CHAPITRE III
Je dois dire, avant tout, que j*ai trouvé peu de choses par moi-même. On sait déjà que les grottes sépulcrales étaient vides, et qu'il n'y a pas lieu de faire des fouilles systématiques dans les autres monuments. Ceux dont Tintérieur est accessible sont absolument dépouillés de tous débris antiques. La plupart de ceux qui sont en ruine sont dans le même cas, ayant été fréquentés après la fin de la civilisation qui les vit construire. Les recherches pourraient être le plus souvent stériles, et la dépense serait bien au-dessus de la fortune d'un modeste archéologue. Il faut se borner à intéresser les paysans aux reliques semées dans leurs champs et que leur pioche peut mettre au jour : c'est à eux qu'est due la trouvaille des objets jusqu'ici conservés grâce à l'intelligence de quelques propriétaires et des sociétés archéologiques locales. Il faut surveiller aussi les excavations faites pour les travaux publics, les routes nouvelles notamment. J'ai jugé du réel intérêt que porte à cette recherche le haut personnel des travaux publics; mais donne-t-il aux agents subalternes des instructions suffisantes? Le mot d'ordre devrait être: « Observer, recueillir et signaler immédiatement aux chefs ». Il faudrait promettre des gratifications aux inventeurs.
Je sais bien que dans un sol labouré depuis si longtemps et si bien exploré depuis quelques années les chances de découvertes deviennent rares. On ne pourrait plus espérer former aujourd'hui une collection comme celle que put et sut réunir Ramis au commencement de ce siècle; mais avec un bon réseau d'observateurs on arriverait encore à un résultat satisfaisant au profit des musées de Palma et de Mahon, qui n'auraient pas le sort toujours incertain des collections privées.
La collection de M. Juan Pons y Soler, à Mahon, nombreuse, bien étiquetée et inventoriée avec détails, très soignée, est le fond dans lequel j'ai trouvé le plus
Si MONUMENTS PRIMITIFS DES BALKARES.
de documents précieux. Elle fut commencée il y a longtemps déjà avec une compétence parfaite.
Silex taillés. — Aucune hache de pierre ne m'a été présentée ; aucune n'a jamais été signalée. Or les recherches d'antiquités ont été réellement minutieuses : on trouve dans les collections quantité de pierres ouvrées, halles de fronde, broyeurs, etc. ; on peut considérer comme faite la preuve de l'absence de la civilisation que caractérise ailleurs la hache de pierre. Les tics Baléares auraient pu connaître un âge de la pierre à physionomie locale : aucune trace ne s'en est montrée. Les sondages que j'ai eftectués dans les grottes naturelles les mieux situées, et qui, sur le sol français, eussent eu certainement des vestiges d'une occupation primitive dans les deux sens du mot, ont été infructueux. Un barrànc voisin de San-Adeodato contient une caverne splendide qui s'ouvre lar-
Fio. 39. — Silci Uillé d« MsTorquc. Or. ;.
gement comme une nef de cathédrale et pénètre profondément. C'est la Cueva-den- Coloim, ainsi nommée à cause des nombreuses colombes qu'on y attire avec de grands feux et qu'on y massacre aisément. Le propriétaire, M. le baron de Las Arénas, a fait exécuter une route pour monter depuis le fond du barranc. Cette voie coupe profondément jusqu'au roc les couches entassées à l'entrée; elles n'ont livré aucun os, aucun objet. La première et principale galerie est au contraire un vaste cimetière, où j'ai recueilli, avec des ossements, maints tessons d'une poterie de pâte primitive, mal cuite, rouge et noire, pétrie de grains blancs, fragile, ornée de pointillés en creux, de lignes en relief, de chevrons tracés au lissoir, mais de formes très variées et qui m'ont paru se rapporter ordinairement au style de la céramique mauresque. Il y avait avec ces fragments de vase des objets de fer très décomposés. Nous sommes donc bien éloignés de l'âge de la pierre.
