‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 2)Chapitre 63 sur 106 · CHEZ LES ANCIENS · texte numérisé non relu

CHEZ LES ANCIENS

La numismatique est une des parties les plus importantes de la science des antiquités. Sans elle, l'histoire ancienne pourrait ne paraitre qu'un tissu d'incertitudes, même de fables. Les monuments, objets de ses observations, sont solides, quoiqu'ils aient peu de pesanteur; et, ce qui est un grand avantage, ils sont transportables à volonté. Ils existent encore, et souvent dans leur intégrité première, quand les temples, les pyramides, les obélisques , tous les monuments de pierre, ne présentent à l'œil attristé que des ruines informes, inexplicables. C'est la numismatique qui fournit la preuve et quelquefois l'incontestable date des évènements que raconte l'histoire. C'est encore elle qui souvent nous fait connaitre des peuples ignorés

de l'histoire elle-même: elle qui nous offre les traits, la physionomie, le costume des

erson-

nages qui ont joué un grand rôle dans le monde, et leur rend, pour ainsi dire, l'existence.

Ce ne sont point là tous les avantages de la numismatique, La manière dont sont composés, et surtout exécutés, les types des médailles anciennes (et c'est là surtout ce qui doit attirer notre attention dans cet ouvrage, dont le principal but est l'examen des monuments des arts du dessin), fournit l'indication la plus sûre de l'état des arts au temps où ces médailles ont été frappées, du goût, et quelquefois des opinions politiques où morales des peuples qui les ont fabriquées

Cette science, qui, à l'époque où l'Europe sortit des ténèbres du moyen âge, fut honorée,

cultivée avec ardeur par tant d'hommes célèbres, les Pét irque, les Politien, ete., et, plus

tard, en France, par les Vaillant, les Pélerin , les Barthélemy. ete. ; cette utile science est trop négligée de nos jours : quelques érudits seuls en font l'o jet constant de leurs études; mais ils parviennent rarement à exciter dans les autres le zèle qui les anime. Heureusement les grandes

collections de médailles existent, existeront toujours : elles sont sous la garde de savants ‘qui

classent avec soin ces inappréciables richesses, et er

publient quelquefois des catalogues rédigés avec soin (1). La science ne sera donc point perdue : tôt où tard elle retrouvera de

plus nombreux prosélytes.

L'est difficile, pour ne pas dire impossible, de fixer lé voque où les métaux furent employés

dans le commerce comme moyen d'échange: encore moins celle où l'empreinte d'un type

connu fut apposée sur ces métaux pour en assurer le poids et la valeur, où l'on en fit enfin de

véritables monnaie

J'y a, à ce sujet, de grandes et érudites dissertations, qu'il serait long, et G peut-être superflu, d'analyser ici, parce que nous ne saurions, entre tant d'opinions diverses, toute

ppuyées d'autorités respectables, décider quelle est la plus admissible. Ce qui parait certain, c'est que le type empreint sur les plus anciennes médailles semble rappeler quelle fut leur

1) Rappelons ici, entre autres et avant tous les autres, le bel ouvrage qui a pour titre : Description de Médailles

antiques grecques et romaines, et pour auteur M. Mowxer, conservateur adjoint du cabinet des médailles du Roi

- Voyez, au sujet de ce savant, la note qui accompagne la planche suivante

origine, On y voit des animaux domestiques, des bœufs, des chevaux, etc. Cela n'indique-t-il

point que, comme on le croit généralement, les métaux ont été substitués, dans les temps

les plus anciens, aux objets ordi

es des échanges, à ces animaux, qui formaient toute la

richesse des pères de famille chez des peuples presque exclusivement livrés à l'agriculture ?

Chaque peuple, chaque cité, chaque souverain, enfin tout chef d'un état où monarchique

ou républicain, adopta bientôt, pour type de l'empreinte des monnaies, un signe, un emblème

qui indiqua le lieu de leur fabrication : on y ajouta des inscriptions, des légendes qui rendirent encore plus certaine l'indication fournie par les emblèmes. Ce sont aujourd'hui encore ces emblèmes et ces légendes qui nous servent à reconnaitre et à classer systématiquement ces monuments précieux de l'art antique

Nous observerons ici que les empreintes des monnaies auraient dû faire naitre trés-anciennement l'idée à quelques puissantes familles de se distinguer aussi par des emblèmes particuliers,

de se donner enfin ce que nous appelons des armotries. Et cependant il ne parait pas qu'on y

ait songé: on ne trouve chez les anciens aucun vesti

d'armoirie:; on n'en trouve pas même,

depuis l'établissement du christianisme, avant le dixième siècle.

Les monnaies anciennes, que nous appelons aujourd'hui des médailles (x), n'offrent point des

dimensions aussi exactes que les nôtres; l'empreinte n'en occupe pas toujours le milieu : c'est

que les anciens n'employaient point les ingénieuses machines que nous avons inventées pour

faciliter la fabrication des monnaies. Is les fondaient dans des moules, ou les frappaient avec un marteau, où, quelquefois encore, après les avoir coulées, ils les frappaient ensuite.

Le relief des empreintes est aussi beaucoup plus élevé dans les médailles qu'il ne l'est dans

nos monnaies. Les anciens ne pouvaient donc empiler, comme nous, leurs pièces, ce qui

rendait les bourses plus nécessaires. Mais combien ce relief, qui nous parait exagé

é, n’ajoute-

il pas de beauté aux médailles qui datent des époques où les arts brillaient d'un vif éclat

dans la Grèce! Que de grandiose dans les traits de leurs belles figures, où se remarquerait si facilement le plus petit défaut, Sily avait des défauts!

Dans les cinq planches de médailles antiques que contient cette section, on verra l'art monétaire tout près de son origine, et conséquemment barbare et grossier : succéderont les beaux temps de l'art, et enfin sa décadence, Et c'est ainsi que l'on pourra suivre, sans peine,

l'art dans toutes ses phases et à diverses époques

Nous réservons pour une section particulière de la seconde partie de notre ouvrage, les monuments de l'art monétaire, dans la période qui suivit la renaissance des arts en Europe,

après de longs siècles d'une barbarie presque complète

Gr) I ne faudrait pas croire que toutes les médailles aient été des monnaies, 11 en est qui trés-certainement n'ont jamais été en usage dans le commerce, dans les échanges; qui n'ont été frappées que pour conserver la mémoire d'un fait important; que pour être distribuées en présent, comme nos jetons modernes. Les mrédaillons, par

exemple, qui souvent n'ont point de revers, ne peuvent pas être classés parmi les monnaies

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