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La renommée publie la nouvelle de la paix de Presbourg

Ainsi donc, c'est le journal hisloriquo ilc la campagne de 1805 qu'il a fallu figurer et mettre, pour ainsi dire, en action autour du fût de la colonne, (lue de difficullés jinv sentait cette gigantesque composition ! D'une iiart, c'itait l'ordre chronologique le plus rigoureux à observer; de

l'autre, on imposait .i l'artiste l'obligation d'exprimer avec les chétives ressources offertes par la sculpture et sa sévérité de style, des événements dans lesquels des armées innombrables avaient figuré, revêtues de costumes antislalu.nres, et traînant après elles leurs attir.Tils de guerre. Lf g lût et l'imagination n'auraient point suffi à l'accomlilisscmcnt de cette tâche; un tact, un art infinis étaient nécessaires. On trouva tout cela chez un jeune homme, u.i jeune peintre encore obscur l'année d'avant, M. Bergcrel, qui venait d'exposer au salon un tableau représentant les honneurs rendus à Raphaël après sa mort. Il fut seul cjiargé de traduire en dessins les programmes dictés par l'illustre Denon. Cette longue suite de croquis, ayant prés de miile pieds d'étendue, servit de guide, sinon de modèle, aux sculpteurs; et, on doit le dire à la louange de Bcrgeret, les plus beaux bas-reliefs de la colonne sont ceux dans l'exécution desquels on a le plus strictement suivi les esquisses tracées par lui.

Trente et un sculpteurs ont eu à reproduire les dessins de Bergeret; ce sont MM. Bartholini, Beauvallet, Boiscliot, Boquet, Bosio, Bouillet, Bridan, Callamart, Cardelli, mademoiselle Charpentier, MM. Clodion, Corbet, Delaislre, Deseine, Dumont, Dupasquier, Fortin, Foucou, Franin, Gaule, Gérard, Goix fils, Lorta, Lucas, Montoni, Petitot, Picard, Renaud, Rutzhil, Stouff et Taunay.

Sur le couronnement de la colonne s'élevait la statue en bronze de Napoléon, représenté en empereur romain, couronné de lauriers, s'appuyant d'une main sur sa puissante épée , de l'autre, tenant le monde, boule légère où posait une victoire, les ailes déployées. Cette statue était l'œuvre de Chaudet, membre de Vinsiltut.

L'inauguration de la colonne eut lieu le 15 août 1810, jour de là fête de l'empereur, en pré.sence de la garde nationale, de l'armée et d'une immense population, accourue pour prendre part à celte solennité , annoncée par des salves d'artillerie répétées sur tous les points de la capitale.

La dépense totale du monument s'était élevée à 1 million 975,417 francs.

La statue primitive fut abattue en 1814. Un câble avait été attaché à son cou, et plus de cinq cents personnes firent des efforts inouïs pour la renverser, sans songer que sa chute les eût infailliblement écrasées , et puni ainsi leurs intentions sacrilèges. Ileureusement pour eux, la statue ne bougea point ; il fallut, pour la descendre, qu'un ordre de l'autorité supérieure enjoignit, sous les peines les plus graves, à l'architecte qui l'avait placée, de la déplacer au plus vile. Elle servil plus tard à la fonte de la statue de lleuri IV, rétablie sur le Pont-Neuf.

Le 8 juillet 1831, sur la proposition de Casimir Perier, le roi Louis-Pliilippe ordonna que la colonne reprendrait pour couronnement la figure de sou fondateur, et la statue de Napoléon fut mise au concours. L'opinion publique voulut, cette fois, que l'on représentât l'empereur dans son costume historique.

Un charpentier du faubourg Sain 1- Antoine s'était, quelque temps auparavant, rendu l'interprète de ce vœu populaire en sculptant, dans un énorme bloc de chêne, une statue impériale, haute de l-j pieds, grossièrement faite par l'artiste improvisé, mais parfaitement ressemblante, sous le frac de la garde et le petit chapeau. Douze figurines furent présentées au jury d'examen; celle de M. Seurre obtint la préférence, comme remplissant plus scrupuleusement les conditions du programme. M. Crozatier fut chargé de la fonte. — La dépense s'est élevée à 60,000 francs.

Le 28 juillet 1833, troisième anniversaire de la grande victoire du peuple, Louis-Philippe est venu en personne inaugurer la nouvelle statue. La garde nationale de Paris, la garnison tout entière et plusieurs régiments accourus de ijuinzc à vingt lieues à la ronde, assistaient à cette magnilii|ue cérémonie.

La dalc de cette attendrissante réparation à la mémoire du grand homme est consacrée par une inscription gravée sur'la plinthe de la statue. Elle est ainsi conçue :

28 Juillet 1833, anniversaire de la révolution de juillet et l'an

MONUMENTS ÉLEVÉS A L\ GLOIRE MILITAIRE

Iroisicmc du règne- Je Louis-Philippe !"■, roi des Français, par ordonnance dii'S juillet 1S31, rendue sur la proposition de M. Casimir Périer, président du conseil des ministres, la statue de Napoléon a été replacée sur la colonne de la grande armée ; M. Thiers étant ministre du commerce et des travaux publics.

Enfin un nouveau soubassement en granit corse a été exécuté en 1833, sur l'aulorisalion des deux chambres, qui ont alloué à cet effet uu fonds de "6.000 francs.

HAH (Chatead de), département de la Somme. Cette lorleresse, qu'on découvre d'assez loin, présente un aspect triste, qui, au premier abord, jette dans l'àme une sorte de terreur et d'effroi. Il fut bâti vers l'an 1470, par Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol , que Louis XI fit plus tard décapiter. Ce château, devenu prison d'iîtat, est défendu par des murs remarquables par leur épaisseur ; il est entouré de remparts, de tours et de larges fossés. Au-dessus de la porte, garnie d'un poutlevis, on lit cette inscription en caractères gothiques : Mo>' MIEUX. La grosse tour, l'une des plus fortes qui existent en France , a 100 pieds de hauteur et autant de diamètre.

Le château de llara a servi de prison aux ministres de Charles X, après leur condamnation par In cour des pairs; la duchesse de Berri et le prince Louis-Napuléon, aujourd'hui président de la République, y furent également détenus. ■>

HAOIVD-liE-CHATEIi , petit village de l'arrondissement de Roanne, déparlement de la Loire. On remarque, non loin de cette commune, ranlii|ue château de BoissY, l'une des forteresses les plus formidables de l'ancien Forez. Elle était, comme tous les châteaux du moyen âge, ceinte de fortes murailles et garnie de tours et de fossés. Celui-ci , construit sous le régne de Charles V, avait des fortifications tellement épaisses, que trois voitures pouvaient marcher de front sur îa terrasse du rempart extérieur.

Sous le régne de Charles VU, le château de Boissy devint la propriété de Jacques Cœur, qui avait fait placer sur une des portes extérieures l'inscription suivante :

Jacques Cœur fait ce qu'il veut.

Et le roi ce qu'il peut.

L'amiral Bonnivet , tué à la bataille de Pavie, le 24 février 1o23, y naquit vers l'an 1476.

HEKlVEBOîV (CuATEAD d'), département du Morbihan. Ce château, qui dominait la ville et en défendait les

approchas, est entièrement di'lruit; il n'en reste qu'une seule porte, de forme ogivale, pratiquée dans une courtine joignant les deux fortes tours qui dépendaient de la forteresse et servent aujourd hui de prison.

Dans le quatorzième siècle, la ville et le château servirent de point central aux opérations militaires pendant les guerres entre le comte de Montfort , soutenu par les .\nglais, et Charles de Blois, protégé par Philippe de Valois. Les partisans du comte de Montfort s'en emparèrent en 1341. Charles de Blois vint y mettre le siège la même année ; mais Jeanne de Montfort. qui commandait la garnison, soutint courageusement plusieurs assauts, et le força d'abandonner son entreprise Charles tenta encore inutilement de s'en emparer en 1342. Du Guesclin, s'en étant rendu maitre en 157.>, passa au fil de l'épée la garnison anglaise qui y était renfermée.

HElfRI II (Tombeau de, roi de France, dans l'église Saint-Denis. Ce tombeau, en marbre blanc, a élé exécuté sur les dessins de Philibert Delorme ; sur la plate-forme qui le surmonte, le roi et Catherine de Médicis, sa femme, sont figurés en bronze, et agenouillés. Au-dessus, entre l'ouze colonnes d'ordre composite, les corps du roi et de la reine sont couchés sur un sarcophage. Ces deux statues sont l'œuvTe de Germain Pilon. Le soubassement est orné de bas-reliefs. Aux angles, on voit quatre figures colossales en bronze, d'un travail admirable, représentant les quatre vertus cardinales avec leurs attributs.

HO.^JORÉ (Poïte Saim-), â Paris. Toutes les portes construites snus ce nom, à différentes époques, indiquent les agranilis^ements successifs de la capitale.

La porte Saint-Honoré de l'enceinte de Philippe-Auguste était située â l'endroit où se trouve aujourd'hui le temple de l'Oratoire.

Celle dont il est ici question fut élevée sous le règne de Charles V; elle était située à l'endroit où la petite rue du Rempart venait aboutir dans celle Sainl-llonoré. Elle n'offrait rien de remarquable, sous le double rapport des arts et de l'architecture. C'est par cette issue que pénétra Henri IV avec la plus gi-ande partie de ses troupes, lorsqu'il s'empara de Paris après un long siège.

En 1631, une troisième porte Saint-llonoré avait été placée en face de la rue de la Convention , ci-devant rue Royale. Cette dernière fut démolie en 1732.

nÉUTA (Po>"T d'), à Paris : il est situé en face du Champde-Mars et de l'Ecole militaire. Ce nom lui fut donné en mémoire de la célèbre bataille de ce nom , gagnée par l'empereur Napoléon sur les Prussiens, le 14 octobre

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

1803 Sa construction, commencée en 1809, lut achevée eu 1815, sous la direction fie MM. Lamandé et hillon. Il se compose de cinq arches à plein cintre, dont le diamitre moven est de 28 mélres; la largeur entre les tètes est de 12 mètres, et la longueur totale, entre les culées, de 140 mètres. .\ chique extrémité des parapets sont quatre piédestaux en marbre de Château-Landon, destinés à porter des statues. Au-dessus de chaque pile, et dans l'intervalle des arches, étaient sculptés des aigles entrelacés de couronnes. Ces sculptures ayant été effacées sous la première restauration, on leur substitua des LL.

Les frais de construction de ce monument, y compris l'acquisition des terrains nécessaires, se sont élevés à 6,175,12- francs, 73 centimes.

Lorsqu'en 1814, les revers de Napoléon amenèrent l'armée prussienne à Paris, le prince Rliicher, qui la commaudail, voulut faire sauter ce pont dont le nom rappelait à ses troupes le souvenir d'une sanglante défaite. Cependant le roi Louis XVIll parvint à ramener le général prussicii à des sentiments plus modérés, et calma ses suscep-

tibilités en donnant une autre dénomination à ce pont. Eji conséquence, une ordonnance du mois de juin 1814 prescrivit qu'il prendrait désormais le nom de Po ji( des /nra/irffs. L'opinion publique a fait en même temps justice des exigences étrangères et de la pusillanimité du gouvernement", en conservant à ce monument de notre gloire militaire sa première appellation.

I^VVAliIDES iIlÔTEi KAiiojiAL des), à Paris. Parmi les monuments de la capitale qui honorent le plus la mémoire de Louis XIV, l'hôtel des Invalides doit être placé en première ligne. Cependant, la pensée de cette institution n'appartient pas exclusivement ,i ce prince ou à ses ministres. Elle est due à Philippe-Auguste; mais, mal secondé ou manquaut de fomls, ce monarque dut presque immédialenif nt y renoncer. Reprise par Henri III et par Ilenri W, elle fut abandonnée par Louis XIII, qui, dés l'année 1643, relégua les militaires invalides de la rue de l'Oursine dans l'hôpital de liicètre. (Voy. Oursine.)

Louis XIV donna à l'institution créée par ses prédéce.sscurs les développements que réclamaient l'accroissement

Esplanade Aes Imaliilos.

progressif des forces militaires de son régne, et le grand nombre d'invalides que ces nombreuses guerres avaient laissés à la suite des régiments. Un arrêt du conseil du mois de mars 1660 assigna des fonds pour la construction des bâtiments et la dotation de cet établissement; des plans furent présentés, l'emplacement désigné et le terrain acheté. Le roi en posa la première pierre en 1670; et, quatre ans après, l'hôtel des Invalides s'éleva majestueux au nord-est tle la vaste plaine de Grenelle; car Louis XIV voulait que tous les monuments élevés sous sou règne fu.ssent empreints de la grandeur de son nom, de sa ruineuse munificence. Dès l'année 1674 les bâtiments furent en état de recevoir une certaine quantité d'ofiiciers et do soldats; mais ce ne fut que trente ans plus tard que le monument fut achevé dans tout son ensemhle, a'après les plans et sous la direction de Jules Ilardouin Mausard.

L'hôtel des Invalides est situé à l'extrémité occidentale du laubuirg Saint-Geiniain. Sa façade regarde le septentrion; elle a 200 toises d'étendue', quatre étages et cent trente fenêtres. On aperçoit au-dessus de la principale porte d'entrée la statue équestre de Louis XIV.

Après avoir dépassé cette porte, on pénétre dans la

grande cour, (|ui a 390 pieds de long sur 192 de large. Elle est entourée de quatre corps de logis, ayant chacun deux rangs d'arcades l'un sur l'autre,' formant galeries. Le milieu de chaque face est accompagné d'une espèce de corps avancé avec un fronton : les combles sont ornés de tous côtés. Les appartements se trouvent convenablement disposés. Le grand clat-major de l'hôtel, c'est-à-dire le gouverneur, le général commandant, l'intendant militaire, les officiers de santé et les bureaux, occupent ceux de l'aile dioile et de l'aile gauche de la façade. Des appartements particuliers ont été pratiqués, du côté de la plaine de Grenrile, pour loger les officiers supérieurs et i|uçl- (|ues oflieirrs subalternes; les autres chambres, à tres-jieu d'exceptions près, sont en commun, mais disposées de telle sorte, qiie les militaires qui les occupent y sont fort à leur aise. Les dortoirs des oiflciers ont de quatre à six lits; ceux des sous-officiers et soldats en ont cinquante Dans un des grands salons de l'hôtel se trouvent rangés, dans l'ordre chronologique, 1rs portraits en pied des marécliaux de France morts. C'est encore dans la direction de Grenelle (luc se trouvent la manutention, la lingerie, l'infirmerie et les magasins. Les cuisines, au nombre de deux, sont situées dans Tintérieur.

MONUMENTS ELEVES A LA GLOIHE MIHTAIRE.

Dans les corps de biliraents placés à droite et à gauche de la principale cour sonl quatre réfectoires, où l'on remarque des peintures à fresque représentant les sièges elles batailles les plus mémorables du régne de Louis XIV.

De la cour on arrive successivement, par les galeries latérales, dans six autres cours, qui ont toutes leurs destinations particulières.

L'infirmerie de l'hôtel est tenue avec le plus grand soin et la plus grande propreté. Les malades y sont soignés par les sœurs de Saint-Vincent de Paule, avtc cette sollicitude bienveillante qui caractérise ces femmes si généreusement dévouées au soulagement des malades. Elles sont au nombre de vingt-huit, et occupent un bâtiment entièrement séparé des autres. Le laboratoire fait partie de leur pavillon.

Au fond de la grande cour se trouve l'entrée de l'église. Cet édifice, dont la construction complète le vaste bâtiment des Invalides, fut commencé en 1673; les travaux durèrent trente ans; quelques détails d'ornement n'étaient même pas encore achevés, lorsque Louis XIV termina sa longue carrière. Elle se compose d'une grande nef et de deux bas-côtés, décorés de pilastres corinthiens. L'église des Invalides, l'un des plus beaux monuments que possède la France, est due au talent de Mausard, qui en fut l'architecte. Elle est surmontée d'un magnifique dôme de 300 pieds de diamètre, c'est-à-dire d'environ 900 pieJs de cil-conférence à sa base. Sa forme élégante et pjTamidale s'élève à 225 pieds de h.iuteur et domine Paris. Lt façade de l'église regarde le midi : ses dimensions ont 50 toises de largeur et 16 de hauteur. Elle est élevée sur un perron de plusieurs degrés, décoré des ordres dorique cl corinthien, superposée et couronnée par un fronton triangulaire. Les niches adjacentes à l'entrée du portail sont occupées par les deux statues colossales de saint Louis et deCharlemagne. La première est due au ciseau de Coustou aine ; la seconde à celui de Coysevox. Uu troisième ordre de colonnes corinthiennes règne autour du dôme. Il est revêtu de plomb et orné de douze grandes côtes, dorées en 1815 par ordre de Napoléon. La dorure s'étend jusqu'à la hauteur qui recouvre la coupole. On remarque, dans les intervalles qui séparent les côtes, des trophées militaires couronnes par un casque, dont 1 ouverture sert de lucarne. L'intérieur du dôme contient six chapelles. La coupole centrale représente l'apothéose de saint Louis, offrant à Dieu son epée et sa couronne. Cette œuvre, admirée par tous les amateurs, est de Charles de Lafosse. Sur les quatre pendentifs de cette coupole sont représentés les quatre évangèlistes. qui apparlionnent au même pinceau. La première voûte est divisée en douze parties égales, où sont représentés les douze apôtres, par Jouvcnet. Les peintures qui décorent les quatre chapelles de Saint-Jèrôrac. de Saint-.\mbroise, de Saiut-.\uguslin et de Saint-Grégoire, sont dues au talent de Boullongne. La chapelle de la Vierge est une des plus remarquables; elle est en marbre blanc et d'un très-beau fini. La voûte du sanctuaire représente l'.Vssomption de la Vierge et la Trinité, peints par Coypel. Les groupes d'anges qui ornent l'embrasure des croisées ont été exécutés par les deux frères Boullongne.

Les victoires de la révolution, du consulat et de l'empire avaient décoré la nef de neuf cent soixante drapeaux et étendards enlevés à l'ennemi. Ces trophées de notre gloire militaire disparurent en 1814, lors de la première invasion des alliés. Les invalides les mirent eux-mêmes eu cendre plutôt que de les livrer à leurs ancien^ possesseurs. Près de deux cents drapeaux ont déjà remplacé les premiers.

Les caveaux des Invalides renferment les dépouilles mortelles de plusieurs maréchaux de France et officiers généraux morts gouverneurs de l'hôtel. En entrant dans ces voûtes souterraines, on aperçoit, à droite, le tombeau de Turenne, qui a pour vis-à-vi's celui de Vauban. Les autres noms sont inscrits sur la table de marbre placée dans l'église, en face de la chaire. Les ceudres des vingtquatre victimes du 28 juillet 1S5o reposent également dans les mêmes caveaux ; des inscriptions sont placées fur leurs tombeaux.

De nombreux canaux répandent avec abondance, dans

toutes les parties de l'hôte!, les eaux nécessaires à la salubrité et à la consommation journalière de ses habitants.

Les invalides ont la jouissance d'une bibliothèque d'environ vingt-six mille volumes, qui futcréée. en 1799, par les soins du premier consul ; elle est alimentée par des fonds spéciaux ajoutés chaque année à son budget.

En 1800. le premier consul prescrivit aussi la construction d'une batterie sur l'esplanade des Invalides. Depuis 1830, cette batterie s'est augmentée de plusieurs bouches à feu de divers calibres provenant de la conquête d'.Mger. La batterie des Invalides annonce à la capitale les grandes réjouissances publiques et les victoires remportées par nos années. (\'oy. Napoiéos iTombeau de).

ISSiOUÙi;^ CuATEAC d'). — La ville d'Issoudun. qui appartient au département de l'Indre, était autrefois l'une des places les mieux fortifiées du bas Berri. Détruite pendant la longue lutte des Romains et des Gaulois, elle fut, dit-on, rétablie par César. Sous le régne de Louis d'Outremer, elle était ceinte de fortes murailles Uanquées de tours, environnée de fossés et défendue par un château considérable qui résista, pendant toute la première période du moven âge, aux attaques successives dirig es contre lui; if a été brûlé par un Hicendie, en 1185, en même temps que la ville haute. La forteresse ne fut pas réédifièe ; il n'en reste aucun vestige.

IVB1' iPïRAMiDE coHiiÉMOMTivE d'). département de l'Eure. — La plaine d'Un' est célèbre par la bataille de ce nom, gagnée par Heni-i IV sur l'armée des ligueurs, comm::nd"ée par le duc de Mayenne, le 14 mars 1390. C'est au moment où l'action allait s'engager que le roi adressa ces paroles remarquables à ses hommes d'armes : « 3Ies compagnons, leur dit-il, si vous courez aujourd'h'ii ma fortune, je cours aussi la vôtre. Je veux vaincre ou mourir avec vous. Gardez bien vos rangs, je vous prie; si la chaleur du combat vous les fait quitter, pensez aussitôt au ralliement; c'est le gain de la bataille : vous le ferez entre ces trois arbres (c'étaient trois poiriers); et, si vous perdez vos enseignes, cornettes et guidons, ne perdez point de vue mon "panache blanc: vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire! » — L"i;c pvramide d'environ 50 pieds de hauteur, entourée d'une giilleVn fer, fut élevée en cet endroit, vers la fin du siècle dernier, par le duc de Penihiévre, pour perpétuer le souvenir de cette victoire mémorable. Cette pyramide, détruite pendant les temps orageux de la révolution, fut réédifiée par Napoléon en 1809.

JOVX (Château pe), département du Doubs. — Ce fort ou château est bâti sur un mamelon isolé, d'environ

MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE

600 pieds (le liautenr el dans une position des plus jiiltoresqiies. au pied de laquelle coule le Doubs. Celte loi'teresse défend l'entrée des gorges de la Cluse el de Verrières. Elle se compose de trois enceintes entourées de larges fossés, sur lesquels sont jetés trois ponls-levis. Le fort de Joux, qui sert de prison d'Etat depuis la conquf'tc de la Franche-Comté par Louis XIV, a reçu successivement, comme prisonniers, Mirabeau, Toussaint-Lonverture, le marquis de Rivière, le général Dupont, signataire de la capitulation de Baylen, etc., etc.

On ne sait rien de bien certain sur l'origine de ce fort; on croit qu'il a été élevé, au commencement du moyen âge, sur les ruine; de fortifications romaines. L'histoire ne sait également rien sur le rôle que cette forteresse a dû jouer pendant les guerres féodales qui désolèrent la France et les provinces qui l'avoisinaient. Philippe le Bon en fit l'acquisition pour mettre ses frontières à couvert. Elle passa ensuite, alternativement, aux ducs do Bourgogne et aux rois de France.

<30LJY (Aqdeduc de), près de Metz, déparlement de la Moselle. Cet aqueduc, qui joignait, sur une longueur de 1,120 mètres, les deux coteaux entre lesquels coule la Moselle, était destiné .i conduire les eaux de Gorze à Metz. Sa longueur totale était de 24,746 mètres ; il avait communément dans œuvre 2 mètres de hauteur sur 4 mètres de largeur. Il en reste encore cinq arches sur la rive gauche de la Moselle et dix-sept dans le village de Jouyaux-Arches, sur la rive droite. L'arche sous laquelle passe, dans ce village, la route de Metz à Nancy, a 19 mètres de haut.

«lUBIiAIHîS (Fortifications romaines \). Le bourg de Jublains, déparlement de la Mayenne, occupe remplacement d'une ancienne ville à laquelle les Romains donnèrent le nom de Nœodtmum ; ils élevèrent près de son enceinte un castrum (camp ou fort) qui en défendait les approches. Ce sont les vestiges de ces fortifications galloromaines que l'on remarque encore près de ce bourg.

L'enceinle de ce fort présente un carré de 320 pieds sur chaque face. Elle est entourée de murailles hautes de 12 pieds et larges de 9 pieds. Cette construction consiste en pierres liées avec du ciment. Les pierres qui parent les laces extérieures sont des parallélipipèdes rentrantes; de trois en trois pieds règne un cordon formé de deux rangées de briques. Aux "quatre angles du carré sont des tours; d'autres tours garnissent "au nord, à l'est et à l'ouest, les intervalles compris d'un angle à l'autre.

Au centre se trouvent les débris d'une autre fortification carrée, qui parait avoir beaucoup d'analogie avec les donjons des châteaux du moyen àçe.

IJne voie romaine partait de Juhlains el conduisait à un autre camp situé au conlluonlde l'Aron et de la Mayenne.

En 1843, le ministre de l'intérieur aceorda, sur la demande du préfet du département, les fonds nécessaires à la conservation de cet mléressant monument.

iStJIIiliET (Colonne de), sur la pl;;ce de la Bastille, ci Piiris. Le projet d'ériger un monument sur cet emplacement date de 1792. Une loi de r.Asscmblée nationale du 27 juin da cette année décrétait la « formation, en cet endroit, d'une place de la Liberté, cl l'érection, au centre, d'une colonne surmontée de la statue de la Liberté. »

Divers projets échouèrent successivement do 1792 à 1814. Deux lois, des 10 décembre 1S30 el 20 mars 1831, arrêtèrent « qu'un monument serait élevé sur la place de l'ancienne Bastille, en l'honneur des citoyens morts dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. » La première pierre en fut po ée le 27 juillet 1851 par le roi Louis- Philippe.

L'exécution de ce monument futd'abord confiée à M. Alavoine, mort en 1834, et ensuite à l'architecte Duc. La f"te d'inauguration eut lieu le 28 juillet 1840.

La colonne est en bronze et à compartiments alternatifs en marbre de couleur ; elle est surmontée d'un chn-piteau de mènje composition.

Lo pii'dosliil est d'une sculpture riche et appropriée au sujot. (lii ioiiian|ue, sur les deux faces, des couronnes et des palmes mortuaires ; un coq gaulois figure aux quatre coins.

Un lion se détache en entier sur l'une dos faces du piédestal ; sa tète reparait dans les trois colliers qui partagent le fut de la colonne, pour indiquer les trois journées de la révolution. Au bas, on lit l'inscription suivante, sur une plaque en bronze :

A la gloire

des citoyens frjnçais

qui s'armèrent et conibaltircnt

pour la défense des libertés publiques

d.ins les mémorables journées

des 27. 28, 29 juillet 1830.

Le premier soubassement circulaire, au-dessus du piédestal, est en marbre blanc d'Italie, ainsi que le corps du deuxième soubassement, dont le socle est en granit gris de Sainte-Honorine (ÏNormandie).

(In monte sur la balustrade ou lanterne, que supporte le chapiteau placé au sommet de la colonne, par un escalier;! jour, d'une ingénieuse construction, qui permet d'arriver » cette hauteur sans fatigue.

La statue en bronze doré qui couronne la colonne représente le Génie de la Liberté qui s'envole en brisant (les fers et en semant la lumière. Cette allégorie est re-

Srésentée parmi llambeau ([ue le génie tient de la main roite, et des fors brisés dans l'autre; son pied gauche est appuyé sur un globe. Cette statue est l'œuvre de M. Dumont, membre de l'Institut.

La balustrade qui repose sur le tailloir est dessinée avec élégance et d'un très-bel effet.

Toutes les subslructions ont été exécutées en pierre de taille et autres matériaux de premier choix.

Dans les intervalles des colliers on a gravé et doré les noms des victimes de Juillet. Cet ornement lient lieu de cannelage.

La grille d'enceinte est tout en fonte de fer. C'est une œuvr(; d'art trcs-remar(juable sous le rapport de sa composition, de son exécution et du système d'ajustage qui a été employé pour l'assujettir. Le socle au-dessous est en marbre rouge de FrancHimont (Pays-Bas).

Quatre grands caveaux ont été pratiqués dans les fondations pour y recevoir les restes des victimes de Juillet. Ces caveaux sont percés de portes à chacune de leurs extrémités.

La hauteur de l'édifice, depuis le pav(3 de la place ju.;qu'au sommet de la statue, est de 49 mètres 80 centimètres.

Ce monument a coûté à l'Etat 2,371,000 fr.

Tsf-.

IiA'&'!»EBBER€i (en latin Cœsaris-Mous, mont de

l'Empereur), ancienne ville iin])ériale, à trois lieues et demie de Colmar, dépai'lemenl du llaiilllhin. Elle est située au pied d'une montagne on l'on aperçoit les ruines du château de ce nom, qui, sous l'empereur Frédéne H, était déjà qualifié de vieux château. Ces ruines sont dans un tel élat de dégradation, qu'il est impossible d'y reconnaître les plus légères traces de constructions ; on ne voit que des pierres éparses sur le sol.

KEHEi (Tombeau du (iÉNÉRAL Desaix, entre Strasbodrg et), département du Bas-Rhin. Kehl a été une forteresse, et. par suite de sa position, son nom apparaît plusieurs fois dans l'histoire des içucrres entre la France et l'Allemagne. Créqui enleva la redoute de Rehl en 1678; mais le fort qui y fut construit en 1682, sous la direction de Vauban, fut rendu à l'Allemagne par le traité de Ryswich en 1697, et rasé. Cette place fut prise en 1705 par le maréchal de Villars. Les Autrichiens occupèrent Rehl en 1792 après la déclaration de guerre à la republique française; le 12 septembre de l'année suivante, le fort fut Dombardé et réduit en un monceau de cendres par les

Français Lorsque l'armée du Rhin apprit la mort du

général Desaix , tué à Marengo le 23 prairial an vni (14 juin 1800). elle voulut payer son juste tribut de regret à sa mémoire, eu lui élevant un monument funéraire entre Strasbourg et le pont de Kehl, qu'il avait si vaillamment défendu quelques années auparavant. Une souscription fut spontanément couverte et la construction suivit de près.

Ce monument, situé dans l'île du Rhin, sur la route de Kehl, consiste en un tombeau de forme carrée, construit sur un socle peu élevé; il est surmonté d'un sarcophage antique, orné de bas-reliefs. Sur l'une des quatre faces est le miste de Desaix, couronné par la Victoire: sur les trois autres faces sont sculptés les principaux faits d'armes du général.

KERWIliIS, village du déparlement du Finistère. On y remarque les ruines pittoresques du château de Cabman, consistant en quelques pans de murailles avec de longues cheminées, et en une grosse tour ronde revêtue en pierres de taille, surmontée des restes d'une tourelle.

KIFFIS, village du département du Haut-Rhin, situé près de la montagne de Blochmont, au haut de laquelle on aperçoit les ruines du château de ce nom. Les chroniques clu pays sont restées muettes sur l'origine de cette vieille forteresse, ainsi que sur les événements militaires dont elle a di'i être le théâtre pendant toute la durée des guerres du moyeu âge.

KIMTZHEIM (Château de). Sur la colline qui domine le village de Kinlzheim, département du Bas-Rhin, on voit les ruines pittoresques d'un ancien ch.iteau fort, dont les murailles, en partie tapissées de lierre, offrent un ensemble où règne une certaine coquetterie. On y remarque une haute tour, parfaitement conservée au dehors. On ne peut pénétrer dans l'intérieur qu'à l'aide d'une échelle, par une ouverture pratiquée à la moitié de sa hauteur.

Au-dessus d'une vaste salle souterraine est une autre salle dont les fenêtres donnent sur la campagne, et d'où l'on jouit d'une vue magnifique. Tout auprès est un oratoire avec un autel en pierre.

Sous une terrasse, dans l'une des cours, est un petit passage fort étroit et fort bas, dans lequel on descenel par plusieurs marches, et qui aboutit à une tour carrée, à moitié démolie.

Il n'existe aucune trace historique sur l'origine de cet ancien château.

KIRCHEm, village du département du Bas-Rhin, à quatre lieues de Strasbourg. Quelques historiens croient que ce village occup? l'emplacement d'un vaste palais des rois francs, fortifié, entouré de fortes tours et d'épaisses murailles.

Les décombres de celte antique résidence royale ont servi à la construction des habitations actuelles. Il reste encore quelques vestiges de murs encadres dans la maçonnerie des maisons particulières ; mais on n'a encore pu trouver aucune inscription qui indiquât l'origine de ces vieux débris.

li.%CiARDE (Château de). Sur une hauteur au bas de

laquelle est bâti le village de ,Lagarde, département de l'Ariége, on voit les ruines de l'ancien château de ce nom. qui fut jadis l'un des plus beaux et des plus considérables de la contrée. Sa circonférence était de forme cariée, avec quatre grandes tours, également carrées, à chacun de ses angles.

Quelques murailles ruinées, de belles et spacieuses terrasses assez bien conservées, sont les seuls vestiges qui restent encore de cette forteresse, dont l'origine ne parait pas remonter au delà du douzième siècle. Elle eut à soutenir plusieurs sièges vers la fin du moyen âge.

liAXGRES (Âne DE triomphe a), département de la Haute-Marne. C'est le seul monument romain qui se soit conservé en entier. 11 fait partie de la muraille de la ville, avec laquelle il paraît confondu.

Cet arc est à doubles arcades. Les pilastres delà façade et ceux de la partie latérale sont d'ordre corinthien. L'entablement qui les couronne est d'un très-beau style ; la corniche ne contient qu'un petit nombre de modillons, des oves et des denlicules. On distingue, çà et là, sur la frise des boucliers groupés. Les chapiteaux elles bandeaux des archivoltes ont presque conservé leur première fraîcheur, ainsi que l'archilrave. La hauteur de ce monument, du niveau du sol au sommet, est de 13 mètres 70 centimètres; sa largeur totale est de 19 mètres 48 centimètres ; la hauteur des arcades, d'environ 9 mètres 33 centimètres, et leur largeur, de 4 mètres 23 centimètres.

