NOTICE SUR WATTEAU
ssez
Ce peintre, né à Valenciennes, où il fit ses premières études en peinture sous un
mauvais maitre de cette ville, n'acquit de la réputation à Paris, où le conduisit le sort, qu'en
renonçant au genre de l'histoire, auquel il s'était d'abord destiné, et en s'ouvrant une autre carrière dans un genre dont on peut le dire l'inventeur et dans lequel il n'a point eu de rivaux.
enre et les mœurs du temps où vivait l'artiste. Il ne
11 y avait parfaite harmonie entre ce ;
peignait que des scènes où champêtres (si on peut appeler ainsi des scènes où l'on ne voit que des
es en habit de satin, en bas de soie, en souliers couverts de rubans), ou des scènes
personna
aissent être sous des déguisements et jouer des rôles. Au
théâtrales, dont les personnages pa reste, ce sont toujours des sujets galants qu'offrent ses tableaux; et, ce qu'il ÿ a de singulier,
il faut en croire ses
de telles productions n'avaient aucun rapport avec son Caractère; car, à biographes , il était mélancolique, et même misanthrope. Peut-être devait-il ce caractère à la situation malheureuse dans laquelle il passa une grande partie de sa courte vie. Né pauvre, il fat long-temps obligé de travailler obscurément pour d'avides marchands de tableaux qui
le payaient fort mal.
Il faut qu'il ait été excessivement laborieux, puisque, bien qu'il n'ait vécu que trente-sept ans, il est peu de galeries où l'on ne trouve quelques-unes de ses productions.
Les sujets galants auxquels , comme nous l'avons dit, il consacrait exclusivement ses pinceaux , il les traitait dans un goût qui n'était qu'à lui. Ses figures, finement dessinées, ont
du mouvement, de la souplesse; son coloris, plein de fraicheur, rend bien la mollesse des
chairs, le brillant des étoffes, la verdure des paysages (
(1) M. Denon, qui était beaucoup plus enthousiaste de Watteau que nous ne le sommes, n'aurait pas été complétement satisfait de l'éloge un peu froid que nous faisons ici du talent de ce peintre. C'est du moins ce que nous avons lieu de craindre, d'après une note où il‘a consigné son opinion sur Watteau, et que le hasard vient de faire tomber dans nos mains. Nous n’en priverons point nos lecteurs, et parce qu'elle est de M. Denon, et parce qu'elle
contient quelques détails sur la vie de Watteau, que l’on chercheraitwainement dans les biographies les plus connue:
Note de M. Denon.
« Watieau est un des premiers coloristes de l'école française ; il dessinait avec l'élégance du Parmesan ; il avait
la fr
», et quelquefois la
heur du coloris de Van-Dyck, la composition facile de Rubens, la manière du Corr,
EXPLICATION DE LA PLANCHIT
Dans un jardin, pres d'un ruisseau, $e reposent, assises d lombre des arbres. deux dames qui, à ce qu'il parait, ont quitté les dominos qui les déguisaient,
la main. Près d'elles est une corbeille de
dont une tient encore son masque fleurs. Devant elles, et au milieu du tableau, un cavalier debout, qui, à ce qu'il semble, est aussi en habit de bal, joue de la guitare.
mais le tableau est
Le sujet, comme on voit, noffre pas un grand inté
remarquable par la fraicheur du coloris et la vérité des poses. — Voyez, au
Notice
reste, Ce qu'en dit M. Denon, dans la note que nous joignons à notr
sur Watteau.
