Monuments funéraires
Dans tous les temps, chez tous les peuples, l’histoire nous montre le respect pour les morts -porté jusqu’à la vénération religieuse. Ce sentiment est en quelque sorte inné dans l’homme; il existe chez les peuplades les plus sauvages comme chez les nations les plus policées , là surtout où la religion repose sur la croyance à une wi future. C’est dans le désir de perpétuer le souvenir des vertus ou des services rendus, dans le besoin de manifester les regrets qu'a laissés l’être aimé qui n’est plus, dans la pensée de rattacher les liens brisés ici-bas à l'espérance de se retrouver dans un autre monde, que le culte des morts a pris naissance, que le {ombeau a Sa raison d’être. C’est la reconnaissance, l’amour, l’idée de l’immortalité qui consacrent à la dépouille mortelle de l’homme ces pieux monuments, que partout l’homme respecte et qui ne tombent que sous la main du temps, depuis le moraï jusqu'au mausolée, depuis la pyramide gigantesque jusqu’à la simple pierre sépulcrale, depuis l'immense tumulus jusqu’à l’humble tertre de gazon.
Trop souvent, il est vrai, c'est l’orgueil de l’homme puissant, la vanité du riche qui seuls se manifestent dans le luxe fastueux des tombeaux. Mais à côté de ces monuments superbes que la curiosité seule va visiter, qui ne renferment que la mort, la
mort stérile, combien de simples et modestes édicules, cippes, colonnes, tables en marbre commun ou en pierre, debout ou couchées, qu’une affection brisée, un cœur désolé ont fait poser, qu’une main pieuse entoure de fleurs, c’est-à-dire d’un touchant emblème de jeunesse et de vie !
Le temps impassible dans sa course a bien vite effacé et couvert d’un voile uniforme de verdure la place où ont été déposés les restes d’un être chéri. Quand nul signe extérieur ne la distingue plus, quand tout autour règne, en: la même ombre monotone, le même silence morne, quel amer regret pour ceux qui, conservant la religion des trépassés, doutent, hésitent, ne sachant plus où s’agenouiller, où déposer le témoignâge de leur amour ou de leur respect, sur quelle fosse laisser tomber ces larmes
qui coulent de leur paupière !
Ce n’est pas toujours la position restreinte de fortune qui empêche les familles d’ériger à ceux qu’elles ont perdus un modeste monument; d’autres obstacles se présentent le plus souvent. C’est dans les campagnes, surtout, loin des centres populeux, 1à où il n’y a ni architectes, ni entrepreneurs capables en ce genre de travaux que des difficultés sérieuses surgissent. Quelle forme donner à l’humble monument? quelles dimensions, quelles proportions ? quelle ornementation. et surtout quel prix ?
C’est dans le but de venir en aide à tous, aux familles qui ont le culte de leurs morts, comme aux entrepreneurs et ouvriers appelés à réaliser leur désir, que j'ai dessiné les cent spécimens de monuments funéraires que je publie aujourd'hui. Les planches en sont rangées par ordre, procédant du plus simple et allant graduellement jusqu’au plus compliqué; de celui qui entraînera la moindre dépense à celui qui coûtera le plus. Il n’est pas d’ouvrier qui, étant donnés la nature et le prix des matériaux usités dans sa localité, marbre ou pierre, ne puisse avec la plus grande facilité établir le prix de revient de l’un des monuments choisi dans la série.
Pour faciliter l'usage de ce recueil à ceux qui n’ont pas l’habitude de se servir de l'échelle en carreaux, je donne un exemple de l'emploi de cette échelle appliquée à l’une des pierres sépulcrales de la planche 8.
Étant proposé ce modèle, et supposé qu’on veuille l’exécuter dans la dimension de deux mètres de hauteur au-dessus du sol, on divisera le modèle supposé repré senter deux mètres dans sa hauteur, en un nombre de carreaux suffisant pour que les moulures, les courbes (en un mot les sinuosités du profil) soient faciles à suivre de carreau en carreau; soit pour notre modèle, 16 carreaux, ou 8 carreaux pour mètre. On voit immédiatement que la base a 8 carreaux ou 1 mètre de large ; que les retraites successives qu’élle forme en s’élevant sont contenues dans les carreaux des trois rangées inférieures; qu’au deuxième carreau de la 47° rangée inférieure commence une grande ligne verticale qui se prolonge en montant jusqu'au 13% carreau où se produit une nouvelle série de retraites successives qui se renferment dans les carreaux des 13me, 14m, 15m et 16% rangées, jusqu’au sommet.
On figurera le même nombre de carreaux, dans la proportion voulue, c’est-à-dire de 8 carreaux pour mètre, sur la pierre destinée à reproduire le modèle; et en y tragant le profil de ce même modèle de carreau en carreau, il est évident qu’on le rendra, avec la plus parfaite exactitude, dans la dimension qui aura été choisie.