TOWN HALL AT DINANT
XAMUR.
citadelle juchée sur un rocher à pic, composent un ensemble tel «pie le révent l’archéologue et le peintre.
\u premier plan de ce tableau, on aperçoit un édifice du dix-septième siècle, flanqué de grosses tours construites en briques et coiffé de toits pointus; c’est la maison communale, et, quoique toute la vie administrative et judiciaire y soit concentrée, elle ne peut guère être plus importante dans une ville dont le bien-ctre et la liberté furent si fréquemment mis en cause. O11 sait l’affreux traitement infligé aux Dinantais par Charles le Téméraire et les maux qu’ils eurent à endurer, plus tard, fors de la lutte entre Charles-Quinl et Henri II.
Dînant ne possède plus qu’un seul beau monument, l’église Notre-Dame, l’une des plus complètes du style ogival primaire. La date de sa construction est inconnue, mais la pureté de son style permet de la fixer au milieu de ce treizième siècle, qui fut pour l’art monumental du moyen âge ce que l’époque de Périclès avait été pour la Grèce. Plusieurs parties empreintes du caractère de l’art roman, notamment un admirable baptistère, indiquent que l’édifice actuel a succédé à un temple plus ancien, déjà important, mais qui dut néanmoins être agrandi au moment où la population de la commune s’augmentait.
Les nefs de l’église se distinguent par leur disposition élégante. Le chœur, auquel le voisinage du rocher qui le surplombe, n’a permis de donner qu’un faible développement, offre néanmoins l’aspect le plus caractéristique. L’extérieur comprend deux porches, dont les voussures sont sculptées, mais dont les grandes statues ont malheureusement été brisées à la fin du siècle dernier. Quant à la tour, c’est la partie la plus grossière du monument; l’on ne peut signaler que sa solidité, sa carrure et son élévation qui dépasse une centaine de pieds.
AUTEL DE L'ÉGLISE SAWTE-WAUDRU A MOUS.
Le plan de l’église Sainte- Waudru a été longtemps attribué à un artiste célèbre, dont on voit en son enceinte le monument funéraire. Cette opinion avait pris sa source dans l’épitaphe suivante, inscrite sur le deuxième pilier de la nef: « Chi gisent Jean de I huin, « officier tailleur d’image, conduicteur de l’ouvraig. d’architrée de cette Eglise, qui « trépassa l’an 1556, le 26 aovst, et auprès de lui gisl Jean deThuin, son (ils... » Ainsi <[ue l’a fait remarquer un spirituel écrivain monlois, M. Chalon, cette épitaphe, loin d’établir la paternité de l’artiste, l’anéantit au contraire : la date du décès, indiquée plus haut, démontre en effet que Jean de Thuin n’a pu donner le plan d’un edi(iee commencé dès l’an 1480. « Conducteur et officier tailleur d’image, » il s’est borné à la surveillance de l’œuvre, ainsi qu’à sa décoration, et c’est à lui sans doute qu’on doit ce qui subsiste des sculptures primitives, notamment le bel autel gothique enrichi de statuettes et si délicatement fouillé dans ses moindres détails.
Jusqu’à l’époque de l’invasion faite par les républicains français, Sainte-Waudru était riche en productions sculpturales. L’on y voyait trois tombeaux de la famille des anciens comtes de Hainaut, un jubé orné par le sculpteur Dubrucque et des stalles richement historiées qui, vendues à l’encan, furent arrangées ensuite pour servir de plinthe au salon d’un riche brasseur monlois.
Malgré ces rapines, malgré ces actes de vandalisme, l’église offre encore un splendide aspect ; quoique sa construction ait duré plus d un siecle, elle parait avoir été terminée d’un seul jet (1589), et elle conserve, sur la plupart des autres monuments religieux du pays, un précieux avantage : c’est d’être restée pure de ce badigeonnage périodique qui supprime la variété des couleurs et fait graduellement disparaître les reliefs. Tandis qu’ailleurs une croûte blanchâtre couvre le vaisseau des églises, la nudité primitive des matériaux et leur harmonieux mélange suffisent ici à réaliser cet ensemble plein de mystère et de poésie, qui forme le charme essentiel de l’art ogival et la supériorité des maîtres maçons du moyen âge.
CATHÉDRALE DE TOI RA Aï.
Après tant d’œuvres admirables, il nous reste à en faire connaître une dernière qui I emporte sur toutes par son caractère grandiose, son ancienneté, ses éléments si riches et si complexes. La cathédrale de Tournai a le rare privilège de réunir dans son enceinte la carrure imposante de Fart roman et la grâce élancée de l'architecture ogivale. Chacun de ces deux styles y brille en même temps, par sa force, par sa plénitude, et l’on achevait à peine de dresser les piliers de nefs el des absides que l’ogive, atteignant tout d’abord à la perfection, venait envahir le chœur et élevait vers le ciel ses lignes aériennes et pures.