«sin aux deux crayons qui complet notre planche est une étude de
uteau, dans laquelle il a represente avec une grande vérité l'un des acteurs
le la Comédie ne, avec lesquels il passait sa vie muveté du Gi Û monie vraie de toute l'école vénitienne. Tant d’éminentes qualités furent ternies par un seul défaut, que l'on doit attribuer à une circonstance de sa vie; ce fut de s'être laissé aller à la manière où lé il que où il naquit, et où l'a fait tomber la facilité de ses moyens. Né sans fortune, il travaillait our les marchan tableaux, qui ne lui ordonnaient que ce qui se vendait alors , et dans les boutiques desquels s petits chefs-d e ne faisaient que paraître et étaient renouvelés aussitôt. Le hasard lui fit connaître les cteurs de la Comédie Italienne que le gouvernement venait de faire venir d'Italie. Il en fit sa société intime, et dés-lors il ne fit plus que des arléquins, des colombines, des docteurs et des gilles; ce qui fait que Ia plupart de icieuses productions t devenues comme mauvaise compagnie pour les cabinets où règne la gravité de yle des écoles d'It Mais lorsqu'il sort de son théâtre bouffon , et qu il s'élève jusqu'aux scènes du grand Opéra, tout ce que la poésie à magie et de grace se trouve réuni dans ses compositions; témoin le tableau du départ pour l'ile de Cythère (7), où l'empire de l'Amour s'exerce sur tous les caractères; où la femme prude, la coquette et la sensible cèdent, chacune à sa manière, à l'entraînement général. Tout respire l'amour, l'air en est empreint, c’est Les voiles des bâtiments qui vont conduire les amants dans l'empire de ce despote séducteur. L'aspect , la volupté de la nature, le sujet qui ne emble comporter que la grace et la légéreté, tout y est traité avec d'idées qui lui donne la profondeur et la philosophie d'une des compositions du Poussin. Comme on reg revenant sur ce tableau, en observant avec attention cette production, que la plus grande partie du temps de ce grand artiste ait été employée à peindre des arabesques sur les panneaux des fastueux paravents des
favorites de son siècle, et qu'un si grand et si vaste talent n'ait servi qu'à hâter la marche vers une maniére qui à
le ridicule caractère! Je possède de lui
fait la honte de l'école française, qui, péndant bien long-temps, en à ét
acteurs italiens (*). La couleur de ce
me composition dont les personnages sont dessinés d'après ses amis ll
tableau est admirable; il a été fait, comme un gage d'amitié, pour son camarade Sylvestre, graveur et maitre de
lessin des Enfants de France : je l'ai acheté à la vente du petit-fils, avec son pendant, qui est également précieux. J'ai
joint à la gravure du premier le /&c siméle d'une de ses études d'après nature (*”), pour montrer combien il savait
ivec précision la vérité des poses. Je possède encore un tableau à personnages plus grands que nature, dans
saisir
lequel il a fait le portrait de ses amis, et par lequel on peut juger ec mbien il conservait de couleur et de vérité dans
une dimension qui lui était si étrangére. Je possède enfin un tableau de ce maître, représentant un concert, dont
la position et I pose des figures est aussi naïve que vraie. J'ai aussi de lui une Vierge avec l'Enfant Jésus, qu'on
Dyck
peut prendre pour un V
Ce tibleau est au Musée royal M. Denon pat
C'est probablement le Joueur dé Guitare, dessin aux deux crayons que lon voit dans notre planche
du tableau de notre planche CCC, et dont nous donnons ici même l'explication
essus du tableau
del.
Mctéeare
Nloute
ee dl Ch 7 7104
ECOLE FRANCAISE
PLANCHE CCCE
L'APOTHÈOSE D'HERCULE. (pessin DE PLAFOND.) — UNE ALLÉGORIE. (rarsrat
Par FRANCOIS LE MOINE,
Le Moine est, avec Le Brun, le peintre de l'école francaise qui a le plus exécuté de ces grandes machines qui, en Italie, décorent presque tous les palais et les églises, mais qu'en France on trouve plus rarement et en petit nombre.
Il était né de parents pauvres, et ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à visiter l'Italie, qu'il désirait tant explorer. I ÿ fut conduit par un riche amateur, mais ne put guère profiter, pour ses études, de ce voyage, qui ne dura que six mois.
a fortune l'attendait à son retour, Il fut employé aux grands travaux que le fastueux Louis XIV ordonnait pour immortaliser son règne, Sa plus grande entreprise fut le plafond
du salon d'Hercule, à Ver:
iles : c'est la plus vaste composition de ce genre qui existe en
Europe, puisqu'elle à soixante-quatre pieds de long sur « inquante-quatre de largeur. On y
el]
gures.
compte jusqu'à cent quarante-deux fi
Le Moine était mou et incorrect dans le dessin, et dans ses figures d'hommes il n'attei
naut
pas à la véritable noblesse, En général, ses compositions sont raisonnées, les lumières et les ombres bien distribuées; elles plaisent par leur ton harmonieux; mais ce n'est point là que l'on trouvera la belle naiveté comme la vigueur des bons peintres des écoles d'Italie.
Le Moine eut trop de succès pour n'être pas poursuivi par l'envie. IL fut sensible à l'excès
aux propos dépréciateurs de ses ennemis; sa santé se dérangea ; il devint fou, et se per
lui-même de neuf coups d'épée. Il n'avait alors que quarante-neuf ans.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
La plus grande estampe de notre planche est le dessin du fameux plafond
d'Hercule, à Versailles, dont nous avons parlé dans la Notice précédente. On y voit à peu près réunis tous les dieux de la fable. L'objet principal paraît être
lapothéose d’Hercule. On voit dans un des tableaux (à droite dans notre