NOTICE SUR EUSTACHE LE SUEUR
Trois peintres brillent à la tête de l'école française; Poussin, Le Sueur, Charles Le Brun.
Le premier de ces maitres à d
fixé notre attention, et Le Brun nous occupera bientôt;
le moment est venu de dire quelques mots de cet Eustache Le Sueur, qui fut le Raphaël de la France, de ce maitre qui, dans le cours d'une vie de trente-huit années seulement, ne produisit guère que des chefs-d'œuvre.
Ce n'é
ait pas dans l'atelier de Simon Vouet, où, dès sa première jeunesse, il fut admis en qualité d'élève, qu'il put apprendre ce qu'était le beau en peinture; mais il vit des estampes gravées d'après Raphaël, il étudia d'après des statues antiques récemment acquises par le gouvernement, et, graces au génie qu'il tenait de la nature, il posséda bientôt toutes les plus importantes parties de l'art. On peut dire qu'il devina, comme par instinct, ce que devait être la peinture ; car jamais il n'alla en Italie, jamais il ne put admirer les belles compositions des chefs des grandes écoles italiennes.
Laissons parler de ce maitre un amateur digne de apprécier : «Comme Raphaël, il repré-
senta avec non moins de finesse que de précision les affections de l'ame; comme Raphaël, il
varia les airs-de-têtes suivant l'état, là
ge, le caractère des personnages; comme lui, il fit contribuer toutes les parties de chaque figure, et toutes celles de la composition, à l'expression générale. Il composait pour exprimer son sujet, et non pour faire de beaux contrastes, pour établir de beaux groupes, pour étonner et séduire le spectateur par le faste ambitieux d'une scène théâtrale et le fracas d'une grande machine. Chez lui rien ne sent le théâtre, rien ne sent la disposition étudiée, rien n'offre l'appareil d'une richesse inutile; c'est le sujet tel qu'il
a dû se passer, ce sont les personnages nécessaires, et rien de plus. Ses tons sont fins, ses
teintes sont harmonieuses; sa couleur n'est pas appelante, comme celle des écoles de Venise
et de Flandre, mais elle est attachante; elle est telle qu'il convient qu'elle soit pour laisser l'ame paisible, et la fixer sans distraction sur des parties de l'art supérieures au coloris (1). »
Bien que toutes ses compositions soient admirées, comme nous l'avons dit, il à surtout
développé son génie dans les vingt-deux tableaux qui oruaient le cloitre des chartreux à Paris,
et qui couvrent aujourd'hui l'un des côtés de la galerie de notre Muséum. Ils représentent,
1) Lrvrsour, Dictionnaire des Beaux-Arts, article École. T. Il, p. 85.
comme on sait, toutes les particularités les plus importantes de la vie de saint Bruno. C'est
presque une épopée qui doit élever Le Sueur au rang des grands poètes, où plutôt au rang
de Fénélon. dont il semble avoir eu Fame douce, mélancolique, aimante.
Ou cite vingt autres tableaux de Le Sueur qui ne sont point inférieurs en mérite, et dont
plusieurs sont même plus estimés que ceux qui ornaient le cloitre des chartreux. Tels sont, entre autres, la Prédication de saint Paul à Ephèse , les Muses, Histoire de l'Amour, en
cinq différentes compositions, ete., etc
EXPLICATION DES PLANCHES