DIVERS MÉDAILLONS EXÉCUTÉES DANS LE QUINZIË
Les trois médaillons que l'on voit représentés sur cette planche sont l'ouvrage de ’ütore Pisano, artiste vénitien, qui florissait vers le milieu du quinzième siècle. Lanzi, dans son Histoire de la peinture en Italie, ne lui consacre guère qu'une page (1) : ses talents, sinon comme peintre, du moins comme graveur de médailles, méritaient peut-être qu'on s'en occupat avec plus de détails. L'historien de la peinture avoue pourtant qu'on trouve de cet artiste, dans les musées, un assez grand nombre de médailles de princes, trés-dignes de l'estime
des connaisseurs.
N°1. — PORTRAIT du roi Alphonse.
D'un côté de ce médaillon est le portrait du roi Alphonse. D'après la date, M. CCCC. XLVII. gravée dans le champ du médaillon, ce ne peut être qu'Alphonse V, roi d'Aragon, qui, après s'être rendu maitre de Naples, en 1442, fut reconnu roi de Sicile. Ami des lettres et des arts, généreux presque à l'excés, il mérita le surnom qui lui fut donné, de Magnanime. C'est à sa libéralité que fait sans
doute allusion lallégorie du revers du médaillon, où l'on voit un aigle posé sur
une branche d'arbre, entouré d'oiseaux bien repus qui le considèrent avec
respect. La légende est : L1BERALITAS AuGusrA.
N° — PORTRAIT de Pisano.
Il ne s'est donné là d'autre titre que celui de pictor. Il parait qu'alors le mot peinture était générique ; qu'il embrassait tous les arts du dessin. Nous voyons ici pourquoi les contemporains de l'artiste l'ont toujours appelé
Pisanello. Ce diminutif convenait à sa chétive figure. N°3. — PORTRAIT du sultan Mahomet
D'un côté on voit son buste seulement; de l'autre, il est représenté à cheval, un fouet à la main.
Le médaillon a pour date 1481. Si c'est là la date de sa fabrication, il a été
exécuté l’année même de la mort de l'empereur qui y est représenté. En effet,
(1) Stor. Pittor., t. WI, p. 24
Mahomet Il mourut le % mai 1480, agé seulement de cinquante-deux ans : il en avait régné trente-un. Nous serions tenté de croire que ce médaillon ma ete execute qu'après la mort de Mahomet, et que l'artiste, en mettant une date à son ouvrage, n'a voulu rappeler que celle de la mort de ce prince, que l'on cite avec raison comme un des fléaux de Fhumanité. S'il fut le plus heureux
des conquérants, apres Alexandre; sil renversa deux empires, conquit douze
royaumes, prit plus de deux cents villes sur les chrétiens, il répandit le sang
humain à grands flots, non-seulement dans les combats, ce qui peut-être serait pardonnable, mais froidement, mais en violation des traités les plus saints. Ce
fut lui qui, pour qu'on ne lui reprochat plus de se livrer aux illusions de Famour,
trancha de sa propre main, en présence de son armée, la tête de sa jeune el
belle captive Irène.
Et ce monstre aimait les arts; il dessinait même assez bien!
! Nous noserions affirmer que ce médaillon soit de Pisano. Ce qui nous en fait douter, e’est la date qu'il porte. Pisano, qui avait exécuté, en 1 148, le portrait d'Alphonse, aurait été bien vieux pour oser entreprendre, en 1481, celui de Mahomet IT. Cela n'est pourtant pas impossible. Mais on lit d'un côté du médaillon, sous les pieds du cheval, ces mots : Opus Constantinop.; ce qui semblerait indiquer que l'ouvrage fut exécuté à Constantinople. Or, il n'est pas vraisemblable que Pisano, dans sa vieillesse, se soit transporte dans cette capitale. On ne cite que deux artistes italiens qui se soient rendus pres de Mahomet, le Vénitien Gentile Bellinr, lequel encore n'y fit pas un long séjour, tant le tyran lui inspira de terreur, et un graveur des États romains, nomimé de Partis, dont on ignore l'histoire. Il est probable que ce médaillon aura été exécuté à Constantinople par cet artiste inconnu, et peut-être d'après quelque portrait de Mahomet I, peint par Bellini, qui, au reste, avait aussi gravé une médaille de cet empereur. Îl
À ne serait donc pas impossible que notre médaillon fût aussi l'ouvrage de Bellini
parut 1H
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