VIRTUTE. ITALIE. DECORI
On y voit, en buste, une femme dont la haute coiffure, très-bizarre, retombe par derrière sous la forme d'un voile. Les traits de cette femme n'ont rien d'attrayant, et cependant c'était l'honneur de l'Italie, autant par sa beauté que par ses vertus, si l'on en veut croire la légende de la médaille.
Cette Isote était probablement de l'illustre famille des Nogarola de Vérone, et très-savante dans les langues et la philosophie, suivant la plupart des dictionnaires historiques ; elle prononça diverses harangues devant les papes Nicolas V et Pie II. Nous en concluons qu'il faut reporter au quinzième siècle l'exécution de sa médaille. En effet, le dernier de ces papes, Pie II, mourut en 1471- H n'est guère probable qu'Isote, qui devait être alors d'un âge mûr, puisqu'elle avait harangué ce pontife, ait prolongé sa carrière jusque dans le seizième siècle; ou du moins elle devrait paraître beaucoup plus vieille qu'on ne la voit ici sur la médaille frappée en son honneur.
La Bibliothèque royale à Paris conserve un recueil de cinq cent soixante-six lettres manuscrites de cette femme célèbre, sur divers sujets. Ce recueil faisait partie de la précieuse bibliothèque de M. de Thou.
N° 2. — Légende : alexander. Victoria, sculptor. Revers : bernardinus. indius. pictor.
C'étaient, comme on voit, deux artistes, l'un sculpteur, l'autre peintre. Nous n'avons rien à dire d'Alexandre Victoria, dont nous ne trouvons pas même le nom dans les biographies des artistes. — Mais Lanzi fait mention (1) de Bernardino India , peintre célèbre du seizième siècle, qui peignait dans le goût de Jules -Romain, et qui a laissé dans plusieurs églises de Venise de très-bons tableaux à fresque.
N° 3. — Légende ; f. d. et. longius. vivat, servata. fide,
Cette médaille nous offre, d'un côté, les traits d'un personnage à cheveux
(1) Storia Pittorica, t. III, p. 161.
plats, qui n'est désigné que par ces deux lettres F. rx; ce qui ne suffit pas pour nous le faire connaître. Le reste de la légende ne contient qu'un vœu : c'est que le ciel lui accorde une longue vie.
Le sujet gravé sur le revers de la médaille est allégorique. On y voit un homme nu et robuste, une espèce d'Hercule, qui, un genou en terre, porte sur sa tête et retient de ses mains un grand vase plein de fleurs. Un enfant (un Amour), debout et monté sur un globe, avance une main vers le vase. Un grand caducée est du côté de l'homme agenouillé; et un cep chargé de grappes de raisin, qui est du côté de l'enfant, vient en serpentant se joindre au vase de fleurs. La légende, qui ne jette aucune lumière sur cette obscure allégorie, est ainsi conçue : joannes maria pomedelius. veronensis. F. C'est sans doute là le nom de l'artiste auteur de la médaille; et la figure que Ton voit de l'autre côté pourrait bien être son portrait. Mais nous n'avons rien trouvé qui nous fournisse quelque renseignement sur ce Pomedelius ou Pomedelio.
N° 4. — Légende : jo. pet. man. bonavi. medigus. pater.
Revers : marcus. mant. bonavit. patavin. jur. con.
Cette médaille offre les portraits de deux citoyens de Padoue , dont l'un surtout a joui dune haute réputation. C'est le père et le fils que nous voyons ici : l'un médecin, l'autre jurisconsulte. Ce dernier, le seul qui soit vraiment célèbre, fut professeur de jurisprudence à Padoue, et publia plsieurs ouvrages pleins d'érudition, entre autres ceux-ci : Collectanea super jus cœsareum ; in-folio; Venise, i584; et Vitœ virorum illustrium ; Paris, 1 565 ; in-4°.