Une vague tradition en attribue la construction aux deux Gordiens, qui, associés au même triomphe décerné pour la même victoire à laquelle ils avaient également contribué, y auraient passé sous des arcades égales. Une seconde tradition en fait honneur à Probus, de 276 à 282; enfin, une troisième, à Marc-Aurèle, de 173 à 180. Une médaille trouvée dans une fouille, et portant l'inscriptiou de cet empereur, paraîtrait donner quelque poids à cette dernière. Quoi qu'il en soit, le monument appartient évidemment à une époque encore éloignée de la décadence.

A l'une des portes de Langres, dite Longe-Porte, on remarque les débris d'un autre arc de triomphe que l'on croit avoir été élevé en mémoire de la victoire remportée sur les Germains par Constance Chlore, en 501, au-dessous du village de Peigney. Cet arc parait avoir été composé, comme le premier, d'une double arcade, plus large et moins ornée.

liAlVMBS (Tombeau du maréchal), au Panthéon, à Paris. Cet édifice, fondé sous l'invocation de sainte Geiie-

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

viéve, prit le nom de Panthéun fiançais, par décret de l'Assemblée nationale du 4 avril ITOI, qui le consacra à la sépulture des hommes illustrés par leurs talents, leurs services et leurs vertus, liendu à sa première destination par décret impérial du 20 février 1806, les caveaux conservèrent les restes des grands hommes qui y avaient été inhumés. C'est ainsi que l'on voit, dans une pièce particulière, le cercueil du maréchal Lannes, duc de Montebcllo, mort le en 1809, des suites d'une blessure reçue à la bataille de Wagram, le 6 juillet de la même année. Sur ce cercueil sont des inscriptions qui rappellent les services rendus au pays par l'illustre guerrier.

liAVAli (CuATEAiï de). Li ville de Laval, chef-lieu du département de la Mayenne, doit son origine à un ancien château bâti dans le huitième siècle, pour arrêter les incursions des Bretons. Cette forteresse fut détruite par les Danois ou par les Normands, et rebâtie en 840 par Guyon, troisième flls de Guy-Valla, comte du Maine. Plusieurs" habitations s'étant groupées autour du château, formèrent en peu de temps une petite ville, que Guyon fit entourer de

murailles épaisses, crénelées et garnies de fortes tours. Le général anglais Talbot s'en était rendu maitre, de vive force, en 1460; mais elle fut reprise par les Français l'année suivante.

Le chiteau s'élève, sur le bord de la Mayenne, au milieu d'un groupe d'habitations bourgeoises de peu d'apparence. Il est surmonté d'une haute tour ronde qui en forme le donjon. On y voit une grande cour, de vastes pièces, une chapelle souterraine, une tour remarquable par sa magnili'|tie charpente, et une immense salle qui était destinée aux délibérations des vassaux, quand il plaisait au seigneur suzerain de les convoquer.

Cette ancienne demeure, qui servit d'abord de résidence aux ducs de Laval, puis aux ducs de la Trémouille, sert aujourd'hui de prison ; plusieurs salles ont été appropriées ;i cet usage.

L'ancienne galerie du château, d'une construction plus récente et d'un meilleur effet, a été convertie enPalais-de- Justice.

Le 23 octobre 1793, les environs de Laval ont été le

Châiciu lie Laval.

Ihéâtre d'une bataille sanglante où les troupes républicaines furent complètement battues et mises en déroute par l'armée vendéenne

LiBCiiqiV D'HOIVIVEUR (Palais de la), situé dans la rue de Lille, à Paris. Cet élégant édifice, bâti en 1786, sur les dessins de l'architecte Rousseau, pour le prince de Salm-Salm, porta le nom de son propriétaire jusqu'en 1802, époque à laquelle il fut affecté à la grande chancellerie de la Légion d'honneur, ordre institué par le premier consul Bonaparte le 19 mai de la même année. Il sert en même temps de demeure au giiand chancelier et aux bureaux de l'ordre.

Il n'a qu'un rez-de-chaussée et un étage peu élevé, et la richesse de son architecture est Irès-reinarquable.

La porte d'entrée présente un arc de triomphe décoré de colonnes ioniques. Deux galeries du même ordre partent de la porte et conduisent à deux pavillons en avantcorps, dont l'attique est revêtu de bas-reliefs ; un péristyle ionique régne autour de la cour, en forme de promenoir couvert cl continu. Le principal corps de logis est au fond de la cour; sa façade est relevée par un ordre de colonnes corinthiennes.' Du côté du quai d Orsav, ce palais

présente l'aspect de deux bâtiments séparés par un avantcorps demi-circulaire, décoré d'un ordre corinthien.

ILEHOIV (Château de). Lehon est un petit village du département des Côtes-du-Nord, à l'extrémité d'un des fauliourgs de Dinan. Sur une hauteur qui le domine, apparaissent les vieilles tours couronnées de lierre de l'ancien château de Lehon, qui, après avoir été assiégé, pris, démoli et reconstruit plusieurs fois, est aujourd'hui dans un état complet de dégradation, mais dont l'aspect est très-pittoresque.

Cette forteresse formait un immense carré long, entouré d'épaisses murailles, qui lui servaient de remparts. Klle était garnie de six grandes tours et pouvait résister longtemps aux attaques de l'ennemi. La date de sa fondation n'est pas bien connue. De la plate-forme, on jouit d'un coup d'œil ravissant : on aperçoit le charmant paysage •lui borde le cours de la Rance| les rochers escarpés qui dominent certaines parties de cette rivière, et les ruines anli(|ues de l'église et du monastère de Lehon.

liOCHES (CuATEAU ET DONJON de). La ville de Loches, chef-lieu de sous-préfectnre du département d'Indre-et- Loire, était autrefois renommée par la force et la puis-

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

sance de son château, dont la fondation remonte aux premiers siècles de notre liistoire. Lorsqu'en 742 Pépin et Charlemagne marchèrent contre Hunald. duc d'Aquitaine, l'armée des Francs entra en Berri, et s'empara de Loches après un assaut. On rapporte à ce sujet que les vain-

3ueurs, jaloux de conserver intacte la gloire qu'ils venaient 'acquérir, ne commirent aucun massacre et se contentèrent de réduire les habitants en servitude.

Le ch.iti'.iu, bâti sur un rocher isolé et entièrement escarpé de trois côtés, ne consistait, dans l'origine, qu'en une tour carrée de construction romaine, à laquelle on ajouta une enceinte de petites tours rondes, dont les restes existent encore. .Agrandi et embelli sous la domination des ducs d'.\i|uitaine , il finit par devenir un palais ; qui servit plus tard d'habitation aux rois Charles VII, : Louis XI, Charles VIII, Louis XII, François 1"^, Henri II et Charles'iX.

Le donjon fut transformé en prison d'Etat par Louis XI; plusieurs prisonniers illustres y ont été successivement enfermés, .savoir : le cardinal de la Balue, pour crime d'Etat; le duc Q'Alencon, en 1436; Charles de SÎelun, qui y eut la tète tranchée, en 1468; Philippe de Commines, en I4*i6. et Ludovic Sforza. On y voyait, avant la révolution de 1789. deux cages de bois garnies de fer, dont l'une avait servi,

fieudant quatorae ans, de ieu de détention au cardinal de la Balue, qui ea était, dit-on, l'inventeur.

Ce donjon , parfaitement conservé, sert aujourd'hui de maison de détention.

La forteresse de Loches a été, pendant la longue période de son existence politique, le théâtre d'événements militaires remarquables; elle passa successivement, des rois de la première race, sous la dépendance des duc< d'Aquitaine et des comtes d'Anjou. Conquise par Jeansans-Terre, roi d'Angleterre, Philippe-Auguste la confisqua â son profit au commencement du treizième siècle.

Le château de Loches fut longtemps le séjour de prédilection d'Agnes Sorel.

Ce fut elle qui,"dans celte même demeure, ranima les sens énervés de Charles VII. Un jour que le roi la pressait de se rendre, elle l'assura qu'un astrologue lui avait prédit qu'elle serait la mailvcsse d'un grand roi. « .Mais, ajouta-t-elle. cela ne peut regarder Votre Majesté. Le roi d'Angleterre est assurément plus gi-and que vous, puisqu'il possède ses terres et les vôires, et l'on croira de même qu'il l'est en mérite, si vous l'en laissez le paisible possesseur; je prie donc Votre Majesté de me permettre de passer en Angleterre. » Cette plaisanterie toucha Charles VII et lui dessilla les yeux. Le désir de se rendre digne des affections d'une jeune beauté qui montrait tant de patriotisme lui fit entreprendre toutes les actions mémorables qui ont rendu

Vitii- — lûip. SuDoû Raçûn el Coiup., rue d'trfurlh, t.

Olié.isquc da raonnmciU de Henri de Lonjueville

*on règne illustre et i|ui lui ont mérité le surnom de Victorieux.

h' tombeau d'Agnès Sorel. qui remonte à la naissance des beaux-art5, en France, était tout a fait dégradé, et avait été relégué dans une chapelle du château, où il était menacé d'une destruction totale, lorsqu'en 1806 M. le général Pommereul, préfet d'Indre-et-Loirc. le fit restaurer et placer au rez-oe-chaussée d'une tour dont l'entrée diiune sur la terrasse.

Ce monument consiste en une table de marbre noir, longue de 10 pieds et large de 4 pieds, sur laquelle est couchée la statue, en marbre blanc, d'Agnès Sorel; deux anges également en marbre blanc soutiennent le coussin sur lequel s'appuie ^ la tète; à ses pieds repo-

"^" sent deus agneaux. Au-

tour de la pierre funéraire est gravée l'épitaphe suivante :

Cy-?it nolilu demoiselle Agnès Saurelle. eu son viv.int dame de Beauté, Rochesserie, Issoudun, Vcrnon-sur-Seine, pieuse envers toutes sens, et qui largement donnait de son bien aux églises et aux pauvres, laquelle trépassa le neuviùme jour de lévrier 1449.

Priez Dieu pour I âme d'elle.

liOCHTliE;, petite ville du déparlement du Morbihan. On voit dans son voisinage, devant la porte Tl'une maison particulière, deux statues provenant de la démolition du château de Ouinipili. qui ont acquis une certaine célébrité par les dissertations auxi|uelles elles ont donné lieu. Il est fâcheux qu'aucune description n'ait encore fait connaître l'origine du château et les péripéties dont il a dû être l'objet pendant les guerres d'agression et civiles qui ravagèrent cette contrée dans les derniers siècles du moyeu âge.

Ii01VeiUEVIL.I.E

(OBtU-^OrE DU MONUMENT DE

Henri dej. Ce monument, transporté au musée du Louvre , est l'ipuvre de François Auguier. Il fut élevé en mémoire de Henri 1''', duc de Longueville, qui avait commandé avec distinction les armées de Henri IV, et qui mourut accidentellement le 19 awil 1593 (1).

11 se composait de l'obélisque et de quatre statues, également transportées au Musée, représentant la Tempérance, la Force, la Justice et la Prudence, le tout en marbre. Les statues étaient placées aux quatre coins du piédestal de l'obélisque, orné de petits bas-reliefs, qui, de même que les statues, rappelaient les qualités el les exploits de Henri de Longueville.

(1) Il descendait du comte de Dunois, qui occupe une grande pince dans noire liistoire. Dunois était fils naturel de Louis de France, duc d'Orléans, assassiné le 25 novembre 1407, à Paris, dans la rue Barbette.

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE J\IIL1TAIRE

La hauteur de l'obélisçiue est do 4 mètres 3o2 millimélres ; l'artiste y a réuni les emblèmes des arts, de la paix, de la guerre et de toutes les vertus civiques et guerrières. Ces ornements sont exécutés du bas en haut. Sur l'un des côtés, le sculpteur s'est représenté foulant aux pieds le serpent de l'envie et travaillant au buste colossal du duc.

Ce monument ne reçut pas sa destination première; il parait qu'il fut terminé par les ordres de Geneviève de Bourban, duchesse de Longueville, qui le fit servir de mausolée à son mari, Henri 11 de Longueville, mort le 11 mai I6G3. Il était lîls de Henri I".

liOWOUlfOW, petite ville du département de la Moselle. Dans les environs, et à l'est de cette commune, on remarque les ruines pittoresques du ch,iteau de Mussy, qui avait acquis, dit-on, une grande célébrité vers la fin du moyen âge. Les vestiges que l'on y voit encore attestent, en effet, son ancienne importance militaire. On doit regretter que les archéologues du pays Messin ne nous aient transmis aucun renseignement historique sur celle ancienne habitation seigneuriale. La même lacune existe pour ce (|ui a rapport à la partie artistique et archilecturale.

liOUCHES, village du département du Pas-de-Calais. Dans les environs de ce village, sur le sommet d6.1a montagne déserte, dite de Saint-Louis, on remarque les vestiges d'un camp romain, dont le centre est occupé par les ruines d'une antique chapelle.

Les débris de fortifications romaines, que l'on aperçoit épars çà et là, ne laissent aucun doute sur l'ancienne destination de cet emplacement ; les murailles épaisses qui l'entouraient sont d'une grande solidité et ont dû être défendues par des tours carrées, dont l'usage était généralement adopté dans les constructions de ce genre. On jouit, du haut de ces antiques débris, d'une vue pittoresque et très-étendue.

Inouïs XSB (ToMBEAt de), roi de France, et de la reine Anne de Bretagne, sa femme, à Saint-Denis. Ce tombeau a été élevé d'après les ordres de François 1" ; la partie architecturale fut exécutée à Tours, en 15!7, par Jean Juste et François Gentil, sculpteurs français; 1rs figures appartiennent au ciseau de Ponce Trebat!, sculpteur vénitien.

Les bas-reliefs de soubassement représentent les victoires des Français en Italie, la bataille d'Agnadel, l'entrée de Louis Xll à Jlilan, le siège de Gènes, etc.

Au milieu du mausolée sont les figures de Louis XII et d'Anne de Bretagne, étendues sur un sarcophage de marbre. On remarque entre les arcades, qui sont d'une rare élégance, les statues des douze apôtres.

L'entablement est surmonté d'un socle au-dessus duquel le roi et la reine, sculptés en marbre, sont agenouillés devant deux prie-Dieu. L'ensemble de ce monument présente un effet admirable de goùl et d'exécution.

liOURDESI (Château de), déparlement des llaïUPs- Pyrénèes. Selon quelques archéologues, l'ancien château, qui existe encore, et dont on a fait une prison d'Etat, aurait été construit, dans les premiers siècles de notre histoire, sur les murs d'un camp romain assis sur remplacement qu'il occupe. Les chroniques de Froissaid attribuent aux troupes du pcupk-roi la construction du château. Selon lui, il aurait été élevé pour contenir les habitants de la vallée dans le devoir. Les peuples de cette contrée, à demi sauvages, indisciplinés et toujours prêts à s'armer contre l'autorité, avaient besoin d'être retenus par la crainte.

Ce château, dont il ne reste plus que quelques tours, est bfiii sur la pointe d'un rocher trés-élevé qui domine la ville de Lourdes à l'entrée de la gorge.

EilfOl* (Aqueduc de). On voit encore quelques ruines de l'aqueduc romain qui conduisait à Lyon les eaux du Mont- Pila, éloigné de quinze kilomètres de cette ville, et qui fut élevé par ordre de l'empereur Claude. Lyon lui doit aussi une grande partie des anciens monuments dont elle était ornée et qui subsistent encore en partie.

Le besoin de pourvoir les habitants de Lugdimum (\) des eaux salubres indispensables à une grande population, détermina le goiivcrnemenl de Borne, ou plutôt les magistrats qu'il avait établis dans cette cité, à faire rechercher les sources qui avoisinaient la ville, pour les conduire sur les points où elles étaient nécessaires. Les Romains construisirent successivement plusieurs aqueducs. Les eaux du Mont-d'Or, les plus rapprochées de Lyon, furent d'abord recueillies par deux branclies d'aqueducs, dont l'une partait de Poleymieux, et s'étendait jusqu'à Saint-Didier, en traversant lés collines qui ont leur penchant vers la Saône. L'autre branche, partant de Limonest, allaitjusqu'à Saint- Didier ; là, se réunissant à la première, elle ne formait plus qu'un seul aqueduc qui passait à EuUy, au Massu et à Saint-lrènéc. Cet aqueduc formait une ligne courbe qui embrassait plusieurs vallées dans sa concavité, sans perdre pour cela son niveau, parce que toutes les pclilos collines qui le supportaient se succédaient immédiatement. 11 parait, d'après les traditions, qu'il fut construit par les soldats du camp de César, et qu'il ne servit qu'aux prcîfiiers habitants de Lugdunum.

L'accrois: emeni rapide de Lyon rendit bientôt ces eaux insuflisautes. La partie de la colline de Fourviéres, où l'on construisit les plus riches maisons de plaisance, et le palais des empereurs, ayant une élévation de GO pieds au-dessus du lieu d'où pariaient les eaux du Mont-d'Or, il fallut recueillir celles des sources plus éloignées. Le Monl-Pila, distant de huit lieues, et séparé de Lyon par

fdusieurs vallons d'une grande profondeur, était le seul ien d'où l'on put tirer une quantité d'eau suflisante. L'exécution d'une entreprise aussi gigantesque n'effraya pas les Romains ; toutes les eaux des environs du Mont- Pila furent réunies en un seul aqueduc, qui commençait au midi de Saint-Chamond. On y recueillit aussi la tota- Hlé de celles de la rivière de Giérs, ainsi que toutes les eaux du ruisseau du Janon et du Furcns. Une fois réunies, les eaux de ces rivières coulaient emprisonnées dans leurs canaux, parmi les campagnes qui portent aujourd'hui les noms dcSaint-Chamond, tellieu, Chagnon, Siint-Gcnis-de-Terro-Noire, Saint-Martiu-la-Plaine, Saint-Mauricesur-Dargoire, Mornant, Saint-Laurent-d'Agny, Soucieu, Chaponost, Beaunan, Sainte-Foy, Saint-Irénée et Fourviéres. L'aqueduc se terminait en ce lieu par un réservoir très-large, très-profond, solidement voiité, et encore de nos jours parfaitement conservé. Il existe sur la colline, dans l'ancien clos des Minimes; sa longueur est de 43 pieds, sa largeur de 44 pieds; son élévation est do 21 pieds; l'intérieur est divisé par arcades, soutenues par de forts piliers. Le tout est revêtu d'un ciment qui s'est maintenu assez intact, ainsi que les ouvertures supéiicures par où les eaux se précipitaient. Tout près de là, il y avait un autre réservoir plus long et supporté par un grand nombre de voûtes, dans la direction du nord au midi; l'eau y descendait par un puits d'un pied et demi carré.

I.a construction des aqueducs, depuis les sources des montagnes jusqu'aux réservoirs de la cité, était trcs-variée, ;i cause des nombreux obstacles que les ingénieurs avaient rencontrés sur le passage des canaux. Ceux-ci furent, ou pratiqués dans l'intérieur des collines, avec des puits supèiieurs qui servaient de ventouses, ou bien n la surface même du sol, ou supportés par des arcades. Dans le premier cas, on entourait le canal d'un massif de maçonnerie; ensuite on l'enduisait intérieurement d'un ciment composé de briqués pulvérisées, dont la solidité égalait celle du granit. Des évasements en forme de chambre étaient pratiqués à des distances plus ou moins éloignées pour contenir les eaux surabondantes. Quand le canal était à (leur de terre, on creusait un fossé de cinq pieds de largeur; on lui donnait dix pieds au moins de profimdeur; ou plaçait au fond un massif, de pur ciment, Qe dix-huit pouces. Sur ce massif, on élevait les deux murs de côlé, en leur donnant un pied et demi d'épais-

(t) Nous empruntons une partie de ces détails au Guide piitorcs'iue du voiinifcur m France, excellent ouvrage publié par M. M. Fiimin iUiilot frùies, et que nous avons dû souvent consulter.

MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE

seur. Ces deux murs étaient ensuite surmontés d'une voûte a plein cintre, d'un pied de flèche et d'un pie 1 d'épaisseur. Lorsque, par l'effet des pentes du terrain, le canal . e trouvait hors du sol, on relevait sur un mur de maçonnerie de six pieds d'épaisseur. Mais pour une hauteur plus considérable, ou construisait des arcs et des piles; et leur hauteur dépendait de l'élévation ou l'on était forcé de placer le canal.

La solidité de cet ouvrape, la perfection du travail, la lon;:ueur et la difllculté de l'entreprise, étonnent tous ceux qui l'examinent. Rien n'est plus propre que les vestiges qui en restent à nous donner une idée juste de la magnificence que mettaient les Romains dans la construction de leurs édifices publics. L'étendue de celui-ci, à cause de ses circuits, était de plus de treize lieues, à compter de sa naissance, près de Saint-Chamond, jusqu'à Lyon. La construction de cet ouvrage immense est digne également de remarque : le corps de la maçonnerie est un petit moellon de roche, depuis trois jusqu'à six pouces d'épaisseur, toujours posé en bain de mortier, qui ne laissait aucun vide dans ses joints-moutons, et formait partout un corpsinaltérable. Dans les parties qui ont une certaine élévation hors de terre, de grandes Briques, dont on faisait régner un cours de deux assises de quatre en quatre pieds de hauteur, liaient les parements avec les massifs du mur, et interrompaient le maillage en réseau. Les restes les plus considérables de cet immense travail sont ceux du grand aqueduc qui conduisait les eaux du Mont-Pila sur la colline de Fourvieres : on en voit des débris hoi-s des portes de Saint-lrénée, a côté du télégraphe ; à Sainte-Foy. dans le vallon de Beaunan; à Chaponost, à Briguais, a Mornant, à Saint-Maurice, à Sainl-Genis-de-Terre-Neuve et à la petite Varizelle.

liYOM (PoM DE PiEwtE on Po>T DU CnANGE, a). Parmi les douze à quatorze ponts jetés sur le Rhône et la Saône, pour faciliter les communications, d'une rive à l'autre, des habitants et de la garnison de Lyon, nous ne devons pas omettre de mentionner celui-ci, qui entre plus pailiculiérement dans notre spécialité.

La construction de ce pont remonte au milieu du onzième siècle, alors que les armées féodales se croisaient et s'attaquaient incessamment, pour la gloire ou la convoitise de leurs seigneurs II se compose de huit arches et a 193 mètres entre les culées. Quelques inscriptions antiques, que l'on voit sur les piles, indiquent que les matériaux

3ui ont servi à l'établir proviennent en grande partie des ébris du célèl're temple élevé par la ville de Lyon en mémoire de l'empereur Antonin.

Il existait anciennement une tour au milieu de ce pont. Dans le treizième siècle, lors des démêlés entre le clergé et les habitants, ceux-ci s'en rendirent maîtres, et interceptèrent, de celte position, toute communication de la rive gauche à la rive droite de la Saône. Plus tard, la tour fut démolie et remplacée par une jolie niche, ornée d'une statue de la Vierge, à laquelle on a substitué un bitiment élégant destiné à servir de corps de garde. ^Voy Tilsitt (Pont'de.) liWOIS {MoNU.MEM ÉLEVÉ a), à Alger. Ce monument a été élevé, pr.r souscription, en mémoire d'un jeune officier d'artillerie qui, le 11 février 1853, périt victime de son dévouement, en sauvant un trois-màts russe, laVénus, qu'une terrible tempête menaçait d'engloutir. Il a été placé à l'extrémité du môle de la Santé, à Alger, presque en regard du rocher ou le malheureux officier a trouvé la mort. Sa construction consiste en pierres apportées de Toulon. Sa hauteur est d'environ 12 pieds. Quatre canons, provenant de la Cazauhah, sont placés aux quatre angles d'un cénol.qthe formé de qu.itre plaques de marbre. Deux couronnes, l'une de laurier, l'autre de chêne, sont .sculptées en relief sur les deux plaques triangulaires. Celle de devant porte celte inscription :

A la mémoire de Charles de Lyvois, c.ipituine d'arlilleric, mort à 33 ans, viclime de son dévouemci.l, djns la lempêle du 11 février 1855.

Sur la plaque de derrière sont inscrits ces mots :

Elevé par l'armée et la (lopublion d'Alger

HADEIiEFVE (Montt.ment de ni, a Paris. Cet édifice, situé à l'extrémité occidentale du boulevard de la Madeleine, faisant face à la place de la Concorde et du palais de l'Assemblée nationale, devait avoir une tout autre destination, et il est peu de monuments qui aient éprouvé tant de vicissitudes dans leur établissement.

Si l'on en croit quelques écrivains, l'intention du gouvernement était de reproduire dans la capitale de la France le Panthéon de Rome, qui devait s'harmoniser avec le palais Bourbon, auquel il devait faire face. Les travaux, poussés avec rapidité, étaient déjà bien avancées au moment où la Révolution parut : elle les arrêta en 1790, et les détruisit en 1795. C'est dans le cimetière de la Madeleine que furent recueillies les dépouilles mortelles de Louis .\VI, et, plus tard, celles de Marie-Antoinette.

De 1796 à 1799, de nouveaux projets furent présentés pour élever sur l'emplacement de la Madeleine un monument digne de la grande nation. La destination, comme on le pense bien, fut entièrement changée : les uns proposèrent la construction d'une salle pour'le corps léoislatif; d'autres un musée national, une bibliothèque publique; d'antres enfin un théâtre, un marché. Les architectes de la capitale atlondaieut la décision du gouvernement sur l'érection du nouveau monument, lorsqu'un décret daté de Posen, le 2 décembre 1806, fît connaître les intentions de l'empereur à cet égard. Ce décret très-remarquable, et devenu historique, mérite de trouver place ici ; il était contresigné Hugues-Bernard Maret, ministre secrétaire d'Etat ; maréchal Alexandre Berthier, prince de Neuchitel, minisire de la guerre, major général :

« Napoléon, etc., avons décrété et décrétons ce qui suit :

« Art. 1". Il sera établi sur l'emplacement de la Bladeleine de notre bonne ville de Paris, aux frais du trésor de notre couronne, un monument dédié à la Grande Armée, portant sur le frontispice : L'empereur N.\poléox acx soldats DE LA GRANDE ARMÉE.

«Art. 2. Dans l'intérieur du monument seront inscrits sur des tables de marbre les noms de tous les hommes par corps d'armée et par régiment qui ont assisté aux batailles d'Ulm, d'.\usterlitz et d'Iéna, et, sur des tables d'or massif, les noms de tous ceux qui sout morts sur les champs de bataille. Sur des tables d'argent sera gravée la récapitulation par déparlement des soldats que chaque département à fournis à la Grande Armée.

« Art. 3. Autour de la salle seront sculptés des basreliefs où seront représentés les colonels de chacun des régiments de la Grande Armée avec leurs noms ; ces basreliefs seront faits de manière que les colonels soient

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

groupés autour de leurs généraux de division et de brigade par corps d'armée. Les statues en marbre des maréchaux qui ont commandé des corps ou qui ont fait partie de la Grande Armée seront placées dans l'intérieur de la salle.

« Xrl. 4. Les armures, statues, monuments de toute çspéce enlevés par la Grande Armée dans ces deux camlagnes; les drapeaux, étendards et timbnlcs conquis par la Grande Armée, avec les noms des régiments ennemis auxquels ils appartiennent, seront déposés dans l'intérieur du monument.

« Art. S. Tons les ans, aux anniversaires des batailles d'Austerlitz et d'iéna, le monument sera illuminé, et il sera donné un concert précédé d'un discours sur les vertus nécessaires au soldat, et d'un éloge de ceux qui périrent sur le champ de bataille dans ces journées mémorables.

« Un mois avant, un concours sera ouvert pour recevoir la meilleure pièce de musique analogue aux circonstances.

«Une médaille d'or de 150 doubles Napoléons sera" donnée aux auteurs de chacune de ces pièces qui auront remporté le prix.

«Dans les discours et odes, il est expressément défendu de faire aucune mention de l'empereur.

« Art. 6. Notre ministre de l'iutérieur ouvrira sans délai un concours d'architecture pour choisir le meilleur projet pour l'exécution de ce monument.

« Une des conditions du prospectus sera de conservei la ijarlie du b'itiment de la Madeleine qui existe aujourd'hui, et que la dJpense no dépasse pas trois millions.

« Une commission de la classe des beaux-arts de notre Institut sera chargée de faire un rapport à notre ministre de l'intérieur, avant le mois de mars 1807, sur les projets soumis au concours. Les travaux commenceront le 1"mai et devront être achevés avant l'an 1809.

« Notre ministre de l'intérieur sera chargé de tous les détails relatifs à la construction du monument, et le di-

recteur de nos musées de tous les détails des bas-reliefs, statues et tableaux.

« Art. 7. Il sera acheté cent mille francs de rente en inscriptions sur le Grand Livre pour servir à la dotation du monument et à son entretien annuel.

« Art. 8. Une fois le monument construit, le grand conseil de la Légion d'honneur sera spécialement chargé de sa garde, de sa conservation et de tout ce qui est relatif au concours annuel.

« Art. 9. Notre ministre de l'intérieur et l'intendant des biens de notre couronne sont chargés de l'exécution du présent décret. »

Sur les quatre-vingt-douze projets présentés à l'Institut par les concurrents, quatre furent placés en première ligne et adressés à Napoléon, qui avait alors son quartier général ;i Tilsitt. L'Institut faisait connaître dans son rapport qu'il avait décerné le premier prix à M. Benumont, comme celui qui avait le mieux répondu aux conditions du programme. L'empereur en jugea autrement : il donna

la préférence au plan de M. Pierre Vignon, qui reçut immédiatement l'ordre de s'occuper des constructions. Les travaux avaient déjà fait de rapides progrés , lorsque, comme en 1790, ils furent arrêtés par un autre événement politique : l'abdication de iSapoléon et le retour en France de la famille des Bourbons. Le monument dut encore changer de destination; on le rendit au culte catholique. M. Vignon continua les travaux en conséquence, et les dirigea avec talent jusqu'en 1828, qu'il termina sa carrière. Le gouvernement le remplaça par M. lluvé, qui eut enfin l'honneurde voir achever, au moins extérieurement, cet édilice dont nous parlerons ailleurs (I).

MAISOIV CARRÉE, à Nîmes, département du Gard. Ce monument, généralement considéré comme un chef-d'œuvre d'architecture, est, sans contredit, l'un de

(1) V. Les principales églises de l'Europe. Cette série, qui est sous presse, paraîtra bientôt.

MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE

ceux qui se sont le mieux conservés, et qui ont le moins souffert des ravages du temps et des dévastations des barbares.

On avait cru longtemps que cet édifice était un temple complet et isolé ; mais des fouilles exécutées en 1822 donnèrent la certitude que ce monument avait de bien plus vastes développements.

Le bâtiment est orné, au dehors, de trente colonnes d'ordre corinthien; elles sont à plusieurs assises, dont o;! aperçoit à peine les joints. Elles ont une base attique don; les moulures sont ornées avec goût. Les chapiteaux sont taillés à feuilles d'olivier, et les modillons ornés de feuille. de chêne. Les colonnes sont placées à quatre pieds de distance l'une de l'autre.

L'architrave a trois grandes bandes; la frise et la corniche sont ornées de belles sculptures.

Au devant de la façade principale , qui regarde le septentrion, régne un grand vestibule ou portique, ouvert de trois côtés. Ce portique est soutenu par deux colonnes isolées sur chaque coté et par six colonnes de face. Le fronton, la frise et l'architrave sont sans ornements sur le devant. On y remarque seulement plusieurs trous qui indiquent la place d'une inscription. C'est en suivant l'indication de ces trous et la trace de quelques lettres restées sur le mur, que M. de Séguier rétablit l'inscription suivante :

Ainsi ce temple aurait été consacré à Caïus et à Lucius. fils adoplifs d'Auguste et princes de la Jeunesse. Les opinions ont été longtemps partagées sur la fondation de ce monument. Les uns prétendaient qu'il avait été élevé en mémoire de Caïus César, d'autres l'attribuaient à Marc-Auréle et à Lucius Verus.

Au fond du vestibule est la porte d'entrée, qui est carrée et fort élevée; elle est accompagnée de deux beaux pilastres.

Le plan de cet édifice est un rectangle de 23 mètres 65 centimètres, sur i5 mètres 4o centimètres. L'intérieur n'a pas plus de 16 mètres de longueur sur 12 de largeur et autant de hauteur. Les murs ont" environ 70 centimètres d'épaisseur.

MASîfS (Fortifications rom.m>"Es du). La ville du Mans, chef-lieu du département de la Sarthe, a été fondée par les Ilomains dans le deuxième siècle de notre ère. On voit encore , dans presque tout leur entier, à la partie nord de la ville, les anciennes murailles dont elle fut entourée. Ces fortifications, qui rappellent des souvenirs de guerre de prés de dix-sept siècles, ont une longueur de 4 à 300 mètres. Il existe trois tours rondes, de m'me origine, assez bien conservées, et qui faisaient également partie du système de défense de la cité gallo-romaine.

MAKCEAU (Tombeau de), à Ehrenbveistein, ville de l'ancien département français de Rhin-et-Moselle. située sur la rive droite du Rhin, et qui appartient aujourd'hui à la Prusse. Le général Marceau, blessé morlelleraent à la bataille d'Altenkirchen, le 19 septembre 1796, mourut le 23 du même mois, des suites de cette blessure, à l'âge de vingt-sept ans. Il fut inhumé, avec une grande solennité, dans le camp retranché de Coblentz. dont il s'était emparé enJ79-l; ce camp était sur une colline de la rive gauche, vis-à-vis d'EhrenDreistein. La cérémonie eut lieu au bruit de l'artillerie des deux armées française et autrichienne, qui déposèrent un instant leurs vieilles haines pour honorer la valeur et les vertus du jeune héros.

L'armée française lui éleva un modeste tombeau, consistant en une pvramide sur laquelle se font remarquer quelques symboles militaires et des inscriptions en l'honneur dû guerrier qui sut se concilier en même temps le respect et l'affection de ses concitoyens, l'estime et les regrets de ses ennemis. Ce monument, qui s'élève sur un piédestal, avait été tracé par le généi-al Kléber, ami de Marceau.

