin. Les trois guerriers sont l'escorte réservée aux personnages de distinction et que nous retrouverons sur d'autres monuments '^^. Quant aux deux femmes, dont l'une semble tenir le cheval par la bride, j'y vois les deux K/ipeç dont nous avons déjà rencontré un exemple: peut-être les deux Kvjpe;, l'une de la vieillesse, l'autre de la mort, dont parle Miranerme "^^ dans un passage déjà cité par M. de Witte ^^7 :

^54 >I'"ujç^Y) S', yjux' ovEipoç, dTt07rTa[j.évy) 7r£TOr/;Tai. Hom. Od. X', 222. — L'âme, sous la forme d'une sirène ou oiseau à lêle humaine, se voit au-dessus de Procris mourante (d'Hancarvilie , Vases d'Haiiiilton, II, pi. 126 ; Millingen , Jnc. uned. monument ^ part. I, pi. XIV). L'âme, sous la forme d'un oiseau, se rencontre aux n°' Z'h^ et 676 du Catalogue Durand, entre les jambes de Thésée, près de Minotaure, sur un vase à figures noires de la collection Campanari, et sur un vase du prince de Cauino (voyez Catalogue dune collection de vases de tEtrurie, n° 139) près de l'un des trois corps de Géry on terrassé par Hercule. M. J. de Witte a réuni, à l'occasion de ce dernier vase, de curieux documents sur ces sortes de représentations. Ou peut encore consulter avec fruit l'article de ce savant sur la mort d'Alcyonée, Jnnales de l'Inst. arch. , t. V, p. 3i6 , et M.Raoul Rochette, Journal des savants, oct. i836, p. 587. Citons encore un vase à ligures noires du cabinet des médailles, où l'on voit Hercule , le taureau de Crète, et l'âme de ce taureau qui , selon les dogmes de Zoroastre, s'envole sous la forme d'une sirène ; et enfin un vase attique publié par M. Stackelberg, Attische Gràber, pi. XLVIII, où les âmes, repoussées parCaron, voltigent sous la forme de petits génies ailés de couleur violette.

'^^ Notamment dans les Mon. etr. d'Inghirami. Ser. I, tav. XVIII.

356 fi-agni. Il, V. 5 etsuiv. , éd. Boissonade, p. 88.

**' .4nn. de l'Inst. arch., t. V, p. SiSjU" i.

» Kvïpe; ^à 7rape(7Tvf-/4aGi [/.sXatvai,

•fi {jt,sv tyouca. tÉXo; y/îpaoç âpya>.£OU, jî ^' éTEpvi ÔavaTOio.

Il est vrai qu'elles n'ont point d'ailes; mais l'absence de ce signe distinctif n'est peut-être pas sans exemple ^^8 . jg ^^ ^rois pas d'ailleurs qu'il soit possible d'expliquer d'une autre manière la présence de ces deux femmes sur notre monument, et la part active que l'une d'elles prend au départ.

Du reste, le revers du vase d'Acrae confirme pleinement, selon moi, celte conjecture; mais comme le sujet qu'il représente est en quelque sorte le second acte du drame et se rapporte au voyage suprême, je crois devoir en renvoyer la description à la section IV.

'^* Sans doute les ailes sont l'un des signes distinctifs des génies funèbres ; mais ce signe manque quelquefois. Charun, sur les monuments étrusques, est le pks souvent sans ailes, mais on le trouve aussi ailé (Inghirami, Mon. Etr. , ser. I, tav. VIII et XXVIII. Gori, Mus. Etr., vol. III, cl. III, tab. XXIV, Êg. I). Les Moîpai, dont l'affinité avec les Kvjpei; a déjà été signalée, sont ordinairement non ailées. (Gori, Mus. Etr., t. I , pi. 84 , fig. i, et pi. CLXVIIII, fig. i.) .Te citerai encore comme un exemple de génies funèbres sans ailes un vase peint publié par Millin [Peintures de vases l, 33, et Galer. Myth. CXLV, 586), et qui représente deux héros armés de toutes pièces combattant en présence de deux personnages étroitement entourés dans leur manteau et tenant un bâton à la main. Miilin voit dans ces deux personnages des hérauts qui assistent au duel de Paris et de Ménélas; mais en rapprochant ce vase de l'urne du cabinet de M. Saint-Vincent, également publiée par Millin [Voj. au midi de la France , atlas XXXI, 2 , et Gai. myth. CVII, 5 12), il est difficile de ne pas y reconnaître deux génies funèbres, témoins d'un combat à mort. La différence que présentent l'attitude et le costume tient peut-être uniquement à l'époque et à la localité auxquelles chacun de ces deux monuments appartient : le vase est grec et d'un style archaïque; l'urne est étrusque, et comparativement moins ancienne. Voyez encore le vase du comte Lamberg (t. II, pi. XVI) dont je parlerai bientôt.

