NOTICE SUR VAN DER MEULEN
“est le premier et le plus vrai des peintres de batailles de nos temps modernes.
Né à Bruxelles de parents riches, il étudia par goût l'art de la peinture, et le hasard qui lui donna pour maitre un peintre de batailles en fit aussi un peintre du même genre. Mais il ne tarda pas à s'y montrer supérieur; et Colbert, qui voulait que l'on vit retracés sur la toile les événements militaires, les victoires que les Boileau, les Racine, ete., célébraient en
vers, appela en France Van der Meulen, et le combla de faveurs, Il suivit le erand rot dans
toutes ses expéditions guerrières, dessina sur les lieux mêmes les théâtres des combats. peignit
les siéges des villes, les rencontres des troupes, les attaques des différents corps des armées
ec une vérité, un talent que l'on ne connaissait point avant lui. Sous son pinceau, ces
tristes sujets offrent un intérét assez vif, parce qu'on peut facilement les expliquer, parce que nous y trouvons les portraits réels des personnages qui y figurérent, parce qu'enfin l'on à sous les yeux la vue exacte du pays où se passa telle et telle action mémorable. «Son coloris est brillant et vrai; ses compositions ont du mouvement, du tumulte sans confusion, de la chaleur sans rage, du pittoresque sans affectation. Il a tiré un excellent parti de la fumée, de la poussière, des nuages; mais il l'a fait avec tant de goût qu'il semble avoir imité scrupuleusement la nature (1).
Depuis son arrivée en France jusqu'à sa mort, il ne cessa de peindre les hauts faits d'armes de Louis XIV. On prétend que le chagrin qu'il ressentit de la conduite de sa femme, nièce du
célèbre Le Brun, le conduisit au tombeau, à l'âge de cinquante-six ans.
Descamps a orné son ouvrage d'un beau portrait de ce peintre, gravé par Fiquet
EXPLICATION DE LA PLANCHE
e dans une clair
Dans ce combat de cavalerie, la principal > action se pass
(1) Observations sur quelques grands peintres. Paris, 1808; p. 270.
(a) V. le premier article du tome II des Vies des Peintres flamands, etc
pr d'un bois; mais les mouvements s'étendent sur des plans plus éloignés. Voici
comme on à décrit ailleurs (1) cet excellent tableau : «La confusion de cette
oit entendre le bruit
scene sanglante y est si parfaitement rendue, que lon c des armes et les cris des mourants et des blessés. Les riches costumes à la Louis XIV ont donné l'occasion à Fartiste de développer son coloris brillant; il a su, sans refroidir son pinceau, en soigner les moindres détails; on voit enfin quil à voulu montrer dans cette production toutes les ressources de son
savoir et de son art. »
1) Dans le Catalogue imprimé du cabinet de M. Denon
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ECOLE ALLEMANDE
A-til existé une école de peinture en Allemagne? c'est une question qui n'est point encore résolue.
Dès le moyen äge l Allemagne eut des artistes. On cite de nombreux manuscrits allemands
ornés de vignettes assez bien dessiné
s, et encore mieux peintes, manuscrits qui datent du neuvième siècle, et dont quelques-uns même sont antérieurs à cette époque. I n'est donc pas douteux que, dès ce temps, les Germains étaient dans l'art de peindre au niveau, pour le moins, des autres peuples; mais chez eux, comme en Italie et en France, de tels monuments de l'art prouvent seulement que les nations qu'avaient soumises les Romains conservèrent ong-temps, et même dans les siècles de barbarie, l'usage si commun à Rome, dans les plus millantes périodes de son opulence et de sa prospérité, d'orner les livres de peintures analogues aux sujets qui y étaient traités. Lorsque le monachisme se fut établi en Europe, a principale occupation des moines fut de peindre les vignettes des manuscrits qu'ils avaient copiés.
Mais pour que l'on puisse accorder une école de peinture à un pays, il faut que l'on puisse
nommer un certain nombre d'artistes distingués qui aient successivement adopté, suivi les rincipes et la manière de tel ou tel maitre, Or, en Allemagne, le peu d'artistes que l'on cite ont travaillé isolément, chacun d'après un système qui lui était propre; ils ne forment point de groupes, de séries : et, selon nous, cette diversité de style, de manières, serait plutôt à ouer qu'à blûmer. Mais il n’en résulte pas moins qu'on ne peut vraiment désigner la partie de
‘art de peindre dans laquelle les artiste
allemands ont excellé, ou seulement celle à laquelle ils accordaient la préférence.