• L'une des inscriptions de cette pyramide invitait les amis et les ennemis du général à respecter son tombeau.

Lorsque le gouvernement prussien lit travailler aux nombreuses fortifications qui défendent aujourd'hui cette position, on voulut construire des batteries a la place même où s'élève la pyramide; mais les autorités militaires respectèrent le vœu de l'inscription, et le monument fut conservé ; on le descendit dans le milieu de la plaine, audessous du niveau du nouveau fort, où il existe encore aujourd'hui.

MABHJS (Mo>LMEM ÉLEVÉ pab), à Fourrières, bourg lu département du Var. Aux environs de ce bourij, à environ cinquante métrés de la rivière d'Arc et vers'le coirmencement de l'angle formé par l'ancien chemin situé >i gauche et à l'extrémité du pont de la grande Pu»ére, on remarque les ruines d'un monument "élevé par^Marius, lorsqu'il eut détruit ou fait prisonniers, dans les plaines

l\rLI\.aurs ruiusiuis du M.i

de Tretz et de Poun-iéres, envion trois cent mille barbares sortis de la Germanie pour entreprendre la conquête de l'Espagne. Une tapisserie du moyen âge nous a transmis la forme de ce monument. 11 consistait en une base carrée entourée d'un pourtour, sur laquelle s'élevait une pvramide; on y voyait plusieurs bas-reliefs, dont un, entre autres, représentait le général romain debout sur un bouclier, et porte triomphalement par trois guerriers.

11 ne reste maintenant qu'une partie du massif qui l'environnait ; ce massif, tel qu'on le voit aujourd'hui, a 6 métrés d'épaisseur en carré, et s'élève irrégulièrement à environ deux pieds et demi du sol : la partie du pourtour encore existante n'est séparée du massif que par une distance de 9 pieds.

lI.<lBSEIIiliE (Arc de triomphe de), déparlemen'v ^s Bmiches-du-Rhôue. Ce monument, élevé sur la place Castellane. a été commencé à l'occasion de l'expédition qui a eu lieu en Espagne en 1823. Sa destination a été entièrement changée, par suite de la révolution de juillet

M. Penchaud. architecte, a été chargé de l'exécution des travaux; M.M. David et Ramey, membres de l'Institut, des statues, des trophées et des bas-reliefs. « Le bas-relief de la face principale, représentant la Ba-

MONUMENTS ÉLEVÉS A lA GLOIRE MILITAiiŒ.

ta'dte de Flcuru.i, ;i|i|inrlienl au ciseau de Daviel , il a itiii- |ilacé celui du Combat de Navarin, qui y avait été primitivement posé.

Le bas-relief placé sous l'arcade, représentant la Patrie appelant ses evfanls à son secours, est également de David.

Le bas-relief correspondant représente les Récompenses décernées aux braves lors de leur retour après la victoire. 11 est de M. Ramey.

Les quatre statues, exécutées par le même artiste, sur la face opposée, représentent la Tempérance, la Clémence, la Force et la Vigilance; les deux bas-reliefs figurent les batailles de Marengo et iVAustcrlitz.

Au-dessous de l'emplacement du quadrige, non encore achevé, on lit cette inscription :

AVX ABJIÉES FIIANÇAISES

VICTOIMEVSES » JEMMAPES Ilf.LIOPOLlS MADENXO

AVSTERLITZ lÉNA SMOLENSK MOKTMHÎAIL NAVABIN

AVX GÉNÉItEOX CITOYENS

OVI SCELLÈIIEKT TE LEVn SASG LE TIlIOSn'TIE DE I.A 1 llimTB

A I.OVIS PHILIPPE IT.EMll n

LES MAHSEILI.A18 RECONN.\I?S\NTS.

D'après le projet , le quadrige doit figurer un char de triomphe conduit par six chevaux; Napoléon doit y être placé debout, en costume romain , le front ceint d'une couronne de laurier.

Les dépenses de ce monument se sont élevées à la somme de 490.000 francs.

MARTIW (PonTF. ou auc. de tiucmphe Saint-), situé à Paris, il l'endroit où le boulevard de ce nom sépare la rue Saint-Martin de celle dn Faubourg. Cet arc fut construit en 1674, sur les dessins de Pierre Dullet.

Ce monument présente un carré parfait dans chacune de ses faces : il a 5î pieds de large, 54 pieds d'élévation, y compris l'altique, dont la hauteur est de 11 pieds. Celte < onstructinn est percée par trois arcades : celle du milieu a 15 pieds de largeur et 50 d'élévation ; les arcades latérales ont chacune 8 pieds de largeur et 16 de hauteur.

Les pieds-droits, (|ui, nux extrémités, s'élèvent jusqu'à l'cnlablemcnt, et ceux qui supportent l'arcade du milieu, ainsi que le bandeau de cette arcade, ont la même largeur et sont travaillés en bossages vermiculés. Cet ornement est d'un très-bon effet. Au-dessus est un entablement ♦grandes consoles ; le tout est surmonté d'un attique qui porte l'inscription suivante :

LDIiOVICO MAGNO

VESONTIONE SEQUAMSQUE LIS CAPTIS,

ET FBACTIS CtBMANORDM, IIISPANORIIM, BELAVOIIUMQUE EXEP.nTIDU.»,

PnXF ET /EUIL. r. ce. ANNO D. 1674.

Dans les deux espaces qui se trouvent entre les piedsdroits, le bandeau do la grande arcade et l'entablement, sont deux bas-ieliefs relatifs aux conquêtes de Louis XIV. Dans un de ces bas-reliefs, du côté de la ville, on voit ce monarque assis sur son trône, ayant à ses pieds la figure allégorique d'une nation à genoux qui lui tend les bras, et lui présente un rouleau contenant le traité de la triple alliance.

L'autre bas-relief représente le même roi sous les traits d'Hercule ; il est entièrement nu, comme ce dieu; il tient en main une massue, et foule aux pieds dos corps morts; la Victoire , descendue du ciel , tenant des palmes d'une main, pose, de l'autre, sur la tète du roi, une couronne de lauriers. C'est l'allégorie de la conquête de la Franche- Comté.

Du côté du faubourg, les bas-reliefs représentent, sous les mêmes allégories, la prise de Linibourg et la défaite des Allemands. Ces bas-reliefs .sont de Desjardins , de Marsy, de Lchongre et de Legros.

Entre les colonnes de l'entablement, sont divers attributs de l'art militaire; entre celles du milieu, la face radieuse du soleil, symbole de Louis XIV.

Cet arc de triomphe a été l'objet de plusieurs réparalions, en <819 et 1820.

MASSÉÎVA (Tombeau du maiikchai.i, dans le cimetière du Pere-Lachaisc , à l'est de Paris. Ce monument funéraire, qui a été érigé en 1817, offre, sur un piédestal de 5 pieds de haut, un obélisque de 20 pieds. Sur une des faces, on a sculpté le buste du maréchal.

On connaît les faits d'armes et l'illustration du célèbre guerrier qui fut l'un des lieutenants les plus habiles et les "plus heureux de Napoléon. Ce prince l'avait surnommé VEnfant chéri de la Victoire.

Le maréchal Masséna, duc de Rivoli et prince d'Essling, est mort le 4 avril 1817.

lUONTIilIÊR'Sf (CiiATEAU ET TOUR de). Moutlliéry est une petite ville du département de Seine-et-Oise, dont l'origine remonte à la fin du huitième siècle, sous le régne de llugues-Capet. Elle était autrefois défendue par une puissante forteresse, située sur la pente d'une montagne au sommet de laquelle fut biàti, en 1015, par Thibaud, seigneur de Montihéry, un château qui joua un grand rôle (lans les guerres du moyen âge, et qui a été longtemps l'effroi des rois de France.

On remarque encore, au milieu de ses ruines féodales, la tour du donjon, qui a résisté pendant huit siècles aux ravages du temps. (Jette tour, qui a encore 96 pieds de haut, parait avoir été beaucoup plus élevée. A cette tour en est accolée une seconde de moindre dimension, où se trouvait l'escalier, dont il ne reste plus de traces. Les alentours présentent les ruines des murs et des tours qui formaient la forteresse.

L'anecdote suivante se rattache à son histoire militaire. Jean de Croy, qui avait embrassé le parti des Bourguignons, avait été fait prisonnier en 1413 et conduit au château de Montihéry. Un jour, vingt cavaliers déterminés, envoyés de Saint-Denis par son père, qui y commandait, traversent la Seine , gagnent, par des chemins détournés, les approches du château, et, profilant du moment où le prisonnier assistait à la messe dans une église située en dehors des murs, s'emparent do lui, le jettent sur un bon cheval, et gagnent au galop le quartier général du duc de Bourgogne, qui les accueille avec joie, lin vain l'alerte fut donnée au château, en vain sa garnison s'ébranla, en vain des hommes d'armes s'éparpillèrent dans toutes les directions, Jean de Croy était sauvé, et jamais ses ennemis ne purent l'atteindre.

Pendant la guerre dite du Bien public, le 16 juillet 1463, les tours de Montihéry furent témoins d'une sanglante bataille entre les troupes de Louis XI et celles du duc de Bourgogne, commandées par le comte de Charolais. Chaque parti s'attribua la victoire; cependant le champ de bataille resta aux Bourguignons. La plupart des historiens ont observé que l'intention de Louis XI et du comte de Charolais n'était pas d'engager une action ; le premier voulait se jeter dans Paris, bien muni de provisions, et tirer la guerre en longueur, et le comte ne voulait qu'opérer sa Jonction avec les ducs de Bretagne et de Berri ; ce fut Pierre de Brézé , maréchal de Normandie, qui mit ces princes aux prises malgré eux.

Un poste télégraphique est aujourd'hui placé au centre des ruines de ranti(|ue forteresse.

11 existe encore à l'entrée de la ville, vers le bourg de Linas, une porte dont l'existence remonte à celle du château, mais qui ne présente rien de remarquable sous le rapport de l'architecture militaire.

UONT-SAINV-UICHEli , bourg du département de la Manche, dans le fond de la baie de Cancale. C'est, sans contredit, l'un des lieux les plus célèbres de la Normandie. Son origine remonte , selon quelques historiens, à l'an 708, époque à laquelle l'èvêque d'Avranches y jeta les fondements d'une riche abbaye et d'une église sous l'invocation de l'archange saint Micnel. On y éleva successivement un ch.iteau et des fortifications qui rendirent cette position formidable.

Le château, l'église et l'abbaye sont situés sur un immense rocher granitique, coupé à pic, au ]iied duquel est bâti le bourg, entoure de remparts. On compte 450 toises de circonférence à la base du rocher, et 180 pieds d'élévation, â partir du niveau de la grève jusqu'au niveau du rocher, qui a été aplani pour y poser les fondations du

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GIXURE MILITAIRE

château et des l);itiinents de l'abbave. La lanterne du clocher est à 400 pieds d'élévation au-'jessiis de la gr.^ive.

Le mont Saint-Miclicl est presque partout entouré de hautes et épaisses murailles, Uanquécs de tours et de bastions. L'ouest et le nord ne présentent que des pointes de noirs rochers. La partie la plus inclinée à l'est et au midi est seule habitée et forme un irroupe de maisons peu considérable renfermaut une population d'environ 400 âmes.

L'abbaye est aussi remarquable par son stvle que par son site; elle l'est également comme monument historique. On y distingue la porte d'entrée, flanquée de deux hautes tours. .\u uord, se trouve un vaste édilice très-bien conservé, d'une hardiesse et d'une élévation estraordinaires. 11 comprend, au rez-de-chaussée, des salles immenses et connues sous le nom de salles de Montgommery. Au premier étage se trouve, à l'est, une pièce de 29 à 30 mètres de longueur, qui servait autrefois de réfectoire aux moiues; c'est un des plus beaux vaisseaux gothiques qui

existent en France. A l'ouest est la superbe salle dite des ChcvaHers. admirable morceau d'architecture du onzième siècle. C'est dans cette pièce que Louis XI institua, le 1" aoijt 1469, l'ordre de Saint-Michel. La voiitc de celle, salle est soutenue par trois rangs de colonnes en granit d'une grande légi;relé et d'un travail parfait : elle a 28 métrés de longueur. Les appartements de l'étage supérieur étaient autrefois destinés à recevoir les cellules servant de dortoirs.

Entre l'est et le midi est un bâtiment à un seul étage, ayant une jolie façade en granit; il est désigné sous le nom de Salles dû gouvernement. Au milieu'de ce bâtiment s'élève l'église, dont la nef a été récemment dévorée dans un incendie.

L'église, qui n'a pas moins de SO mètres de longueur, est élevée sur un plateau créé à l'aide de voûtes remarquables par le fini du travail. Sous l'édifice sont de vastes souterrains et des caveaux creusés dans le roc, dont plu-

sieurs servaient de prison. On y voit encore, entre autres, deux cachots de 8 pieds carrés, où l'on prétend qu'on descendait jadis les criminels d'Etat , pour les y faire périr dans une lente et cruelle agonie. C'est à côté de ces cachots qu'était placée la célèbre cage de fer, ainsi nommée bien qu'elle fût en bois. Louis XV y fît enfermer un pauvre écrivain nommé Dubourg, qui avait publié un libelle contre lui et la marquise de Pompadour. Ce malheureux, pour se distraire, dépensa beaucoup de temps et de peine pour sculpter, à l'aide d'un clou , quelques figures grossières sur un des barreaux de ce cachot; on rapporte qu'avant de mourir il déclara que ce qui l'y avait fait le plus souffrir, c'était les rats, dont plusieurs avaient rongé ses pieds engourdis sans qu'il put se remuer ou se défendre. Le 10 mai 1777, le comte d'Artois, se rendant ;i Brest, s'arrêta au mont Saint-Michel, et ordonna la destruction de cette cage; mais cet ordre ne fut exécuté que quelque temps après, en présence des jeunes ducs d'Orléans.

Le premier siège du mont Saint-Michel remonte i l'an 1090. Guillaume le Roux, roi d'Angleterre , et Robert, duc de Normandie, réunirent une nombreuse armée pour y forcer leur frère Henri . qui, manquant de vivres, fut "obligé d'abandonner la place, et de se retirer en Bretagne.

Les habitants d'Avranches vinrent attaquer le mont Saint-Michel en 1158, y mirent le feu et y commirent de grands dégâts.

Guy de Thouars, l'ayant inutilement attaqué, en 1203, l'incendia pour la deuxième fois.

Deux cents ans de repos avaient réparé les malheurs passés, lorsqu'en 1417 les Anglais vinrent de nouveau attaquer cette position. Cette fois encore, l'ennemi fut repoussé avec perte. Revenu en 1423 avec des forces considérables, les défenseurs de la forteresse résistèrent à toutes les attaques avec un courage héroïque. Les .\nglais, irrités de cette valeureuse résistance, prirent le parti de convertir le sié;e en blocus. Maîtres oe la mer et des

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

S laces voisines, ils interceptèrent l'arrivée des munitions e guerre et de bouche et allaient forcer la garnison, lorsque des secours inattendus, préparés par Guillaume de Montfort, évêque de Saint-Malo, vinrent changer la face des choses. Une flotte, armée secrètement, dont le commandement avait été confié à Bryantde Chateaubriand, vint attaquer les bâtiments anglais et les défit dans un combat vif et opiniâtre.

Le mont Saint-Michel devint encore le théâtre de plusieurs engagements pendant les guerres de religion et do la Ligue ; ce furent les derniers événements de son histoire militaire.

Au commencement de la première révolution, le mont Saint-Michel fut converti en prison d'Etat et en maison centrale de détention. Le conventionnel Lecarpenlier, condamné en 1820 par la Cour d'assises de la Manche, pour être rentré en France sans autorisation, y fut enfermé jusqu'à sa mort, en 1829.

En 1830 et 1848, on y enferma un assez grand nombre de personnes condamnées pour délits politiques. Les détenus de cette première époque s'y signalèrent dans un incendie qui éclata dans la nuit du 22 au 23 octobre 1854; ils contribuèrent puissamment à sauver le monument, et ne firent aucune li'utative d'évasion.

MOMTBKUM (Château de). Non loin et au-dessus du bourg de Montbrun, département de la Haute-Vienne, on aperçoit les restes du vieux château de ce nom, qui a dû être (l'une grande importance dans le moyen âge, à en juger par la solidité de ses constructions. Ses débris, d'un effet très-pittoresque, consistent dans le nombre de ses vieilles tours rondes, dont on admire & la fois la hauteur et les vastes dimensions. 11 était en outre défendu par de fortes murailles et entouré de fossés dont les traces se font encore remarquer. Le donjon, très-élevé, dominait une assez grande étendue de terrain; il est de forme cnrrée et couronné d'embrasures. Ou doit vivement regretter que les annales du Limousin n'aient laissé aucune trace des sièges et des attaques dont cette forteros^e a du souvent être le théâtre. Les seigneurs de Montbrun n'y sont même que rarement mentionnés.

MONTFORT (Château de). Le village de Montigny- Montfort, déparlement de la Côte-d'Or, est remarquable par les ruines pittoresques d'un ancien château construit vers le milieu du moyen âge, et qui donne une idée des forteresses de ces temps féodaux. Il était entouré de murs et de fossés que le temps a fait entièrement disparaître. Cette habitation consistait en un massif de maçonnerie quadrangulaire ; l'entrée principale était défendue par deux tours octogones. Deux autres tours le flanquaient à l'est et à l'ouest.

MOXTMOBBNCY (Tombeau de ilEtiM II, duc de), à Moulins, département de l'Allier. Ce tombeau a été élevé en 16.'>2 par la princesse des Ursins, femme de l'illustre amiral décapité à Toulouse, le 30 octobre 1632, sous le ministère du cardinal de Richelieu. Il est placé à gauche du grand autel, vis-à-vis l'ancienne grille du chœur des religieuses, et représente le duc à moitié couché, appuyé sur son coude gauche, tenant une épéc nue de la mam droite ; la duchesse est assise à ses pieds, voilée et en mante. A côté du mausolée sont deux statues représentant la Valeur et la Libéralité. Derrière le monument, et sur le mur qui le touche, on voit une espèce de portique avec .son fronton, soutenu de deux colonnes et de deux pilastres. Entre ces colonnes sont deux autres statues : la Noblesse et la Piété. Au milieu de ce portique est une urne qui renferme les cendres du duc ; le feston qui entoure l'urne est porté par deux anges, et le haut du fronton est couronné par les armes de Montmorency.

Ce mausoh'e a environ 8 mètres d'èlévalion sur 5 mètres de largeur. Le corps du tombeau est en marbre noir ; les statues, ainsi que les ornements, sont en marbre blanc. On y lit une inscription latine dont voici la traduction :

«'L'an 1652 et le vingtième de son deuil, Marie-Félicie des Ursins, princesse romaine, éleva ce mausolée à la mémoire de son digne époux, Henri II de Montmorency, le dernier et le plus illustre des ducs de ce nom; pair, amiral et maréchal de France, la terreur des ennemis, les

délices des Français, mari incomparable dont elle n'eut jamais à déplorer que la mort. Après dix-huit ans du mariage le plus heureux, après avoir joui de richesses immenses, et possédé sans partage le cœur de son époux, il ne lui reste aujourd'hui que sa cendre. »

Le tombeau, les statues et les ornements, sont l'œuvre des sculpteurs François Augier, Thomas Regnaudin, Thibaud Poissant et Coustou.

Ce monument allait être détruit en 1793, par une bande de révolutionnaires, et les bras étaient déjà levés pour l'abattre, lorsqu'une voix, sortie de la foule, s'écria : « Quoi ! vous allez renverser le monument d'un bon républicain, puisqu'il est mort victime du despotisme!» Les marteaux s'arrêtèrent, et les cendres du dernier re- |in>si'iilanl do la féodalité sur les champs de bataille furent ros|ioil(Ts a l'aide de ce certifirat de civisme.

illOKIMOXT (Château de). A peu de distance du village de Levoncourt, déparlement du Haut-Rhin, on voit, sur une hauteur, au milieu d'un bois, les vastes ruines du château de Morimont. L'intérieur était occupé par le château, le donjon et des cours spacieuses; d'énormes tours rondes et d'épaisses murailles extérieures, dont quelques-unes subsistent encore, en défendaient les approches. Cette forteresse fut brûlée par les Suédois pondant la guerre dite de Trente ans (1633). On ignore l'époque de sa fondation ; mais il résulte du titre d'oblation du comte de Ferrette à l'évêché de Bâle qu'il était déjà fort ancien en 12T1 . Sa position avantageuse fait supposer que rem|ilaceni('nt ur lequel il est élevé aurait été ancicnnemonl oocupi' |iar un castrum romain.

HtJSKE: l»'ARTIl.IiERIE, à Paris. Cet établissement a été fondé le 24 noroal an u (14 mai 1794.) Il doit son existence à l'administration générale chargée, à cette époque, de diriger la fabrication extrordinaire des armes portatives, ordonnée par la Convention nationale. Celte administration recueillit, dans le local des Feuillants, quelques armes anciennes trouvées dans des maisons d'émigrés, au Garde-Meuble de la couronne, au cabinet des armures de Chantilly et dans divers dépôts établis à Paris depuis la prise de la Baslille. De nouvelles recherches et

diverses acquisitions enrichirent bientôt le Musée naissant d'objets rares et curieux.

Au commencement de 1799, le gouvernement plaça cet établissement sous la direction de l'artillerie, et le fit transférer dans le bâtiment attenant à l'église Saint-Tho-

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

mas-d'Aquin. Les conquêtes Jp la Révolution, celles du Consulat et de l'Empire, atiirmentérent successivement cette intéressante colleciion. En 1814. le Musée renfermait déjà une quantité d'objets d'une irraude importance, lors-

3 ne la première invasion vint lui enlever quelques-unes 8 ces pièces.

En 1813, pendant que l'on traitait de la capitulation de Paris, on retira du Musée la plus grande partie des objets qu'il contenait, pour les soustraire à l'avidité des alliés. Cette sage mesure conserva à la France et aux arts la plus belle portion de cette précieuse collectidu.

Ix>rs des journées de Juillet 1830. le Musée fut dépouillé de la presque totalité des anciennes armes qu'il renfermait. Toutefois, une grande pariie de ces objets sont heureusement venus reprendre leur place sur les râteliers d'où ils avaient été enlevés.

Le Musée se compose de quatre grandes galeries, tournant autour d'une cour, et d'une grande salle dite Galerie des Armures, dans laquelle sont rangées, dans l'ordre chronologique, les aruuircs défensives complètes des anciens hommes d'armes, c'est-à-dire le fer qui recouvrait les gens de mierre depuis les pieds jusqu'au cou ; on Y voit aussi, classés dans le même ordre, les casques, les boucliers, les cuirasses, etc.. etc. Parmi les armures, on remarque celles de Jeanne d'Arc, de Louis XI, du connétable de Bourbon, de François!", de Bavard, de Charles IX. du duc de Guise (Henri le^Jalafré), do Henri 111. du duc de Mayenne, du brave Crillon ; enfin, 1 armure fabriquée à Brescia par Garbagnani, et donnée par la République de Venise à Louis XFV .

Les quatre galeries contiennent les armes blanches et les armes à feu portatives, anciennes et modernes. Ces collections, placées également dans l'ordre chronologique, sont rangées avec art et présentent un ensemble très-remarquable des armes offensives en usage aux diverses époques de notre histoire militaire.

Les armes les plus ]'récieuses sont renfermées dans des armoires placées au milieu des autres galeries. Parmi les armes de prix, on en voit avec de très-telles incrustations en pierres fines, en argent, en ivoire et en nacre ; on y remarque aussi une assez grande quantité d'autres objets rares et curieux.

Les bouches à feu de différents âges et de différents calibres, les modèles d'affûts, de caissons, etc . forment une collection complète et à part, qui mérite de fixer l'attention des curieux et des hommes spéciaux.

tait, au onzième siècle, qu'une simple forteresse au centre de laquelle se trouvait un vaste palais, s'agrandit successivement et devint l'origine de la capitale de la Lorraine. Lorsque Charles le Téméraire envahit le duché de Lorraine. Xancy était précédé de faubourgs que l'on rasa à l'approche des Bourguignons, et sur les ruines desquels on éleva des remparts, oùs'immortalisa la noblesse lorraine. Ces fortifications, augmentées en 1383 et 1621, n'existent plus aujourd'hui. On n'y voit que l'ancienne citadelle, encore entourée de fossés et de quelques restes de fortifications non entretenues.

Parmi les portes qui ornent encore la ville de Nancy, on remarque celle de Saint-Jean, construite au quinziénie siècle; la porte Stanislas, la porte Notre-Dame et la porte Sainte-Catherine. Les deux premières sont d'ordre dorique ; la dernière forme un arc de triomphe de trois portiques, composé également d'ordre dorique avec leurs chapiteaux et entablements, surmontés d'un attique orné de trophées d'armes et de bas-reliefs.

L'événement le plus remarquable dans les fastes de la Lorraine et particulièrement de la ville de >'ancy, est celui de la bataille qui se livra sous les murs de l'a place en 1477. La garnison était réduite à la dernière extrémité, lorsque le duc René 11 vint à son secours avec des forces imposantes, au moment où la famine la plus affreuse allait la forcer de se rendre, et prévint les assiégés de son arrivée par un fanal allumé sur les tours du village de Saint- Nicolas. Le duc de Bourgogne était placé au centre de son armée, où est aujourd'hui Bonsecours, sa droite du côté Je la Malgrange, et sa gauche appuyée sur la rivière de la Meurtlie. L'avant-garde de René, composée de 7.000 hommes d'infanterie et de 2,000 chevaux, s'avança derrière le bois de Jarville, et vrit l'ennemi en flanc, en

WA^CI' (ForaincMios et portes de. La ville de Nancy, chef-lieu du déparlement de la Meurlhe, qui n'é-

même temps qu'un second corps de Suisses et d'Allemands, disposé comme le premier, attaquait l'aile gauche. René fut conjuré par ses capitaines de ne point exposer sa tête, si chère à la Lorraine : « J'étais disposé, leur dit-il, d suivre vos conseils, mais je n'attendais pas celuilà ; » et il commença l'attaque : l'armée bourguignonne ne put résister au choc impétueux des Lorrains, des Suisses et de la garnison de Nancv qui prit part à l'action ; les Bourguignons épouvantés "fuirent, et le carnage^dévint bientôt horrible, Charles le Téméraire fondit à plusieurs

MONUMENTS ELEVES A EA .ILOIRE MILITAIRE

reprises el en dosospéic nn plus fort de l'r.clioii, où il iil des prodiges de valeur; mais, eiilraino par les fuyarJs, il Icrmina sa carrière dans 1rs m:irais de l'élaiig' de S^ùnl- Jean, où son corps fui rclrouvé.

Les Français s'emparèrent de Nancy en 1053 et le conservèrent jusqu'au traité de Vincennes de 1061, qui stipulait la destruction des fortifications. Repriso par Tourville en 1670, Louis XIV en fit relever les murailles, de nouveau détruites en vertu du traité do Risvvick, à re.\ccption de la citadelle et des portes de la ville neuve.

WAWffES (Château te), département de la Loire- Inférieure. Ce château, bàlieij 958 par l'un des premiers comtes de Nantes, Alain Barbe-Torle, mort en 943, consiste en une énorme masse de bâtiments irréguliers, flanquée de tours rondes. Dominé de toute part, il n'est plus d'aucune défense pour la ville et sert aujourd'hui de magasin à poudre.

Un autre château, celui de Bouffbav, bâti sur la fin du disiome siècle, a aussi perdu son ancienne importance militaire. On y voit encore une tour trés-élevée de forme polygonale, construite en 1602, qui renferme l'horloge et la cloche du beffroi.

MARfTOïJIE.liE'B' (Château de). Le village de Nantouillot, département de Seine-et-Marne, possède un ancien château fort, hàli par François 1''; il est remarquable par son architecture, toute dans le style de la renaissance. La partie extérieure de ce bâtiment ne présente, comme fortification, aucun caractère important. L'intérieur, au conlraire, offre des détails d'un grand intérêt sous les rapports artistiques.

Le chancelier Dnprat, qui fut pendant une grande partie de sa vie l'objet de la haine du peuple, el que méprisait le prince dont il avait Hatté les goûts licencieux, mourut dans le châlcau de Nantouillct en 1533, à l'âge de soixantedouze ans.

IVAPOliKOW (Tombeau de), qhx Invalides. Les travaux du tombeau de Ntipoléon, suspendus depuis quelque temps, ont été repris avec activité en 1850. Ce monument n'élanl point encore achevé, nous en donnerons la description d'après le programme arrêté par le gouvernement, de concert avec la commission nommée par l'Assemblée législative.

C'est en remplaçant le baldaquin en bols qui fut construit en 1809, que l'arcliitccte a trouvé les moyens de descendre dans la crypte sans rien déranger aux dispositions existantes dans le dôme; il s'est 'borné â élever le nouveau baldaquin de huit marches de plus que l'ancien, el il a ainsi obtenu l'échappée nécessaire. Il a reporté dans l'église le mailrc-aulol faisant l'ace à la nef, placé autrefois au bas de ce baldaquin, et il a trouvé sur ce point la porte d'entrée de la descente à la crypte, qui est aécorée de deux figures portant dans leurs mains les insignes impériaux. Au-dessus de la porte est inscrit le vœu qui ouvre le testauicnl de l'empereur à Sainte- Hélène :

Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.

Les parois de la descente qui conduit à la crypte sont garnies de marbre blanc. Au br.s de cette descente sont doux bas-reliefs, dont un représenle le tombeau de Sainte- Hélène, et l'autre la France recevant les dépouilles mortelles de l'empereur. Quatre candélabres en bronze ornent ce vestibule, qui donne accès â la crypte, au centre de laquelle est le sarcophage renfermant les restes du grand homme. Ce sarcophage, en marbre rouge de Finlande, a ■i mètres de long sur 2 mètres de large; il se compose de trois blocs, le couvercle, le corps et les pieds. Le socle, en granit des Vosges, serait aussi massif. Un riche pavé en mosaïque, représentant une couronne de laurier entourée d'une gloire, est au pied du sarcophage.

Douze victo^ires, tenant dans leurs mains des symboles allégoriques, entourent le sarcophage.

Les parois du portique sont décorées de dix bas-reliefs représentant les actes qui ont illustré le régne du législateur.

De ce portique, on arrive enfin â une chambre souterraine dite reliquaire. Là est déposée l'épéc d'Austerlitz. Quarante drapeaux et les insignes qui ont été portés par l'empereur sont aussi déposés sur un autel, aux pieds do la statue de l'empereur, représenté debout en costume impérial; une grille fort riche ne laisse voir qu'au travers, â la lueur d'une lampe, les précieux dépôts qu'elle renferme.

Douze lampes seront suspendues sous le portique, et ne seront allumées que le jour de la fête de Napoléon, le jour de sa mort et le jour de la translation aux Inva- 'lidcs.

]«ABBOî*[WB (TouB de). La ville de Narbonne, dcpartemenlde l'Aude, l'une des premières colonies fondées par les Romains, l'an de Rome 636 (220 ans avant Jésus- Christ), ne possède plus aucun monument militaire de cette époque ; et cependant elle était déjà l'une des places les plus considérables de In Gaule narbonnaiso; le temps a tout fait disparaître. On n'y voit qu'une vieille tour carrée construite dans lo moyen âge, el sur laquelle s'appuie le palais de l'archevêché. L'origine de cette tour est ancienne. Quelques historiens assurent qu'elle formait, avec un massif de bâtiment qui a disparu sous les fondations du palais, une espèce do citadelle élevée pour maintenir les habitants dans le devoir.

MEéJBEPEIilSSE (Château de), département do Tarn-ct-Caronnc. Ce château, qui existe encore aujourd'Iiui, est dans une situation tres-pitloresque, sur la rive droite de l'Avcyron. Il est soutenu, aux deux côtés opposés à la façade principale, par deux tours rondes tresélevées. Deux autres tours do même forme, et d'une hauteur égale, s'élèvent isolément du côté de l'enlrée. Ces tours se lient à des murailles peu élevées et qui servaient à défendre les approches du bâtiment.

La ville et le château furent pris sur les rcligionnaires, en 1621, par le duc de Mayenne, qui y plaça une garnison de quatre cents hommes, égorgée par les' habitants pendant une nuit obscure. Louis'XIII, l'ayant investie le 8 juin 1G22, la prit d'assaut le 10 du même mois, el fit passer ses défenseurs au fil de l'épéc. Un auteur contemporain raconte ainsi cet épouvantable épisode : « Les mères qui s'étaient sauvées au travers do la rivière ne purent obtenir aucune miséricorde du soldat, qui les attendait à l'autre bord et les tuait. Eu ime demi-heure tout fut exterminé dans la ville, el les rues étaient si pleines de morts et de s.ing, qu'on y marchait avec peine. Ceux qui se sauvèrent dans le château furent contraints le lendemain de se rendre .1 discrétion, et furent tous pendus. Les soldats mirent tnsuitc le feu à la ville, laquelle fut toute brûlée eu une heure. Le château seul fut conservé. »

WEVBRS (FoIiTlFiCATIo^s de). La ville de Nevcrs, chef-lieu du département de la Nièvre, est une grande et ancienne cité gauloise, défendue, dans les premiers temps de la conquête romaine, par des murailles que l'on voyait encore il y a deux cents ans, et dont il reste quelques fragments. — Pierre de Courlenay, comte de Ncvers, l'entoura d'une nouvelle enceinte, commencée en 1 194, et y fit élever une citadelle. Les murailles, très-hautes et d'une grande épaisseur, étaient baignées, au sud par la Loire et la Nièvre ; dans les autres parties elles étaient entourées d'un fossé large et profond. Des remparts extérieurs s'élevaient sur plusieurs points jusqu'au marchepied.

Dans le quinzième siècle, on ajouta à ces fortifications de grandes tours rondes espacées de distance en dislance; ces tours étaient casematées et couronnées de créneaux et de machecoulis. Ces constructions existent encore i>iesipie partout , mais plus ou moins dégradées. Quelques tours ont été réparées el forment aujourd'hui des maisons assez commodes.

