NOTICE SUR LES FRÈRES LE NAIN
On compte trois frères du nom de Le Nain (Mathieu, Lours et Antoine), qui ont vécu à
le. Ce ne
la même époque, et qui, comme peintres, ont joui d'une réputation à peu près €
furent point des peintres du premier rang; mais, comme ils ne prenaient pour sujets de leurs
compositions que des scènes familières, leurs tableaux plaisaient à la multitude. André
Félibien, dans ses Zntretiens sur les Peintres , ne sait trop s'il doit approuver le genre auquel
s'étaient adonnés les frères Le Nain. «J'avoue, dit Pymandre (c'est un des interlocuteurs que
« l'auteur introduit dans son ouvrage), que je ne puis m'arréter à considérer ces sujets d'actions
« basses et souvent ridicules.» Ce à quoi l'auteur répond : «Les ouvrages où l'esprit a peu de part
deviennent bientôt ennuyeux. Ce n'est pas que, quand il y a de la vraisemblance, et que les «choses y sont exprimées avec art, ces mêmes choses ne surprennent d'abord, et ne plaisent « pendant quelque temps avant de nous ennuyer : cest pourquoi, comme ces sortes de «peintures ne peuvent divertir qu'un moment et par intervalle, on voit peu de personnes « connaissantes qui s'y attachent beaucoup (1).»
Telle était, en effet, sous le règne de Louis XIV, l'opinion des personnes qui se croyaient
connaissantes , et, si elle eût été générale, si l'Europe l'eût adoptée, les écoles flamande et hollandaise auraient perdu toute espèce d'estime et de considération. Heureusement il n'en
fut rien. La proscription prononcée contre ces écoles par Louis XIV ne fut entendue que de
sa cour. Les vrais connaisseurs continuèrent à aimer et rechercher les compositions dans
lesquelles un rôle était réservé au peuple, méme aux plus viles classes de la société, lorsqu'elles étaient exécutées avec talent et naturel; et les peintres de ce genre purent dire avec Virgile
Pollio amat nostram, quamvis est rustica, musam.
Il faut l'avouer, ce n'est pas à ce genre simple, bas si l'on veut, que les Francais se sont
adonnés de préférence, ni avec le plus de succès. Les frères Le Nain, pas plus que les peintres
qui leur ont succédé, n'ont jamais rivalisé avec les Flamands, ni les Hollandais.
1) Entretiens sur la Vie et les Ouvrages des Peintres, t. IV, p. 215