Son nom, sur sa médaille, est étrangement défiguré; on a transformé le nom Beruwidio ou Benavidius, en Bonavi la. Voici comme vraiment il s'appelait : Marcus Mantua Benavidius.
Diverses puissances, parmi lesquelles il faut mettre au premier rang Charles- Quint, lé créèrent chevalier. Il mourut dans sa patrie, à l'âge de quatre-vingttreize ans, célèbre et honore.
N os 5 et 6. — MEDAILLES de deux princesses ( la mère et la fille).
Le nom de ces deux princesses (Gonzague) est célèbre dans l'histoire.
La médaille de la mère , N° 6 , porte l'inscription : isabella capua piunc malfict ferdin gonza xor. Il n'y a donc nul doute que ce ne soit là Xlsabelle de Capoue, qui épousa, en 1529, Ferdinand ou Ferrant de Gonzague, né en 1^07, et fils de François I er , marquis de Mantoue, et d'Isabelle d'Est (1).
(1) Voyez Art de vérifier les Dates; t. III, p. 679, à l'article des comtes de Guaslalla et des comtes de Montechiarugolo.
Ce Ferdinand de Gonzague se distingua dans les guerres d'Italie de son temps. On le vit tour à tour sous les drapeaux du connétable de Bourbon , du prince d'Orange, etc. Mais il flétrit de belles qualités guerrières par une grande cruauté et une excessive avidité.
Il eut d'Isabelle de Capoue cinq fils et une fille, cette Hippolyta dont nous voyons l'image, N° 5, et qui bientôt doit nous occuper.
L'auteur de la médaille d'Isabelle s'est fait connaître en inscrivant son nom ÇJac. Trezo ) dans l'exergue au bas du portrait. Lanzi ne l'a point oublié : il le cite comme un des meilleurs peintres en mosaïque et graveur en pierres fines de son temps (1); et il nous apprend qu'il travailla surtout en Espagne, et y acquit une telle réputation, qu'une rue de Madrid, où il demeurait, prit son nom, qu'elle conserve encore. — Jacopo da Trezzo mourut en i595; il appartient à l'école de Milan, puisqu'il y fit ses premières études dans Fart de la mosaïque.
La médaille , N° 5 , offre , comme nous l'avons dit , le portrait d'Hippolyte de Gonzague, à l'âge de seize ans; c'est ce que nous apprend l'inscription : hippolyta* gonzaga. Ferdinand!, fil. an. xvi. Au - dessous de cette inscription on lit, en caractères grecs , ces mots : Aewv. Apwvoi C'est le nom de l'artiste graveur de la médaille.
Tout ce que nous savons de Léon Arètino ou Léon d'Arezzo, c'est Benvenuto Cellini qui nous l'apprend dans ses confessions; et ce qu'il dit de ce Léon n'est pas très-honorable pour sa mémoire. Benvenuto était enfermé depuis long-temps au château Saint -Ange, à Rome; et, si on veut l'en croire, le pape Paul III, excité par son bâtard Pierre-Louis Farnèse, avait résolu de l'empoisonner dans sa prison, en faisant mêler à ses mets de la poudre de diamant (poudre qui n'est nullement un poison; ce que l'on ne savait pas alors). On sacrifia un assez beau diamant, qui, brisé et pilé, devait fournir la poudre vénéneuse. Laissons à présent parler Benvenuto lui-même : «Un certain orfèvre, Léon Aretino , l'un de mes plus grands ennemis, fut chargé de mettre le diamant en poudre. Mais comme il était fort pauvre, et que le diamant valait quelques dixaines d'écus, il le garda pour lui, et donna à sa place la poudre d'une autre pierre. On la mêla avec tous les mets que l'on me servait, etc.» Benvenuto aperçut la poudre, reconnut qu'elle n'était point de la poudre de diamant, se tranquillisa, et termine le récit de cette anecdote en s'écriant : «Je bénis la pauvreté qui m'avait sauvé la vie, tandis qu'elle tue tant de malheureux (2)».