Les portes de la Uarre, de Nièvre et des Croiia; furent construites en même temps que la nouvelle enceinte; les autres le furent plus tant. Elles étaient toutes couronnées de créneaux et de machecoulis, fortifiées de deux tours casematées et munies d'un boulevard en avant. La porle de doux, la seule qui subsisle et qui puisse donner une idée des autres, a été rebâtie en 1593.

MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE

Pefjiii le Bref fit chois de la ville de Kevers pour y établir le centre de ses opi'rntioiis mililnires. dniis la Siierre acliarnée et cruelle qu'il fit au malheureux Waifre, duc d'Aquilaiile. Il y tint, eu 765. l'asseuiMiJe des grands du rovaume. appelée alors Champ-dc-Mai. Dans le neuvième siècle, Charles le Chauve y séjourna plusieurs fois, et y établit un hôtel des monnaies. En 952, la ville de Nevers fut assiégée et prise par Hugues, comte de Paris, qui la livra aux flammes. La duchesse de Nevcrs s'y retira en 1617 et y fut assiégée par le maréchal de Montigny; mais lo siégé fut levé peu de temps après.

OBÉIilSQVE. Ces sortes de monuments étaient destinés à orner les places publiques. Ils appartiennent aux anciens peuples de l'Egypte qui les élevèrent d'abord en l'honneur du soleil , ils servirent ensuite à honorer la mémoire de leurs rois ou à éterniser le souvenir de certains événements remarquables. Ce sont des espèces de pyramides élancées, ou des colonnes carrées reposant sur un piédestal, qui se terminent en pointe et dont les pans .sont coupés en forme d'aiguille. Leur hauteur varie de 50 à 130 pieds, non compris le piédestal. Ces édifices, dont la forme se dessine selon leur importance historique, sont en pierre dure ou en granit.

Tous les obélisques qui existent en Europe, successivement renversés et réédiUés, y ont été apportes par les Grecs et les Romains. La France acquit, en 1851, celui de Luxor, qui figure aujourd'hui sur la place de la Concorde. Donne par Méhémed-Ali, pacha d'Egypte, son érection n'eut lieu qu'à la fin de 1854. Cet obélisque, qui est en granit rose, était placé à la porte d'un palais, à Thébes, et avait pour pendant un monument semblable. Celui de la place ae la Concorde a 23 mètres 5 centimètres de hauteur ; sa base a 2 mètres 31 centimètres.

OB.4J\'CiE (.Arc d"), département de Vaucluse. Il est situé dans une plaine, à quatre cents pas des dern ères maisons de la ville, sur la grande route de Lyon à Marseille. 11 est percé de trois arcades, dont une" grande au milieu et deux petites de chaque côté ; sa largeur est de 22 mètres, sa hauteur de 20 mètres.

La face septentrionale est la mieux conservée ; cependant, de quatre colonnes il n'en reste que trois et la base de la quatrième.

Le bas-relief de l'atlique représente un combat de fantassins et de cavaliers. A griucne de ce lias-rclief sont des instruments de sacrifice, Vaspcrgillc, \e préféricule, h patère, le simpulum et le lituus, tous attributs nautiques.

Les trophées qui sont sur les côtés du fronton ^oiit presque entièrement composés d'attributs m.iritimes. Ceux qu'on voit immédiatement au-dessus des petites arcades sont formés à l'aide d'armes offensives et défensives, mais qui n'ont aucun rapport à la marine. On lit sur un bouclier du trophée de gauche isvivs ; sur un autre beve; sur le trophie de droite dodvcacvs; enfin, sur un fragment, les lettres sre. Les trophées de la face méridionale présentent les inscriptions suivantes : sacrovir, haiuo, Dicv>o. VD1I.LVS, av. ...or, et les lettres s.b.e., plusieurs fois répétées.

Des opinions très-diverses ont é.lé émises sur la destination et l'époqne de la construction de cet arc. D'après celle qui paraît avoir prévalu, il aurait été élevé en mémoire de la défaite des Teutons par Marius; toutefois, il ne parait pas que son érection date du temps de ce général. Peut-être l'a-l-il été par ordre de Jules César, et en commémoration de toutes les victoires remportées par les Romains dans la Gaule nnrbonnaise.

ORC!0\' (Aqixdic d'). Orgnn est une petite ville du département des Bouclus-du-ithône, dont l'origine parait remonter à l'époque de la domination romaine, ainsi que l'attestent les ruines d'un aqueduc et plusieurs inscriptions trouvées dans les environs. L'aqueduc, qui amenait les eaux de la Durance dans la ville, était établi avçc toute la solidité que les Romains apportaient dans les constructions de cette nature. La partie de ce monument la mieux conservée est celle ou le conduit d'eau passe sous une voûte creusée dans le roc. et percée dans le Lut d'éviter à l'écoulement un détour considérable.

OBGOX (Ch.\te,\c d'). Sur le sommet d'une colline au pied de laquelle la ville est bitie, on voit les ruines d'un ancien ctnteau. qui consistent en une grande citerne bien conservée, et en quelques restes de murailles construites à différentes époques.

Ce château fut pris d'assaut par Enric, roi des Visigolhs, lorsqu'il allait assiiger Arles; il fut possédé par tous les souverains qui ont régné sur la Provence, et considéré par eux comme une place forte très-importante par sa position ; il en est souvent parlé, dans les ousrages des troubadours du douzième et au treizième siècle, comme ayant servi de prison à plusieurs seigneurs du Languedoc faits prisonniers. Le château fut démoli, en 1483, par ordre de Louis XI.

Sur la montagne qui domine le château d'Orgon, et qui c>t connue dans le pays sous le nom de Notre-Dame, se voient aussi les ruines"d'une ancienne forteresse, dont la ligne de fortification renferme un espace de 37,700 métros carrés. On croit généralement que ce sont les restes d'un camp romain élevé dans les premiers temps de la conquête de celte partie des Gaules.

OUBSIXE (Maison d'isvaiides militauies, ece de l"), à Paris. La première idée de la fondation d'une maison de retraite en faveur des militaires âgés ou mutilés dans les combats est due tout entière à une époque où les institutions utiles, généreuses et patriotiques étaient incomprises ou mal appréciées. Aussi ce projet, conçu par Philippe- Auguste, resta-t-il sans exécution. Henri'IlI accomplit en partie les vues philanthropiques de ce prince. Il forma, eu 1573, dans la rue de l'Oui-sine. une Maison royale et hospitalière pour les officiers et soldats infirmes, auxquels il donna une décoration qu'ils portaient sur la poitrine, et qui consistait en une croix nacrée avec cette devise : Pour avoir bien servi. Celte nouvelle institution de chevalerie reçut le nom d'Ordre de la charité chrétienne. En 1596, Henri IV dota et agrandit cet établissement, dont il se déclara protecteur.

En 1653, Louis Xlll fit transférer les invalides de la nie de l'Oursine â Bicétre. qui servait en même temps de prison et d'hôpital civil. Li, mal logés, mal nourris, mal entretenus, ces vieux débris de Coutras, d'Arqués. d'YvTÎ, de Castelnaudary et de Bormio, se virent bientôt forcés de quitter cet asile pour entrer dans des abbaves d'hommes, ou ils ne furent guère mieux traités. I.^ maison de la rue de l'Oursine sert aujourd'hui de caserne pour l'infanterie. (Voy. Invalides.)

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

PAlilUIER (FoN'TAi^E du), à Paris. (V'ov. Ciiatelet (Place et Foiil;iiiie du.)

PARl»i> (CirAHELiE de). Elle fut élevée en 885 par Gosselin, évriiuc et guerrier intrépide, qui résista si vaillamment aux atlai]Hes des Normands. Celte forteresse, construite en bois, était montée sur un massif de maçonnerie, et placée sur la rive gauche de la Seine ; elle s'élevait à la partie occidenlale de l'ile de la Cité, et défendait le palais du comte de Paris, ainsi que le pont au Change, alors appelé le Grand-Pont. Ce fut vainement que les Normands l'attaquèrent et lui livrèrent huit assauts dans l'espace de treize mois.

Enfin, le 6 février 887, un débordement de la Seine ayant séparé la Cité de la citadelle, cette forteresse, privée de secours, tomba au pouvoir de l'ennemi, qui l'incendia ; ses braves défenseurs furent tous massacres. (Voir l'article qui suit.)

PARIS (FoRTiFicATio>-s DE). LorsqueParis s'éleva sous la protection du gouvernement romain, on lui donna des chefs militaires, également chargés du commandement des troupes, et des corps spéciaux auxquels était confiùe la police de la ville. On avait compris, dès celte époque, la nécessité d]assurer la sûreté de la place contre les invasions extérieures, et on résolut de l'entourer de fossés et de tours capables de résister à une attaque imprévue. Toutefois, il serait difficile de fixer d'une manière précise l'enceinte des murailles élevées dans ces temps éloignés. On sait qu'elles n'avaient pour développement que la partie connue sous le nom de Cité, et que les fossés n'étaient garnis que d'un léger revêtement. Un camp retranché défendait, au sud, les approches de la ville.

Vers la Dn de la domination romaine, la cité était fortifiée par un mur d'enceinte qui l'entourait de toutes parts. La Seine lui servait de puissant auxiliaire et de fosses naturels inexpugnables, car il n'y avait alors que deux points de passage sur la rivière, le grand et le petit pont. Deux espèces de redoutes les défendaient sur les deux rives opposées. Lorsque l'on perça la rue d'.Arcole, on trouva encore, dans lile Notre-Dame, des restes de murs de construction romaine qui témoignent de l'existence des fortifications.

A la fin du septième siècle, les fortifications de Paris,

Quoique bornées dans une étroile enceinte, étaient cepenant susceptibles d'une assez longue défense. En 885, la ville, assiégée par les Normands, dut son salut à ses murailles. Ces barbares furent obligés d'en lever le siège et Q abandonner leurs projets de rapines et de dévastation.' Les'"chroniques du temps mentionnent, au sujet de ce

siège, la tour ou citadelle de bois dont il a été parlé plus haut.

Les fortifications de Paris restèrent à peu près dans le même étal sous les rois de la première et de la seconde race, c'est-à-dire environ six cent quarante ans, du cini|iiiriiic au onzième siècle (482 à 1124). Seulement, elles sririidircnt sur les deux rives de la Seine, de manière à priilégor en même temps et d'une manière plus efficace la ville et la navigation de la rivière. Ce ne fut que sous les règnes de Louis VI et de Louis Vil qu'on sentit le besoin d'enfermer dans une même enceinte les faubourgs qui, dans cet espace de temps, s'étaient élevés au nord et au midi de la ville.

« Jamais roi de France, dit Dulaure, n'eut, plus que Louis VI (le Gros), besoin de se mettre en garde contre les aiientats des seigneurs et de fortifier la ville de Paris, où il faisait sa demeure ordinaire. Les ducs et comtes, voisins de son duché de France, n'étaient pas les seuls qui l'inquiétaient. Il avait à se défendre contre les barons de ce duché, contre ses propres vassaux. » Pour rendre l'accès de la ville plus difficile, il ordonna la construction de forteresses ou têtes de ponts, et fit entourer de murailles les faubourgs dont nous avons parlé plus haut. iMais alors ces faubourgs ne s'étendaient guère à plus de lieux cents toises des deux rives. Cet espace renfermait la seconde enceinte de Paris.

Louis VI fit également construire, dans un lieu nommé h'aroli-Vana, un château (castrum), destiné à défendre au nord-ouest l'entrée de la ville, et à protéger cette campagne contre les excursions qui la désolaient. Il restaura le grand et le petit Chàtelet. (Voyez ces mots.)

Sous le règne suivant, et d'après les conjectures les plus probables, le périmètre de cette seconde enceinte devait commencer vers le milieu du quai de la Mégisserie, dans la direction de la rue des Lavandières. Le point le plus éloigné de sa circonférence, traversant la rue Saint-Martin, ne devait pas dépasser la rue des Ecrivains. On suppose qu'à .son autre extrémité cette ligne rejoignait la Seine vers la place de Grève, La direction de l'enceinte de la rive gauche est plus difficile encore à déterminer, et c'est toujours par conjecture que quelques écrivains ont fixé son point de départ sur la Seine A l'endroit où débouche la rue des Grands-Augustins, et son extrémilé opposée à la rue de Bièvre ; qu'enfin, le point le plus distant de sa circonférence ne devait pas dépasser la rue des Mathurins.

Le troisième agrandissement de Paris, depuis Louis VII jusqu'à Philippe-Auguste, n'amena aucun changement remarquable dans soi) système de défense. Sous le règne de ce prince, l'an 1190, on commença les fondations d'une nouvelle enceinte, entourée dj murailles, de tours et de fossés, qui s'étendit, au midi, des bourgs Saint-Gcrmain-l'Auxerrois, Bourg-l'Abbé, Beau-Bourg, Bourg-Thibourt, etc. Cette enceinte fut achevée en 1211. Le mur de clôture était Ihnqué de tours. Quatre tours principales défendaient l'entrée et la sortie de la Seine, c'étaient la ï'owr de Nesle, la Tour-au-Bois, dite aussi du Grand- Prévôt, la Tour de la Tournelle et la Tour Barbeau ou de BUly. Elles servaient aussi de défense et de citadelles à la ville.

Cette troisième enceinte commençait dans la partie septentrionale de la Seine, à l'angle de la colonnade du Louvre. Elle suivait la direction de ce corps de bâtiment, traversait la rue Saint-Uonoré, en face de celle de Grenelle, et se dirigeait, à peu près parallèlement à cette rue, jusqu'à la nie Montmartre, en passant derrière l'église Saintlinsiachc. De la rue Montmartre, le mur d'enceinte suivait la direction de la rue Mauconseil , traversait la rue Saint- Denis, et aboutissait rue Saint-Martin, à h hauteur de la rue Grenier-Saint-Lazare. De cette rue, l'enceinte se prolongeait jusqu'à la rue Vieille-du-Temple, au point où se hdiivi' aujourd'hui le marché des Blancs-Manteaux, et, siiivaiii uni' ligne courbe , redescendait vers le fleuve, en passant par lé marché Saint-Jean , l'église Saint-Paul, le couvent de l'Ave-Maria (aujourd'hui caserne d'infanterie), et venait aboutira la rive droite de la Seine, entre le quai des Ormes et celui des Célestins.

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

Du côté méridional, les lenipails partaicnl à peu près du point où est aujourd'hui le pont ue la Tournelle, suivaient la direction de la rue des Fossés-Saint-Victor, qui leur doit son nom ; puis, montant sur la colline, passaient dans le collège de Navarre, aujourd'hui l'Ecole polytechnique , et renfermaient l'église et le couvent Sainte-Geneviève; traversaient la rue Saint-Jacques à la hauteur de la rue Sainte-Hyacinthe, redescendaient de là vers la Seine, dans la direction de la place Saint-Michel , de la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, du passage du Commerce, de la rue Contrescarpe, et venaient, parallèlement à la rue Mazarine, aboutir sur la rive gauche, en face de leur point de départ, là où se trouve aujourd'hui le pavillon oriental de l'Institut. La superficie de la ville de Paris comprise dans l'enceinte de Philippe-Auguste pouvait avoir 700 arpents.

La construction des murailles se composait de blocages compris entre deux parements de pierre de taille ; des créneaux de peu d'épaisseur n'occupaient qu'une faible partie de la largeur du mur; des terres rapportées appuyaient les fortifications à l'intérieur.

Ce fut aussi vers cette époque que les murailles du chiteau du Louvre furent restaurées et réunies au système de défense de la ville.

Pendant les troubles qui suivirent la funeste bataille de Poitiers, la captivité du roi Jean , et les démêlés entre le dauphin, lieutenant général du royaume, et Charles le Mauvais, roi de Navarre, Marcel, prévôt des marchands, homme hardi, entreprenant, d'un caractère décidé et d'une grande énergie, s'occupa de mettre Paris à l'abri de toute tentative. 11 en fit fortifier plusieurs points en 1357. organisa une garde chargée d'en surveiller la police de jour et de nuit, et jeta les fondements d'une nouvelle enceinte. Il imagina de barricader les rues au moyen de fortes chaînes en fer, qui se tendaient et s'accrochaient aux deux extrémités des murs des maisons. Ce dernier système de défense a été, depuis, plusieurs fois employé. 11 a servi, parfois, à protéger les libertés publiques, mais aussi à favoriser les révoltes et les émeutes populaires.

L'année suivante, le dauphin tenta vainement de s'emparer de la capitale. Les fortifications résistèrent aux attaques de ce prince.

En \ôo9, Edouard, roi d'Angleterre, campa à Montrouge, porta le ravage jusqu'aux portes de Paris, mais recula devant ses murailles, et fut contraint de se retirer à Chartres.

C'est sous le règne du roi Jean que l'enceinte de Paris, telle qu'elle avait été arrêtée par Marcel, s'augmenta, du côté du nord, des faubo\n'gs Saint-llonoré, iiontmartre, Saint-Denis, Saint-Martin et Saint-Antoine. Pour mettre ces nouvelles constructions à l'abri d'un coup de main do la part des Anglais , dont on craignait les approches, on les environna cie fossés et d'arriere-fossés. Charles V les fit revêtir de murs et de remparts. Cette dernière enceinte, commencée en 1367, ne fut achevée qu'en -1385, elle commençait, à l'est, à l'emplacement où se trouve aujourd'hui l'Arsenal , longeait les portes Saint-Antoine, Saint- Martin et Saint-Denis, passait sur le terrain qu'occupe la place des Victoires, par le Palais-National et les Quinze- Vingts , et venait se fermer au bout de la rue Saint-Nicaise, qui se prolongeait alors jusqu'à la rivière.

L'enceinte achevée au quatorzième siècle (1383; ne pouvait présenter qu'une défense insuffisante et très-secondaire, sans le secours d'un fort ou d'une citadelle chargée de protéger et de lier ce système de fortification. C'est dans ce but que , dés l'année 1371, on éleva la Bastille sur l'emplacement d'une ancienne porte. Les fossés de cette forteresse communiquaient à ceux du nord et de l'est de Paris, et complétèrent ainsi la défense de la capitale. Toutefois, les constructions de la Bastille ne furent achevées qu'en 1382.

On construisit, à la même époque, une citadelle en bois sur les remparts de la ville, et on la fit communiquer au Louvre.

La clôture qui comprenait alors le Louvre dans son enceinte commençait sur la Seine, à peu prés vers le guichet qui est en face' du pont du Carrousel, là ou se trouvait

une tour qu'on appelait la Tour du bois. De cette tour, la muraille traversait en diagonale l'espace occupé par le jariHii du Palais-National, suivait la direction de la rue des Fossés-Montmartre, et aboutissait au point où se trouve la porte Saint-Denis. A partir de là, l'enceinte était établie à peu près selon la ligne des boulevards actuels.

Il est à remarquer, d'après ce qui jprécéde, que, depuis Philippe-Auguste jusqu'au règne de Charles VI, les fortifications de Paris formèrent une enceinte continue défendue par des châteaux isolés.

Eu 1464, le comte de Charolais se présenta devant Paris, et attaqua vigoureusement ses remparts ; il échoua contre une défense honorable de la part de la garnison et des habitants.

Quelques années après, en 1472, le duc de Bourgogne se présenta aussi sous les murs de la capitale, et chercha à s'en emparer. Ayant échoué dans son projet, il borna sa vengeance à ravager les environs de la ville.

Eu 1540, lorsque les travaux entrepris par ordre de François 1" fureut en partie achevés, l'enceinte de Paris se trouva bornée, au nord, par les portes Saint-Martin et Saint-Denis; au nord-est, par les portes du Temple et Saint-Antoine ; à l'ouest , par la porte Montmartre et la porte Saint-Honoré. Six portes se liaient au mur d'enceinte de la rive gauche; au sud-est, les portes Saint- Victor et Bordelle; au sud, la porte Papale et la porte Saint-Jacques; à l'ouest, les portes Saint-Michel et Saint- Germain.

En 1533, Henri II agrandit les fortifications de Paris à l'est et au sud, et les Ut revêtir de fossés et de maçonnerie. Les anciennes murailles furent réparées et mises en étal de défense.

En 1oo6, Charles-Quint, maître de la Champagne, avait déjà porté son quartier général à Meaux, et envoyé un fort parti pour s'emparer de'la ca]'itale. Cette fois encore, elle trouva son salut dans ses fortifications.

La lenteur du siège de Paris par Henri IV (1389) avait mis ce prince à même de recouuaitre les endroits faibles de la place ; aussi s'occupa-t-il, après s'être rendu maiirc de la capitale, d'en augmenter le système de défense. Il fit élever un bastion au coin de l'Arsenal, et joignit, par cette construction, les fortifications de 1353 à celles qui existaient alors. Louis XIII contribua, comme ses prédécesseurs, à l'agrandissement de Paris. Sous son régne, la porte Saint-llonoré fut reculée a environ 400 toises de l'ancienne. C'est sur l'alignement de cette porte que l'on établit la nouvelle enceinte, bornée, de l'ouest au nord, par les boulevards. Le système de défense resta le même, aucune modification n'y fut introduite.

Les travaux d'agrandissement qui se firent sous le régne de Louis XIV nécessitèrent la démolition d'une partie des anciennes fortifications . et reculèrent son enceinte dans presque tous les faubourgs. Préoccupé de tous ses projets de conquêtes, des gi-andcs constructions de Versailles, de -Marly et de Neuilly, ce prince négligea le soin de fortifier Paris. Cependant Vauban. qui en avait compris toute l'importance, fit paraître, en 1698 ou 1700, un mémoire dans lequel il examinait cette grave question, si habilement reproduite depuis par M. \e général de division Pelet, à la tribune de la chambre des pairs. Vauban indiquait, dans ce mémoire, les réparations à faire à l'enceinte alors existante; il faisait connaître le développement des travaux à exécuter pour une seconde enceinte baslionnée, qu'il plaçait à 1000 ou 1200 toises de la première. Cette seconde enceinte devait occuper les hauteurs de B(,'lleville, de Montmartre, de Chaillot, etc., etc. L'illustre ingénieur avait calculé qu'il faudrait douze années pour l'achèvement des constructions. La guerre de la succession d'Espagne et l'épuisement des finances de l'Etal empêchèrent l'exécution de ce projet.

Un demi-siècle après, les anciennes fortifications de Paris disparaissaient entièrement ; les fossés étaient comblés, les pierres des remparts servaient à la construction des nouveaux bâtiments qui s'élevaient sur leurs ruines, et la capitale se trouvait sans système de défense , sans moyens de résister à la plus légère attaque.

Depuis longtemps, l'empereur Napoléon avait eu l'in-

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tenlion de foiiiGcr les hauteurs de Paris. Au retour de la campagne d'Austerlitz, il Cl rédiger plusieurs projets, qui lui fureut successivement présentés ; mais les évcuenients politiques qui se succédèrent, et peut-être la crainte d'effrayer les habitants, l'empêchèrent de mettre ce projet à exécution. Les événements de 1814, et l'héroïque défense de la garde nationale et des élèves do l'Ecole polytechnique avaient pleinement justilié les prévisions de l'empereur. Aussi, à son retour de l'île d'iilbe , chargea-t-il le général Haxo de diriger un système régulier de défense. Cet ofiicier général Ht d'ahôrd occuper les hauteurs de Montmartre, celles inférieures des moulins, et le plateau depuis la butte Chaumont jusqu'aux hauteurs du cimetière du Père-Lachaise. Quelques jours suffirent pour tracer ces ouvrages et leur donner une forme défensive; il lit .achever le canal de l'Ourcq, qui. de Saint-Denis, va au bassin de la Viilette. On construisit sur la rive droite des demi-lunes couvrant les chaussées, et Saint-Denis fut couvert par des inondations. Depuis les hauteurs du Père- Lachaise jusqu'à la Seine , lu droite était appuyée à des ouvrages établis à la barrière de l'Etoile, sous le canon de Vincennes, et à des redoutes dans le parc de Bercy. Les ouvrages de la rive gauche s'étendaient depuis la hauteur de Bercy jusqu'au delà de l'Ecole militaire. Ce système de forlificalioii sur les deux rives se communiquait en suivant la rive droite de la Seine, par Saint-Cloud, Neuiliy et Saint-Denis. Un fort devait envelopper l'arc de triomphe de l'Etoile, appuyer sa droite aux lialteries de Montmartre, et la gauche aux ouvrages construits sur les hauteurs de la barrière de Passy. Trois forts devaient également servir de réduits aux fronts de Delleville. Ces travaux n'ayant pu être achevés, Paris, après une capitulation, ouvrit, pour la deuxième fois, ses portes aux troupes alliées.

La commission de défense créée en 1818 s'occupa avec sollicitude des fortilications de la capitale. Le 20 juillet 1820 elle adopta l'avis que Paris devait être couvert par des ouvriTges détaches, établis sur quelques-uns des points dominants qui l'environnent, combines avec l'enceinte continue déjà existante, renforcée au moment du danger par des constructions passagères.

En 1850, le maréchal Soult fit commencer la construction d'un camp retranché à Noisy-leScc, qui s'appuyait sur la Marne à Nogent, et sur la Seine à Saint-Denis.

En 1831 et 1852, le gouvernement revint au projet de fortifier Paris. Deux systèmes de défense furent en même temps proposés : celui des forts détachés et celui d'une enceinte continue, qui se rapprochait du système de 181.5. L'opinion publique, encore mal préparée, s'étant fortement prononcée contre le premier, le ministère ajourna l'exécution de l'un et de l'autre. De nouveau soumis à la sanction des Chambres, le projet de fortifier Paris a été définitivement adopté par elles etconsacré par la loi du 3avril 184 1 , qui affecte aux travaux à exécuter une somme de 140 millions. D'après cette loi les fortifications de Paris comprennent : 1° une enceinte continue, embrassant les deux rives de la Seine, bastionnée et terrassée, avec dix mètres d'escarpe revêtue; 2° des ouvrages extériiurs ca.sematés.

L'article 8 de cette loi porte (juc la première zone dos servitudes, telle qu'elle est réglée par la loi du 17 juillet 1819, sera seule appliquée à l'enceinte et aux forts extérieurs. Cette zone unique, de deux cent cinquante mètres a été mesurée sur les capitales des bastions, et à partir de la crête de leurs glacis.

PARIS (Porte de), à Lille, départeinent du Nord. Cette place de guerre, si célèbre par les sièges mémorables ([u'elle a eu à soutenir, possède plusieurs établissements militaires remarquables. Parmi les sept portes qui en défendent l'entrée, on peut citer, ^ous le rapport artistique, celle qui fut élevée, en 1682, pnr les magistrats de la ville, sous le nom de Porte des malades, parce qu'elle avoisinait une ancienne léproserie, fondée dans le treizième siècle, et qui prit depuis celui de Porte de Paris.

C'est un arc de triomphe construit à la gloire de Louis XIV. 11 est d'ordre dorique ; rentablcment est surmonte de plusieurs trophées; celui du milieu représente la Victoire,

assise, couronnant le buste du monarque. Aux deux côtés, entre les colonnes, sont deux belles statues, représentant Minerve et Hercule. Ce monument, d'une admirable exécution et d un aspect imposant, est d'un fort bel effet.

PEMME (PïiiAMiDE FiiNEr..\iiiE DE la), village situé à deux lieues de Marseille, département des Bouchcs-du- Rhône, entre Saint-Michel et Aubagne. On voit, sur un rocher au-dessus de ce village, une pyramide ruinée, bâtie avec des quartiers de roche irrégiiliers, mais bien cimentés. Ce monument est composé, dans son état actuel, de huit assises en retraite l'une sur l'autre. Sa base consiste en un carré long, ayant 6 mètres sur les faces qui regardent le nord et le midi, et seulement 5 mètres sur les deux autres. La construction de cette pyramide est en maçonnerie ordinaire, avec emparement extérieur en moellon semi-lié; elle est d'origine romaine et parait recouvrir un tombeau. Une inscription, qui, malheureusement, n'a pas été recueillie, occupait le milieu d'une de ses faces. Cet oubli est d'autant plus fâcheux, qu'il a privé la science archéologique d'un document qui aurait comblé cette regrettable lacune.

PIERREFOIVDS (Cuate.\u de). Le bourg de Pierrefonds, département de l'Oise, est doublement célèbre dans l'histoire par son château et pcr la puissance de ses seigneurs.

11 y a eu deux châteaux de ce nom : le premier, placé sur la montagne, au lieu dit le chêne Herbelot. fut construit dans le but d'arrêter les invasions des Normands, et de résister à leurs attaques incessantes : il était fortifié, Hanqué de tours et entouré de fossés profonds. Plus lard, les seigneurs de ce fief acquirent une assez grande puissance pour balancer l'autorité royale. Philippe-Auguste en fit lacquisition en 1195.

Cette première forteresse ayant été abandonnée vers l'an 139(), Louis d'Orléans et de Valois fit const-uire un nouveau château à peu de dislance et à l'orient des ruines de l'ancien ; ce dernier s'éleva sur la lisière de la forêt, à trois lieues de Compiégne. Ses fortifications et ses murs étaient assis sur le roc;' les tours avaient 108 pieds de hauteur en maçonnerie, l.e château, qui couvrait une .surface de 1,680 toises carrées, se compo.sait de quatre faces irrégulières; on y avait pratiqué des galeries souterraines et de vastes caves. Dans la tour du milieu était une chapelle sous l'invocation de saint Jacques; cet édifice était considéré comme un chef-d'œuvre d'architecture, et l'une des merveilles du temps.

Cette forteresse soutint un grand nombre de sièges, et joua un rôle important au commencement des guerres des Bourguignons et des Armagnacs (Orléanistes) : le capitaine Pierre Bosquiaux y déiit un parti bourgignon qui cherchait à s'en emparer. Le même officier, forcé de se rendre en 1403, ne céda la place qu'après avoir dicté les conditions de la capitulation : on lui paya 2.000 écus d'or, et il sortit, lui et les siens, avec tous les honneurs de la guerre. Le château ayant été pris plus tard par les Anglais, fut bientôt repris par Charles VIL

En 1592, llenri IV le fit inutilement attaquer par le duc d'Epernou, qui y fut blessé. Rieux, fils d'un maréchal ferrant, qui y commandait pour les ligueurs, le défendit avec la plus grande valeur. Ce même Rieux manqua, l'année suivante, d'enlever Henri IV. Ce prince étant allé à Compiégne, dans le mois de janvier 1595, rendre visite à la marquise de Beaufort, sa maîtresse, Rieux résolut de s'en emparer à son retour ; mais, ayant échoué dans cette entreprise, il fut pris lui-même quelque temps après, dans une de ses sorties, par la garnison de Compiégne, et pendu.

Le château a été démantelé en 16l'7, par ordre de Louis Xlll. On en voit encore de belles ruines, qui donnent une idée de son ancienne importance et de sa vieille réputation.

PIERRE-SCISE (Fort de), à Lyon, départemenl du Rhône Celte forteresse était élevée sur un rocher de granit qui s'avançait dans la Saône, de manière à ne laisser aucun passage; Agrippa le fit couper pour établir l'une des quatre grandes voies romaines qu'il ouvrit dans les Gaules, dont Lyon était le centre.

Quelques historiens attribuent la construction de ce

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château aux rois de Bourgogne ; d'autres aux premiers archevêques de Lyon. — Cette forteresse ayant clé transformée en prison d'Etat, Louis XII y lit enfermer Louis Sforce, duc de Milan, ainsi que son frère le cardinal Ascagne. Le célèbre baron des Adrets y subit une assez longue détention; le duc de Nemours, de Thou el Cinq- Mars y furent également emprisonnés.

Au commencement de la révolution de 1780, le peuple de Lyon se porta en foule sur cette prison d'Elat, s'en empara et la démolit comidélemcnt; il n'en reste plus aucun vestige aujourd'hui, tout a disparu sous la hache elle marteau.

PII.E: CIXO-MARS (La). Ce monument est situé près du bourg de Cinq-Mars, départcnienl d'Indre-et-l.oire ; il est de forme quadraugulaire et a 86 pieds 5 pouces de hauteur, ■12 \iieds 6 pouces de largeur sur chacune de ses faces. Celte largeur est égale depuis la base jnsau'au .sommet, qui est surmonlé de cinq piliers de 10 pieds de haut, assez semblables à ceux qu'on remarque sur les mosquées; celui du milieu a été renversé par un ouragan, en 1731; ceux des quatre angles sont seuls restés debout. Cette pile est un mas.sif plein, entièrement construit en briques de 13 pouces 5 lignes de longueur sur 9 pouces 8 lignes de largeur, et un pouce 6 lignes d'épaisseur ; elle n'a n'y escalier ni fenêtres.

L'origine de ce monument, que l'on aperçoit de trèsloin, sur la route de Tours, est attribuée par quelques auteurs aux Romains, et par d'autres aux Visigolhs ou aux Sarrasins. La nature de sa construction paraîtrait confirmer cette dernière supposition.

PORIWIC (Château dej. Pornic est une petite ville maritime bitie eu amphilhéiitre sur la côle septentrionale de la baie de Bourganeuf, département de la Loire-Inférieure.

On aperçoit, sur l'un des coteaux qui forme le port, les ruines à moitié restaurées d'un ancien chàlcau féodal, remarquable par sa construction. Ce château, dont l'origine remonte au douzième siècle, a été, jusqu'au seizième, ie théâtre de guerres sanglantes : il appartci^dt aux ducs de Bretagne, qui en augmentèrent successivement les fortiflcati'ons ; il est entouré de fortes murailles crénelées el défendu par deux tours qui appartiennent au système généralement adopté dans le moyen âge.

De la plate-forme de celte forteresse on jouit d'une fort belle vue, qui s'étend delà baie de Bourganeuf li l'embouchure de la Loire.

