LA VIERGE ET L'ENFANT JESUS LA SAINTE FAMILLE VISITÉE PAR DES ANGES
Dessins, au crayon rouge, par CARLO MARATTA,
NOTICE SUR CARLO MARATTA (ou MARATTI
Elève de Sacchi, peintre qui travaillait dans le goût de Piétre de Cortone, quoiqu'il fût son rival, Carle Maratte ne pouvait guère s'éloigner du nouveau système qui dominait depuis Bernin dans l'école romaine. Cependant, comme il avait beaucoup étudié dans sa jeunesse et copié Raphaël, on n'a pas à lui reprocher, autant qu'à eux, l'afféterie, la manière. Nous n'en regardons pas moins comme outré l'éloge qu'en à fait Mengs, en disant qu'#/ empécha la
peinture de se dégrader à Rome comme elle se dégradait ailleurs
Il peignait agréablement les Vierges, et il en peignit beaucoup. On le crut incapable de faire autre chose, et on le nomma par dérision Carluccio delle Madonne. Mais il ne tarda pas à prouver qu'il pouvait aussi entreprendre et exécuter de grandes compositions.
wide considération. Le pape Clément XI le combla
Pendant sa longue vie il jouit d'une g d'honneurs et de présents; Louis XIV lui demanda des tableaux, et le nomma son peintre
ordinaire
EXPLICATION DE LA PLANCHI
Les deux dessins de cette planche mont pas besoin d'explication. Dans lun, la Vierge presse contre son sein l'enfant Jésus d demi-enveloppé dans SOI Maliteau, et parait distraite par quelque évenement qui se passe à l'extérieur, — Dans l'autre, la V ierge, à genoux , semble adorer elle-même son Fils : d’un côté, des anges portés sur des nuages viennent le visiter; de l'autre, ce sont, à ce
qu'il semble, des bergers qui se prosternent devant lui.
( y L'enon
CR pee
ÉCOLE VENITIENNE
Un écrivain que nous avons souvent occasion de citer, Lanzi, pense que les arts étaient cultivés à Venise même dans la première époque du moyen âge. Il a vu d'authentiques copies
de peintures qui y avaient été exécutées au plus tard dans le sixième siècle (1), et qui doivent
encore exister dans un couvent de religieuses de cette ville. On se figure bien qu'elles n'ont
rien d'agréable; que les attitudes des personnages sont roides; que les sujets des compositions
sont lirés des fables superstitieuses, des traditions mystiques si répandues en ces premiers temps du christianisme; qu'enfin elles portent le cachet de l'ignorance, de la barbarie qui commencait dès-lors à s'étendre dans l'Europe entière.
Ainsi il y eut de tout temps à Venise des artistes, ce qui ne s fie pas qu'il y eut une
école, c'est-à-dire une succession d'artistes sectateurs d'un système à peu près uniforme de composition et d'exécution. L'école vénitienne proprement dite ne commenca guère, comme l'école romaine, qu'à la fin du quinzième siècle, ou même au commencement du seizième; dans cette période où florissaient les Grorgione, les Bonifazio, les Pordenone, etce., et, avec eux où plutôt avant tous eux, l'admirable Tftien. C'est même ce dernier qu'il faut en regarder comme le fondateur; car il n'imita point le style des autres écoles; il eut son style à lui seul, sa manière, et fit de nombreux élèves qui propagèrent les préceptes, accrurent la gloire de leur maitre.
Mais les plus anciens artistes vénitiens qui florirent avant la fondation de l'école ne méritent
point d'être laissés dans l'oubli. Quelques-unes de leurs productions, que nous offrirons dans
les planches qui vont suivre immédiatement, prouveront quel était dans ces temps éloignés le génie de ces maitres, le genre de leurs talents. On y trouvera le germe de cette originalité
qui distingue éminemment l'école vénitienne Et, en effet, les maitres de cette école n'eurent dans le principe, ni modèles, ni guides.
Exilés, pour ainsi dire, aux extrémités de la mer Adriatique, dans un pays qu il avait fallu
conquérir sur la mer, et que les Romains avaient dédaigné de couvrir des monuments de leurs arts, ils ne purent se former d'après ces types de la beauté et du goût Ils n'eurent pour modèle que la nature; ils la peignirent telle que la leur offrait leur pays, telle qu'ils la
voyaient; et, comme c'est par les couleurs encore plus que par les formes que les objets
frappent nos yeux, ils représentèrent les couleurs vraies des objets, et devinrent d'excellents coloristes, mais non peut-être d'exacts dessinateurs. On voit dès à présent quelle dut être la qualité dominante dans l'école de Venise. Personne n'oserait lui contester sa supériorité sur toutes les autres par la vérité, l'éclat du coloris
Lorsqu'à cette qualité réelle quelques maitres vénitiens joignirent la science du clair-
obscur, qu'ils apprirent sans doute en étudiant les tableaux de Léonard de Vinci, ils excellèrent
dans les deux parties de l'art de la peinture qui provoquent au plus haut degré l'admiration
inale, et cette école,
et les éloges du vulgaire; mais alors aussi elle cessa un peu d'être or
que dans les premiers temps de sa fondation on pouvait appeler autocthone , souffrit du
:s lombard et romain.
mélange adultérin des styl
Storia pittoriea, LME, p.
roue 3° quart
Î Î {| ui ñ | À 180
He TE | L { i EL Li b
Autrefois la superbe Venise dominait sur les mers de l'Italie et de la Grèce; on pouvait l'appeler la reine des cite %. Alors elle construisait des ponts magnifiques, élevait dans ses petites iles des temples immenses, de vastes palais, remarquables par la singularité de leur architecture; formait, protégeait, récompensait noblement les artistes qu'elle chargeait de
les murs extérieurs de ces édifices (car à Venise, dans
décorer, non-seulement l'intérieur, n
le moyen âge et plus tard, les maisons étaient, même en dehors, couvertes de peintures): aujourd'hui, qu'elle a perdu son indépendance, son gouvernement, ses richesses; qu'une politique aveugle l'a soumise à un gouvernement gothique, anti-ibéral, ennemi des lumières, ses palais tombent en ruines, ses habitants appauvris meurent dans les hôpitaux ou se dispersent en d'autres contrées moins malheureuses. À peine on se souvient qu'elle put s'enorgucillir une
fois des belles et nombreuses productions qui sortaient de ses presses ou des ateliers de ses
artistes, Le temps n'est pas loin où le voyageur, en parcourant les restes de cette cité réduite à n'étre plus qu'une vaste mais pauvre bourgade, aura peine à croire que là s'éleva, s'illustra
une des plus brillantes écoles de peinture de l'Italie (x
1) Voyez le triste tableau que l'on fait de l'état actuel de Venise, dans un ouvrage tout récemment publié
l’oyage en Italie et en Sicile, par 1 Simond. Paris, 1828, 2 vol. in-8
ÉCOLE VÉNITIENNE
PLANCHE CXVIL.
UNE FEMME GRECQU E
Dessin de FRANCESCO SQU 1RCIONE,
sé En 1304, Mont EN 1474