NOTICE SUR LUC DE CRANACH
On ne sait trop quel était le nom de famille de ce peintre. Les uns disent qu'il s'appelait Muller, d'autres Sunder; mais c'est de Cranach, petite ville de Franconie, où il était né, qu'il prit le nom sous lequel il est le plus généralement connu.
Ce fut un des bons maitres de l’ancienne école allemande, et ses talents lui ont mérité
l'honneur d'une biographie spéciale, qui parut à Hambourg en 1761. On y voit qu'il passa l Ê 7 auf
presque toute sa vie à la cour de Saxe, où il fut employé successivement par trois électeurs.
De tous ces princes, /ean-Frédérie, qui fut vaincu et fait prisonnier par Charles-Quint, parait l ; [ Ï Ÿ I
avoir été celui qui répandit sur lui le plus de faveurs, ce qui n'empécha point le peintre de
lui reprocher, dans une peinture allégorique, son goût pour la volupté. Il le représeñta sous les traits d'Hercule filant aux pieds d'Omphale; mais, pour adoucir l'amertume de la satire,
il eut soin d'inscrire sur le tableau ces vers:
Herculeis manibus dant lydæ pensa puellæ Imperium dominæ fert deus ille sus Sic capit ingentes animos damnosa voluptas,
Fortiaque enervat pectora mollis amor
Ce tableau se trouvait parmi douze tableaux de Cranach qui furent apportés en France, en 1807, avec les autres fruits de nos conquêtes en Allemagne, Tout à été rendu; mais nous possédons encore, au Musée royal, quatre ou cinq tableaux de Cranach, parmi lesquels un
portrait de ce même Jean-Frédéric, son protecteur.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Une jeune et très-jolie fille, qu'on peut bien prendre pour une courtisane ,
tend ses deux mains pour recevoir l'argent qu'elle à demandé, sans doute pour
prix de ses faveurs, à un homme âgé, qui semble hésiter à tirer de sa bourse
les ducats si vivement attendus. Mais, à l'air dont il regarde la jeune fille, on devine que le marché conelu sera exécuté dans toutes ses clauses.
L'original de ce séduisant tableau est parfaitement fini dans ses moindres détails. On y remarquera combien le costume de la jeune fille est pittoresque , et comme l'expression des têtes des deux personnages est fine et vraie. C'est ce
qu'on ne s'attend point à trouver dans les ouvrages d’une époque si reculée.