En fait de silex travaillé, j'ai vu trois tronçons de lames ou d'éclats sans caractère (collection de M. Planes) et une plaquette étroite et longue, bien taillée, au tranchant analogue à celui d'une scie, peut-être une lame de poignard, une tète de lance, un outil (fig. 39). Mais on sait que les silex taillés sont demeures en
usage pendant que l'induslrie du cuivre et du bronze avail déjà pris un certain développement. Cette unique pièce ne peut donc suffire à prouver l'existence d'un âge de la pierre. Elle a été recueillie dans le termina de Sanla-Eugenia à Son- Estelrich, dans les ruines d'un lalayot, assure-l-on. En étudiant naguère les trouvailles de M. Schliemann au Muséum fur volkerkunde, à Berlin, j'ai été frappé de l'analogie des silex taillés d'Ilios avec celui-ci. Qui sait s'il n'y a pas entre eux quelque parenté, si je puis ainsi m'exprimer?
Pierres de fronde. — On connaît la réputation des anciens Baléares : tous les textes s'accordent à louer leur supériorité dans le maniement de la fronde, et c'est au titre de frondeurs qu'on les voit fifjurcr dans les armées de Cartlmge et de Rome. Encore aujourd'hui, les bergers sont munis de leur longue pmsetja de chanvre tressé. Les plus adroits chassent avec elle le lapin. J'ai vu l'un d'eux toucher à iOO mètres le but que je lui avais désigné. .Vu besoin, la pierre est projetée beaucoup plus loin, et l'on comprend dès lors que .Métellus, lors de son débarquement, ait eu ses matelots tués à bord de ses bateaux, jusqu'à ce qu'il les ail protégés au moyen de grandes peaux étendues au-dessus du pont, premier emploi des navires cuirassés. Les frondeurs modernes emploient les petites pierres des champs, choisissant celles dont la dimension est d'environ H centimètres. Ce projectile est posé sur le milieu de la passelja, qui se trouve divisé, sur une longueur de 15 centimètres, en trois tresses plates. Il n'est pas nécessaire de le faire longtemps tournoyer. A ma vive surprise, deux à trois tours suffisaient à donner la vitesse voulue; le frondeur lâche un des bouts delà fronde, qui, tandis que ta pierre part, vient s'enrouler autour du corps en claquant comme un fort coup de fouet.
Il y a dans les collections, et j'ai ramassé dans les champs, aux abords des ruines antiques, un certain nombre de pierres du volume d'une orange et plus petites, assez grossièrement arrondies'. Ces boules passent pour être les pierres de fronde des anciens Baléares. Il est permis d'hésiter avant d'adopter cette opinion. Croit-on vraiment qu'il était utile de travailler les pierres de fronde, du moment qu'on ne leur donnait pas ces formes allongées des balles de ]ilomb romaines ou des balles de stéatite des Kanaqucs néo-calédoniens ? J'ai consulté les frondeurs
I. Encore un extrait d'une lettre de M, Cardoriav Uriila : « J'en m ri*cui:illi une seule fois 4(.i, trh sphiriques, du diamètre de ;i'2 millimètres jusqu'à 12 ceiitiiiiÈtres, dans le sol d'une ii.-Lbilatiuii mégalithii[ue qu'on arrachait devant mes yeux. Parmi ces nombreuses spliùics, il v avail di's cemli-rs et aussi un petit instrument en hron^e que j'ai emporte. Aujuurd'liui j'en posaiide plus de cent de
actuels : Us n'ont pas saisi l'inlérêt de ce travail, et les essais faits sous mes yeux ont donné l'avantage aux pierres simplement choisies. Je dois dire pourtant que les vieilles boules, Irop volumineuses pour l'habitude d'aujourd'hui, pouvaient être plus aisément maniées par des Trondeurs robustes et tenus en haleine par de constants exercices.
J'imagine qu'un jour de bataille la consommation des projectiles devait être énorme, et je serais surpris si l'on avait eu une réserve suffisante de ces boules, ayant, en somme, demandé un long travail de préparation.