,mi^ .

les morts représentés sous des édicules , est monte sur un cheval entre deux personnages debout, armés d'une lance , entièrement enveloppés d'un manteau qui leur donne la forme d'une gaîne, et derrière chacun desquels sont trois fleurs de grenadier ="53^", dont deux avec leurs tiges disposées en accolade. M. de Laborde pense que ces deux personnages sont deux de ces hérauts qui assistaient aux jeux publics , du moins aux jeux qui étaient célébrés en l'honneur des morts ^<5'^; et comme sur le revers du vase il s'agit de Ménélas, le cheval en question pourrait bien être, suivant lui, U jument que Ménélas avait méritée à la course des chars, et qu'une petite supercherie d'Antiloque lui avait enlevée. Serait-il trop hardi de voir ici un mort se rendant au séjour des bienheureux escorté par deux génies funèbres ou deux serviteurs armés? Resterait à expliquer l'objet en forme de fer à cheval qu'on voit entre les jambes du cheval '^^ Peut-être n'avons-nous là sous les yeux que la représentation informe ou plutôt effacée d'un oiseau à tête humaine. Si cette supposition était fondée, cet emblème déciderait la question.

i63A„ le grenadier est un arbre funéraire. On sait que son fruit joue un rôle important dans le mythe de Proserpine (Hom. Hymn. in Cer. 872. ApoUod- Bill. 1,5,3- Ovid. Met. V, S^&;Fast. IV, 607), et que les initiés aux mystères devaient s'en abstenir (Porphyr., de abstin., liv. IV, § 16 , p. 353, éd. de Rhœr. Julian. Or. V, p. 174, B, Spanh. Achill. Tat. III, 6, et la note de M. lacobs, p. 629. Cf. Spanh., de prœsl. et usu numism. Dissert. IV, p. 276, éd. II; et M. Wclcker, Zcitschiift, t. I, i, p. 10, note 18).

'64 II. .y, 579.

'65 M. deWitte croit que c'est un casque. J'avoue que j'en doute beaucoup. Le dessin de ce vase est trop ferme pour admettre qu'un casque ait été représenté d'une manière aussi vague. Le même objet se retrouve entre les jambes d'un guerrier partant pour le combat, sur un vase peint publié par M. Millingen ( Peint, ant. de vases gr. de la collection de sirJ. Cogkill , pi. 36); et je suis d'autant plus disposé à y voir la représentation informe d'un oiseau , que la sirène et les deux panthères peintes sur la bande qui entoure le col du vase, indiquent d'une manière incontestable un monument funéraire.

Mais si l'interprétation que je propose pour ce vase laisse quelque incertitude , il n'en peut exister au sujet d'une urne étrusque publiée par M. Inghirami *^^. Le mort à cheval, vêtu d'une tunique courte comme sur le vase du comte Lamberg, s'avance le bras gauche étendu. Il est escorté , suivant un usage antique dont on trouve dt-s traces dans la Bible *^7, de quatre serviteurs à pied ; trois d'entre eux sont armés de lances, et de ces trois un seul porte un bouclier; le quatrième ainsi que l'un des guerriers a un sac plein sur l'épaule droite. M. Micali ^^^ veut voir dans les deux serviteurs portant le sac, le bon et le mauvais génie du mort, mais M. Inghirami a réfuté victorieusement cette erreur ^^9^ et prouvé que d'après les croyances religieuses de l'antiquité qui donnaient aux personnages de distinction des serviteurs après leur mort, même alors qu'on n'immolait plus les esclaves sur le tombeau de leur maître, une telle escorte n'a rien de symbolique. Je citerai encore comme un exemple incontestable de cette escorte funèbre , une urne étrusque ^'° où le mort, la tête et la bouche couvertes par sou manteau, s'avance monté sur un cheval que conduit ©a'vaTo; ou plutôt Charun armé de son marteau^"'. Derrière le cheval est un esclave le sac sur

"^ Mon. EtT., Ser. I, tav. XVHI.