PORTES HEfi PliACES FORTES. Depuis l'origine de la forliUcalion, les [lortcs de guerre furent établies pour défendre l'entrée des villes occupées militairement pour la garde des frontières. Chez les anciens, comme chez les modernes, elles étaient souvent ornées d'arcs de triomphe.

Lorsque, dans le moyen âge, l'art de la guerre commença à se pcrfeclionr.cr, on augmenta la défense des portes par des herses, des tours crèneite.?, de.; mfchecoulis. el par des ouvrages de fortification a'scz énergiques pour préserver les approches des places menacées par l'ennemi. Les principaux monuments de ce genre, construits sur le so! français aux diverses époiues de nos annales militaires, ont été indiqués dans leur ordre alphabétique. Ainsi, on trouvera aux articles Saint-Denis, Nnnes, Saint-Martin, Paris, etc.. etc , les portes de la capitale et des déparlcments (|ui méritent plus particulièrement de fixer l'attention sous le rapport de l'art. Nous citerons cependant, nominativement, les portes qui défendirent les diverses enceintes de Paris, depuis Philippe-Augusle jusqu'à Ilenri IV : c'était, la porte Bordet on Bordelle; les portes de Berci, Dauphine, Slontmarire, Papale, Poissonnière, Saint-Jacques, Saint-Miciiel, du Temple et Saint- Victor, qui ont successivement disparu, el dont il ne reste plus la moindre trace.

PORTE DE FRASICE, â Nimes. Celte porte, d'origine romaine, existe encore à l'angle le plus méridional des anciens murs de la ville. Les habitants lui ont donné le nom de Porte de France; mais les anciens titres de la ville la désignent sous celui de Porta copcrla (Porte couverte). Elle est formée d'un seul portique, couronné

d'un attique orné de (|uatre pilastres cl flanqué de deux tours demi-circulaires. Les pilastres sont surmontés par une petit entablement. Les pierres des pieds-droits ont environ 2 pieds de haut d'assise et 3 pieds de long, sur 3 pieds à 3 pieds 1/2 de large. La porte a 2 toises de haut jusqu'à l'imposle et 2 toises de large. Une grande rainure que l'on aperçoit dans l'épaisseur des pieds-droits indique que celle porto se fermait avec une herse.

REIMS) (Ane DE TiiiOMruE de), département de la Marne. Ce monument, également connu sous le nom de Porte de Mars, se compose de trois ouvertures en arcades â plein cintre, reposant sur le même imposte, quoique celle du milieu soit un peu plus grande que les deux autres. C'est le seul exemple qu'on connaisse dans l'antiquité d'une semblable disposition.

Entre chaque arcade sont deux colonnes engagées qui supportent une arrhilra.e non interrompue. On remarque, entre ces deux colonnes, des médaillons avec des tètes sculptées en saillie. L'entre-deux des colonnes, au-dessous de ces médaillons, est occupé par une décoration architecturale qui figure des espèces de niches à fronton, dans lesquelles sont sculptées diverses figures en bas-reliefs. Parmi le? attributs encore visibles, on remarque des caducées et des enseignes.

Au milieu des vo.'iles formées par les trois arcs, on aperçoit trois sujets intéressants : l'un représente Rémus et Rcimnlus, allaités par une louve; l'aulre, Jupiter et Léda; le troisième, les Saisons.

La chronique du pays assure que ce monument fut élevé par les Rémois en l'honneur de César et d'Auguste, lorsque Agrippa Cl construire les voies romaines qui passaient par leur capitale. Celle opinion est controversée par d'autres, qui prétendent qu'il a été érigé en l'honneur de l'empereur Julien, lorsqu'on 360 il revint à Reims, après avoir défait les Germains. Cette assertion parait fondée sur le caractère de décadence qui se fait remarquer dans celte construction. Enfin, une troisième opinion fixerait sa date à l'époque oii Probus pacifia cette partie des Gaules (277).

Cet arc de 11 iomphe servit de porte de ville jusqu'en 1544; on ouvrit alors une nouvelle porte à côté, cl cet édifice fut enfoui dans les remparts. On le déblaya, en 1812, )iar ordre du gouvernement.

Il existait à Reims un autre arc de triomphe, à l'entrée de la rue Barbastre, connu dans le pays sous le nom de Porte Basée. Ce monument a élé entièrement détruit.

KE.HS (Ar.c de Saim-), département des Bouches-du- Rhone, également connu sous le nom d'Arc de Glanum.

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On croit généralemont cjue cet arc avait été élevé sur une voie romaine qui conduisait à Arles. Sa partie supérieure n'existe plus, mais on peut juger, par sa partie inférieure, ce que devait être l'ensemble du monument. Il est permis de penser, d'après l'exécution des détails, que sn construction appartient à l'une des époques les plus florissantes de l'art.

Il est percé d'une seule arcade dont l'archivolte est supportée par de petits pilastres, dans le genre de ceux qui existent en France. Cette archivolte est décorée de feuillages sculptés, empruntés à la végétation du pays. Les deux piles de l'arc sont ornées aux deux angles de colonnes engagées entre lesquelles sont représentées, en bas-reliefs, àes figures de prisonniers des deux sexes, liés à des arbres auxquels sont suspendus des trophées d'armes.

Les tympans de l'arc conservent la trace de Renommées; la voûte est richement décorée de caissons.

La longueur de cet édifice est de 15 métrés 40 centimètres; sa profondeur est de S mètres 60 centimètres; la hauteur du portique sous voîite est de 7 mètres 50 centimètres ; celle de tout l'édifice, dans son état actuel, d'environ 9 mètres 30 centimètres. Aucune inscription n indique ni le temps, ni le personnage auquel cet édifice était dédié. (Voy. Glascm (Tombeau de.)

REITÉ; (Château do boi), à Tarascon, département des Bouches-du-Rhône. Ce château, l'un des plus magnifiques monuments du quinzième siècle, fut commencé en 1400, par le comte de Provence, Louis II, et achevé par le roi René. 11 a la forme d'un grand carré trés-èlevé, flanqué, du côté de la ville, de deux belles tours rondes, et, du côté du Rhône, de deux tours carrées irrégulières. Une enceinte plus basse, défendue par d'autres tours, s'étend vers le nord.

« De la plate-forme de cet antique séjour royal, aujourd'hui converti en prison, on jouit d'une vue sujierbe : l'ii'il plonge sur la campagne, s'étend sur le beau bassin du Rhône jusqu'à l'embouchure de ce fleuve, et embrasse une grande partie des riches plaines du Languedoc. »

SAIWT-Cl'B (Ecùi.E MiLiTAiiE DE), département de Seine-et-Oise. Une iiromiére école militaire, fondée à Paris, par Louis XV, en 1731, ne subsista que jusqu'en 1787. (Vov. Ecole MiuTAir.E.) Une nouvelle école militaire, créée à fonlainebleau, le 28 janvier 1803, fut transférée à Saint-Cyr, en 1808, et y a été maintenue jusqu'à ce jour.

Le prix de la pension est de 1,200 fr., non compris 600 fr. pour le trousseau ; on y admet aussi des boursiers et des demi-boursicrr .

Ce n'est que par la voie du concours qu'on peut y être admis; ce concours est ouvert tous les ans à Paris et dans les principales villes de la République. Le candidat doit justifier qu'il est Français ou naturalisé; qu'il a plus de dix-huit ans et moins âe vingt et un à l'époque désignée pour l'examen. Les sous-ofùcièrs et soldats de l'armée peuvent être admis au concours jusqu'à l'âge de vingtcinq ans et après avoir servi deux ans sous le drapeau.

Les élèves admis ne sont reçus à l'école que sur h présentation d'un acte d'engagement volontaire contracté pour l'arme de l'infanterie ou de la cavalerie, suivant les formes et sous les conditions voulues par la loi en vigueur sur le recruter ent de l'armée.

La durée du cours complet d'instruction à l'école est de deux ans. Cependant, les élèves peuvent y passer une troisième année, si des circonstances graves leur ont occasionné une suspension forcée de travail.

Les élèves qui ont satisfait aux examens de sortie sont nommés sous-lieutenants dans l'arme qui leur est assignée (infanterie ou cavalerie). Ceux qui n'ont pu satisfaire à ces e-xamens sont susceptibles d'être placés dans les corps avec le grade de sous-officier ou de caporal. Ces derniers sont vulgairement désignés sous le nom de Fruit-Sec.

SAINTES (Arc de triomphe et Post de), département de la Charente-Inférieure. Cet arc avait été bâti sur le bord de la Charente, à l'entrée de la voie militaire qui conduisait de Mediolanum Santonum (Saintes) à Litnonum (Poitiers). La Charente avant changé de lit, il se trouve aujourd'hui au milieu du cours àe cette riaére, entre l'ancien pont gothique de la rive gauche et 1? pont construit, en 1663, sur la rive droite.

La hauteur du monument, depuis la base des pilastres

jusqu'à l'attique est de 12 mètres 62 centimètres ; sa longueur de 15 mètres 26 centimètres et sa largeur de 3 mètres 24 centimètres. Il repose sur un stérèobate de 6 mètres 90 centimètres d'élévation. Ce stéréobate tout entier, et les pilastres eux-mêmes, jusqu'à la hauteur de 1 mètre 95 centimètres, sont aujourd'hui engagés dans la maçonnerie des ponts.

Sur l'attique et sur la frise se trouvent quatre inscri|.lions dont nous donnons ci-après les traductions qui en font counaitre la destination ; les trois premières sont gravées sur l'attique, du côté de la ville, la quatrième sur la frise des deux côtés de l'arc;

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« r A Gernianicus César, fils de Tibère .Vugnsie, petitfih du divin Auguste, arriére petil-lils du divin Jules, augure, (lamine d'Auguste, consul pour la seconde fois.

« 2" A Tibère César, flls du divin Auguste, grand pontife, consul pour la quatrième fois, empereur pour la huitième, la année de sa puissance tribunitienne.

« 3° A Drusus César, fils de Tibère Auguste, petit-fils du divin Auguste, arriére petit-flls du divin Jules, pontife, augure.

« 4° Caïus-Julius Rufus, fils de C. Julius Ottuaueunus, petit-fils de C. Gededmon, arriére petit-flls d'Epotsorovid, prêtre de Rome et d'Auguste, à l'autel qui est prés du confluent, comme préfet des ouvriers, a consacre ce monument. »

SAUS1UB lEcoLC DE CAVALEWE deI, département de Maine-et-Loire. L'institution des premières écoles de cavalerie est due au duc de Choiseul. Une ordonnance du 20 août 1764 créa quatre écoles d'équitation, placées sous la

direction d'un officier général, et établies dans chacune des places de Metz, Douai, Besançon et Angers. Une école centrale devait être placée à Paris pour recevoir, après un temps déterminé d'mstruction, les meilleurs élèves des quatre établissements secondaires. Ces premiers essais demeurèrent, pour ainsi dire, sans exécution; car, dés l'année 1767, ces écoles avaient pres(|ue cessé d'exister. Toutefois, si elles n'eurent pas d'abord tout le succès que l'on s'en était promis, elles eurent au moins l'avantage de fixer l'attention des officiers de cavalerie, et d'amener plus tard les améliorations qui se firent remarquer dans l'instruction des corps. En 1771, ou revint à ce système d'instruction, et l'on créa l'école de Saumur, qui reçut les débris de celles i tablies sept ans auparavant. Chaq'ne colonel de cavalerie fut autorise à y envoyer quatre officiers et quatre sous-officiers pris parmi ceux dont les dispositions paraissaient devoir seconder les vues du gouvernement. Les fonds mis à la disposition du ministre de

la guerre, pour l'entretien de l'école, ayant été supprimés en 1790, on se vit encore forcé S'abandonner cet mile projet. Cette mesure n'attiédit pas cependant le zèle des personnes qui s'intéressaient à l'institution. Une nouvelle école d'équitation fut créée à Versailles, le 2 septembre 1796. sous le titre à' Ecole nationale d'instruction des troupes à cheval, et un arrêté du 9 septembre 1799 établit, sous la même dénomination, deux autres écolis à Lunéville et à Angers. On affecta à l'entretien du personnel de ces trois établissements un fonds annuel de 148,337 fr. 20 c.

La seule école de Versailles subsistait encore en 1809. lorsqu'un décret impérial, du 8 mars de cette année, vint le supprimer, et créer sur ses débris VEcole spéciale de cavalerie de Saint-Germain. Mais on n'admit, dans cette dernière, que les élèves sortant de l'école militaire et on en exclut les officiers et les sous-officiers des corps. L'école de Saint-Germain se maintint jusqu'à la Restauration ; supprimée à son tour, le 30 juillet 1814, le gouvernement créa, à Saumur, pour la remplacer, une nouvelle école d'instruction des troupes à cheval, destinée, comme

- linp.

on It.içon et Comp.,

la première, à recevoir des officiers et des sous-officiers des différents corps de cavalerie. Placée sous la direction d'un officier général d'un mérite reconnu, cette école obtenait déjà de brillants succès lorsque lévénement poliliiTiie de 1821 en fit opérer la dissolution.

Rétablie de nouveau à Versailles, le 3 novembre 1823, dans le bâtiment connu sous le nom d'Ecuries d'Artois, elle ne fut plus destinée, comme celle de Saint-Germain, qu'à recevoir les élèves de l'Ecole militaire qui se destinaient au service des troupes à cheval. Il fallait, pour y être admis, avoir passé deux ans à l'Ecole de Saiut-Cyr, et avoir été nommé sous-lieutenant de cavalerie.

I etle école fut transférée de Versailles à Saumur par ordonnance du 1 1 novembre 1824. On y admet aujourd'hui : 1° un lieutenant ou sous-lieutenant par chaque régiment de cavalerie, d'artillerie ou escadron du train des équipages militaires; ces officiers sont tenus de suivre, pendant deux ans. les cours de l'école, et prennent, pendant leur séjour, la dénomination de lieutenants d'instruction; 2° les élèves sortant de l'Ecole spéciale militaire et destinés au service de la cavalerie; ils prennent la déno-

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niinatioii à'oflicicrs-étèven de cavalerie , pendant les deux ans qu'ils passent à l'école; 5° les jtnnes gens enrôlés volontaires, ou tirés des régiments, qui, sous la dénomination de cavaliers-élèves instructeurs, forment un corps de troupe, et sont, après deux ans, répartis dans les régiments comme sous-officiers instructeurs, s'ils ont satisfait aux examens de sortie; enfin, une école de maréchalerie et une école de trompettes ayant été annexées à l'établissement, dans le but de fournir aux corps de troupes à cheval des maréciiaux ferrants et des trompettes, on y admet aussi, comme élèves maréchaux ferrants, des enrôlés volontaires ou des appelés; comme élèves trompettes, des jeunes gens de quatorze à dix-huit ans, et plus spécialement desenf.ints de troupe. ■

SAXE (Tombeau du marécual de), dans l'église Saint- Thomas, <i Strasbourg, département du Bas-Rhiii. En 1777, Louis XV fit ériger, dans le chœur de cette église, consacrée au culte luthérien, un tombeau à la mémoire du comte de Saxe, élevé à la dignité de maréchal général, en récompense des éminents services qu'il avait rendus à la France. En voici 1,t (h'scri|ilion :

Au bas d'une pyianiidi' di! marbre noir, contre laquelle est appuyé un sarcophage, le maréchal, debout, parait descendre au tombeau. A sa droite, on voit, culbutés à ses pieds, l'aigle d'Autriche, le lion belge, le léopard anglais. A sa gauche, le génie de la guerre en larmes, ayant les yeux fixés sur lui, tient son ilàmbeau renversé. Sur le derrière, sont les drapeaux de la France, élevés et victorieux. La France, au-dessus de lilluslre guerrier, s'efforce de le retenir d'une main, et, de l'autre, repousse la Mort, qui, cachée sous une draperie, annonce au héros que son heure est arrivée, et lui montre un tombeau qu'elle lient ouvert. Au côté opposé du sarcophage . on voit une figure d'Hercule plonge dans la douleur. Ce monument remarquable est l'œuvre du sculpteur Pigal.

StEMUR (Château de). La ville de Seniur, ancienne place forte du département de la Côte-d'Or, se divise en trois parties : le bourg, le donjon et le château. Ces deux derniers édifices se liaient au système de fortification de la place par une espèce d'enceinte continue, et se combinaient entre eux de manière à se porter de mutuels secours. Le château, bàli, comme la ville, sur un rocher granitique, au pied duquel coule l'Armançon , était défendu par des tours et par un mur qui bordait la rivière. Le donjon consistait en quatre tours d'une hauteur et dune grosseur peu communes ; sa construction parait remonter au huitième siècle. La ville était entourée de murailles également flanquées de tours , qui subsistent encore en partie.

L'histoire locale ne nous a pas transmis les faits généraux, politiques et militaires, qui ont dû se passer dans l'intérieur et sous les murs de la place, du château et du donjon. Cette lacune s'étend du huitième au quinzième siècle.

SBWS (A>xiENNE ponxE Notiie-Dame, a). Il existait, il y a encore peu d'années, ,i l'est de la ville de Sens, département de l'Yonne, une belle porte fortifiée, érigée sous l'invocation de Notre-Dame. Cette porte, d'une architecture ancienne, mais solide et régulière, datait, assure-t-on, du régne de Louis le Gros. Elle était surmontée de deux fortes tourelles et d'un corps de garde avancé, protégée par un fossé, par plusieurs ponts-levis et par un boulevard; elle était, en outre, garnie de herses et fermée par d'épais battants, qu'on n'ouvrait qu'à l'aide de fortes machines. Cette construction , l'une des cinq grandes portes qui défendaient jadis les approches de la ville, était seule restée debout, pour constater l'ancienne puissance militaire de la cité, lorsqu'une décision municipale vint en ordonner la démolition.

*»OISS>OWS (IJuMEAD de). La ville de Soissons, cheflion d'arrondissement dn département de l'Aisne, qui devint la capitale de la France , après la victoire de Clovis sur Siagrius (486), était défendue par des fortifications considérables, qui résistèrent longtemps aux attaques des barbares. Elle fut la dernière place forte que les Romains conservèrent dans les Gaules.

Cette ville possède encore son ancien château, bàli à

la place do celui où les rois de la première race faisaiejit leur résidence ; il est flanqué de grosses tours rondes et massives assez bien conservées. L'origine de cette ancienne forteresse parait remonter vers le milieu du moyen lige.

A quatre lieues sud-est de Soissons el à 300 toises à l'ouest de Braisne , on remarque les ruines du château de ce nom, et les murs d'une ancienne citadelle conservés en partie ; ils sont assis sur un rocher de 40 pieds, entouré d'un fossé large el profond, taillé à vif dans le roc. (^es murs, flanqués de plusieurs tours d'une hauteur el d'une épaisseur considérables, étaient défendus par une seconde enceinte garnie de tours et d'ouvrages extérieurs.

SOliIDOR (Toun). On aperçoit près de Saint-Servan, ville in.irilime du département d'Ille-et-Vilaine, la tour Soliilor, foitificalion isolée, fondée en 1582 par Guillaume le Conquérant. Cet édifice, qui a été répai;é plusieurs fois depuis cette éiioque, mais toujours sous sa première forme, est d'une construction très-solide et bien entendue. Celte tour a S4 pieds de haut, non compris le parapet qui la couronne, et qui est porté sur des encorbellements de pierre de taille. Son élévation est divisée en quatre étages, y compris celui du machecoulis et le rez-de-chaussée. >Sà forme repré;ente trois tours liées entre elles, une grosse et deux petites. Ce monument, construit avant l'usage de la poudre et des iiiuches à f.u, serait aujourd'hui sans utilité sous le r.ipporl delà défense.

SOSIMlÈKEfS iPo>T de), département du Gard. Ce monument romain, l'un des pl'is beaux et des mieux conservés dans quelques-unes de ses parties, a été construit pour établir une voie de communication entre Nimes et Lodéve (Luteva). On pense qu'il fut érigé par Tibère, à l'époque où cet emi^ereur fit ouvrir ou réparer plusicui's roules militaires dans les environs de Nîmes.

Le pont de Sommiéres, jeté sur la Viilourle, est entièrement bàli en pierres de taille provenant des carrières de Poudres, encore exploitées aujourd'hui. Il se composait, dans l'origine, de dix-sept arches; celle du milieu, un peu plus grande que les autres, avait 9 mètres 75 centinn'tres de large. Chaque pile du pont est percée d'une petite arcade à jour, afin de laisser un passage facile aux eaux pendant les grandes crues. Les eaux de la rivière ne passent aujourd'hui que sous huit arches, la ville ayant envahi le reste, qui se trouve dans la rue principale; la suite de ce monument va se perdre dans les caves des maisons.

TAXC'ABÏVIIiIjE (Cuateau et touh de). Sur un promontoire élevé q\ii domine le village de Tancarville, département de la Seine-Inférieure, on remarque les ruines

imporlanles de l'ancien château élevé par les seigneurs de ce nom, (|ui réiniissaient sous leur domination une assez grande étendue de territoire. Il ne reste aujourd'hui, de ce manoir féodal, que quelques parties de bâtiments, des fossés desséchés, d'épaisses murailles et des tours couvertes de mousse et de lierre. Dit haut d'une espèce de parapet, on découvre une partie du cours de la Seine, qui, dans cet endroit, a prés de deux lieues de large.

De nombreux événements militaires se déroulèrent , dans le moyen âge, sous les murs de cette forteresse. Souvent menacée par les seigneurs qui l'avoisinaient, elle résista presque constamment aux attaques dirigées contre ses murailles.

La veuve d'une de nos illustrations militaires, madame la maréchale d'Albuféra, avait conçu la pensée de restaurer ces vieilles ruines. La difficulté de l'entreprise, les énormes dépenses auxquelles elle devait donner lieu, firent sans doute échouer ce louable projet, qui ne fut jias e.xécuté.

TEUPliE (Le), à Paris. Vers l'an 1147, les chevaliers templiers fondèrent cet établissement hospitalier, qui, plus lard, devait prendre des proportions colossales; il était situé dans la me qui porte ce nom.

On sait les persécutions qu'éprouvèrent ces moines-soldats, sous le règne de Philip]ie-le-Bel, jaloux de la puissance de cet ordre et des richesses qu'il avait acquises par des dons volont.iires et de nombreuses aumônes. Il cessa d'exister entièrement le 8 mars 1514, date de la mort de Jacques Molay, son grand maître, et de Guy, commandeur de Normandie, qui furent brûlés vifs sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui la place Dauphine, et qui formait alors l'ile appelée de la Gourdaine.

Lorsqu'en 1-2o4, Henri 111, roi d'Angleterre, vint à Paris, il préféra le logement du Temple au palais que lui avait olfert saint Louis.

Au treizième siècle, l'enclos du Temple fut considérablement augmenté et embelli de nouveaux kitiments, assez remarquables pour l'époque. 11 fut entouré de murailles crénelées très-élevées et flanquées de tours on pierre de taille. La plus considérable était carrée, haute de 150 pieds, sans les combles, et flanquée de auatre tourelles rondos, accompagnée, du côté du nord, d'un massif surmonté de deux autres tourelles beaucoup plus basses. Elle se divisait en quatre étages , à chacun desquels se trouvait une pièce de 30 pieds carrés, et trois autres plus petites, pratiquées dans trois des tourelles. La quatrième renfermait un bel escalier ; les murs avaient une moyenne de 9 pieds d'épaisseur.

C'est dans cette tour que les rois de France ont longtemps déposé leur trésor. Elle servit aussi de prison d'Etat et devint célèbre par la captivité de l'infortuné Unis XVI et de sa famille. Le roi y entra le 11 août 1792 et en sortit le 21 janvier 1795 pour monter sur l'échafaiul. Parmi les hommes marquants qui y furent renfermés, on cite le comte de Rivarol, qui y resta deux ans, Duverne de Presle, le chevalier d'Aranjo, ambassadeur de Portugal, Esmenard, le comte de Montlozier, M. Je Rémus,it, Toussaint TlDuverlure.le commodore sir Sydney Smith, etc. Le général Pichegru y fut incarcéré et s'y suicida le 6 avril 1804. Wright, capitaine de la marine anglaise, accusé d'avoir débarqué des Vendéens sur les cotes de France, s'y coupa la gorge avec un rasoir en 1803. Les généraux Moreau et Lajollais, Georges Cadoudal, le marquis do Rivière et les frères Polignac, y furent également détenus. Les tours du Temple, devenu propriété nationale depuis 1789. furent presque entièrement démolies en 1802. Une grande partie de l'enclos servit, en 1809, à la construction des bâtiments de la halle au vieux linge et à la ferraille; la grosse tour a été abattue en 1811.

Ce qui restait de l'ancien palais du Temple fut disposé, en 181-2 et 181 5, pour y loger le ministre des cultes et ses bureaux. En 1814, ce bâtiment fut donné à la princesse de Coudé, ancienne abbesse de Remiremont, qui y établit une congrégation de dames de son ordre. Il est redevenu propriété nationale.

VEUPIiE DE liA CiliOUtE, à Paris Voy. Madeleine.

TIEiSITT (Pont ue), â Lyon, département du Rhône. Ce pont, commencé en 1788, ne fut achevé qu'en 1808. Il porta d'abord le nom de Pont de l'archnéché, et prit ensuite celui de Tilsitt. en mémoire du traité de ce nom, conclu, les 8 et 9 juillet 1807, entre l'empereur Napoléon et l'empereur Alexandre. Il se compose de cinq arches en belles pierres de choin, parfaitement égales, ayant cliacune 20 mètres 79 centimètres d ouverture ; sa longueur, d'une culée à l'autre, est de 120 mètres 20 centimètres, et sa largeur de 13 mètres 64 centimètres. C'est un modèle d'élégance et de construction ; il est peu d'ouvrages de ce genre en France qui réunissent autant de grâce et de solidité. Une voie large et supérieurement tien percée, des trottoirs construits en belles dalles, en rendent l'accès extrêmement facile aux voitures et aux piétons.

TOCR-HACilVB, à Nimes, département du Gard. Elle est située sur une éminence qui domine la ville, et élevée en forme de pyramide. Enfermé autrefois dans l'enceinte de la cité, cet édifice formait l'angle des murailles, du côté du nord. Sa cons!ruction offrait sept faces dans la partie inférieure, et huit dans la partie supérieure. Les ornements qui décoraient ces faces n'existent plus que sur un pan de mur, du coté du midi. le nom donné à ce monument lui vient de ce que c'était la tour la plus grande et la mieux bâtie de toutes celles qui régnaient le long des murs d'enceinte.

La hauteur totale de l'édifice, y compris la partie que cachent les décombres amoncelés à la base, est de 59 mètres. Le soubassement avait huit pans réguliers; il formait une terrasse sur laquelle était la tour, également à pans 3 réguliers ; au-dessus il y avait un ordre de pilastres trèsserré avec des chapiteaux toscans : quatre pilastres garnissaient un des pans de l'octogoue; le tout portait un ordre de colonnes ;i jour, probablement couronné par une petite coupole.

L'intérieur de la tour contenait six petites chambres, où espaces vides sans destination apparente. On y montait par un massif de maçonnerie, placé du côté de l'occident, et qui était garni de garde-fous servant de rampes ou d'accoudoirs. Un autre passage conduisait jusqu'à une galerie placée au milieu de la tour. Ces deux montées n'avaient point de marches et formaient une pente douce et aisée : elles étaient pavées de carreaux de marbre. Un escalier à noyau, pratiqué dans le massif même, conduisait jusqu'au sommet, consistant en une plate-forme entourée d'une rampe, qiii, avec la corniche, avait 4 pieds de hauteur. Les marcnes de l'escalier étant entièrement déli'uiles, on ne peut y monter qu'à l'aide d'une échelle. On fait remonter l'origine de cette tour à l'époque de la première conquête des Romains dans la Gaule méridionale. Les sentiments ont été partagés sur la destination de ce monument. Deiron l'a regardé comme un phare ; Astruc, comme un temple gaulois; d'autres ont prétendu que c'était un trésor public ; Menard que ce pouvait être une tour destinée à l'établissement de signaux ; Clerisseau, qui en a donné une description graphiques, croit que c'est un tombeau. L'analogie de cet édifice avec les mausolées deGlanum etd'Aix, donne un grand poids à cette opinion; la petite coupole était sans àoute destinée à recevoir la figure ou le sarcophage. Tout le corps de l'édifice est en moellons bruts; les pilastres, les corniches et les plinthes sont en pierre de taille.

Il parait que la première dégradation de ce monument date du tempsde Charles-Martel, en 737. Il est probable que ce prince aura voulu le détruire pour ôter aux Sarrasins la possibilité de s'y fortifier. Il fut ensuite restauré par les Français, qui en firent un fort. Bernard Athon, vicomte de Nimes, le remit en cette qualité à Alphonse, roi d'Aragon, qui lelui rendit, à titre de fief, enH79. Cette tour servit de défense contre les Anglais, sous Charles V et Charles VI ; on l'utilisa souvent comme d'une espèce de beffroi, où l'on plaçait des sentinelles pour avertir de l'approche de l'ennemi.' Le duc de Rohan en fit, au seizième siècle, un point de fortification, en y ajoutant quelques ouvrages qui ont été démolis en 1629.

TOUR D'ORDRE, à Boulogne, département du Pas-de-Calais. On donnait ce nom à un phare dont on

attribue la construclion à Caligula. Cette tour, de forme octogone, avait quelque ressemblance avec les temples chinois. Sa liauteur était de 24 pieds, non compris tt pieds de fondation. Elle se coni|iosait de douze étages, allant en diminuant vers le haut, t^e vieux inonumenl s'écroula entièrement le 29 juillet IG44. Le premier étage avait 224 pieds de circonférence ; celle du dernier était de 40 pieds. Il y avait au sommet une tour servant de lanterne ou vigie; une porte était placée à chaque angle, ce qui en élevait le nombre à quatre-vingt-seize. Un escalier pratiqué dans le mur extérieur conduisait au sommet du monument.

TOURMOEli (Château de). Ce château est une dépendance de la commune de Volvic, département du Pny-ile- Dôme. Cette forteresse, en partie démantelée aujourd'hui, a conservé son donjon et quelques vieilles tours assises sur le rocher. Un sentier sinueux conduit jusqu'à la porte

principale; on laisse à droite, en entrant, une tour à bos sages, qui a di'i être construite sous François I"; puis, après avoir passé sous la dernière porte dont la baie est encore colorée par les tons rougeâtres des rouilles de la herse, on pénétre dans un vestibule qui donne sur le préau. De la plate-forme du donjon on jouit d'une vue magnifique qui s'étend sur le bassin de la riche Limagne. Le château deTournoel aété regardé comme imprenable jusqu'à l'époque où Gui de Dampierre s'en empara sous le régne de Philippe-Auguste. Cnarles d'Apchon, qui en était gouverneur, le défendit contre les ligueurs en 1590. et périt, les armes à la main, dans une sortie. Ce château fut de nouveau assiégé, pris et en partie brûlé par les ligueurs, en 1594.

TROWB (AtlC DE TRIOMPHE DE LA BABltlÈIlE DU), à Paris.

C'est au crayon de Claude Perrault que l'on doit la description graphique de ce monument, élevé à la gloire de Louis XIV. Il était du petit uombi-e de ceux qui offraient le plus d'analogie avec les modèles antiques que nous avons déjà décrits. La première pierre en fut posée le (j août IGTO. Une médaille commémoralive, frappée àcette occasion, donne aussi, mais imparfaitement, la représentation de cet arc de triomphe; elle portait cette exergue : Pour les coiiquèks de Flandre et Ue Franche-Comté.

Cette œuvre n'a pas été entièrement achevée; on en arrêta les travaux en pierre à ta hauteur des piédestaux. Toute la partie supérieure fut construite en plâtre. Ce monument a été entièrement détruit au commencement de la régence.

TURBWXB (PvRAMiDE ÉLEVÉE h), à Salzbach. Le 27 juillet 1675, à deux heures de l'après-midi, le général

Sainl-llilaire fait prier M. de Turenne de venir reconnaître un mouvement de l'ennemi. Le maréchal s'empresse d'aller joindre le général, qu'il rencontre sur un mamelon en avant de Salzbach. Au moment où Saint-Uilaire avançait le bras pour montrer au maréchal la direction du corps dont le mouvement l'avait inquiété, un boulet lui enlève le bvas et va frapper Turenne au-dessous du cœur; le maréchal tombe mort : au même instant, le jeune fils deSaint-Hilaire,qui remplissait auprès de lui les fonctions d'aide de camp, fondait en larmes en secourant son père! « Ce n'est pas moi, mon fils, lui répond le général, qu'il faut pleurer, c'est ce grand homme. »

En 1781 . sur le terï-ain où se passa cette scène de douleur et de désolaiion, le duc de Rohan fit élever un tombeau à la mémoire du maréchal. Ce monument consiste en une pyramide élevée sur un piédestal, dont la face principale renferme, au centre, la figure en relief du grand homme. Au milieu de la pyramide sont écrits ces moU : La France a Tureme. Elle" est entourée d'une balustrade en fer.

TUREXMB (ToJiBEAD de), érigé d'abord à Saint-Denis, et transporté depuis aux Invalides. Aussitôt que la cour apprit la mort du maréchal, elle ordonna que ses restes mortels seraient transportés à Paris et enterrés à Saint-Denis. Cet ordre fut exécuté, et la France reçut avec enthousiasme la nouvelle des honneurs rendus à la mémoire du guerrier.

Le 16 août 1799, en exécution d'un arrêté du directoire, les restes de Turenne furent transférés de Saint-Denis au Musée des monuments français, et déposés dans un sarcophage taillé à l'antique. Le 23 septembre 1800, le beau mausolée que la munificence royale lui avait érigé dans les caveaux de Saint-Denis fut rétabli sous le dôme des Invalides. On y lit cette inscription modeste, gravée par M. Lenoir :

TiHENNE, nom cher à tous les cœui's gcnéruiis, qui, pcndiint nunrantc ans. lui l.i gluire de la France, la lerreur et l'adiiiiraliou (ie S3S ennemis, el qui renrorme en lui seul l'e.'cpi'ession des plus rares talents el des plus grandes verUis râinis!

