‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 3)Chapitre 86 sur 94 · À TT A · texte numérisé non relu

À TT A

ECOLE ESPAGNOLE

On à tout lieu de s'étonner que, dans les livres consacrés à l'histoire de la peinture en

Europe, on ait toujours lais

dans l'oubli l'école espagnole. Cependant cette Espagne,

aujourd'hui si dégradée, eut des jours de puissance et de prospérité; elle se distingua par les armes et dans les lettres; elle tint assez long-temps le sceptre des mers, et soumit des peuples nombreux; elle fut la plus puissante, comme la plus riche, des monarchies européennes. Comment pouvait-on croire que les arts, qu'appelle toujours à sa suite l'opulence, n'eussent jamais séjourné dans un pays fécond qui jouissait d'un beau ciel et de toutes les faveurs de la fortune?

Aussi fut-il un temps où les arts y parurent, y brillérent. Les Espagnols, un peu plus tard, il est vrai, que les autres peuples, en sentirent le prix, connurent les jouissances et les avantages qui résultent de leur culture. On vit florir et prospérer dans la péninsule ibérique jusqu'à trois différentes écoles de peinture, auxquelles on donne pour chefs trois maitres bien connus des amateurs: Vincent Joanes, chef de l'école de Valence; elasquez, chef de l'école de Madrid ; Murillo , chef de l'école de Séville (1).

Mais jusqu'a nos jours les productions des artistes espagnols avaient rarement dépassé les frontières de leur pays. À peine voyait-on dans les galeries les plus renommées d'Italie, de

France et d'Angleterre, quelques-uns de leurs tableaux; et bien que l'on en admirät le suave

coloris, les sujets en étaient le plus souvent si tristes, si dégoutants, que l'on ne se sentait nulle envie d'en faire une nombreuse collection. C'étaient les prêtres, et surtout les moines, ces éternels dominateurs en Espagne, qui, seuls, occupaient les mains des artistes à l'embel-

lissement de leurs églises et de leurs cloitres; c'étaient eux qui, seuls, imposaient aux artistes

les programmes des tableaux qu'ils devaient exécuter, programmes dont ils ne pouvaient s'écarter en rien, et dont les sujets étaient constamment pris, où dans l'Écriture sainte, ou dans d'absurdes légendes. On imagine facilement ce que peut étre un sujet de composition donné par des moines espagnols, dont la tête n'est remplie que d'idées mystiques, que de idicules superstitions; qui n'ont d'autre intérêt que de maintenir dans l'ignorance les peuples

même les rois (2); que de substituer d'ineptes momeries à un culte admirable de simplicité;

e remplir de Jétiches des temples où il faudrait craindre peut-être d'introduire même l'image

a plus sublime, même un symbole de la Divinité.

J1 n'est donc pas étonnant que les écoles de peinture espagnoles n'aient été ni estimées ni

même connues des ét

rs, Mais les diverses incursions guerrières que les Français ont

aites en Espagne dans ces derniers temps, si elles ont été déplorables pour l'humanité, n'ont

(1) Dans nos explications des planches qui suivent, nous ferons connaître quelque chose de la vie et des ouvrages de deux au moins de ces chefs d'école.

>) Charles LL, qui, tant qu'il régna à Naples, s'était montré rebelle aux prétentions du cler

jui avait prouvé son goût pour les arts, en faisant élever à Caserte un ma

ifique palais, en recueillant, avec vénération, dans un

musée les monuments exhumés de Pantique Herculanun

; Charles IE, sur le trône d'Esp

ie, se laissa prendre

dans les filets des moin

1! devint fuble et dévot. A sa mort, en 1789, il avait donné l'ordre exprès de brûler tous

les tableaux de ses musées et de ses palais qui offraient quelques nudités, surtout les admirables Vénus de Titien

Heureusement pour les arts ses ordres ne furent point exécuté

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