•«îEccl.X,7.

^' Moniim. per servir, etc., p. vu.

'*5 Op. cit., t. I, p. 59 et 180. Il reproche à M. Creuzer d'avoir adopte coite opinion.

'""' Inghirami, Mon. Etr., Scr. I, tav. "VTI.

''' Le marteau joue aussi un grand rôle dans la mythologie Scandinave. C'est l'arme de Thor. (Voyez la Mythologie germanique de M. Grimm, p. laH.y II parait avoir une origine orientale , et on le retrouve dans les croyances superstitieuses des Turcs. Ils se figurent que deux esprits noirs et livides sont cachés dans le sépulcre près du mort. Là ils lui ordonnent de s'asseoir, et après lavoir jugé, s'ils le trouvent innocent, ils se laissent reposer en paix, sinon, ils lui frajipent les deux oreilles avec un gros marteau, qui, dit-on, lui fait pousser des cris horribles. Voyez Pocock, jSot. Misccll., p. 2^2 seq.

( i56) le dos 27*. Les Romains ont reproduit ce type sur leurs monuments funéraires. On le retrouve sur un bas-relief de la galerie Giustiniani inséré par M Inghirami dans ses Monuments étrusques '73, et qui semble être de l'époque des Antonins; du moins le personnage principal qu'accompagnent deux esclaves à pied portant un sac, offre beaucoup de ressemblance avec la statue équestre de Marc-Aurèle. L'un des deux esclaves tient une couronne de fleurs à la main, ce qui est encore l'indice d'un monument funéraire.

Nous avons vu tout à l'heure Charun conduisant le mort sur son cheval; c'est encore lui qui remplit ce ministère funèbre sur une urne d'un travail très-grossier que nous fait connaître M. Inghirami '74, mais qui offre cette différence qu'à la place du cortège d'esclaves on voit une Kvip ailée , et dans un costume qui rappelle vaguement les Amazones du bas-relief de Phigalie. Elle tient son glaive en main et semble en aiguillonner le cheval de Charun , tandis que le dieu impitoyable, de son énorme marteau, vient de renverser sur son passage deux hommes que son cheval foule aux pieds.

Mais le cheval funèbre n'est pas toujours conduit par Charun; quelquefois il est remplacé par la K-^p elle-même qui s'avance, les ailes déployées, tenant un flambeau renversé de la main gauche, et de l'autre la bride du fatal coursier. Mais alors Charun est toujours là avec sa figure hideuse , le marteau sur l'épaule et le glaive à la main. 11 ne devance plus le mort, il le suit '75. Quelquefois cependant il s'humanise et se présente sous un aspect moins hideux. Mais alors c'est la K-^p qui se charge d'inspirer la terreur en se montrant la tête ailée et hérissée de serpents '76. Il arrive même que tous deux

'7' Voyez encore les Mon. Etr. d'Iiighirami. Ser. I, tav. XIV.

''^ Ser. VI, tav. B, 2. Galleria Giuslinian. II, 69.

'74 Op. cit., Ser. I, pi. XXVII, 2.

"7^ Voyez les Mon. Etr. d'Iiighirami. Ser. I, tav. 'VIII et XX, iig- 2.

^76 Op. cit. XX,fig. 2.

( «57 ) revêtent des formes qui ne sont pas dépourvues d'élégance *77. Sur quelques urnes le mort porte un rouleau à la main ^7^, Est-ce l'éloge funèbre qu'on a déposé dans sa tombe *79, ou bien l'indice d'un philosophe ou d'un orateur ^^°? C'est ce que je ne saurais décider. Sur les monuments trouvés en Grèce , le voyage suprême est indiqué d'une manière plus simple. Le mort y est représenté monté sur son cheval, et une courte inscription fait connaître son nom et sa patrie ^^'. Quelquefois même pas d'inscription , comme sur r£7uiÔYi(;.a d'un tombeau existant aujourd'hui à Eremokastro sur l'emplacement de l'ancienne Thespies et que M. Stackelberg a publié dans ses Tombeaux attiques ^^^. Sur la face principale se montre un cavalier

»77 Comme dans le Mus. Etr. de Gori, vol. Ill, class. III , tay. XXIV, fig. i.