KIEiRIC (Château de Saim-). A l'ouest de l'ancienne ville de Piibcauvillé, département du Uaut-Rhin, on aperçoit, sur la pente de la montagne qui ouvre une vallée pittoresque, les ruines du château de Saint-Ulric, dont l'immense façade apparaît au milieu des bois. On pense que sa construction remonte à la fin du treizième ou au commencement du quatorzième siècle.

Bâti sur un rocher escarpé el à pic, il présente l'ensemble d'une grande masse d'epnisses et hautes murailles cré-

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

nelées. Une tour carrée et irès-élevée se fait remarquer à sou exlrémilé supérieure; c'était le donjon de la forteresse, couronne d'une plate-forme. 11 fut inutilement assiégé par Rodolphe de Habsbourg et par Adolphe de Nassau.

VRPHÉ (Chaiead d'), dépendant de la commune de Champoly, département de la Loire. Ce château est bâti sur une montagne élevée, dans un site sauvage. Celte forteresse, que l'on aperçoit de presque tous les points, domine toute la contrée, et semble encore imprimer une sorte d'effroi. Elle consiste en un immense bâtiment de forme carrée, défendu aux quatre angles par quatre tours rondes. Les murailles en sont trés-élevées et se trouvent presque au niveau du sommet des tours.

Cette ruine, imposante par son aspect âpre et monotone, est célèbre dans les annales du pays par le souvenir d'une horrible catastrophe qui en fil a"bandonner le séjour par ses anciens possesseurs. En 1418. les domestiques, on ne sait par quel moiif, ayant conspiré contre leurs maîtres, assassinèrent toutes les personnes qui se trouvaient dans le château. La postérité des seigneurs d'L'rphé aurait été atteinte dans ce massacre, si l'un d'eux, Pierre d'Urphé, ne se fût trouvé à Paris , à la tète des gendarmes de Charjes VII. L'auteur de l'Astrée a placé, dans les environs de ce séjour pittoresque, plusieurs scènes de son roman.

VAliE^'DRE (Pont hilitaifie df.), i Cahors, déparlement du Lot. Ce pont fut ainsi appelé du nom de l'architecte qui l'a élevé, (juelques auteurs font remonter sa foudation au treizième siècle, d autres au quatorzième. Celte construction est particulièrement remarquable par sou architecture gothique. Le pont est composé de nuit arches; les six arches du milieu sont en ogive, celles des deux extrémités à plein cintre ; elles sont surmontées de trois hautes tours carrées, placées, une à chaque exlrémiié, la troisième au centre. Tout l'édiBce est bâti en petits blocs de pierre liés par un ciment très-dur.

VAIjCE.USE (Chateap de), village du département de ce nom. A peu de distance de ce lieu , on remarque, sur des rochers , les ruines pittoresques d'un ancien cnàteau qui apparlenait autrefois aux èvèques de Cavaillon, et que l'on nomme improprement, dans le pays, le Château de Pétrarque. Cette vieille forteresse, qui a joué un rôle remarquable pendant les guerres du moyen âge, ne présente plus que quelques dcbris de murailles et un fragment de tour, qui ne laissent aucun doute sur son ancienne importance politique et militaire.

'VE^'DOHE (CuATEAD de). La ville de Vendôme, département de Loir-et-Cher, doit son origine à un château-

fort dont la construction première remonte au temps des Romains. Les ligueurs s'éiant emparés de la ville et de la forteresse, en 1380, Henri IV les reprit d'assaut peu de temps après et fit démanteler le ch.iieau. Il ne reste aujourd'hui que les ruines de cette antique forteresse, oui était autrefois entourée de fossés profonds et de murailles flanquées de six grosses tours. On y reconnaît l'architecture du moyen âge, et quelques constructions gallo-romaines.

Le parlement de Paris s'assembla au château de Vendôme, en 1227, pendant la minorité de saint Louis; et, en 14o8, pour juger le duc d'Alençon , accusé d'avoir voulu livrer la France aux Anglais.

VEBXÈCHJES (Cb.vteau fra>c, et temple grec de). Vernègues est un petit village du département des Bouchcs-iin-Rhùne. sur la rive gauche du canal de Crapone. Il est bâti sur une colline désignée sous le nom de Puech de Valoni, entouré de murs, et dominé par les ruines d'an château du moyen âge. Près de ces ruines féodales se trouve un temple grec assez bien conservé, et connu dans le pays sous la dénomination de Maison basse de Vernègues. Son origine remonte à la fondation d'une colonie hellénique qui s'était établie dans le village.

VEZEIiAlf (Porte siilh aire a), départem. de l'Yonne. Cette ville fut fortifiée vers la fin du onzième siècle ; c'est dans ses murs que se tint. enl!4o, le fameux concile présidé par saint Bernard, ou fut décidée la deuxième croi-

sade. Elle servit, en 1190, de renaez-vous ar." armées de Philippe-Auguste et de Richard Cœur-de-Lion, roi d'.\ngleterre, qui s'étaient croisés pour la Palestine. — On entre dans la place par deux portes, celle de Saint-Etienne, qui conduit <à Claniecy, et la Fausse-Porte, qui mène à .4uxerre. La première" se trouve entre deux espèces de bas- . lions arrondis qui offrent l'aspect des anciennes fortifications, et présentent, sous ce rapport, un intérêt historique assez remarquable.

VIXCEVXES (CuATEAC ET D0>"J0>- DE)(I). Après avoir suivi le faubourg Saint-Antoine dans toute sa longueur, à peine avez-vous franchi les deux lourdes colonnes de la barrière du Trône, ainsi nommée parce qu'autrefois les ambassadeurs étrangers y faisaient leur entrée pour se rendre i l'audience "royale, que vous voilà sur une magnifique avenue dont" la plantation est due à ce roi qui ne savait rien faire que de grand. Vous traversez le bois, et, en approchant du village, le château que vous apercevez de loiu, c'est le château de Vi>ce.n>es ! D'où

il) Cet article est de M. Bescherelle aine.

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

vient qu'à la vue de celte sombre forteresse, de ce donjon entouré de fossés, de ces iiouts-levis, de ces remparts hérissés de canons, une grande tristesse vous saisit tout à coup au cœur?... C'est que, dans le souflle de la brise qui siffle à travers les meurtrières mal closes, il vous semble encore entendre les soupirs de douleur elles cris de rage des grandes infortunes qui, pendant l'espace de quatre siècles, vinrent tour à tour s'y débattre dans les tortures de la question ou y payer de leur vie leurs aspirations vers la liberté. Oh ! que ne nous est-il donné de connaître tout ce que ces murs ont caché! que de choses de notre vieille histoire nous aurions à vous raconter; car, anciens jours, anciennes mœurs, drames sanglants, intrigues secrètes, chaudes amours, orgies effrénées, tout cela s'est remué, s'est agité sous ces murailles aujourd'hui muettes et glacées.

Interrogeons donc les échos plus ou moins mystérieux de l'histoire, et soulevons un coin du voile qui couvre la plupart des terribles événements dont ce vieux monument, à la fois berceau et tombeau d'une foule de princes et de rois, a été le théâtre. Ne sont-ce point les origines et les souvenirs historiques qui donnent de la vie aux pierres?

Un historien, qui a tracé un tableau assez curieux des maisons royales, châteaux et parcs des rois de France, Poncet de la Grave, nous dit que le bois de Vincennes était connu avant la naissance de Jésus-Christ, et que dés ce temps il servait de lieu de promenade et i'eshattemcnt aux bons bourgeois de Paris. Les Romains y avaient élevé un petit temple en l'honneur du dieu Sylvain, et ce temple était desservi par des prêtres qui avaient formé dans cet endroit un collège ou communauté. Mais, ;i l'avénement du christianismedans les Gaules, temple, prêtres, collège, tout disparut; et Vincennes, comme la plupart des résidences royales, ne fut )ilus qu'un rendez-vous de chasse très-rechen lié de nos rois, même sous la première race : Varcnam hberam aique sccuram regali more, dit la chronique.

Mais Vincennes, d'où peut venir ce nom? Là dessus que de frais d'imagination n'a-t-on pas faits ! Ecoutez celui-ci ; il vous dira qu'anciennement on écrivait Vicena ou Vicenœ, et que partant Vicena est une altération de vita sana, vie saine, ce qui fait allusion à la pureté de l'air qu'on respire en ce heu. Que si cette étymologie ne vous plait pas, consul lez celui-là, et il vous apprendra que c'est parce que le bois contenait deux mille arpents, c'està-dire vingt fois cent arpents, qu'on l'a nommé ainsi, car deux mille arpents ne font-ils pas juste vingt cents ? Or, de vingt cents à Vincennes il n'y a, comme on dit, que la main. Peut-être n'êles-vous pas encore satisfait? Eh bien, considérez le peu de dislance qui sépare Vincennes de Paris, et il ne vous sera pas difflcile d'admettre, comme on le prétend, que Vincennes n'est autre chose que le mot latin vicinus, vicina, voisin, défiguré. Résistez-vous encore? Pour vous être agréable, RuUel remontera jusqu'au celtique wydd ou ris, bois, san ou sen, étang, ce qui veut dire bois où il y a un élang. Vous faites la grimace! Attendez, voici venir un savant qui. armé d'anciennes chartes, va vous prouver que pendant plus de quatre cents ans on a dit et écrit Vikcna, Vilcenna et au pluriel Vilccno', Vilcennarum, et que par conséquent ce nom vient de quelque mot des anciens Francs ou Germains, tel que wils, qui, dans la loi des Bavarois, signifiait un cheval médiocre, ce qui fait tout naturellement supposer qu'il y aurait eu un petit haras d'où ce bois aurait tiré son nom. Ouf! nous en avons fini avec les élyraologistcs, en sommes-nous plus avancés? Il avait, ma foi, bien raison celui qui disait qu'en faild'étymologie les mots sont comme les cloches, auxi|uelles on fait dire tout ce que l'on veut.

Malgré l'obscurité qui environne son berceau, Vincennes n'en est pas moins une localité vraiment historique et dont le nom se rattache aux principaux événements de nos annales. On ignore en quelle année et sous quel roi fut construit le premier château. Ce qu'on sait seulement, c'est qu'en lÎGi Louis Vil y fonda un monastère pour les religieux de Grandmont, remplacés de]iuis par les Minimes. Ce n'est guère qu'à Philippe-Augusle ([ue Vincennes doit réellement son origine historique. C'est lui qui fit

entourer le bois d'épaisses murailles, et qui construisit à son extrémité un manoir ou maison de plaisance pour se livrer plus commodément au plaisir de cliasser et cerfs, et daims et chevreuils, ce qu'apprenant Henri 11, roi d'Angleterre, ce prince lui envoya, par la Seine, de ses duchés de Normandie et d'Aquitaine force bêles fauves, petit cadeau qui n'entretint pourtant pas longtemps l'amitié entre les deux monarques. Ainsi une ménagerie, voilà l'une des premières constructions élevées dans le bois de Vincennes : les bêles fauves précédaient les gouverneurs, les geôliers et les bourreaux ! Certes, en faisant murer son parc, le roi chasseur du douzième siècle ne se doutait guère que les Anglais viendraient un jour y chasser par droit de conquête, et plus encore de trahison. C'est là, c'est à Vincennes que Philippe-Auguste partant pour la Terre-Sainte fil son testament.

Saint Louis visita souvent ce manoir, et il y rendait même la justice à ses sujets dans le bois, au pied d'un chêne. « Là mainte fois se est vu, dit Joinville, que le saint homme roy, après que il avoil ouy la messe en été, il se alloit esbattre au bois, vêtu d'une cotte de camelot, d'un surcol de tiretaiiie sans manches, et d'un manlel par dessus de sandal noir ; et faisoil là eslendre des tapis pour seoir ses gens auprès de hiy ; et tous ceulx qui avoient affaire à luy venoient luy parler sans qu'aucun huissier ne autre leur donnast empeschement. » De retour de Sens en d234, Louis IX déposa d'abord à Vincennes la couronne d'épines de Noire-Seigneur Jésus-Christ au'il avait achetée sur parole d'un Vénitien. C'est de ce cliàteau qu'accompagné de ses frères, Alphonse et Robert, le saint roi porta solennellement la précieuse relique, pieds nus, jusqu'à Nolre-Danie deParis. Comme Philiiqie-Augustc, sainlLouis partit de Vincennes, en 1270, après avoir fait ses adieux à sa femme, Marguerite de Provence, pour aller attaquer Tunis où il devait voir mourir Jean Tristan, son fils, et où lui-même devait peu de jours après expirer sur un lit de cendres.

Quelques semaines plus tard il se passa à Vincennes un fait qui prouve combien les anciens évêques de Paris étaient jaloux de leurs droits et prérogatives. La reine cl la comtesse de Nevers habitaient ce château, lorsqu'elles apprirent la mort de saint Louis, et de son fils, qui était comte de Nevers. Etienne Templier, évêque de Paris, y vinl pour faire son compliment de condoléance à la reine et à la comtesse de Nevers, qui toutes deux déploraient leur perte réciproque. Celte comtesse, en voyant l'évêque, se ressouvint qu'elle lui devait hommage pour la terre de Monjay, et le pria de recevoir cet hommage au château de Vincennes, et de lui épargner la peine d'aller à Paris, dans un instant où, affiiiblie par la douleur, elle ne pouvait faire ce vovage. Le prélat refusa la proposition, en disant que ses prédécesseurs avaient toujours reçu cet hommage au palais épiscopal. La comtesse insista encore dans ses prières, mais iiiulilemenl. La reine, voyant celte obstination, se joignit à la princesse. Alors l'évêque n'osa plus refuser; mais il ne consentit à recevoir l'hommage dans ce château, qu'à condition tiu'il serait fait mention, par un acte particulier, des difficultés que les princesses avaient éprouvées pour obtenir cette grâce, et de sa ferme résisi.mce à la leur refuser. Ainsi, au mois de novembre 127(», ces princesses lui donnèrent acte de son opiniâtreté féodale.

En 1274, le fils de saint Louis, Philippe le Hardi, augmenta par diverses acquisitions l'étendue du parc de Vincennes; fit une nouvelle clôture près de Sl-Mandé; acheta différentes sources pour être conduites dans les viviers du château, et y épousa, en secondes noces, Marie, fille de Henri Hl, duc de Brabanl.

Pour être juste envers les geôliers de tous les temps, il nous faut bien dire qu'en 1276 un ancien serviteur de saint Louis, Pierre de la Brosse, fut enfermé à Vincennes, et l'on croit même qu'il y fut pendu. Voici à quelle occasion. 11 y avait à peine deux ans que Marie de Brabant était unie à Philippe le Hardi, lorsqu'elle fut accusée d'avoir fait mourir, par le poison, l'ainé des fils que Philippe avait eus d'Isabelle d'Aragon, sa première femme. Pierre de la Brosse, chambellan et favori du roi, fut l'au-

leur de celle accusalion. Philippe aimait tendrement Marie : il voulut, avant de croire au crime, en avoir la preuve convaincante, et il envoya consulter une béguine de Nivelle en Brabant. espèce de' sibylle qui se vantail du don de prophétie. La béate garda d"abord un silence obstiné; mais, pressée de nouveau de s'expliquer, elle déclara que la reine était innocente, et que le crime avait été commis par un homme qui était tous les jours auprès du roi. C'était assez indiquer le favori : Philippe crut l'oracle, et l'accusateur fut à son tour accusé et condamné. Mézcrai rapporte que, dans le premier moment, le trop crédule Philippe menaça la reine du dernier supplice; et un auteur du temps assure qu'elle aurait couru risque d'être brûlée vive, si son frère Jean, duc de Brabant, n'eut envoyé un chevalier pour justifier son innocence en champ clos ; et que l'accusateur suscité par la Brosse, n'ayant pas osé soutenir sa calomnie les armes à la main, fut condamné au gibet.

Pierre la Brosse n'est pas le seul prisonnier qu'ait vu le donjon à cette époque. Sous le règne de Louis X, Enguerrand de Marigny trouva également dans un cachot de Vincennes de bons liens et anneaux de fer. Cet Enguerrand était tombé de haut! 11 était premier ministre de Philippe le Bel, comte deLon^ueville, chambellan, châtelain du Louvre, grand maitre d'hôtel, surintendant des finances et coadjuteur du gouvernement du royaume... Louis X accusa le premier ministre de Philippe le Bel d'avoir dilapidé les nnances, altéré les monnaies, accablé le peuple d'impôts, dévasté les forêts royales. .\rrèté, il fut d'abord enfermé au Temple, puis transféré iVincennes. où une commission le condamna, sans même vouloir l'entendre, au supplice de la potence. Pour ce faire, on le conduisit de \ incennes à Monlfaucon, où était dressé cet immense gibet qu'il avait fait construire lui-même sous le régne de son premier maitre. Quelle bizarre destinée!

De 1303 à 1328 le château de Vincennes vit tour à tour mourir Jeanne de France, femme de Philippe le Bel, Louis X,dit le Hutin et Jean 1"^, son flls, qui ne vécut que cinq jours, Philippe V, dit le Long et Charles le Bel. Deux mois après la mort de ce dernier, Jeanne d'Evreux, sa troisième femme, y accouchait dans les larmes.

En 1537, le modeste manoir de Philippe-Auguste était en si mauvais état, que Philippe de Valois se vit obligé de le faire raser. Sur son emplacement il posa la première pierre du château connu aujourd'hui sous le nom de Donjon. Les premières assises du bâtiment étaient déjà hors de terre lorsque ce prince mourut. Jean II, dit le Bon, son ûls, continua la construction des tours, et passa à Vincennes les trois années qu'il resta en France à son retour d'Angleterre. Sa rançon avait coûté à la France ses plus belles provinces; mais' Jean, peu sensible à tant de dévouement, se rembarqua pour Londres, où le rappelait son fol amour pour la comtesse de Salisbury, maîtresse d'Edouard 111, A l'époque des guerres qui eurent lieu en France sous le régne du roi Jean, Vincennes, Saint-Maur, Nogent, etc.. eurent beaucoup à souffrir des dévastations et des pillages auxquels se livraient les troupes de tous les partis.

Si Vincennes doit à Philippe-Auguste d'en avoir pour ainsi dire jeté les premiers londeineuts, c'est .i Charles V

2u'il est redevable de la plupart de ses embellissements, harles V était né à Vincennes, et il avait pris ce lieu en si gi-ande affection, qu'il en faisait sa demeure ordinaire. Il acheva les travaux commencés par le roi Jean, son père, et fit ajouter huit tours carrées sur les quatre faces des remparts. Ce fut aussi lui qui fit bâtir la sainte chapelle, élégant chef-d'œuvre d'architecture gothique que l'on admire encore de nos jours. C'est dans la plaine de Vincennes qu'en 1538, pendant la captivité de Jean, Charles V, alors régent du royaume, avait réuni les trente mille hommes avec lesquels il" vint investir Paris, dont les habitants révoltés lui refusaient l'entrée. Ce roi mourut où il était né, à Mncennes, non pas précisément au château, mais dans son manoir de Beaute-sur-.Marne, près de celui du même nom dans le bois de Vincennes. Beauté, connu dans les auteurs du temps sous le nom de Bellitas ad matronam, était une ancienne et fort agréable maison royale, sur les bords de la Marne, ainsi nommée à cause de l'agrément

de son habitation. Froissard le place dans le bois de Vincennes. mais il se trompe, et la relation de l'entrevue que Charles V eut en ce lieu avec Charles IV, empereur d'Allemagne, ne permet aucun doute sur ce point.

L'impudique Isabeau de Bavière ne quittait que rarement le château de Vincennes. Son faible et malheureux époux, Charles VI, y tenait sa cour quand il en avait une. Ce fou couronné eut un jour un accès de raison, et il en profita pour se venger des infidélités de sa femme. Les vices, les crimes, les orgies d'Isabeau n'étaient un secret pour personne dans le donjon. Le roi seul en était encore à s'apercevoir des ruines que la main de la reine faisait autour de son trône avec son honneur. Jusque-là avait-il formé les yeux sur les débordements de sa femme'.'.... Toujours est-il qu'une fois l'esprit du roi se réveilla. C'était un soir.... Charles VI se promenait dans le bois de Vincennes.... Tout à coup, au détour d'un massif, il aperçoit un cavalier, portant haut la tête. Au lieu de mettre ^enou en lene et de s'incliner devant son maitre, il passe hèrement sur son cheval tout prés du roi, qu'il salue de la main. L'audacieux!... mais quel est ce cavalier?... Charles^! l'a reconnu : c'est Bois-Bourdon, l'amant d'Isabeau, qui court à toute bride vers le château, où l'attend la reine de France.... Le roi était indigné, il donna aussitôt ordre à Tanneguy-Duchâtel de courir sus à Bois-Bourdou, de l'appréhender, de lui mettre les fers aux pieds et de le jet'^r dans un cachot de Vincennes. Charles VI fut si bien obéi, que, dès la nuit suivante, Bois-Boui-don était jeté à la Seine, enfermé dans un sac de cuir, sur lequel on lisait : Laissez passer la justice du roi!

En 1382. après la sanglante bataille de Bosebèke, remarquable par la victoire que l'armée française, commandée par le roi Charles \l en personne et par le connétable Olivier de Clisson, remporta sur les Flamands, Charles VI fit enfermer, et pour ainsi dÏK enchaîner au donjon de ^ incennes, les chaines de fer que les Parisiens insurgés avaient préparées pour leurs premières barricades Depuis le commencement des guerres civiles qui désolèrent la fin du triste rè^ne de Charles VI, et pendant toute la durée de l'occupation anglaise, le château de Vincennes servit tour à tour de quartier général aux partis français et anglais, et devint souvent le théâtre d'événements graves, de drames sinL-lres et honteux.

On rapporte qu'en 1419 une grande cherté de bois s'étant fait sentir à Paris à cause d'un hiver très-rigoureux, Charles VI donna l'ordre d'abattre les arbres dii parc de Vincennes, pour servir à la consommation de la capitale.

En 1422, Vincennes servit de tombeau à Henri V, roi d'Angleterre. Descendu sur la plase de ^'ormandie, cl, marchant de victoire en victoire, (f'Harfleur à .\zincourt, de Rouen ,i Paris, livré à Troyes par l'infâme Isabeau et le fils de Jean sans Peur, ce prince avait osé se faire proclamer roi de France, grand la Pucelle n'avait pas encore ordonné aux Anglais de laisser le rovaume à son vrai maitre Charles VII ! C'est dans l'une des salles du donjon qu'il signa les lettres d'investiture qui donnaient la régence au duc de Bedfort.

En 1451, Henri VI, qui avait hérité de la double couronne de France et d'Angleterre, voulut revendiquer ses droits ,'iu trône de saint Lonis. 11 passa le détroit et vint à é Paris pour se faire couronner roi. Il ne fit qu'une seule visite à Isabeau, et resta à Vincennes jusqu'au 15 dé-, cembre.

Quatre ans plus tard mourait A Vincennes, à l'âge de soixante-quatre ans, cette Isabeau de Bavière, cette reine de France qui avait vendu à Henri V son honneur, le trône de son époux et de sou flls, sa fille et la France! Telle était l'horreur qu'avait inspirée, même au milieu de la cour de France, la méprisable femme de Charles M. qu'il fallut l'enterrer la nuit et sans cortège. En effet, on sait que son lils dédaigna de Ihonorer par des funérailles dignes de la majesté royale. On envoya son corps à Saint- Denis dans un petit bateau, sons la "garde d'un prêtre et d'un valet. Toute la vie d'Isabeau est àans celte épitaphe .

Reine, épouse coupable, et plus coupable mère, Après avoir livré le royaume aux Anglais,

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

Objet <\c leur mûpris, csécrablc aux Français, Ci-i;iL IsADEAU DE Bavièhe !

En 1436, le château de Viiicennes ayant garnison anglaise, le commandement en fut conûé à Huntington. Peu de temps après, Charles Vil s'étant reconcilié avec le duc de Bourgogne, leurs armées réunies se porlérent sur Vincennes et enlevèrent la forteresse aux Anglais. Bientôt reprise par ces derniers, Jacques de Chabannes, capitaine français, s'en empara de nouveau après un assaut sanglant, et en fut nommé gouverneur. On attribue à Qiarles VII la construction du manoir de Beauté dans le

parc de Vincennes, qu'il aurait consacré à Agnès Sorel, et d'où elle aurait pris le nom de Dame de Beauté.

Que de fois nos rois ne sont-ils pas venus chercher, sous les frais ombrages du parc de Vincennes, un asile contre les soucis de la couronne ! Mais si jusqu'au règne de Louis XI ce château ne fut guère qu'une maison de plaisance où les rois venaient se soulacier et s'eshattre, il parlir de 1472 ce lieu de soûlas et d'esbaUement changea bien de destination : il devint un séjour d'angoisses et de malheur. Louis XI en lit une prison d'Etat, une autre Bastille, une succursale de Plessis-les-Tours. C'étaient là ses plaisirs à lui, et il faut avouer que, pour

une geôle, il était impossible de commencer sous un meilleur maître. Louis XI prenait un certain plaisir à torturer ses prisonniers d'élite, et, pour les avou- plus sûrement sous la main et pouvoir jouir de leurs plaintes, de leurs gémissements, il avait soin de les enfermer dans des cages de fer, dont l'invention était due au cardinal de La Balue. Pauvre cardinal ! il ne se doutait guère que tôt ou tard il ferait l'essai de sa triste invention. Sorti de la plus basse extraction, il s'était élevé aux plus hautes dignités, et avait fini par obtenir la faveur de Louis XI ; mais un jour, s'étant avi'é de conspirer contre son maitrc, il fut arrêté et enfermé .i la Bastille, où il resta onze ans, et où, par conséquent, il eut le temps d'expérimenter les fameuses cages. Ces sortes de cages, destinées à emprison-

ner les victimes delà vengeance royale et de la haine ombrageuse du monarque, étaient, aux yeux de Commines. un admirable moyen de gourernement, et Louis XI était trop bon politique pour ne pas le mettre à profit; il en usait largement. Aussi voyait-on souvent le royal geôlier venir se placer devant sa victime pour l'interroger, pour l'accuser, pour l'insulter peut-être 1 C'est ainsi qu'en 1482, René, comte du Perche, le fils du duc d'Alençon, pour avoir tenté de chercher un asile en Bretagne contre le maiiv.Tis vouloir des courtisans du roi, fut renfermé à ("binon, dans une cage de fer à'unpas et demi de long, d'où on ne le tirait qu'une fois par semaine, pour faire un repas. Le reste du temps, on lui donnait à manger à travers les barreaux avec une fourche! 11 fut ensuite jugé ;i

M0NU51E1NTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

Vincennes, et, par faveur singulière, Louis XI voulut bien se contenter de lui prendre le Perche. L'excellent roi ! Les criminels d'Etat étaient livrés, pieds et poings liés, à Olivier le Daim, et ce bourreau domestique préluda par le supplice de ces victimes aux supplices plus importants qui lui méritèrent la sanglante confiance de sou maître. Mais celui-ci se montra reconnaissant : il donna à Olivier le Daim l'étang et le vivier du bois de Vincennes. Vers la fin de son régne, Louis XI installa au château le bon saint François de Paule. Le monarque, qui était dangereusement'malade, avait fait venir du fond de la Caiabre ce

saint ermite dans l'espoir d'être giiéri par ses prières. Le saint honmie ne le guérit pas, mais il le disposa à mourir sans crainte et en chrétien. Louis XI, malgré tout, avait du bon. N'est-ce pas lui qui, voulant élever le trône de la bourgeoisie sur les ruines de toutes les petites royautés féodales, invitait les habitants de Paris à manier les "armes de guerre et à jouer le rôle d'une véritable armée ! .\ussi, la garde nationale présentait-elle, le 20 avril 1474, un effectif de (juatre-vingt mille hommes, et ce fut dans la plaine de Vincennes même que ce roi populaire passa la revue des boui-geois armés de la capitale.

Loais XI fait li revne des troapes de la honrgcoisie de Paris.

Les premiers moments du régne de Charles Vil! ne furent qu'un tissu d'intrigues. Le sacre du roi fit trêve à ces misérables querelles. La cour était ,i Vincennes, où Charles prenait les divertissements de son âge; il aimait les tournois, les exercices à cheval, et. comme le duc d'Orléans excellait dans tous ces jeux, le jeune monarque avait conçu pour lui une telle affection, qu'il ne pouvait plus le quitter.

Une maladie très-grave retint Louis XII à Vincennes, en janvier 1o1ô. Pour obtenir sa guérison, ce prince or- ■donna aux chanoines de la sainte cKapelle du fort déchanter VO salutaris hostia à l'élévation du saint sacrement. Cet ordre s'étendit à toutes les églises de France, et depuis il est passé en usage.

I 7 fira — tef. SiK iKx 1 C". ri! JtrriirtS. (

En iSôS, François V fit enfermer à Vincennes, cour y être jugé par un tribunal spécial , Philippe de Chabot, amiral ae Brion, qui avsit été son ami d'enfance et son confident. Il était réservé ;i ce restaurateur des lettres en France de continuer la sainte chapelle de Vincennes, qu'Henri II. son successeur, termina. Les vitraux supérieurs, ainsi que les peintures des voûtes, portent partout la devise du croissant. qu'Henri II avait prise par amour pour Anne de Poitiers, sa maîtresse. En 1336, après le trait-- de Vaucelles, les ambassadeurs espagnols vinrent trouver le roi à Vincennes pour traiter de l'échange des prisonniers, dont les plus notables étaient détenus au donjon. Parmi ceux-ci se trouvait Philip'jie de Crouy, duc d'Arcos, qui ne fut point échangé et s'évada peii de temps

après. Françoise d'Amboise, sa parente, accusée d'avoir prêté les mains à son évasion, fut arrêtée et vint remplir le vide qu'avait laissé le duc. En 1557, Henri II voulut (lue les assemblées des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel fussent transférées dans la sainte chapelle.

Le séjour de Vincennes avait été un peu abandonné par les successeurs de Louis XI ; mais Charles IX, cet infortuné roi fanatisé par sa mère jusqu'à l'assassinat de son peuple, vint souvent y traîner sa mélancolie , et , comme nous le verrons bientôt, il y mourut.

Enfin Louis XIII mit la dernière main à cette œuvre de trois siècles, en ordonnant la conlmuation des deux magnifiques corps de logis qui encadrent la principale cour du château de Vincennes, du côté du parc. Cainerine de Mèdicis y apporta aussi de grands changements, et fît dresser, en 1560, le plan du château, qui a survécu à la révolution de 1789. Cette femme, qui ne reculait devant aucun moyen, fit servir plus d'une fois les tours de Vincennes à la réussite de ses projets politiques. Elle donnait en même temps, à Vincennes, le spectacle de la maguiflcence et de la tyrannie, des fêtes et des supplices; le bruit des chansons et des plaisirs étouffait les plaintes des malheureux qu'elle avait condamnés; souvent un adversaire de Catherine sorlaitdu pavillon de la reine, où il venait de danser, pour tomber dans le cachot où il allait mourir. Vincennes a du entendre les confidences les plus secrètes de Catherine , l'aveu de ses faiblesses et de ses crimes. C'est là qu'elle consulta un astrologue florentin po. '■ savoir quel serait le lieu de sa mort. — n Saint-Germain I » lui repondit Côrae lUiggieri. Dès lors la reine fit de Vincennes son séjour favori. Mais que de victimes à immoler ' que de sang à répandre! Lève-toi, Catherine; apprête tes regards ; lès prisons regorgent, les échafauds se dressent, tes fêtes vont commencer!

En 1560, trois prisonniers d'Etat étaient enfermés dans le donjon : c'étaient le sieur de Soucelles, le bailli de Saint-Aignan et Robert Stuarl. Soucelles avait été arrêté parce qu'on avait intercepté une lettre de lui dans laquelle il blâmait le roi de Navarre de ne point prendre à la cour le rang qui lui appartenait, et de laisser usurper le pouvoir royal. Robert Stuart, Ecossais, nui se disait parent de la reine, était accusé du meurtre du président Minard, tué à Paris d'un coup de pistolet ; on lui imputait aussi le projet de mettre le feu à la capitale ; il passait pour fabriquer des balles empoisonnées, qu'on appelait, de son nom, stuardcs. Quant au bailli de Saint-Aignan, on ignore les motifs de sa captivité. De Vincennes, les trois prisonniers furent transférés au château d'Amboise, la nuit, déguisés et le visage couvert d'un masque. Cependant Robert Suiait parvint à s'évader, et tua, sur le champ de bataille, le connétable de Montmorency. Il périt lui-même au combat de Jarnac.