Les cinq tours qui couronnent la cathédrale, le magnifique transept, la nef, appartiennent au style chrétien primordial, et remontent à une époque qui se perd dans la nuit des temps. L’époque de l’origine, vivement controversée par les archéologues, doit être fixée, selon les uns, au règne du roi de France Clovis, tandis que, selon les autres, une reconstruction à peu près complète eut lieu au onzième siècle, F édifice primitif, bâti par saint Eleuthère, ayant été détruit par les Normands, en l’an 882. L’époque de la construction du chœur peut être mieux précisée : il fut commencé en 11 10 et achevé, sous l’évêque Baldéric, pendant la durée du douzième siècle.
Entre ces deux parties différentes, mais également belles et assez vastes chacune pour former un monument, Ment se placer une œuvre élégante de la renaissance, le jubé. C’est un contraste de plus; mais, loin de raviver les autres, il atténue au contraire ce que le rapprochement des deux styles offrirait de trop heurté ou de trop brusque; d’une part, scs arcades en plein cintre s’harmonisent avec les lignes principales du transept, de l’autre sa richesse d’ornementation offre certaine analogie avec le caractère moins austère du chœur. Des qualités plus essentielles apparaissent encore dans cette œuvre : la science, le goût., l’invention. L’habile constructeur de l’hotel de ville d’Anvers, Corneille de Yriendt, s’est ici surpassé dans les deux arts, la sculpture el l’architecture, qu’il exerçait avec un égal succès; le mélange de l’albâtre et des marbres diversément colorés forme une suave harmonie; les bas-reliefs sont taillés d’un ciseau magistral; enfin les compositions révèlent un ingénieux symbolisme en représentant, tour à tour au sens réel ou allégorique, les principales scènes de la vie du Christ. Le jubé était autrefois surmonté d’une grande croix actuellement remplacé par le groupe de saint Michel victorieux, sculpté par Lccreux. Les statues de saint Pial et de saint Eleuthère, placés au-dessus des arcades latérales, ont été également ajoutées à l'œuvre primitive; mais la statue de la patronne de l’église a été exécutée par de Yriendt et désigne en quelque sorte la place de la tribune centrale, oii l’évêque venait jadis recevoir l’investiture du siège épiscopal et adresser ses exhortations aux fidèles.
H AIN Al T.
La richesse d’ornomenlalion particulière à celle partie tle la cathédrale s'étendait autrefois à tout son pourtour. Avant l’invasion française, les tombeaux de enivre ciselé, les tableaux de grands niait res, les statues d’argent, les reliquaires précieux, les tapisseries d’Audenarde, les boiseries délicatement ouvragés, se retrouvaient à chaque pas. Il ne reste plus guère de trace de ces productions, mais le monument garde par lui-même de telles magnificences que son examen émerveille et captive encore l’esprit ; l’on v retrouve notamment en entier l’histoire de la sculpture chrétienne. Le grand portail est particulièrement remarquable sous ce rapport et la variété des œuvres sculpturales y arrête forcément le visiteur. Là, sur le pilier qui sépare les deux portes, on voit la statue de Notre-Dame au raisin, fréquemment invoquée par les malades, et dont le nom provient du fi nit offert par la madone au divin enfant. Au-dessus des portes même, les statues des patrons de la ville, saint Pial, saint Eleulhère, apparaissent sur des piliers sculptés à différentes époques, et dont la partie inférieure retrace trois épisodes de la Genèse : Adam et Eve sortant des mains du Créateur, puis succombant à la tentation du fruit défendu, et subissant enfin le châtiment de la faute commise par leur expulsion du paradis terrestre. Ces scènes, retracées avec une extrême naïveté, appartiennent au premier frontispice roman et c’est plus tard que les entrées à plein cintre et les archivoltes ont été décorées par l’art ogival d’efflorescences, de nervures, de bas-reliefs d’un faire tout à la fois plus expressif et plus maniéré.
D’autres sujets d’une exécution aussi ancienne racontent la vie du roi Chilperic, fondateur de la puissance temporelle des évêques de Tournai; ils sont également entourés de bas-reliefs et de statues cpii trahissent leur âge, soit par l’altération des proportions humaines, soit par l’habileté comparative de chaque temps. Ce qu’il y a de spécial, de caractéristique, de révélateur dans chacune de ces additions, mériterait d’être indiqué; mais, pour le rendre évident, il faudrait un livre et nous voici à notre dernière page. Peut-être en avons-nous cependant dit assez pour faire ressortir la liante importance d’un monument oii le symbolisme du moyen âge, la gravité de l’art roman, la délicatesse de l’art gothique et la grâce raffinée de la renaissance se trouvent ainsi mis en présence. Pour l'antiquaire fureteur de dates et de noms, il y a déjà là un admirable musée; pour l’archéologue véritable, qui s’arrête, non au chiffre ou à la lettre, mais à l’esprit et qui, dans le caractère des formes, cherche à découvrir l’influence sociale des idées, il v a mieux encore : le sujet d’une longue élude et une source féconde dent housiasme.
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table des planches.