‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 5)Chapitre 90 sur 108 · PUNITION DE LA NYMPHE CALISTO. (TABLEAU · texte numérisé non relu

PUNITION DE LA NYMPHE CALISTO. (TABLEAU

La misère forcait Schiavone d'entreprendre des ouvrages qu’eussent dédaignés

des artistes plus favorisés de la fortune. Il peignait €

es meubles, tels que des

coffres, des cassettes, des armoires, ete.; et cest alors qu'il pouvait se livrer à

son

out pour les sujets pris dans la mytholo

sie. Lorsqu'il fut mort, sa répu-

tation d’excellent peintre s'étant singulicrement accrue, on rechercha tout ce qui

était sorti de ses mains,et les meubles qu'il avait ornés €

e petits tableaux acquirent

une grande valeur. On s’'empressait d'en enlever avec soin les peintures, que l'on

vendait ensuite aux amateurs; et telle est l'origine de

Schtavone qui enrichissent les principales galeries.

a plupart des tableaux de

C'est un tableau de ce genre que présente notre planche. I couvrait Pun des

quatre côtés d’une cassette, et il est encore dans

M. Denon.

e cabinet des neveux de

La triste aventure de Calisto en a fourni le sujet. On sait que cette nymphe

de Diane, avant été séduite par Jupiter, la déesse la chassa; qu'elle alla accou-

cher dans les bois d'un fils, qui fut dans la suite, ainsi qu'elle-même, transporté

dans le ciel: que Fun et l'autre sont les constellations que nous voyons, toutes

les nuits, briller vers le pôle septentrional, et que nous appelons, d'après les

anciens, la grande et la petite Ourse.

Si l'on veut en croire Ovide, voici comme Diane Sapercut que Calisto, sa

nymphe favorite, avait oublié les lois de la chasteté :

déesse de se baigner.

un jour il prit envie à la

au milieu de ses nymphes, dans un lieu trés-solitaire d’une

forèt. Elle leur ordonne de quitter leurs vêtements; Calisto, dans la crainte qu'on I l

ne découvrit Pétat dans lequel l'avait mise le trop galant Jupiter, ne se pressait

point d'obéir. La déesse commande aux autres nymphes de lui arracher la tunique

qui la couvrait. Mais il faut entendre Ovide lui-même raconter l'aventure avec sa

grace et son élégance accoutumées :

Cum Dea venatrix, fraternis languida flammis, Nacta nemus gelidum, de quo cum murmure labens Ibat, et attritas versabat rivus arenas ;

Ut loca laudavit, summas pede contigit undas

His quoque laudatis : «Procul est, ait, arbiter omnis; Nuda superfusis tingamus corpora lymphis. »

Parrhasis erubuit; cunctæ velamina ponunt:

Una moras quærit; dubitanti vestis adempta est Qua posita, nudo patuit cum corpore crimen Attonitæ, manibusque uterum celare volenti

«1 procul hine, dixit, nec sacros pollue fontes , »

Cynthia deque suo jussit secedere cœtu.

Voilà bien la scène que Schravone a voulu rendre. Mais le groupe des nymphes

entre les bras desquelles se débat Calisto, est sans noblesse; les figures en sont

courtes, et l'on dirait qu'elles la saisissent pour la jeter dans le fleuve, tandis

qu'elles ne devraient que tâcher de la dépouiller de sa robe.

an Le milieu du tableau est aussi, mal à propos, occupé par la figure d’un vieux fleuve qui épanche l’eau de son urne. On eût bien vu, sans lui, que la scène se

passait sur les bords d’un ruisseau : ce froid personnage attire inutilement les yeux et l'attention.

Malgré ces petites imperfections et quelques incorrections de dessin, ce n’en

est pas moins là une belle et savante composition. Mais le tableau original est

surtout remarquable par le coloris, que Titien n’eût pas désavoué.

— es

ÉCOLE VÉNITIENNE

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