Le roi de Navarre doit être aussi compté au nombre des prisonniers de Vincennes. Le duc d'Alençon , frère du roi Charles IX, avait donné les mains à son enlèvement de la cour pour être mis à la tête des catholiques méconlcnts; il se découvre lui-même à la reine mère étant à Saiiit- Gerniain-en-Laye avec le roi. Dans l'instant, cette )irincesse fait mettre Charles IX dans une litière, parce aue sa maladie ne lui permettait pas d'aller à cheval, et obligea le duc d'Alençon et le roi de Navarre d'entrer dans son carrosse; puis' elle les conduisit elle-même à Vincennes. Là, elle leur déclara qu'ils n'étaient pas , à la vérité, prisonniers, mais qu'on ne leur permettrait pas de sortir du château. Ainsi, si l'anecdote est vraie, Charles IX et le roi de Navarre, depuis Henri IV, auraient été prisonniers de Catherine de Médicis. La captivité du roi de Navarre ne fut pas de longue durée ; mais Charles IX ne sortit plus de Vincennes. Sa maladie empirait chaque jour. Elisabeth était venue lui donner ses soins, mais elle n'y était plus, quand tout espoir de sauver .son époux fut perdu. Cependant Charles IX conservait encore toute sa raison, et il avait assez de forces pour soutenir les fatigues d'une conversation animée. Il demanda à sa mère, restée près de lui, de faire venir son frère; elle envoya chercher le duc d'Alençon. « Non pas, lui dit Charles', mais mon frère de Navarre. » Catherine, craignant qu'il ne lui con-

férât la régence, voulut jeter l'effroi dans l'âme d'Henri; elle ordonna à Nancey, capitaine des gardes, de le faire passer sous les voûtes, entre les gardes placés en haie et (lans une attitude menaçante Le roi de Navarre tressaillit, et recula quelques pas en arrière. Le capitaine des gardes lui jura qu'il ne lui serait fait aucun mal. Henri passa au milieu des arquebuses et des hallebardes, monta l'escalier du donjon, et arriva au lit de Charles, qui n'avait auprès de lui que son aumônier et sa nourrice. Après lui avoir dit qu'il l'avait toujours aimé, et lui avoir recommandé sa femme, sa fille et son fils naturel, il cessa tout à coup de parler et s'évanouit. Henri se retira L'agonie de Charles IX fut longue et douloureuse, et sa dernière nuit fut visitée par mille fantômes sanglants, que les gardes et les épais remparts du donjon ne purent empêcher d'entrer. Il pleurait, il criait, il sanglotait, il se frappait le front, il s'agenouillait aux pieds de sa nourrice et s'écriait les mains jointes : « 0 nourrice, ma mie, que de sang et que de meurtres !... Ah ! que j'ai suivi un mauvais conseil!.. Oh! mon Dieu! pardonne-le-moi et fais-moi miséricorde, s'il te plaît!... U nourrice, lire-moi de là... Je ne

sais où j'en suis, tant ils me rendent perplexe et agité

Que deviendra tout ceci?... que feraî-je?... Je suis perdu.

je le vois bien!... 0 nourrice, j'étouffe! j'étouffe! »

C'était le sang de Coligny qui lui montait à la gorge!

Il expira le 30 mai 1674, ayant à peine atteint sa vingtquatrième année. Après les quarante jours de dépôt dans la sainte chapelle, son corps lut porté, le 10 juillet, à l'abbaye du faubourg Saint-Antoine. La tète, séparée du corps, avait été déposée dans une chapelle, sur le chemin de Vincennes à Paris; elle fut aussi portée à l'abbaye Saint-Antoine. Dans le i)rocès-verbal d'autopsie, les médecins qui avaient fuit l'ouverture de son corps déclarèrent qu'ils n'avaient remarqué aucune trace de poison ; mais Bassompierre, que nous retrouverons plus tard, affirme avoir entendu dire à Louis XIII que Charles IX était mort empoisonné par sa mère.

C'est à Vincennes, et par la hache du bourreau, que s'était dénouée, quelque temps auparavant, la conspiration des Malcrintents, conspiration à la tête de laquelle figuraient le duc d'Alençon , Henri de Montmorency et levicomte de Turenne. Charles IX fit expier â la Môle et à Coconns, gentilhomme piémontais, une trahison qui aurait pu faire tomber la tête de deux princes. La Môle était un homme fort aimé des dames, un favori de cour, un amant de la reine Marguerite, un gentilhomme qui avait osé s'attaquer à la puissance et â l'Iionneur d'une maison royale... Prés de mourir, Coconas disait à ceux qui l'entouraient : « Vous le voyez , les petits sont pris, et les grands demeurent, eux qui ont fait la faute! » Quant à la Môle, lui, il ne s'inquiétait, à l'heure de la mort, ni de la politique, ni de ses complices, ni des grands, ni des petits; une seule pensée l'absorbait et lui rongeait le cœur... le souvenir de la reine Marguerite. Le malheureux ! quel legs épouvantable il s'était avisé de faire â son heure suprême!... Il avait légué sa tête à la reine Marguerite, et elle, elle avait accepté ce triste et odieux héritage!... Le supplice achevé, elle ramassa elle même la tête delà Môle, elle l'emporta dans son oratoire, et là, agenouillée des journées entières devant cette relique sanglante, elle la baisait en pleurant!

Henri III allait souvent s'ébattre à Vincennes avec ses mignons. L'un d'eux, Jean Louis Nogaret, duc d'Epernon, épousa, dans la chapelle du château, Marguerite de Foix , comtesse de Caudale.

De 1556 à 1590, le château de Vincennes fut souvent di.spulé et occupé militairement par les deux partis, pendant les guerres de la Ligue, et servit de dépôt de munitions lors du siège de Paris. Les huguenots furent quelque temps mailles cle Vincennes et de la Bastille. Ces deux places se rendirent plus tard aux ligueurs, qui furent à leur tour chassés de Vincennes par un parti royaliste, sous les ordres du capitaine Saint- Martin. Celui-ci défendit quinze mois sa conquête contre Mayenne. Pendant toute la durée de ce blocus, le couvent des Minimes eut beaucoup à souffrir ; il fut saccagé et pillé par les troupes de la Ligue.

MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE

Henri IV, qui avait cominis de [|iielle importance pouvait être pour ses opéi-alions inililaircs l'occupalioii du cliàteau de Vincennes , l'attaqua, mais inutilement, le 12 juin 1590. Des secours étant arrivés aux as^iél{és, le roi se trouva pris entre le feu de la pince et celui des troupes qui arrivaient pour la déi,M!j;cr. Après un engagement assez vif, le prince se vit forcé à la retraite, et ce ne fut que cinq jours après son entrée dans Paris qu'il fut mai- Ire de Vincennes et de la Bastille. Il conOa le commandement du château au capitaine Beaulieu, et vint lui-nuune en prendre possession peu de jours après. Gabrielle d'Estrees y accoucha d'un fils, qu'Henri IV reconnut, et qui reçut le nom de César de Vendôme, avec le titre de grand prieur de France.

Nous voici arrivés à Louis XIII. Le poignard de Ravaillac avait précipité le royaume dans les embarras d'une

Donlon de Viiicennps.

régence. Marie de Médicis tenait les rênes de l'Etal. Les intrigues de celte régence rageuse et tracassiére n'ont pas peu contribué à peupler le donjon de Vincennes.

Mais d'abord disons au'cn 1610 Marie de Médicis, qui avait pris le séjour de Vincennes en afleetion , ajouta aux bâtiments déjà existants ceux dont la façade se trouve du côté de Paris , ainsi que la magnifique' galerie que l'on voit encore. Aux nouvelles constructions faites par sa mérc, Louis Xlll joignit les deux gros pavillons situés au midi, du côté du parc.

Maintenant la geôle. Après la mort d'Henri IV, lleiu-i de Bourbon, père du grand Coudé, outré de se voir sans emploi, s'était mis à la tète du parti des mécontents. La reine mère avait fait de vains efforts pour les apaiser. Mais, à la suite du traité de Loudun, le prince, de retour à Paris, continua ses cabales. Marie de Médicis, en étant instruite, le fit arrêter, au Louvre, le 16 septembre 1616. 11 fut d'abord conduit à la Bastille et de là à Vincennes où il resta prisonnier pendant trois ans. On sait que l'épouse de ce prince, Charlotte-Marguerite de Montmorency, l'une des plus belles femmes de son temps, voulut partager la captivité de l'illustre prisonnier.

Peu de temps après, Bournonville, gouverneur du donjon de Vincennes, y fut emprisonné à son tour.

Arrive la conspiration de Chalais C'est sur les aveux

deChalais lui-même, de ce conspirateur à double face, qui servait et trahissait tour à tour Gaston d'Orléans et Richelieu, que le maréchal d'Ornano fut accusé et perdit

sa liberté C'était au printemps de 1625 : la cour était

à Fontainebleau, où dOrnaiio avait été invité à se rendre... Il fallait une victime au cardinal, et Louis XIII s'était

chargé de la faire tomber dans ses mains. D'Oinano était dans la plus profonde sécurité; le roi l'accable de prévenances, et, mêlant l'ironie à ces fausses caresses, il lui montre avec intérêt une fenêtre grillée du pavillon dos Armes, et lui dit en souriant : « C'est la chambre où fut enfermé le maréchal de Biron. » Mais ni ce souvenir si étrangement rappelé, ni le mouvement inaccoutumé qui se fait dans les appartements du roi, n'avaient éveillé le moindre soupçon dans l'âme du maréchal. Quelques instants après, Ornano soupait tranquillement dans sa chambre avec le cardinal de Lavaletle, lorsqu'un valet de chambre vint lui dire qu'il était attendu cliez Sa Majesté. Il s'y rendait, lorsque le capitaine des gardes du Ilallier l'arrêta, lui demanda son épée, et le conduisit, par un escalier

dérobé, dans une salle basse où il passa la nuit Le

lendemain, malgré les larmes et les prières de Gaston, un carrosse du roi. escorté par des chevau-légers, conduisit le prisonnier à Melun , d'où il fut transféré au château de Vincennes. D'Ornano, disent les auteurs des Prisons de Paris, avait d'abord été l'objet des prévenances les plus généreuses de la part de son geôlier; des officiers du roi le servaient à table ; le gouverneur du château s'inclinait devant lui; ses désirs signifiaient des ordres ; la rich-isse, le luxe, la magnificence, tout se réunissait pour cacher à ses yeux les fers et les barreaux de la prison. Mais voilà qu'un beau jour les gens du gouverneur remplacèrent les officiers du roi ; on cessa de s'incliner devant lui ; plus de caprices, plus d'ordre Le

prisonnier s'effraya d'un tel changement, et il y avait de quoi. Il entrevoyait dans l'ombre de son cachot la main (le son ennemi, de Richelieu, qui lui versait du poison,

et il résolut de se laisser mourir de soif et de faim Le

gouverneur chercha à le rassurer : « N'ai-je pas, lui disait-il, un poignard pour vous tuer si mon maitre me l'ordonnait'.' Si vous devez mourir à Vincennes, vous n'y mourrez point empoisonné. » Le maréchal consentit à ne

pas se laisser mourir de faim; il mangea et, pendant

c|u'on instruisait son procès, il mourut d'une fièvre pourprée... La fièvre pourprée, grand Dieu, une véritable lièvre de cardinal !

D'Ornano n'était pas le seul que les coupables indiscrétions de Chalais eussent compromis. César, duc de Vendôme, gouverneur de la Bretagne, et le grand prieur, son frère, furent également signalés à la vengeance du cardinal , mais il n'était point facile de s'en emparer. Louis XIII, enhardi par le succès de l'arrestation du maréchal d'Ornano, se chargea encore du premier rôle dans cette nouvelle intrigue. Il se transporta avec sa cour à Blois. On y attira sans peine le grand prieur ; il ambitionnait ardemment la charge d'amiral, on lui fit entendre qu'on était disposé à la lui accorder. Trop crédule ou trop séduit par ces brillantes promesses, le grand prieur engagea le duc de Vendôme à venir faire sa cour au roi. A peine arrivé... «Mon frère, lui dit Louis XIII en lui mettant le bras sur l'épaule, j'étais en impatience de vous voir. Voulez-vous venir demain à la chasse avec moi du côté d'Amboise'? — Sire, repartit le duc de Vendôme, je ferai ce i|ue Voire Majesté me commandera ; mais je suis venu en poste, et je suis fatigué. — Je vois bien, répliqua le roi, que vous voulez voir vos amis : Eh bien ! je vous laisserai faire vos visites. » Les deux princes étaient donc dans une sécurité parfaite, lorsque le surlendemain, c'était dans la nuit du 15 juin 1626, les deux frères étaient couchés dans la même chambre et profondément endormis, le marcjuio de Maulny et le comte du Hallier, capitaine des gardes, vinrent, accompagnés d'une troupe d'archers, frapper à la porte de l'appartement. Le valet de chambre éveilla le duc et le grand prieur, et ouvrit. Après avoir entendu la lecture de l'ordre du roi : « Eh bien .' dit le duc à son frère, ne vous avais-je pas bien dit que le château de Blois était un lieu fatal aux princes ! — Ah ! s'écria le grand prieur, je voudrais être mort, et que vous fussiez encore en Bretagne. » Ils furent conduits d'abord au château d'Amboise, puis à Vincennes, où ils furent traités avec beaucoup de rigueur. Le grand prieur y mourut le 8 février 1629. protestant de son innocence. Quant au duc de Vendôme, il n'en sortit qu'au bout de quatre ans, après avoir fait

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lous les aveux qu'on lui demandait, els'èlre démis de son gouvernement de Bretagne.

Cependant la cour était toujours en proie aux mêmes intrigues : c'était une conspiration permanente sous le nom de Gaston contre Richelieu. Les deux reines, Anne d'Autriche et Marie de Médicis, l'encourageaient. Dans le mois de mars 1629, Marie de Médicis, voulant empêcher la princesse Marie de Gonzague d'épouser Gaston d'Orléans, lit enfermer cette princesse dans l'une des cellules du donjon. Déjà la duchesse de Longneville, sa contidente et son amie, l'y avait précédée. Elles sortirent le 4 mai suivant.

En 1651, le maréchal de Bassompierre. de spirituelle

et galante mémoire, fut enfermé à la Bastille, puis à Vincennes. 11 passa douze ans tant à la Bastille qu'à Vincennes. et ce ne fut que le jour même des funérailles du grand ministre de Louis XIII qu'il sortit de Vincennes. 11 parait que le séjour de la prison lui avait donné un embonpoint remarquable.

En 163"(, le duc de Puilaurens, sous-gouverneur et favori du duc d'Orléans, et du Fargis, furent arrêtés au Louvre où ils s'étaient rendus pour une répétition de ballet, et conduits à Vincennes. ils étaient accusés d'avoir favorisé l'évasion en Lorraine de Gaston, et de complot contre la sûreté de l'Etat. Puilaurens subit le même sort que le maréchal d'Ornano.

Richelieu, qui ne se piquait pas moins de théologie que éevers, que de guerre, controversislo et bel esprit en même temps qu'indévot au dedans et ambitieux au dehors, voulut mettre un terme aux querelles Ihéologiques que l'abbé de Saint-C\Tan avait suscitées. Il craignait que les doctrines de ce disciple de Jansénius ne gagnassent jusqu'à Louis XllI. Ce cardinal, qui avait, comme il le disait lui-même, toute l'Europe à remuer, ne voulait pas d'un soupir trop hautement soulevé dans l'àme du roi. En conséquence, le vendredi 14 mai de l'année 1638, des deux heures du matin, l'abbé de Saint-Cyran vit son logis investi par les archers du chevalier du guet au nonilire de vingt-deux ; ils se mirent en sentinelle de tous côté^ jusque dans les jardins d'alentour. Comme ils virent que rien ne remuait dans cette maison de paix et de prière, ils attendirent jusqu'à six heures du matin pour se faire ou\rir. De Saint-Cyran, déjà éveillé, lisait saint Augustin avec son neveu M. de Barcos, et, rencontrant un passage qui concernait la contrition, ce grand point en litige, il disait : « Voilà de quoi nous défendre si l'on nous attaque. » Là-dessus , le chevalier du guet entre poliment dans sa chambre et lui signifie l'ordre du roi. « Allons, monsieur, répondit de Saint-Cyran en le prenant par la

main, allons où le roi commande d'aller; je n'ai point de plus grande joie que lorsqu'il se présente des occasions d'obéir. » Et, n'ayant pris que le temps de changer sa robe de chambre pour sa soutane, il dit à son neveu : « Monsieur de Barcos. voulez-vous venir? » Mais le chevalier du guet dit qu'il n'avait d'ordre que pour M. de Saint-Cyran... En passant dans le parc de Vincennes, le carrosse rencontra, par un à-propos singulier, celui de M. d'Andilly, qui allait à Pomponne; d'Andilly était venu la veille dire adieu à l'abbé de Saint-Cyran, et il ne put en croire ses yeux en le retrouvant là si loin et si matin. Comme les gardes avaient retourné leurs casaques, il ne sut d'abord ce que c'était que cette escorte, et lui cria gaiement : « Où allez-vous donc mener tous ces gens-ci? — Eh ! ce sont eux qui me mènent, » répondit le prisonnier; et, après s'être tristement entretenus un moment et embrassés, ils se séparèrent, et l'abbé de Saint-Cyran, arrivé au château, lut mis au donjon. Ainsi commença sa captivité de cinq années, car il ne sortit du donjon qu'après la mort du cardinal |1).

En 1637, Jean deWirth, célèbre partisan allemand, battu et fait prisonnier au combat de Rheinfeld, fut conduit au donjon de Vincennes avec plusieurs de ses c'ompatriotes; il y resta jusqu'en 1652, époque à laquelle le gouvernement français l'échangea contre le général Horn.

Le prince Casimir, depuis Jean Casimir V, roi de Pologne, ayant été arrêté à Marseille en 1658, d'où il devait se rendre en Espagne par ordre d'Uladislas, son frère, fut arrêté dans celte ville, emprisonné d'abord an château de Sisteron, et transféré ensuite au donjon de Vincennes. Il épousa Marie de Gonz.igue, que nous avons vue en 1629, captive dans l'une des cellules du château, la même^ assure-t-on, que celle où Casimir était détenu.

Heureusement nous voil'i sortis de Richelieu, de ce ministre tout-puissant qui ne pardonnait jamais et versait sans pitié le sang nécessaire au maintien de son pouvoir, nous allons avoir affaire à Mazarin, c'ejt-à-dire au plus fin et à l'un des plus habiles ministres qu'ait eus la France.

Etant entré dans la cabale des importants, le duc de Beaufort, le fameux roi des haltes, dont le père a passé par le donjon comme pour y préparer la place de son CIs, osa braver Mazarin ; sans jugement, sans politesse, il manquait de respect à la régente elle-ménic, lui tournant le dos quand elle lui parlait, ou ne lui répondant que par des sarcasmes. Anne d'Autriche, quoique naturellement indulgente, craignit enfin que, dans sa folie, le duc de Beaufort ne se portât à des violences, et le fit renfermer au château de Vincennes, en 1643. Il se sauva de prison en 1644, d'une manière assez singulière. Le prisonnier était gardé à vue par un officier et huit gardes du corps, qui couchaient dans sa chambre. Son évasion paraissait impossible, lorsqu'un homme du peuple résolut de la tenter. S'étant fait recommander à l'officier, nommé la Uamée, il était parvenu à entrer à son service et à obtenir l'emploi de porte-clefs. Il affecta la plus grande antipathie pour le duc, avec lequel il était d'intelligence. Le plan d'évasion ayant été définitivement arrêté pour le 1" juin 1648, jour de la Pentecôte, parce que la solennité de cette fête occupait tout le monde au service divin, on n'eut plus qu'à songer aux moyens d'exécution. A l'heure où les gardes du corps quittaient la chambre du prisonnier pour aller prendre leur repas, Beaufort demande à l'officier de lui permettre de jouir de sa promenade accoutumée dans la galerie basse située au-dessous de son logement, et s'y rend accompagné par lui. Au même moment l'affidé du ûuc qui, à la table des porte-clefs, avait nrétexlé une indisposiiion, sort et les enferme. Parvenu à la galerie, dont il ferme également les portes, il rejoint précipitamment Beaufort, se jette sur l'officier sans défiance, le bâillonne et le garrotte, gagne une échelle de corde préparée à l'avance, et, suivi du duc, tous deux se laissent couler dans le fossé. Ils n'avaient pas encore atteint le fond que, la corde s'étant trouvée trop courte, ils tombèrent d'une hauteur considérable et faillirent se tuer. Le

(1) V. Vorl-Hoyal, p.irM. Je Saiiitu-Beuvc, t. 1", p. 403 et suivantes.

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duc s'évanouit ; mais le sentiment de la conservation liii donnant une force surnaturelle, il se relève l)ientùt, saisit les cordes que cinq hommes apostés de l'autre côté lui avaient tendues, rejoint avec son iiltérateur une escorte de cinquante cavaliers qui les attendaient dans le bois et s'enfuit à toute bride.

Cependant les guerres de la Fronde avaient continué pendant toute la durée de la détention du duc. Le peuple, fatigué de luttes et d'impôts, avait relevé la tète, s'était montré menaçant, et le Parlement de Paris, soutenu par les princes du sang, avait refusé de signer les édits bursaux qui lui avaient été présentés. Mazarin, qui voulait de l'argent, crut nécessaire, pour en obtenir, de donner un exemple sévère, et fit arrêter trois des membres les plus inlluents de la haute cour, parmi lesquels figurait le président Charton, qui, seul, fut conduit à Vincennes.

D'un autre côté, le cardinal, fortement contrarié de l'évasion de Beaufort, accusa Bouthillier de Chavigny, alors gouverneur du château, d'y avoir prêté la main : il le fil arrêter le 18 septembre 1648, et mettre dans la chambre qu'avait occupée le duc.

Un an après, devenu suspect an cardinal Mazarin par ses liaisons avec les mécontents, le maréchal de Rantzaw fui

arrêté et conduit d'aliord à Vincennes, puis à la Oasiillc, où il resta onze mois. Son innocence fut enfin reconnue et il recouvra sa liberté, mais il avait contracté pendant sa détention une hydropisie dont il mourut le i septembre 16S0. Ce pauvre maréchal, le vainqueur de Dôle, de Leiis et de Gravelines, avait si bien payé de sa personne devant l'ennemi, qu'il ne lui restait plus qu'un de tout ce (|uo les hommes ont doubic, c'est-à-dire qu'il n'avait qu'un œil, une oreille, un bras, une jambe, etc., etc. À ces causes glorieuses, l'illustre maréchal, qui venait de mourir à la chaîne, était bien digne de celte épitaplie :

Do corps du grand Rantzaw tu n',TS qu'une des pai Is : L'autre moitié resta dans les plaines de Mars. Il dispersa partout ses membres et sa gloire. Tout abattu qu'il fût, il demeura vainqueur. Son sang fut, en cent lieux, le prix de sa victoire, Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le cœur !

Le grand Condé, qui s'était permis de railler publiquement l'administration de Mazarin et le mariage de sa iiièro avec le duc de Mercœur, rappelé à la cour par la reine, fut arrêté avec son frère le prince de Conti et le duc de Longueville, son beau-frère. Cette arrestation eut lieu le 18 janvier 1650, au Palais-Royal même, où ces trois per-

sonnages avaient été attirés sous différents prétextes. On les conduisit;! Vincennes. Le prince de Condé sut distraire agréablement les ennuis de sa captivité. On croit le voir arroser les fieurs de son petit jardin, en se moquant de ses deux nobles compagnons d'infortune, le prince de Conti qui pleure et le duc de Longueville qui se désole. Le duc d Orléans disait .i propos de ces trois illustres prisonniers : a Oh ! le beau coup de filet!... Ou a pris du

Vue du polygone.

même coup un lion, un singe et un renard. » Le lion ne se laissa point abattre aux pieds du chasseur qui l'avait blessé : le prince de Condé appela à son aide la musique, la stratégie, la dévotion et 1 horticulture. On ne parla dans tout Paris que du petit jardin du grand Conde. La tlatterie anonyme écrivit au noble prisonnier : « Vous idantez des lauriers dans le parterre de la victoire. « Une belle dame de la cour, une précieuse sans doute, lui disait le phis ridiculement qu'il lui était possible : « N'ouiiliez pas de jeter quelques roses parmi vos lauriers. » Enfin, mademoiselle de Scudéry fit ce madrigal :

En voyant ces aHhts qu'un illustre guerrier Culliva d'une main qui gagna des batailles, Souviens-toi qu'Apollon a hàti des murailles, Et ne t'étonne plus que Mars soit jardinier.

N'oublions pas, an sujet de la captivité des princes â Vincennes, l'anecdote suivante : Un jour le prince de Conti pria le gouverneur du chiiteau de lui envoyer \'Imitation (le Jésus-Christ. — Et monsieur le prince, demanda le gouverneur à Condi', que désire-t-il? — Moi, reprit celui-ci, je vous prie de me faire passer l'Imitation de M. (le Beaufort. La culture de ses œillets n'empêchait pas le prince de regretter sa liberté.

En 16o2, le cardinal de Retz, l'un des agents les plus actifs et les plus brouillons de la Fronde, et dont toute la vie n'eut d'autre but que de faire parler de lui, et surtout de faire peur au cardinal Mazarin, fut arrêté au Louvre le 19 décembre pendant qu'il s'amusait à négocier avec des ministres qu'il bravait. Tout ce qui lui donnait un nir de haute lutte l'entraînait à son insu. Il fut enfermé à Vincennes, où on n'oublia rien pour lui rendre sa prison insupportable. L'histoire offre peu d'exeiipples d'une évasion aussi hardie que la sienne. Il se sauva à la vue de ses gardes, résolu d'aller ,i Paris se concerter avec le parti de M. le prince, et de s'emparer des circonstances. La fortune de Mazarin le sauva de ce péril.

Nous voici en 1660. Louis XIV était sur le trône. Versailles commençait d étaler aux yeux ravis ses merveilles et ses pompes, et faisait un peu oublier le vieux manoir de Philippe-Auguste. Cependant Louis XIV n'abandonna pas tout à fait le château de Vincennes. Il lit élever d'un étage les deux gr^'nds corps de bâliments pour y loger une

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pallie de la cour qu'il y amena souvent dans les iiremiiTCs .innées de sa majorité. C'est sous son ré^jne que fut établie la dernière clôture du parc. Elle commença en vertu d'un arrêt du Parlement du 50 juin 1660, qui régla le mode d'estimation des terrains que l'on voulait acquérir pour l'agrandir. Le 28 février 1661, Louis XIV signa à Vincennes un traité avec le duc Charles de Lorraine, par lequel il est stipulé que les fortifications de Nancy seront démolies, que le roi sera mis en possession de Saarbourg et de Phalsbourg, et que le duc rentrera dans le duché de Bar et en fera hommage. Ce traité, qui fut le dernier acte politique de Mazarin, ouvrit la Lorraine à la France. Le cardinal, qui s'était retiré au château de Vincennes dans sa dernière maladie, y mourut le 9 mars de la même année et y laissa, dit-on, huit millions.

Ce n'est pas ù Versailles, mais dans le petit parc de Vincennes que Louis XIV a eu le bonheur d'entendre le premier soupir de sa plus charmante maîtresse. Oui, la ileur la plus douce et la plus poétique de la galanterie du grand roi est née sous les ombrages de Vincennes.... Un jour, Louis XIV se promenait dans le parc, au milieu d'un cortège de grands seigneurs et de belles dames. Tout à coup un orage éclate. Mais il s'agit bien de la pluie, et des éclairs et du tonnerre !... Le roi ne daigne prendre garde qu'à mademoiselle de la Valliére, qui se hâte lentement, la pauvre Olle, en boitant le plus coquettement qu'il lui est possible, en maudissant ses jolis petits pieds qui ne savent faire que de petits pas.... La flatterie chasse l'étiquette: la complaisance des courtisans eut pitié de l'amour timide de Louis XIV ; tout le monde se prit à fuir à travers les » sentiers du parc ; les grands seigneurs et les belles dames disparurent comme par enchantement. Le roi et mademoiselle de la Valliére n'avaient point peur de l'orage; ils attendirent le beau temps derrière un massif de fleurs et de verdure... Et en 166-i mademoiselle de la Valliére emporta dans un pan de sa belle robe de favorite tous les plaisirs, tous les amours, tous les caprices galants du chàte.iu de Vincennes, pour ne lui laisser qu'une prison d'Etat !

En effet, en 1664, Louis XIV quitta le château de Vincennes pour aller inaugurer sa nouvelle résidence de Versailles. Le donjon de Vincennes n'avait presque plus, aH.\ yeux de la cour, que le mérite d'un lieu de sûreté. Deux victimes du bon plaisir et delà puissance absolue ne tardèrent pas à en faire l'épreuve.

Fouquel, surintendant des linances, et qui avait ses raisons pour croire à la f.ible de Danaé, essaya auprès de mademoiselle de la Valliére les magiques effets de la pluie d'or. Instruit de cette audace, le monarque, auquel Fouquet avait été signalé comme un déprédateur par Lolbert,qTii convoitait sa place, jura sa perte. A la suite d'une fêle resplendissante qu'il avait donnée au roi et à sa maîtresse, le ministre de Louis XIV tomba tout meurtri dans le donjon de Vincennes. Après avoir été promené de geôle en geôle, de Vincennes à Angers, d'Angers à Amooise, d'Amboise à Morct, de Moret à la Bastille, et de la Bastille à Pignerol, lui qui avait osé prendre pour devise : Quà non «scendam.' il s'en alla mourir bien bas «dans le fond d'un misérable cachot.

En 1665, une société de négociants français obtint à Vincennes .l'autorisation de fonder la compagnie des Indes, si connue depuis dans les annales financières de la France.

L'arrestation de Lauzun suivit de près celle du surintendant Fouquet. Cet audacieux gentilhomme n'avait pas craint de s'introduire et de se caclier sous le lit du boudoir où Louis XIV avait donné rendez-vous à madame de Montespan. On peut facilement juger de la colère du dieu surpris ainsi dans l'Olympe , et Vincennes fut chargé de venger celte nouvelle insolence à Louis XIV.

En 1674 , l'une des tours d'enceinte s'écroula tout à coup et écrasa dans sa chute le concierge, sa femme et ses trois enfants. On la reconstruisit sur l'ancien plan.

C'est .i Vincennes que fut installée la chambre de justice créée par déclaration du roi, en datfl du 11 janvier 1681, pour juger les empoisonneurs et les sorciers. On donna à ce tribunal le nom de Chambre ardente.

Louis XIV y reçut, en 1686, l'ambassade de Siam, véritable comédie où figurèrent trois prétendus mandarins et dont personne ne fut la dupe, excepté le roi.

Au nombre des principales victimes qui allèrent peupler le donjon de Vincennes sous le règne' du grand roi, on remarque encore : Anselme de Brigode, curé de Neuville, accusé de jansénisme; le comte de Brédérode, accusé de sorcellerie; le comte de Kœnigsberg, convaincu d'avoir entretenu une correspondance à l'étranger pendant que la France était en guerre avec l'Autriche ; l'avocat Vigier, accusé d'avoir attenté à la vie du roi; le comte de Thiin et son fils; le comte de Walstein, etc., etc. La célèbre madame Goyon, accusée de quiélisme, fut aussi emprisonnée dans l'une des cellules du donjon, en 1693, ou elle composa un gros volume de vers mystiques. Elle ne recouvra sa liberté qu'en 1702.

A la mort de Louis XIV, le duc d'Orléans, régent du royaume, voulant avoir près de lui le jeune roi, lui assigna le château de Vincennes , en attendant que celui des Tuileries eût été préparé pour le recevoir. Cette disposition était d'ailleurs conforme au testament de Louis XIV. « M. le maréchal de Villeroy, y est-il dit, ordonnera aux troupes, aussitôt après ma mort, de se rendre au lieu où sera le jeune roi, pour le mener ,'i Vincennes, l'air y étant trcs-ton. n

Louis XV séjourna quelque temps au château de Vincennes; il allait s'y promener tous les jours, et c'est dans le petit parc (ju'il a monté à cheval pour la première fois. En 1731, Louis XV donna l'ordre de faire abattre et déraciner tous les arbres du parc, et de réunir ce parc à la forêt. On laboura le terrain , et on y sema du gland. Les chênes que l'on voit aujourd'hui aux abords du château datent de cette époque.

Pendant tout le temps que le jeune roi passa à Vincennes. le donjon resta vide de prisonniers. Ce ne fut que le 17 juin 1717 qu'on y vit entrer successivement M. de Clermont et le comte de Polignac ; Claude Leblanc, ministre de la guerre, victime d'une basse intrigue; l'abbé Pucelle, neveu du maréchal de Catinat, qui eut la faiblesse de se déclarer pour les miracles du diacre Paris, et de vouloir cntrainer sa compagnie à en prendre la défense; Crébillon fils, auteur d'un roman de mœurs qui attaquait la personne du roi. Enfin , parmi les prisonniers que le jansénisme amena au donjon, on remarque M. Morvant, curé de Vincennes, le sous-diacre Marc-Antoine des Essarts ; le père Boyer, Jourdain et Gaspard Terrasson, oratoriens, et Nicolas Cabrisseau, ancien curé de Reims.

Louis Joseph de Vendôme, fils naturel du duc de ce nom, soupçonné d'avoir publié un pamphlet contre les demoiselles de Mailly, fut arrêté et co.nduit à Vincennes, où il mourut, en 1743, le vingt-huitième jour de sa détention

Les ministres du régent et de Louis XV furent prodigues de lettres de cachet en faveur de l'insatiable donjon. Les complices delà conspiration de Cellamare, les jansénistes, les convulsionnaires, les princes étrangers, etc., se pressent dans la geôle de Vincennes.

Mais voici assurément le plus célèbre de tous, le malheureux Latude, qui, pour arriver d'un bond à la fortune, n'avait rien imaginé de mieux que d'aller révéler à madame de Pompadour un complot imaginaire. Cette espièglerie lui coûta cher. Bientôt arrêté, "le faux dénonciateur fut condamné à passer trente-six ans de sa vie sous les verrous de la Bastille et de Vincennes. On voudrait pouvoir mettre en doute la longue et affreuse captivité de cet homme, la cruauté de ses bourreaux, qui le forcèrent à vivre, les fers aux pieds et aux mains, dans un huniide cachot où les rats, par leurs morsures, venaient ajouter à son supplice. Avec une verge de fer, il était parvenu, au bout de vingt-six mois, à percer le mur de son cachot pour communiquer, pour correspondre avec ses compagnons d'infortune. Mais son esprit, son courage, sa patience, ses évasions ou ses tentatives d'évasion ne servirent qu'à river plus durement encore ses chaînes et à redoubler ses tortures. A la fin pourt.nnl, le hasard vint au secours de Latude. Le vent qui soufllait autour du donjon emporta un beau jour un chiffon de papier;' c'était le récit des souffrances du malheureux prisonnier. Une

Latude dans son cailiul.

