‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernesChapitre 19 sur 85 · PLANCHE CCLV · texte numérisé non relu

PLANCHE CCLV

JÉSUS-CHRIST DANS TOUTE SA GLOIRE. (DESSIN À LA PLUME, LÉGÉREMENT COLORIÉ.)

Albert Durer a traité ce sujet d’une manière toute mystique, et qui donne une idée des bizarres tableaux qu'imprimaient dans les imaginations des hommes de son temps les enseignements et les préceptes des théologiens.

Nous voyons ici le Christ sur sa croix, que le Père Eternel, dont la tête est ornée d’une couronne impériale, tenait cachée sous son vaste manteau. Mais des anges ont ouvert le manteau et le tiennent suspendu, des deux côtés, comme un grand voile. Au-dessus de la couronne de Dieu le Pere plane un petit Saint- Esprit sous la forme d’un pigeon. Ainsi nous avons là toute la Trinité, telle que se la figurait Partiste.

Cette Trinité est accompagnée, à droite et à gauche, de groupes nombreux de saintes et de saints, dont quelques-uns portent les instruments de leur supplice. Plus bas, mais sur des nuages aussi, est une multitude de patriarches, de poutifes, de rois, parmi lesquels on distingue le saint roi David touchant de la harpe. C'est la réunion des plus illustres habitants du paradis qui vient jouir du spectacle ravissant d’un Dieu expirant sur la croix dans le sein même de son Père.

L'encadrement de cette singulière composition mérite d'être remarqué. Deux colonnes d'ordre ionique soutiennent un vaste fronton demi-cireulaire, au milieu duquel on voit encore Jésus où Dieu le Père dans les nuages et entouré d’anges. Une grande épée vient du haut des airs s'enfoncer dans son cou : c’est là sans doute un emblème de la douleur que causent à la divinité les péchés des hommes.

La frise de l'espèce de portique qui sert d'encadrement à la principale com-

position, représente, à ce qu'il nous semble du moins, des monstres qui entrainent

dans les enfers une foule de pécheurs enchainés; mais des anges en arrachent quelques-uns des griffes de ces diables pour les conduire vers saint Pierre, qui, une grande elef à la main, va sans doute leur ouvrir les portes du paradis, figuré par un soleil resplendissant.

Dans une inscription au bas du portique qui sert d'encadrement, on voit

i) encore la date de l'exécution du dessin (1508 ), et le monogramme Albert Durer.

I ÿ a dans plusieurs parties de cet encadrement des ornements d'un bon vout, très-élégants, et qui ne paraissent nullement appartenir à l'époque des

gothiques compositions qu'il entoure.

PLANCHE CCIYI

UNE JEUNE FILLE DANS LE COSTUME ALLEMAND DU SEIZIÈME SIÈCLE. (DESSIN D'ALBERT DURER

— UNE ANGLAISE ET SON ENFANT. (DESSIN DE JOSUÉ REYNOLDS, PEINTRE ANGLAIS

Nous ne pouvons concevoir quel à pu être le motif de M. Denon en associant sur la même planche des dessins d'époques et de manières si différentes. Atil voulu faire ressortir le contraste qui devait naturellement exister entre un ouvrage qui date du commencement du seizième siècle et l'ouvrage d'un artiste de la fin du dix-huitiéme ?

Quoi qu'il en soit, nous nous occuperons d'abord du dessin où le vieux peintre allemand a représenté une jeune fille de son temps, dans son costume ordinaire, costume que lon trouvera sans doute assez bizarre, mais qui n'est pas pourtant de trop mauvais goul.

Dans les trois figures qui composent le dessin, on n'a cru voir que la même jeune fille représentée sous divers points de vue. Mais il se pourrait que la

figure à droite, et dont on ne voit que le profil, fat le portrait de la mère de

la jeune personne dessinée de face. Nous remarquons dans celle-là des traits

plus prononcés, une taille moins svelte; d’ailleurs elle tient à la main un rosaire, et la jeune fille n'en à point.

Mais que les trois figures soient où ne soient pas le portrait d'une même personne vue sous trois aspects différents, ce dessin n'en paraîtra pas moins remarquable, tant à cause de la vérité du costume des figures, que de la naïveté

de leurs poses.

C'est bien toute la froideur des figures anglaises que lon retrouvera dans le portrait a lestompe et au crayon de Pautre dessin de notre planche; cest bien aussi le costume des femmes à la fin du dix-huitième siècle que porte cette jeune dame qui marche tenant son gros enfant sur ses épaule S

L'auteur de ce dessin, Josué Reynolds, qui, né en 1723, mourut en 1792, est le plus célèbre des peintres anglais. Il réussissait surtout dans le genre du portrait.

Long-temps il présida l'Académie de Peinture de Londres, qui fut fondée seulement en 1769, et y prononça, en diverses occasions, de fort bons discours sur les arts, qui ont été recueillis et forment un ouvrage en deux volumes, que

l'on ne consulte pas sans utilité, quoiqu'il contienne bien des paradoxes. On peut

dire que c'est depuis l'établissement de cette Académie qu'on s'est assez généra-

lement accordé à reconnaitre l'existence d’une école anglaise de peinture : on

désigne même les principales qualités qui la caractérisent, et ce sont, de la

sagesse dans la composition, de la beauté mais de lexagération dans les formes, peu d’exactitude dans le dessin, des idées élevées, assez de vérité dans l'expression. Au reste, cette école, ailleurs qu'en Angleterre, est bien moins connue par ses tableaux que par les estampes, gravées avec beaucoup d'art et remarquables par un fini précieux, que le commerce anglais a grand soin de répandre dans ie monde entier.

Nous avons cru devoir dire ce peu de mots sur une école qui ne sera point l'objet d'un article spécial dans notre ouvrage, le dessin de Josué Reynolds qu'offre cette planche étant le seul ouvrage d'un crayon anglais que M. Denon

ait fait lithographier.

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