*7« Inghirami, Mon. Elr., Ser. I , tav. VIII et XXII.

>79 Voyez plus haut, p. 120, col, i, et p. 122 , note 227,

3«o Voyez plus haut, p. 120, note igS.

'*' Voyez Mus. de Vérone, LUI, 2. Mus. JVorsley, tav. II, éd. de Milaiï, Sur un grand nombre de pierres sépulcrales du Bosphore Cimmérien, le mort est représenté à cheval, armé d'une lance, d'une épée , d'un arc et d'un carquois. Le plus souvent il est accompagné d'un jeune esclave tenant le bouclier ou quelque autre pièce de l'armure de son maître; quelquefois aussi un chien saute à la rencontre du cavalier. Voyez Pallas, Voyage dans la Russie méridionale , t. II, pi. 17, fig. 5, et pi. 18, fig. 3 ; Clarke Travels in various countries , vol. I, p. 435 et 620; Boeckh, Corp. Inscr. gr. n° 2094, 2111*, 2ii4S 2ii5, 2127, 2128, 2i34, 2174. Mais je doute que sur ces monuments le cheval soit symbolique et puisse être pris pour le coursier funèbre ; il fait plutôt allusion , comme le pense M. Boeckh (Cf. n° 2094), aux habitudes guerrières des habitants de ces contrées et à leur goût pour la chasse (Herod. IV, 22; Dio Chrysost. Or. Borysth. p. 77). Ce qui me porte surtout à le croire, c'est que les pierres en question offrent ordinairement un second bas-relief où l'on voit le mort couché snr un lit funèbre et entouré de sa famille [Corpus Inscr. gr. n° 2094, 2124') ; d oiî l'on peut conclure que des deux bas-reliefs le premier se rapporte à la vie , et le second à la mort du personnage auquel le monument est consacré. Clarke (vol. I, p. 435) propose une autre explication qui ne me paraît pas admissible.

'*' Atlische Gràber, t. II, n° x.

( 158) vêtu d'un xiTwv liiçi^tùxoç et d'une x^^ap?- Son cheval est lancé aii Talop, et l'on distingue encore la trace des trous qui avaient servi à souder les rênes en bronze. M. Stackelberg voit ici un cavalier mort à la bataille de Leuctres, mais cette supposition est purement gratuite. Peut-être faut-il comparer à ce dernier monument un petit basrelief publié par Caylus^83, gt qui représente un cheval en pleine carrière monté par un homme dont le costume est celui d'un guerrier, bien que sa tête soit nue ''^^. La main droite de cet homme , la seule qu'on aperçoive, car il est penché sur l'encolure de son coursier, dont ses jambes pressent les flancs, est presque entièrement mutilée, en sorte qu'on ne peut juger de son emploi. C'est ici surtout que le refrain de Biirger, die Todten reiten schnell , trouve son application. Sans doute sur les monuments que nous avons passés en revue jusqu'ici , le voyage funèbre n'est pas caractérisé par une course aussi rapide, mais si je ne me suis pas trompé sur le sens d'une cornaline onyx également publiée par Caylus ^^s, cette course impétueuse n'est pas sans exemple.

Cette cornaline représente un cheval lancé au galop ; il n'a pouit de cavalier , mais sur sa croupe se dresse un serpent ailé qui tient les rênes dans sa gueule. Chose assez rare , le cheval est ceint d'une large sangle. « Cette composition, dit Caylus ^«S présente un de ces problèmes d'antiquité qu'un homme sage ne cherche point à résoudre. » Et cependant il y voit « le serpent J gathodémon ou du moms la représentation de cet animal si célèbre en Egypte. « Malgré l'arrêt de Caylus , j'essayerai de résoudre le problème en proposant de voir ici la représentation symbolique de l'âme d'un héros portée sur le che-

>«î Recueil d'antiquités, t.^I, pi. LXVII, fig. 2. Ce marbre est conservé à la Bibliothèque royale dans la salle de Zodiaque.

^8^ Il porte le xiT(i)v et le Ôc'^pa^ en cuir. Le cheval est sans bride, mais le cavalier est assis sur un £--ptTr7riov.

^85 Op. cit., t. V, pi. LIV, fig. 5.

