SCÈNE DE HAREM. — DEUX PORTRAITS DE SULTANS
Le dessin qui occupe le milieu de cette planche offre encore une scène intérieure de harem. On y voit plusieurs femmes à demi-couchées sur des coussins autour d'un tapis blanc, ou nappe, couvert de plats et de fruits. Une autre femme accroupie, et placée sur le premier plan du tableau, paraît avoir le département des liqueurs ; elle est en effet près d'un petit buffet couvert de fioles et de tasses : en face, une femme encore, dans la même attitude, tient une espèce de guitare ou mandoline à long manche. Celles-ci sont sans doute des esclaves , bien que leur parure diffère peu de celle des femmes pour qui seules le repas semble avoir été préparé. Nous croyons aussi voir des esclaves dans ces deux femmes qui sont hors de la scène principale du tableau , et dont une , penchée aux pieds d'une femme à demi - couchée , semble occupée à lui mettre ou à lui ôter le long caleçon qui couvre ses jambes et ses cuisses; dont l'autre debout, et du coté opposé, présente de loin, à la femme en caleçon, une écharpe, peut-être un mouchoir. N'est-ce point, un message qu'elle apporte de la part du maître à celle de ses femmes qui doit être, ce jour -là, la favorite? Nous croyons pouvoir expliquer ainsi le sujet de ce tableau, si toutefois il signifie autre chose qu'un repas de femmes dans un harem;
Ce dessin est colorié, et n'est pas sans agrément. Quoique toutes les femmes aient presque la même physionomie, elles n'ont pas la même expression.
A droite de la planche est le portrait en pied du sultan Àkbar, appuyé sur une épée, et tenant une fleur à la main.
La mémoire de cet empereur est en grande vénération dans l'Inde. Ses exploits, et, mieux encore, son humanité, sa générosité, son amour pour les lettres, lui méritèrent l'amour de ses peuples et des étrangers.
Il monta sur le trône de l'Hindoustan en i556, et mourut en i6o5, âgé de 63 ans.
Son tombeau, que l'on voit à quelque distance de la ville d'Agrah, est un des plus magnifiques monuments modernes de toute l'Inde. Il s'élève au milieu d'une vaste enceinte remplie d'arbres forestiers , qu'il surpasse de beaucoup en hauteur, par ses tours, ses dômes, etc. — William Hodges en a donné une vue gravée et la description dans son Voyage pittoresque de l'Inde (i).
(i) Voyez Travels in India during ihe years 1780-1783,- by William Hodges; et les deux planches publiées par le même voyageur, sous ce titre : Views of ihe gâte leading to the tomb of Akbar, etc.
Ce sultan était l'arrière-grand-père du fameux Aureng-Zeib, dont on voit aussi le portrait à la gauche de la planche , et qui ne mérite pas moins notre attention.
Aureng-Zeib, qui est représenté ici debout, une rose dans une main, et appuyé de l'autre main sur une longue canne, ne parvint au trône que par des crimes; et pourtant autour de sa tête l'artiste a tracé une auréole , ce - qui indique assez Ja haute idée qu'il avait des vertus de son modèle. Mais il est bon de savoir qu'Aureng-Zeib, profondément hypocrite , affecta toujours le plus grand zèle pour la religion ; que même dans sa jeunesse il s'était inscrit parmi les fakirs , et avait pris leur costume. Ajoutons encore que, lorsque son ambition fut satisfaite, et qu'il se fut emparé du pouvoir suprême, il gouverna long -temps ses vastes états avec prudence et justice.
Il était né en 1619 (an 1208 de l'hégire), et avait reçu de son père le nom ^Aureng-Zeib, ornement du trône. De deux frères aînés qu'il avait, il fit décapiter l'un , et périr l'autre par la morsure d'un serpent. Quant à son père , il le renferma clans une forteresse où, peu après, le malheureux prince fut empoisonné, dit-on, par un médecin que lui avait envoyé Aureng-Zeib.
Ce n'est point ici le lieu de retracer la vie de cet empereur assassin. On peut la lire en détail dans Y Histoire de l'empire du Grand-Mogol, par le P. Catrou, et dans un article fort étendu que feu Langlès a inséré dans la Biographie universelle.
Aureng-Zeib mourut, âgé de 90 ans, le 11 février 1707.