NOTICE SUR LE GUERCHIN
Domenico Barbiert, dit te Guerchin (le Louche), est un des artistes les plus féconds qu'ai
produits l'Italie. Indépendamment des nombreux plafonds et dômes qu'il a couverts de ses fresques, il a peint plus de cent tableaux d'église, parmi lesquels il faut mettre au premier rang la Sainte-Petronille, le plus beau des tableaux qui ornent la basilique de Saint-Pierre à Rome. Cette admirable composition, qui vint enrichir notre Musée aux jours des conquêtes,
il a fallu la rendre à la paix.
On a cru qu'il avait été élève des Carrache; la vérité est qu'il ne le fut que de son génie. Sa manière lui est propre, et si, dans quelques-unes de ses productions, il a paru imiter celle du
Carava
il n'avait trouvé d'autre moyen que de pousser quelquefois les ombres jusqu'à un degré de
>, c'est que, pour donner à la lumière dans ses tableaux le plus grand éclat possible
force qui approche du noir. Mais chez lui ce n'était point système, c'était un procédé qu'il n'employait qu'au besoin.
Pour juger de la vigueur qu'il savait donner aux fresques, il faut voir le plafond de la villa Ludovisi, à Rome, où il a représenté Aurore, grande composition que connaissent et admirent tous les artistes. Mais son morceau capital est le dôme de Plaisance. « La peinture y est portée, dit M. Levesque, au plus haut degré qu'elle puisse atteindre par la vigueur du coloris et l'effet de la machine. »
Le Guerchin, il en faut convenir, ne se distingue, ni par la noblesse des figures, ni
par la maniere de draper, ni par l'expression même, quoiqu'il n'ait pas toujours manqué d'expression. Il ne parait pas avoir connu ce que nous appelons la heauté idéale, et, pour la plupart des hommes qui ont réfléchi sur l'art de la peinture, ce n'est peut-être pas un trèsgrand reproche à lui faire.
La réputation de Guerchin s'établit de bonne heure. Par ses travaux, il acquit une grande
fortune, en fit un noble usage, et mourut à Bologne, vieux, riche et considéré.
M. Denon, pour qui le Guerchin était un artiste de prédilection, avait formé une ample
et précieuse collection de ses dessins (1). Dix-huit planches ont à peine pu contenir ceux qu'il
(x) Is provenaient pour la plupart de la collection du comte Zanetti, de Venise, que M. Denon avait acquise.
Plusieurs ont été gravés par Bartolozzi
a, ou gravés Ini-même à l'eau-forte, ou fait lithographier sous ses yeux. Cest à l'explication
de toutes ces planches que nous allons nous livrer, mais sans trop nous y arrêter; car elles
ne peuvent offrir autant d'intérêt aux simples amateurs qu'aux artistes de profession
EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHE CXCVII DEUX GUFRRIERS. — HERCULE ÉTOUFFANT ANTÉE. (DESSINS. Ce ne sont là que des croquis. Le groupe des deux guerriers, dont l'un semble donner un ordre à l'autre, à été lavé à l'effet. On y remarquera, aussi bien que dans le dessin dont nous allons parler, avec quelle facilité le Guerchin maniait
la plume.
re, mere du géant Antée, rendait sans cesse
( Hercule, s'étant apercu que la Ter de nouvelles forces à son antagoniste toutes les fois qu'il la touchait, le soulève de ses bras nerveux et l'étouffle contre son sein. Tel est le sujet du très-petit
dessin de notre planche