Sur le revers de la médaille on voit Diane partant pour la chasse, entourée
(1) Voyez Storia Pittorica, t. I, p. 269.
(2) Mémoires de Benvenuto Cellini, orfèvre et sculpteur florentin, chap. i5, vers le commencement.
de chiens et donnant du cor. L'artiste a voulu exprimer la triple puissance de cette divinité en la montrant d'abord sur la terre au milieu des bois, et ensuite en figurant le soleil et les astres dans le ciel, et enfin, du même côté, la porte des enfers, sur le seuil de laquelle on voit Pluton serrant Proserpine dans ses bras; plus bas, le chien à trois têtes vomit des flammes. Nous devons avertir que Pluton, Proserpine et Cerbère, se distinguent avec peine sur notre lithographie, tandis que tous ces objets sont très-distincts sur la médaille même que nous avons en ce moment sous les yeux.
La légende du revers de cette médaille est : par. ubiq. potestas; ce qui ne peut laisser aucun doute sur l'intention de l'auteur d'exprimer le pouvoir de Diane sur la terre, au ciel et aux enfers. Par cette allégorie il aura voulu sans cloute indiquer, à la manière des peintres, la grande puissance qu'exerçait la jeune princesse Hippolyte sur tous les mortels par sa jeunesse, ses charmes et ses talents. Mais ici la louange ne parait ra-t-el le point exagérée?
Il est vrai que, si l'on s'en rapportait à une autre médaille que nous possédons, et clans laquelle on la voit un peu plus jeune encore (à l'âge de quinze ans), cette princesse étudiait dès-lors avec ardeur les sciences et cultivait les arts agréables. Elle est représentée debout, tendant une main vers le ciel qu'elle contemple avec admiration, tenant de l'autre un livre ouvert. Près d'elle est une table chargée d'une sphère céleste et d'instruments de mathématiques; à ses pieds sont pêle-mêle des livres, des instruments de musique de toute espèce. La légende est : nec tempus, nec ,etas. Nous présumons qu'il faut attribuer cette autre médaille au même artiste, quoiqu'il n'y ait pas mis son nom, car nous y trouvons la même manière.
Au reste, la plupart des femmes de la maison de Gonzague se distinguèrent dans les lettres et par de grands caractères. La jeune Hippolyte, dont nous venons de nous occuper, épousa Fabrice Colonne, prince de Stigliano, qui fut un grand capitaine. Mais nous ne pouvons la suivre dans le reste de sa carrière.
N° 7. — MÉDAILLE d'un prélat.
C'est un prélat, peut-être même un cardinal, dont nous voyons ici le portrait, bien qu'il ne porte aucun des insignes de ces dignités. Les abréviations de la légende qui entoure sa figure sont telles qu'il est assez difficile de l'expliquer. La voici : cor. a. miierop. d. g. ppts. et. akëï* . ira. .et. s. 48. Tout ce qu'on trouve là de bien clair, c'est (pie ce personnage était archevêque, et avait quarante - huit ans lorsque sa médaille fut gravée. Le revers, que l'on n'a pas pris la peine de lithographier, parce qu'il ne contient qu'un écusson, n'apprend rien de plus à son sujet. Cependant on y lit cette légende : durum. patientia. franco, a. j558. Si
c'était là sa devise, elle nous donne quelque idée de la fermeté de son caractère, qui, au reste, est très-bien exprimée dans ses traits.
Cette médaille, qui fut, comme on le voit, frappée en i558, est la dernière médaille du seizième siècle que présente notre planche. Toutes les médailles de ce siècle sont remarquables par un style ferme et prononcé. Les artistes prenaient pour modèles les médailles antiques, grecques et romaines. C'était en Italie, et surtout dans les Etats vénitiens , que la numismatique était cultivée avec le pl us de succès. Presque toutes les médailles que nous venons d'examiner ont pour auteurs des artistes de ce pays.