LA SAINTE FAMILLE
Tableau par GIAN BELLINT,
NÉ EN 1426, morr EN 1516
NOTICE SUR CE PEINTRE
Le peintre Jacques Bellini, dont nous avons parlé dans notre Notice sur Mantegna, avait deux fils (Gentile et Giovanni), qu'il instruisit dans son art, mais qui le surpassérent beaucoup
en talent. L'un et l'autre furent chargés par la république de peindre, sur les murs de la
grande salle du conseil, des traits historiques, honorables pour Venise; et leurs ouvrages
furent long-temps admirés.
Gentile réussissait surtout dans le portrait; et ce fut lui que la république, sur la demande que lui fit Mahomet EI d'un excellent peintre, envoya à Constantinople, d'où il revint, quelque temps après, comblé d'honneurs et de présents. Nous ne savons trop si nous devons ajouter foi à une anecdote qui se trouve répétée dans tous les livres: Mahomet, voyant Bellini qui peignait une Décollation de saint Jean, fit venir un esclave à qui il coupa la tête pour que l'artiste püt mieux rendre, d'après un modèle, son triste sujet. Certes, une telle action, attribuée à l'atroce
Mahomet, n'a rien qui puisse surprendre, puisqu'il avait autrefois coupé aussi la tête à une
belle esclave des bras de laquelle il sortait. Mais n'a-t-on point voulu fournir un pendant à cette histoire bien mieux prouvée, en lui attribuant une autre action du même genre? Quant à Jean Bellini, qui était plus jeune que son frère Gentile, il vécut quatre-vingt-dix aps, ettravailla presque toujours à V enise, où il forma un grand nombre d'artistes, et, entre autres, le fameux Giorgione. Les deux frères s'aimaient beaucoup, et ne cessaient de se louer réciproquement l'un l'autre; mais Jean à été placé par la postérité bien au-dessus de son frère; et en effet, pendant tout le cours de sa longue vie, il n'a cessé de se perfectionner : ses derniers ouvrages sont les meilleurs. Sa manière était d'abord sèche et heurtée; il la changea si bien, que c'est par la grace, le fini, le précieux, que l'on distingue ses productions. Notre Musée royal possède un admirable tableau de Jean. I s'y est représenté avec son frère Gentile, qu'il chérissait tant. Tous deux sont coiffés d'une toque. Les cheveux de Jean sont noirs; ceux de
son frère sont roux. Les connaisseurs s'extasient sur le coloris de cet intéressant tableau.