Cependant on peut dire que les peintres allemands, les plus anciens, s'ils ne brillent pas
ar la noblesse, l'élévation des idées, se sont distingués, comme dans les autres écoles germaniques, par limitation exacte, naïve de la nature : les modèles antiques leur manquaient; ils cherchaient autour d'eux leurs modèles.
Azgserr Durer est le plus ancien artiste, est le chef de l'école allemande , si Von en admet une; après lui nous nommerons Cranack et Holbein, Schwarz, Rotenhammer, et quelques autres; mais la liste, il faut le dire, n'en serait pas beauc oup plus longue.
Dans les planches qui suivent on trouvera des productions de la plupart des maitres que
nous venons d'indiquer.
ÉCOLE ALLEMANDE
Dessins et gravures par ALBERT DURER,
NÉ EN 1470, Monr Ex 1528
NOTICE SUR CET ARTISTE
Avant Albert Durer l'Allemagne avait eu des peintres, mais le nom de presque aucun
d'entre eux n'a mérité de passer à la postérité : c'est donc par Albert Durer qu'il faut com-
mencer la liste peu longue des artistes de l'école allemande. I réforma le mauvais gout de sa
atrie, se distingua dans tous les arts qui appartiennent au dessin, en expliqua méme la Î 5 1 PI LPC
théorie dans plusieurs écrits qu'il laissa après lui comme autant de monuments qui attestaient que, sil dut beaucoup à la nature qui lui avait donné le génie, il n'excella dans plusieurs genres qu'à force d'observations et d'études.
Fils d'un habile orfèvre de Nuremberg, il était destiné à la profession de son père; mais il
prit un tel goût pour la gravure, qu'on le plaça chez un artiste qui était à la fois peintre et
graveur, Albert Durer fit sous ce maitre d'étonnants progrès. Avant même qu'il eut quitté
l'école, ses ouvrages étaient connus et appréciés en Allemagne. Dans la suite, «ne se contentant 3 fs 2
pas de cultiver seulement la peinture et la gravure, il étudia la perspective, l'architecture
civile et militaire, sur lesquelles il donna des traités (1
Raphaël vit quelques-uns de ses ouvrages en Italie, et témoigna hautement son estime pour le mérite de leur auteur. Albert Durer lui envoya son portrait et quelques-unes de ses gravures, et reçut, en é( bange, le portrait et des dessins de Raphaël.
Notre artiste jouissait dans sa patrie de la considération publique; il avait acquis de la
fortune par ses talents; il eut été heureux, si sa femme, trop semblable à celle de Socrate,
n'eüt sans cesse troublé la paix qui lui était si nécessaire dans ses travaux. Il voulut la fuir,
et passa en Hollande, où il connut Lucas de Leyde, artiste presque aussi célèbre que lui (2), et se lia d'amitié avec l'homme qu'il pouvait regarder comme son rival.
Mais il lui fllut retourner à Nuremberg, où il retrouva sa femme, et mourut de chagrin, s'il faut en croire le biographe que nous avons cité (3).
Les tableaux d'Albert Durer sont d'un fini extrème, ses gravures vigoureuses, ses dessins
1) Descamps, Vies des Peintres flamands, allemands, etc. Tome 1, p. 25 >) Nous parlerons plus tard de Lucas de Leyde, cet autre chef d'une école plus fameuse encore que celle qui nous occupe EN Ce MOMe nt.
(3) Drscawes, Vies des Peintres , etc. Tome 1, p: 26
(2,5: 1} à Ja plume estimés surtout à cause de l'expression des figures. Ceux-ci sont rares et
très-recherchés Nous devons observer que, malgré tout le mérite et le talent qui brille dans toutes les
productions d'Albert Durer, on s'aperçoit qu'il vivait dans un temps où l'art n'était encore que dans l'enfance. Ses contours sont trop arrêtés; son style en général est sec et tient du
gothique : il lui fallait bien payer tribut à son siecle.
EXPLICATION DES PLANCHES