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femme du peuple, une honnête femme, ramassa cet écrit, dont Eole s'était fait le messager. Des larmes coulèrent de ses veux en lisant cet affreux récit. Dés ce moment, s intéressant au sort de l'infortuné Latude. madame Legi-os se promit bien de le sauver. Argent, démarches, prières, larmes, elle mit tout eu œuvre pour réaliser son généreux projet. Cette brave femme lutta si bien contre la colère posthume de madame de Pompadour, qu'à la fin elle ob-

tint la liberté de son protégé inconnu, de Masers de Latude.

Il n'y avait pas loin, à Vincennes, du cachot de Latude à celui d'un .iiilrp prisonnier non moins malheureux. Ce prisonnier, c'était le Prévôt de Deaumont. De quel crime donc le Prévôt s'était-il rendu coupable?.... Il avait osé dénoncer le fameux pacte de famine. Pour le punir de tant d'audace, on le condamna à laisser les vingt plus belles

années de sa vie aux broussailles de fer de cinq ou six prisons d'Etat. Mais Vincennes le réclame à juste titre , car la captivité de le Prévôt dans le donjon dura quinze ans. Quelles angoisses , quels lourments , (pielles tribulations n'eut-il pas à endurer! Il était couché nu, les chaînes aux pieds , sur un grabat en forme d'échafaud , couvert d'un peu de paille, si vieille et si souillée, que ce n'était vraiment plus qu'un fumier infect ; pour tout aliment, deux onces de pain par jour et un verre d'eau! et avec cela, point d'air, point de feu, point de lumière. Cependant, malgré toutes ces tortures et ces privations^ le Prévôt avait trouvé le moyen d'écrire, au fond de son cachot, un

ouvrage de longue haleine, l'Art de n'ijner. Quelques imprudences du prisonnier mirent bientôt la police sur la voie. On voulut à tout prix arracher n le Prévôt ce manuscrit, dont le titre seul était déjà suspect. Mais la chose ne paraissait pas facile , car le prisonnier était sur .ses gardes. Officiers, soldats, geôliers, tous furent obligés véritablement d'entreprendre le siège de son cachot. Laissons l'assi'gé lui même raconter les détails de cet assaut d'un nouveau genre. « Malgré mon refus , la porte s'ouvi-e; mon porte-clefs se tient derrière, et les assaillants se tiennent cachés dans une salle qui servait autrefois de cuisine. Je suis bien armé ; leurs flambeaux m'é-

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dairenl, personne ne peut approcher que je ne le Innclie. On garile le silence, puis on examine le local. Pour entrer chez moi, il fallait descendre, entre mes deux portes, un degré, ensuite en monter deux autres et franchir mon lit, de quatre pieds de hauteur, outre que deux chaises, couvertes de carreaux de brique, défendaient encore l'entrée de ma chambre à droite et à gauche. Le fier-;i-bras qui avait tenté de me saisir le poignet, s'avançant jusqu'à la la seconde porte, reçoit aussitôt une large brique sur l'estomac, et n'attend pas la seconde pour se retirer. Le prétendu officier ordonne qu'on ferme ma porte pour prendre d'autres mesures avec mes geôliers, les porte-ckis et les soldats. Viennent cette fois trois hommes à couvert d'une paillasse, qu'ils présentent agenouillés derrière; le projet était fou : ils ne pouvaient franchir les deux degrés ni déranger mon lit sans se découvrir à droite ou à gauche. Cette paillasse n'atteignait pas le haut de la porte; je leur jette d'abord, par-dessus, mes deux cruches de grés pleines d'eau, lesquelles, tombant d'aplomb sur leurs jambes, les blessent encore en les inondant, et ils se retirent. L'officier, que je désirais de joindre, s'avise de prendre leur place un moment, persuadé pent-être que je n'avais plus rien, et il reçoit sur la tête, couverte de son chapeau, le grand vase de tria chaise percée, qui gâte et empuantit son habit bleu de haut en bas, ainsi que l'un de ses estafiers, qui tenait la paillasse avec lui. Il m'apprend luimême aussitôt mon succès, en se plaignant du mal qu'il ressentait à la tête. Il donne ordre, en'se retirant, de fermer mes portes; mais, avant qu'elles se ferment, je lance dans la salle une brique dont un éclat frappe au front le nommé Lavisé , l'un de mes porte-clefs , qui avait conseillé la paillasse... Je passe néanmoins la nuit à veiller, de peur qu'ils ne s'avisent de revenir pour me prendre, remerciant Dieu de n'avoir tué personne, mais d'avoir bien étrillé tout le monde dans ma juste défense. » Tout n'était pas fini. Les assaillants revinrent à la charge avec un singulier renfort, un chien dogue de la plus haute taille. Les gens du lieutenant de police se mirent n agacer le dogue contre le prisonnier, qui se préparait à se défendre, derrière un mur sec, bâti des débris d'un poêle et de briques. Le chien aboya et fit mine de vouloir franchir la barricade improvisée; mais l'avalanche de carreaux qu'il reçut sur le aos le força bientôt à la r«trait« : uu éclat de brique venait de l'atteindre.... En vain son maître l'excite, l'animal , plus sage que sou maître, ne voulut pas obéir. Malgré cette lulle courageuse , le Prévôt de Beaumont n'en fut pas moins forcé (le céder à la force tempérée, il est vrai, par les promesses. Il sortit de Vincennes pour être conduit à la maison de charité de Charenton, et, sur la route de l'hospice, il perdit le précieux manuscrit qu'il avait si vaillamment défendu.

Le prétendant à la couronne d'Ecosse, Charles-Edouard Stuart, après avoir échoué dans toutes ses tentatives pour recouvrer le trône de ses pères, s'était réfugié en Fiance où il avait d'abord trouvé la plus généreuse hospitalité ; mais le traité d'Aix-la-Chapelle vint bientôt refroidir le cœur de Louis XV en faveur de l'hôte illustre qu'il avait accueilli : il reçut l'injonction de quitter la France. Sur le refus du prince, des ordres furent donnés pour l'arrêter. On le conduisit à Vincennes, où il arriva dans la nuit du 10 au 11 décembre IT-iS. Il en sortit le 16 du même mois pour aller rejoindre son père à Rome.

L'abbé Prieur, faussement accusé d'avoir entretenu une correspondance illicite avec le roi de Prusse, et M. Pompignan de Mirabelle, qui avait eu le malheur de réciter (juelques vers satiriques contre M. de Sartines et madame uc Pompadour, allèrent bientôt remplacer à Vincennes rilluslre prisonnier dont nous venons de parler. Ils y niouriirent tous deux de chagrin.

V.n 1749, Diderot vint expier à Vincennes la publication de sa Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux quiroicnt. Diderot, prisonnier à Vincennes, aimait surtout à recevoir la visite de Grimni et de J.-J. Rousseau. J.-J. Rousseau s'y rendait souvent de la rue Platrière ; et, dés qu'il avait aperçu son ami à travers les barreaux, il reprenait tranquillement le chemin de la capitale, après s'être reposé quelques instants sous un arbre près de la Bastille. Dans

sa prison, Diderot devint assez plai>^amment superstitieux. « J'avais, dit-il, un petit Platon dans ma poche, et j'y cherchai à l'ouverture quelle serait encore la durée de ma captivité, m'en rapportant au premier passage qui me tomberait sous les yeux. J'ouvre, et je lis au haut d'une page : Cette affaire est de nature à finir promptemcnt. Je souris, et un quart d'heure après j'entends les clefs ouvrir les portes de mon cachot; c'était le lieutenant de police Berryer qui venait m'annoncer ma délivrance pour le lendemain. » En effet, dès le lendemain, Diderot était libre, non de sortir, mais de séjourner librement, sur parole, dans le château de Vincennes. Ce fut eu se promenant dans le parc avec ses deux amis Grimm et J.-J. Rousseau que Diderot donna à ce dermier le conseil d'écrire un mémoire sur une question de morale proposée par l'Académie deDijon, et qui remporta le prix. Diderot resta trois mois prisonnier à Vincennes.

En suivant l'ordre chronologique des faits, on trouve que le marquis de Mirabeau, père du fameux Mirabeau, mis au donjon de Vincennes en 1761, pour son ouvrage sur la Théorie de l'impôt, en sortit la même année, à la sollicitation de sa femme.

Au nombre des personnes de marque renfermées au donjon et dont il n'a pas été possible de connaître les causes d'emprisonnement, on cite le baron de Winsfeld, l'abbé Moncrif, doyen de la cathédrale d'Autun ; le père Ferdinand de Villeneuve, la veuve Saint-Sauveur et la demoiselle Iluguenin; le comte de Saint-Ange; Rapin, colonel suisse ; Camille Constant Mtrcourt et le chevalier de la Porquerie. Ces deux derniers étaient victimes d'une intrigue amoureuse.

Le marquis ou plutôt le comte de Sade, si célèbre par son cynisme, avait été condamné à mort avec son domestique par le parlement d'Aix, comme coupable d'immoralité et d'empoisonnement. Il s'était sauvé à Gênes, puis à Chambéri, où une lettre de cachet du roi de Sardaignc le fit enfermer au chSteau de Miolans. il ne resta que six mois dans cette forteresse, et réussit à s'en échapper par le secours de sa femme, qui était venue le rejoindre, et par celui d'un certain baron de l'Allée, son compagnon de prison. Il erra longtemps en France et en Italie, n'osant pas, malgré le désir de sa famille, se constituer prisonnier pour faire casser le jugement infamant qui le condamnait à mort. Mais il fut arrêté à Paris, où il se tenait caché chez sa femme, dans le commencement de 1777, et enfermé au donjon de Vincennes. En juin 1778,1e prisonnier fut conduit à Aix pour la révision de son jugement. L'honneur de la famille était à couvert, mais on laissa subsister la lettre de cachet. Au mois d'août le prisonnier était reconduit à Vincennes, lorsque sa femme brisa ses fers pour la seconde fois, à Lambesc, en gagnant une servante d'auberge qui aida le marquis à se sauver par une fenêtre, après aVoir mis dans un état d'ivresse complet l'exempt de police préposé à sa garde. U alla se cacher à La Coste, mais il y fnt lucntôt découvert, et on le ramena à Vincennes le 7 soptembie. Il y avait été déjà détenu seize mois; il y passa encore cinq ans et demi. On le traita d'abord assez rigoureusement, en le tenant renfermé deux ans dans une chambre humide, sans livres, sans meubles, sans domestique, et réduit lui-même à faire son lit; il était regardé comme un fou, et on ne lui donnait à manger que par un guichet ; sa femme, qui s'était à la fin lassée de son attachement pour un pareil honjrae, avait cessé de le voir.

Le 17 mai 1777, les agents de la police française arrêtèrent à Anislerdain Mirabeau et la marquise de Monnier, (|u'il avait enlevée et qui figure surtout dans l'histoire de Mirabeau sous le nom de Sophie. Les deux fugitifs furent relégués, l'un dans le donjon de Vincennes, l'autre dans le couvent de Sainte-Claire. Mirabeau avait déjà fait un rude apprentissage de la réclusion. Mais, à Vincennes, il eut à luiier contre le caprice d'un gouverneur, l'arbitraire d'un geôlier et le bon plaisir d'un ministre..... On lui a

tout enlevé, livres, habits, linge, argent Mais on lui a

laissé une plume ! Le premier usage qu'il en faitcstde laisser tomber du haut du donjon sur la tête du despotismeson f.nncux livre des Lettres de cachet C'est grâce à la

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puissance de celle malheureuse princesse de Laniballe que Mirabeau recouvra la liberlé au mois de décembre, après quaranle-deux mois de captiviié.

En 1784, les prisonniers de Vincennes furent transférés il la Bastille. Les tours, les grilles, les fers, les cachots du donjon, eédèrent à la geôle féodale de Paris des malheureux qui ne devaient revoir le soleil de la liherlé (|iie le 14 juillet 1789, jour où le peuple brisa les chaînes de la çrande prison d"Etat.

Au commencement de 1791, les prisons de la capitale

s'étant trouvées encombrées, le gouvernement fll faire des réparations au château de Vincennes, dans le but de le rendre à son ancienne destination. Le 28 février, le peuple de Paris qui, deux ans auparavant, avait renversé la Bastille, alarmé d'un tel projet, se porta en foule à Vincennes, pénétra dans l'intérieur du château ; et, après avoir détruit les lits de camp, les portes, les vitres et les barreaux déjà réparés, se mit à démolir la plate-forme et les parapets, et manifestait l'intention de détruire la forteresse en entier, lorsqu'il en fut empêché par l'interven-

Lc duc dEnghien.

tlon du ijénéral Lafayette, que la municipalité de Vincennes avait fait inévenir. Ce ne fut pas sans une attaque tresvivc etopini.itreque la garde nationale parvint à se rendre maîtresse du château. li y eut une longue résistance de la part des citoyens, et une' lutte qui se termina par l'arrestation de soixante-quatre hommes que l'on conduisit dans les prisons de Paris.

Cependant les travaux projetés avaient été continués, et l'on commençait déjà les réparations nécessitées par les démolitions, lorsqu'un décret de l'Asseiublée nationale du 8 mars suivant en ordonna la suspension.

Le consulat envoya au donjon de Vincennes un prisonnier presque royal, un héros f|ui avait le tort de faire de l'héroïsme contre sa patrie, un Bourljon qui se nommait

le duc d'Enghienl Persuadé que ce prince était l'un des cliefs de la conspiration tramée contre lui, le premier consul résolut enlin de le faire enlever sur la frontière ou il se trouvait et de le faire amener et juger en France. Le duc d'Enghien s'était en effet réfugié dans la petite ville d'Etlenhcim. située sur les bords du llhin, à vingt lieues environ de Carlsruhe. Il n'y avait pas bien loin d'Eltenheim à Strasbourg; et pour un proscrit, pour un prince, pour unBourbon.'Strasbourg était bien prés de Vincennes. Le 13 mars 1813, sur un simple rapport de police, il fut arrêté. 11 était alors environ cinq heures du matin. Le duc d'Enghien avait projeté pour ce jour-là une partie de chasse avec le colonel Grunstein : ils étaient même déjà iiabillcs et prêts à sortir, lorsque Pérou, son domestique.

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vint avertir que l'habitation était cernée jiar des soldats, cl que le commandant sommait d'ouvrir les nortes si l'on ne voulait les voir enfoncer de force. « Eh nien ! il faut nous défendre ! » s'écria le prince, et déjà de la fenêtre il couchait en joue l'officier qui avait fait la sommation, et s'apprêtait à tirer, quand le colonel Grunstein mit la main sur le canon du fusil du prince : « Monseigneur, lui dit-il vivement, vous ctes-vous compromis? — Non, répondit le prince. — Eh bien ! alors, toute résistance est mutile, nous sommes cernés, et j'aperçois beaucoup de baïonnetlcs. » Le ])rince, en se retournant, vit en effet Pfersdori et ses gendarmes entrer dans la salle On arrête avec le prince le colonel Grunstein et trois domestiques En attendant qu'on put réunir les troupes

disséminées autour de la ville, le prince et les autres prisonniers furent déposés dans un moulin, dit la Tuilerie, situé à peu de distance des portes d'Ettenheim. Le chevalier .lac(|ues était venu plusieurs fois dans ce moulin ; il se rappela (|u'une des portes de la pièce où l'on se trouvait donnait au dehors sur une planche à l'aide de laquelle on traversait le cours d'eau cpii faisait tourner la roue du moulin ; il lit signe au duc, qui s'approcha peu à peu de lui. « Ouvrez cette porte, lui dit-il rapidement, passez la planche et jetez-la dans l'eau; moi, je leur barrerai le passage. » Le prince va à la porte . un enfant, effrayé par la présence des soldats, s'était sauvé de l'autre côté, et en avait fermé le verrou ; le commandant, averti par ce mouvement, y fit aussitôt iilacerdeuxsenlinelles... Aquelques jours de là Hare', ancien seigent aux gardes françaises et alors commandant du château de Vincennes, recevait du ministre les instructions suivantes : « Un individu, dont le nom ne doit pas être connu, sera conduit dans le château dont le commandement vous est confié. L'intention du gouvernemertt est que tout ce qui lui sera relatif soit tenu trcs-seeret, et qu'il ne lui soit fait aucune question ni sur ce qu'il est, ni sur les motifs de sa détention. Vous-même devez ignorer qui il est. Le premier consul compte sur votre discrétion et votre exactitude... » Le 20 mars, vers les cinq heures et demie du soir, arrivait à Vincennes dans la cour du château une voiture à six chevaux qui amenait le prisonnier C'était le duc d'Enghien. Harel vint aussitôt le recevoir, et, comme la matinée avait été froide et pluvieuse, il l'engagea à monter chez lui se chauffer, en attendant que le logement qu'on lui préparait dans le pavillon du roi fût prêt. Le prince lui répondit qu'il se chaufferait avec plaisir, mais qu'il ne serait pas fâché non plus de diner, car il n'avait presque rien pris depuis le matin. Le souper, commandé chez un traiteur du voisinage, ne larda pas ,i être apporté. Le prince alors se mil à table, et son chien de chasse, qui ne l'avait pas quitté depuis son enlèvement et pendant toute la route, étant venu se placer auprès de lui, il lui donna une portion des mets qui lui avaient élé servis : u Je pense, dit-il à llarel, qu'il n'y a pas d'indiscrétion à ce que j'en agisse ainsi. » L'è repas iini, Ilarel se retira, et le prince s étant couché, fatigué de la route, s'endormit bientôt. 11 dormait profondément, lorsque, vers les onze heures du soir, Noirot, lieutenant de la gendarmerie d'élite, préposé à sa garde, vint procéder

à son interrogatoire Pendant ce temps, les membres

de la commission militaire s'assemblèrent pour délibérer sur le sort du prisonnier. La discussion fut vive et se prolongea fort avant dans la nuit. Enfin la délibération fut prise... llarel invita le prince à le suivre, et, une lanterne à la main, le précéda dans la cour et dans les divers passages qu'il fallait traverser. Le lieutenanlNoirol les suivit, ainsi (|ue les gcnd.Vrmes et le brigadier. On arriva ainsi ,i la tour dite la Tour du Diable, qui alors comme aujourd'hui renfermait la seule issue pour pénétrer dans les fosses du château. En voyant l'escalier étroit et tortueux par lequel il lui fallait descendre: « Où me conduisez-vous? demanda le prince ; si c'est j)our m'entcrrer vivant dans un cachot, j'aime encore mieux mourir sur-le-champ. — Monseigneur, lui répondit llarel, veuillez me suivre et rappeler tout votre courage. » Parvenu au bas de l'escalier, on suivit quelque temps 1rs fossés jusqu'au pied du liavillon de la lîeine, et, ayant tourné l'encoignure de ce pavillon, on se trouva en face des troupes, qu'éclairait la

lueur incertaine de quelques lanternes, et dont un peloton s'était détaché pour l'exécution. Il tombait à ce moment une pluie fine et froide, et l'on entendait à quelque distance, sur le pont-levis placé en avant de la porte du bois, les voix d'un groupe d'officiers qui s'y trouvaient. L'adjudant Pelé, qui commandait le délachement, s'avança, tenant en main le jugement de la commission militaire. En apprenant qu'il était condamné à mort, le prince garda un moment le silence; puis, s'adressanl au groupeiiui était devant lui, il demanda si l'on ne pouvait pas lui procurer une paire de ciseaux. Les ciseaux furent passes de main en main, et remis au prince. Il s'en servit pour couper une mèche de ses cheveux, l'enveloppa dans du papier avec un anneau d'or et une lettre, et pria le lieutenant Noirot de faire parvenir le tout à la princesse Charlotte de Piohan... Cela fait, le prince demanda un prclre, qu'on ne put lui donner, vu l'heure avancée. Après un instant de recueillement, le duc fit quelques pas : le peloloii se plaça devant lui à distance convenable. On a prétendu que la lumière blafarde d'une lanterne, placée sur la poitrine du malheureux prince, servit de point de mire aux soldats. Quoi qu'il en soit, l'adjudant Pelé ayant commandé le feu, le prince tomba sans mouvement, percé de plusieurs balles. 11 était alors environ trois heures du matin.... En ce moment-là, une seule personne se prit à pleurer dans le château de Vincennes. C'était la femme du commandant llarel, qui était la sœur de lait du duc d'Enghien. Le 21 mars de grand malin, le ministre Real se rendait à Vincennes, quand, un peu au delà de la barrière du Trône, il rencontra Savary, qui lui apprend le jugement, la condamnation et l'exécution d'un accusé qu'il avait l'ordre d'aller interroger au nom de Bonaparte ! Ainsi finit ce drame de Vincennes, l'un des plus tristes mystères de l'histoire de nos révolutions (1).

En 1812, le général Daumesnil, si connu sous le nom de Xnjamhe dehois, fulnommé gouverneur de Vincennes, d'où devaient partir l'immense matériel et les munitions nécessaires aux divers corps d'armée que l'empereur voulait former sur le Rhin pour son expédition de Russie.

De retour à Paris, après l'expédition de Moscou, Napoléon, prévoyant que la France pourrait être envahie par les armées européennes, ordonna que des travaux de fortification seraient immédiatement exécutés au château de Vincennes, de manière à mettre cette sentinelle de la capitale, non-seulement à l'abri d'un coup de main, mais encore en état de résister, comme place forte, aux tentatives de l'ennemi. Le général Daumesnil surveilla l'exécution de ces travaux avec tout le zèle dont il était capable.

Quand Napoléon rétablit les prisons d'Etat, fermées depuis trente ans, ce fut à Vincennes qu'il retint prisonniers les complices de Georges, les cai-dinaux opposés au concordat, et que l'on nomma cardinaux noirs. L'Empire a confié au donjon une centaine de prisonniers politiques, dont la réunion résumait assez tristement les victoires et les conquêtes de l'empereur; l'opposition française et la coalition européenne y sont represenlées par les Polignac. le baron de Kolli, le cardinal Gregorio, Mina, Esménard, Dudon, Laborie, Odonnel, Wernesse de Reder, l'abbé de Fonlana, de liroglie, évcquc de Gand ; Berlazzoli, aumônier du iiape; de' Boulogne, évêque de Troyes, etc., etc.

C'est de l'esplanade (le Vincennes qu'en 1814 les élèves de l'Ecole polytechnique partirent pour les buttes Chaumonl avec les canons qu'ils manœuvraient comme de

vieux artilleurs llélas! il en revint bien peu de ces

braves enfants; presque tous moururent sur leurs batteries. C'est alors que le poste confié au brave Daumesnil devint pour lui une nouvelle occasion de déployer son patriotisme et sa fermeté. On se rappelle les tristes événements de celte épo(|ue et l'étonnement de l'Europe à la vue de ce soldat mutilé, refusant de rendre Vincennes, alors que la capitale de l'empire était depuis plusieurs semaines tombée au pouvoir des armées coalisées. Dau • mosnil, (prauciine considération ne pouvait ébranler, rc-

(1) V. RechcrcUes historiques sur U procès et la conda mnatwn du duc d'iyncjhiev, par M. Noug;ircde de Fiiycl. 2 vol. in-8", uuvr,igc rempli de documents cuiieux sur co sanglant épisode.

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sista en même temps aux offres honteuses qui lui furent faites et contre les forces nombreuses qui lui étaient opposées. Il ne rendit la place cjne le 12 avril iSM, entre les mains du comte d'Artois , lieutenant général du rovaume.

ïeu de temps après la rentrée de Louis XVllI à Paris, le marquis de Puyvert, par un coup du sort, de prisonnier du donjon passa gouverneur du château. Mais, dés le 20 mars 1813, l'empereur avait repris possession des Tuileries, et le lendemain le brave Daumesnil était réintégré dans son commandement.

Pendant la période des cent jours, Vincennes reprit, comme place d'armes, son activité première. C'est de ce point que partit de nouveau une partie du matériel et des munit ons de guerre ([ui devaient alimenter les corps d'armée formés par ordre de Napoléon sur les frontières de la France.

Lors de la seconde invasion en 1813, la forteresse de Vincennes eut à lutter encore contre les attaques de l'ennemi. Le château, transformé en un véritable arsenal, renfermait alors une grande quantité de munitions de guerre, de bouches a feu et d'armes de toute espèce. L'empereur v avait même établi une commission d'ingénieurs militaires. La fernielè du général conserva à la France cet immense matériel, le seul qui lui restât. Il n'était bruit dans tout Paris que de la réponse de Daumesnil aux sommations de l'ennemi : « Quand vous me rendrez ma jambe, lui disait-il. je vous rendrai la place.» Et telle était l'estime qu'inspirait tant de courage, que le drapeau tricolore flotta assez longtemps sur les tours de Vincennes en face du drapeau blanc arboré sur les édifices de Paris.

Remplacé au second retour des Bourbons par M. de Puyvert, la Révolution de juillet 1850 rappela Daumesnil, pour la troisième fois, au commandement de la forteresse au'il avait si bien défendue et qu'il devait encore une fois défendre, non plus contre les Russes et les Prussiens, mais contre l'émeute en fureur. On siit les événements qui avaient conduit les ministres de Charles X au donjon de Vincennes, en attendant que la Cour des pairs prononçât sur leur sort. Mais, impatient des lenteurs de la justice et redoutant qu'une intrigue ne voulut les soustraire à la vengeance nationale, le peuple rugissant se présente aux portes de Vincennes et demande à grands cris la tête des coupables. La consternation s'était répandue parmi les prisonniers ; ils croyaient voir recommencer pour eux les sanglantes expiations d'une autre époque, et ils se préparaient à mourir, lorsque Daumesnil fait baisser le pont-levis, et, s'avaneaut seul vers le peuple déchaîné : « (Jue voulez-vous, lui dit-il ? — La tête des accusés. — Mais vous ne savez donc pas qu'elle n'appartient qu'à la loi, et que vous ne l'aurez qu'avec ma vie'? Qu'un seul de vous ose franchir le pont, et je fais sauter le château!» Ces mots suffirent peur ramener ces hommes e.xaspérés, qui s'éloignèrent pleins d'admir-ilion pour le commandant de Vincennes, et en criant : aVitc le général Daumesnil! Honneur à la jambe de bois.'» Le brave général mourut à Vincennes du choléra le 17 août 1852.

Conservé depuis comme place de guerre do première classe, le château de Vincennes a repris une face nouvelle, une animation plus grande. 11 a été habité, jusqu'à la Révolution de février 1848, par le duc et la duchesse de Montpensier.

Ce château n'a pas trop à se plaindre des gouvcrnemcnls et des peuples du dix-neuvième siècle. Le gouvernement de 1850 lui a donné une trentaine de millions Jour ses fortifications, son arsenal d'artillerie, sa fonerie, ses manufactures d'armes, ses casernes, ses hôpitaux militaires, sa manutention de vivres et ses magasins : que d'argent pour réédifier une prison féodale !

Le parc et le bois de Vincennes, au milieu duquel est assis le château, a plus de 1,-}60 arpents de superficie. C'est une futaie d'ormes, de charmes et de chênes, dont les plus vieux ne datent, comme on l'a vu plus haut, que de 1751. Au centre d'une étoile où neuf roules viennent aboutir, on a élevé un obélisque de style Pompadour . surmonté d'un globe et d'une aiguille dorée, avec deux

écussons. Ce bois offre une multitude de promenades charmantes et tros-fiêquenlées dans la belle saison.

L'aspect du chiloau. qui, sous le régne de Charles V. se faisait remarquer par tout le pittoresque de l'architecture du treizième siècle, et qui, au milieu de massifs de chênes séculaires, laissait voir son donjon aux quatre angles aiTondis en tourelles et ses neuf hautes tours caiTccs à meurtrières, a bien changé avec les siècles et les hommes. Les bâtiments qui servaient d'habitation à la cour de Charles V et de saint Louis ont disparu sans laisser aucune trace de ce qu'ils avaient été.

^n 1789, les nouveaux bâtiments se composaient de deux gros et lourJs pavillons consti-uits sous Louis Xlli et décorés par Louis XIV. Les peintures de l'appartement du roi étaient de Philippe de Champagne. Celles de la salle du trône, où Louis XIV était représenté dans tout l'éclat de sa gloire, attiraient l'attention des visiteurs ; on y voyait la France et les .\rts personnifiés. Les peintures clu plafond de la salle du Concert représentaient divers sujets de la Fable et faisaient allusion à .Anne d'.\ulriche.

Ce qui restait du vieux château consistait dans le donjon tel qu'on le voit encore aujourd'hui. Le tout formait un vaste parallélogramme régulier renfermé dans un fossé très-profond, autrefois rempli d'eau vive , le long duquel se levaient, de dislance en distance, les neuf grosses tours carrées des temps féodaux. Ces tours, qui servaient aussi de prison, ayant été reconnues nuisibles à la défense de la place, ont été rasées, depuis 1814, jusqu'à la hauteur du mur d'enceinte, et sont converties aiijourd hui en plates-formes armées de bouches à feu; une seule, au nord, sur l'avenue de Paris, etappeléela Tour du diable, a conservé sou caractère gothique, sa destination première, son ponl-lcvis, sa herse et ses meurtrières ; elle sert actuellement de salle de discipline. L'une de ces tours, celle dite de la Surintendance, contenait quatre cachots de 3 à 6 pieds carrés; les lits étaient en pierre; au-dessous était un caveau dans lequel ou ne pouvait descendre que par un trou pratiqué dans la voùle. C'était un véritable tombeau.

La porte du Midi, servant d'entrée au parc planté en 1734. s'élevait en forme d'arc de triomphe; elle était ornée de colonnes et de statues de marbre. Ce morceau d'architecture, qui appartient au talent de Leveau, était trèsestimé. Elle a été depuis restaurée sur les dessins de cet habile architecte. Un pont en pierre jeté sur le fosse a remplacé l'ancien pont-levis. Le parc, de ce coté, a entièrement disparu; un immense polygone le remplace.

La première cour, en entrant par la porte du Midi, et la troisième, du coté du village, autrefois dite Cour royale, est fermée, à droite et à gauche, par deux pavillons à colonnes doriques • ce sont ceux que fit construire Louis XIII. Sur les deux côtés régnent d'élégantes galeries en arcades. On monte dans le bâtiment de droite, dit Pavillon de la reine, par un magnifique escalier. Une partie de ce corps de logis est affectée au logement du gouverneur ou du commandant de place. Les grands appartements donnant sur le bois, et qui sont aujourd'hui abandonnés, sont enrichis de dorures et de peintures précieuses. L'aile opposée, connue sous le nom de Pavillon du roi. a pour vue le panorama de Paris. Il sert actuellement de caserne à la garnison du fort. La seconde cour, transformée en un vaste parc dartillerie, contient des approvisionnements de canons, de bombes, de boulets, et tout ce qui constitue le matériel d'une grande place de guerre.

A gauche de cette cour s'élève le donjon, qui fut préservé" d'une ruine imminente par les modérés de 89. Encore debout, il se dresse de toute sa hauteur, il domiue Paris, il le défie, il le menace, en regardant à ses pieds, avec un certain mépris, une statue de la Liberté sur les ruines de la Bastille. Ce donjon, de forme carrée, est entouré de fossés de 40 pieds de profondeur sur 20 de largeur, et revêtus de pien-es de taille coupées à pic; on y aiTive par deux ponts-levis, puis on passe trois portes. Ce passage franchi, on trouve une cour intérieure au milieu de laquelle s'élève majestueusement le donjon. Trois autres portes, dont la dernière était en fer, en ferment encore l'entrée. Vingt gros canons de siège en défendent les approches du côté de Paris. Ce donjon^ flanqué de quatre

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tourelles à chacun de ses angles, et qui font saillie sur le fossé , est divisé en cinq étages, composés cliacun d'une grande salle carrée, dont la voûte en pierre est soutenue, au centre, par un fort pilier, et de quatre cabinets, de 13 pieds de aiamètre, dans les coins où sont les tourelles; ces caijinets ont chacun une cheminée. Les cellules des quatre tours latérales, ;i tous les étages, étaient disposées en cachots, où le jour ne pénétrait que par des lucarnes garnies de triples et forts grillages.

Au rez-de-chaussée est la salle de la Question. Ou y voyait encore, en 1790, des anneaux de fer, des signes de douleur, et un lit de charpente ou le patient reprenait haleine. On y fabrique aujourd hui des cartouches et autres artiflces de guerre. Le magasin à poudre s'étend dans les immenses souterrains qui se prolongent jusqu'à moitié chemin de Saint-Mandé.

La salle du dernier étage s'appelait SaUe du cnnseil. C'est là que les rois de la troisième race qui habitèrent le château tenaient leur séance pour tout ce qui avait rapport aux affaires politiques du royaume. .

La Sainte-Chapelle a été restaurée sous le régne de Charles X. L'architecture intérieure est d'un gothique simple et svelte. On y remarque de superbes vitraux peints par .Ican Cousin, sur les dessms de Raphaël. L'autel, construit dans un style analogue au reste de l'édifice, est surmonté d'un baldaquin élégant. On y remarque le monument élevé à la mémoire du duc d'Enghien, composé et exécuté par Deséne.

Derrière la Sainte-Chapelle est la salle d'armes , dans un grand bâtiment neuf. C'est une des plus considérables et des niiriix distrilmées qu'on puisse voir. Rien de plus pittoresque, dit Emile Deschamps, que ces murs de fusils, de carabines et d'espingoles; ces piliers de coulevrines et de canons, et ces voûtes d'épées et de sabres recourbés. Et puis tous ces trophées, ces chiffres, ces figures symboliques, composés avec des armes de fer aussi gracieusement qu'avec des fleurs; et puis, la pensée c[u'il y a peutêtre là des baïonnettes qui étaient aux victoires de la République et de l'Empire ! C'est une magie complète.

Qu'un seul de vous ose franchir le pont, ci je t.ns saulcr le cliSlcau.

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