‹ Monuments modernes de la PerseChapitre 17 sur 54 · CACHAN · texte numérisé non relu

CACHAN

A trois journées de distance d’Ispahan, en suivant la direction du Nord-Ouest, dans une vaste plaine entourée de montagnes, s'élève la ville de Cachan. Cette ville fait, comme Ispahan, partie de l'Irak persan & est située par 3535 de latitude & 86° de longitude. La température y est extrèmement chaude, surtout en été; son ardeur se fait déjà vivement sentir dès les premiers jours d'avril, & pour se mettre à l'abri des chaleurs, qui ne sont pas, comme à Ispahan, tempérées par des brises, on a l'habitude, en été, de passer une partie de la journée dans les serdab ou souterrains construits à cet effet sous chaque maison. L’air cependant n’y est pas malsain. Le pays abonde en grains & en fruits; les melons, les pêches & les figues de Cachan jouissent surtout d’un grand renom. Cette ville passe en Orient pour être infectée de scorpions dont la piqüre serait mortelle pour les indigènes, tandis que les étrangers seraient entièrement à l'abri des attaques de ces reptiles. Les voyageurs européens modernes ont beaucoup contribué à dissiper ces deux croyances à la fois, en constatant d'abord que la piqüre des scorpions de Cachan n'est pas aussi dangereuse qu'on le croit, & ensuite qu'il n'y a aucune raison de penser que les étrangers jouissent de quelque immunité à cet égard. Cachan n’a pas de cours d’eau qui lui soit propre, elle s’approvisionne à une source du voisinage, celle de Finn, conduite dans la ville & dans les alentours au moyen de canaux couverts appelés kanat ou karix. La ville est entourée d’un double mur d'enceinte flanqué de tours rondes. Chardin dit que, de son temps, vers 1680, on comptait dans la ville & dans ses faubourgs, plus beaux que la ville elle-même, six mille cinq cents maisons, quarante mosquées, trois colléges (medresseh) & un grand nombre d’Imamyadeh ou sépulcres des descendants d’Ali; aussi la ville passe-t-elle pour être dévouée à la secte chiite. Ce qui distingue surtout la ville de Cachan, c’est l’industrie de ses habitants : on peut la comparer à un vaste atelier où leur activité s'exerce dans plusieurs métiers. Depuis un temps immémorial & par des procédés qui sont toujours restés à leur état primitif, on y fabrique de belles étoffes de soie: taffetas, moires, damas, velours & brocarts de couleurs & de dessins très-variés & souvent d’une grande richesse. Le cuivre & le zinc y sont travaillés avec beaucoup de soin, & c'est à Cachan surtout que la Perse s’approvisionne en ustensiles de ménage & de voyage, de formes élégantes, ornés de ciselures & d'inscriptions exécutées en creux & en relief. On y travaille aussi l’or, l'argent & l'acier. Les faiences de Cachan ont joui autrefois de beaucoup de renom. L’aspect de la ville, tant à l’intérieur qu’à l'extérieur, est gai & engageant, grâce à ses nombreux jardins & à quelques édifices d'utilité publique, comme bazars, bains & caravansérails bâtis en briques, tandis que la presque totalité des maisons particulières sont élevées en terre.

La fondation de Cachan ne remonte guère, selon le témoignage unanime des écrivains orientaux, qu’au vin‘ siècle de notre ère; elle est due à la princesse Zobéide, femme du khalife Haroun al Rachid, deux noms popularisés, en Europe, par les contes des Mille & une Nuits; mais cette date doit sans doute s'appliquer à la ville actuelle, car l'auteur arabe de valeur, Ebn el Acim, cité déjà dans la notice d’Ispahan, en racontant la conquête de la Perse par les musulmans, assure que Cachan & Koum ont fourni à l’armée du dernier monarque sassanide un corps de vingt mille cavaliers. Au point de vue historique, il n’y a rien de remarquable à noter sur Cachan; l’histoire de cette ville se confond en quelque sorte avec celle d'Ispahan, dont elle a presque toujours partagé les vicissitudes; peut-être, cependant, faudrait-il, sur Ia foi d’un dicton persan, reconnaître aux Cachanais un caractère opposé à celui des Ispahanais; car, tandis que ceux-ci passent pour être très-prompts à dégainer, une querelle de Cachanais (djengui Cachi) se dit en Perse d'une dispute où les gros

mots échangés de part & d'autre n'aboutissent jamais à des coups. TO

Cachan, éprouvée au xvin siècle, comme tant d’autres villes de la Perse, par des vicissitudes politiques, se trouvait comme elles assez délabrée. Elle doit la restauration de ses édifices publics & ses embellissements à ce même Hadji Hussein Khan, qui releva dans les premières années de ce siècle tant de ruines à Ispahan. La population de Cachan se monte actuellement à quarante mille habitants, parmi lesquels on compte une centaine de familles juives & quelques familles arméniennes.

Les planches LV, LVI & LVII donnent les détails d’un bain public & d’un bazar. Ces deux édifices se trouvent séparés par la grande rue voütée qui traverse toute la ville; ils sont remarquables par leur bonne construction, par les combinaisons de leurs voütes, par l'entente de leurs plans & par l’heureuse distribution de leurs parties. Ce sont les deux édifices les plus complets & les mieux exécutés de ceux qu'on rencontre à Cachan. Quant aux mosquées, elles n’offrent que peu d'intérêt.

Nous ne pouvons clore cette courte notice sur Cachan sans dire quelques mots d’un charmant village situé à

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