( '59 ) val de la mort et se hâtant d'atteindre le séjour des bienheureux, Plutarque nous apprend dans la vie de Cléomène ^^7 que, suivant une ancienne croyance grecque, le serpent était approprié aux héros, et cela parce qu'on était convaincu que de la moelle des ossements humains il naissait des serpents. Ovide prête cette opinion à Pythagore ^^*', Pline l'adopte sérieusement *^9, et Antigone de Caryste renchérit encore sur ces différents écrivains en prétendant que les hommes auxquels il arrive ainsi de devenir après leur mort le principe d'une nouvelle création , sont ceux qui , avant de mourir, ont respiré l'odeur d'un serpent en putréfaction '9**.

Sans insister plus longtemps sur cette ridicule erreur, il faut reconnaître que dans les idées religieuses de l'antiquité, le serpent, symbole de l'âme, représentait les génies ou héros èY)(^o)piot, ou bien encore les serviteurs de ces héros ^9'.

S'il restait encore quelques doutes sur le sens des bas-reliefs funéraires où figure un cavalier seul et sans aucun attribut spécial, il est une branche de cette famille de monuments qui doit lever toute incertitude. Je veux parler de ceux qui nous offrent des enfants montés sur un cheval. Ordinairement ces enfants, bien que morts dans un âge très-tendre, ainsi que le constate l'inscription jointe au basrelief, sont représentés comme s'ils avaient atteint les dernières an-

' C. 3g. Md()viffTa twv Çcowv tov ôpaxovTa toîç vjp(i)(ït auvtoxEicoG'av. ''^ Metam. XV, 389 sq.

Sunt qui, cum clauso putrefacta est spina sepulcro, Mutari credant hutnanas angue medullas.

Cf. Serv. ad. ^n. V,95.

^ 9 X, 6Q. Anguem ex medulla hominis spinee gigni, accepimus a multi.i ;, pleraque eniin occulta et eœca origine proveniunt. Cf. ^Elian. H. J.\, 5i.

^9' Voyez \\Y>^. /En. V, 8/1-96, et Servius sur ce passage.

( i6o) nées de l'enfance '9*. Ce n'est donc pas l'enfant tel qu'il était à sa dernière heure, mais l'enfant devenu héros, que le ciseau de l'artiste a voulu retracer.

Le seul monument de ce genre que je puisse rattacher à la catégorie dont je m'occupe en ce moment , c'est un has-relief funéraire conservé à Rome dans le palais Massimi. Une copie de ce bas-relief et de l'inscription qui l'accompagne a été publiée parMontfaucon'S^. L'inscription avait été précédemment insérée dans le recueil de Gronovius '9'^ et dans celui de Fabretti ^9^ • depuis elle a été successivement reproduite par Bonada ^9^, par Brunck *97 et par M. lacobs *9^. Elle est ainsi conçue :

Baiov STTiffTvfcaç i)(^voi; èv9aoe TU[/.éov a9pYi(Jov

irai^o; açvco [jt.a(^wv [^.viTpoç aTCOTTTafxévou • *

(oj^exo ^'èv v£)tu£ccrt Iitcùv TuaTpl ttevGoç aV/iXTOv,

Ot(J(7VJV^^9 xV/jpWCaç TTEVTKOa TÔiV cuvoo wv •

Toîbç 5' '/iv yeyawç, oloç ttoV â'iyucêv °° laxjç^oç

*9' Montf., y/«^ ex/5/, t. V, pi. XLI, fig. a. Fabretti, Inscr. Jnt.^ p. i6r. '9^ ^rtf. ex/j/., loc. cit.

*9* Bastritius , Prolegg. ad Bellor. de mon. vet. Rom . , in Thés. Gron. , t. XII , Prœf.

'95 p. iSg.

»96 T. II, p. 542.

'97 III, 292, n" 662. Annal. III, 2, 237.

'9« ^«M. gr. Lips. t. IV, p. 256. Jnth. Pal. App. n° i36, t. II, p. 802.

'9^ Le marbre porte AICCHC qui est évidemment nne faute du graveur.

^°'' Brunck : « Non placet etpuffev quod sic neutraliter usurpari non solet ; mallem oioç irep Etpu ttot' "lax^^oç. » M. lacobs propose une autre correction qui se rapproche davantage de l'original : oTo'ç ttote, cpaaiv, "lax^oç. Mais dans l'état de conservation parfaite où le marbre nous est parvenu, aucun de ces changements n'est admissible. Il faut se résigner à admettre qu'à l'époque où cette inscription a été gravée, cpuvat pouvait être pris dans un sens neutre.

( i6i ) Arrête un instant tes pas et contemple le tombeau cVun enfant qui s'est envolé tout à coup loin des mamelles de sa mère. Il est allé chez les morts , laissant à son père une douleur qui naura pas de fin. Il avait vécu deux fois cinq révolutions lunaires , et il était tel que fut lacchus , ou V audacieux Alcide , ou le bel Endymion.

u On s'étonnera peut-être , dit M. lacobs ^°', de voir un enfant de dix mois à cheval ; c'est que son père l'avait fait représenter sous la forme de l'un des Dioscures. » Je ne saurais admettre cette explication. Si l'enfant eût été assimilé à l'un des Dioscures, l'artiste l'eût représenté dans d'autres proportions. Il est à cheval parce qu'il est devenu héros comme tous ceux auxquels on le compare et qu'il est emporté par le cheval de ©avaToç dans le séjour de la félicité éternelle 3o'.

Cette modification apportée par l'apothéose dans la taille des enfants morts, ne se rencontre pas seulement sur les monuments où l'enfant est représenté à cheval. Nous en voyons un exemple curieux dans le tombeau de Heteria Superba publié par Montfaucon ^°^ Cette jeune fille, morte à dix-huit mois et vingt-cinq jours, a sur le monument la taille d'une femme. Montfaucon ne voit là qu'un caprice des parents; il y a plus, il y a une intention religieuse.

Je ne sais s'il ne conviendrait pas de rattacher au voyage suprême les urnes étrusques représentant un ou deux personnages dans un chariot couvert et attelé de deux chevaux au devant duquel vient un cavalier. Goria publié deux de ces urnes ^°4. Sur la première, le char,

^•^- Ànth. Lips. t. Xn, p. 237.

^o' Voyez Inghirami, Mon. Etr., t. I, p. 56.

3°^ Ant. expl. t. V, pi. XL.

^"i Mus. Etr., t. I, tab. CLXVIIII, fig. 2, et t. III, cl. III, tab. XXII , fig. 2.

Mon. de Mor. 2 I

qui contient cieux epou., est précédé d'un entant ponant une corne d'abondance et suivi d'une femme qui conduit une jeune fille en bas âge; sur la seconde, on voit devant le chariot, qui ne renferme qu'un seul voyageur, uneR-^p ailée et portant deux roues, accompagnée de deux personnages tenant en main le bâton indice du voyage; derrière vient une famille composée d'un homme, d'un vieillard et de deux enfants. La marche est fermée par une K-op ailée tenant un ilambeau en main. Ce dernier bas-relief a un caractère funéraire mcontestable, et le nom que je propose de donner à cette classe de monuments, lui convient peut-être mieux que celui de pompe nuptiale qu'il a reçu de Gori 3o5, ou que celui de déménagement rustique par lequel Visconti a désigné ^os un bas-relief du musée royal, que l'on pourrait être tenté de comparer aux urnes étrusques dont

je viens de parler. ^

Je crois devoir rapprocher de ces deux sujets une stèle funéraire du musée de Vérone ^oy, où l'on voit un homme assis sur un chariot h deux roues traîné par un cheval, et une autre pierre de la même collection 3o8, représentant un chariot à quatre roues, sur lequel est assis un personnage vêtu de la toge. Un seul cheval est attelé à ce char • il est conduit par un esclave qui , assis sur un s.ége adapte au char,' tient le fouet en main. Entre les jambes du cheval on d.stmgue un petit chien. Les inscriptions latines qui accompagnent ces monuments, n'annoncent pas que ces deux sujets se rapportent à la profession des différents individus auxquels les deux pierres tumulaires .ont consacrées; on ne peut donc, selon moi, y voir qu'une allusion

.iu dernier voyage. , ^

Quelquefois aussi le mort devenu héros ou génie est ramené a

^os Mus. £tr., t. m. Diss. III, de Sepulcr. ornam., c. XII, p. i?^-

3°« Description des antiq. du musée royal, n" 4^ , P- i»- P*'"!*' ^^^7> in-8 .

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