Meules & broyer les g;rain8. — Ne serait-ce pas plutôt des broyeurs h. main, destinés à concasser les céréales? Pour des projectiles on eût employé la pierre du
pays, ordinairement assez tendre pour être facilement ouvragée, toujours assez dure et assez pesante pour casser la tête à l'ennemi. Or, ces boules sont parfois faites avec des roches étrangères au district, et venues sans doute de la région seplcnlrionale, où les terrains sont anciens et variés. Elles ont ainsi les qualités voulues pour ne s'écraser qu'à la longue, elles traces de travail qu'elles offrent pourraient n'être que le résultat d'un long usage. On dirait nos percuteurs et nos broyeurs de l'ilge de la pierre. Enfin ce qui me détermine à conclure dans ce sens, c'est que plusieurs ont les facettes usées qui coïncident avec les surfaces de friction, la boule étant tenue à la main'.
Les grosses meules se rencontrent dans toutes les ruines de Minorque. Elles
I. M. Cardona, éclairù par des ol'SCivulioiii posUiieurcs aui miennes, urrJve ù dos conclurions diiréreiites, (]ue je me fais un devoir de citer : n Pour concasser des céréales, on avail recours à d'autres formes, toujours en pierre très diire du Nord et dont j'ai un bon nombre d'échantillons. Les boules splicriqocs sont loujonrs en calcaire blanc, compact, de notre miocène moyen, facile à travailler. Il M. Cardoiia me p.'rmcttrik d'insister ! mes boulos ne sont pas toutes eu calcaire tendre.
Fin. tl a,bcX 42. — Uculoa de Hinurquc. i
LES OBJETS, ARMES, PARURES, UBTEiNSILES. 57
se distinguent immédiatement par leur couleur rougeâtre des autres pierres, qui sont grises ou blanches : la plupart sont de grès bigarré, quelques-uns sont de poudingue du dévonien moyen, enfin un pelil nombre de poudingue du trias. Toutes ces pierres proviennent évidemment du centre et du nord de l'Ile. Une seule est faite de granit, et M. Cardona ne connaît pas cette roche dans l'tle. Les figures 41 et 42 montrent leurs formes les plus ordinaires. La saillie dorsale qui, dans de très rares exemplaires, se prolonge aux extrémités en forme de poignée (fig. 42) indique bien, par ce dernier détail, qu'on les maniait à la main; mais leur volume et leur poids m'ont paru en général trop considérables pour qu'un seul opérateur ait pu les promener aisément sur la meule dormante. 11 ne m'est pas difGcile d'imaginer un tel ustensile en action, aux mains de deux femmes, par exemple. Si parmi les nombreux moulins primitifs employés autrefois ou aujourd'hui , il en est de semblables à ceux des Baléares , je n'ai pas su les découvrir.
Leur présence dans les ruines est si générale, elles y sont si abondantes, que j'aurais peine à douter de leur eontemporanéilé avec les grands monuments. On les appelait amolom, aujourd'hui moions simplement.
Céramique. — C'est une vérité banale que la poterie est, après la pierre, le témoin le plus universel et le plus durable des civilisations disparues. Des tessons de tous les temps se rencontrent dans les champs voisins des monuments Baléares.Les fragments des cruches modernes, des plats de la Henaissance, des alcarazas mauresques, des vases rouges et noirs latins et grecs, gisent pèlemèle dans les sillons. Toutes ces poteries étaient solides, aussi indestructibles qu'un caillou. Il y a aussi des morceaux de poterie faite à la main, pétrie de graviers, mal cuite, rougie en partie seulement par le feu à l'air libre, et dont nous ne recueillons que des bribes : ce sont les restes de la céramique dont la grotte des Colombes renfermait les spécimens les mieux conservés, ou bien une aulre que les collections nous ont révélée. L'ancienneté de celle-ci n'est pas douteuse : à tous les caractères de la pâte elle joint ceux de la forme, et se montre absolument originale. Ces vases sont de petite taille: parmi les deux douzaines que j'ai examinés, le plus petit a i centimètres de haut, le plus grand 12. Ils sont légèrement coniques, et le fond, au lieu d'être à la base, se trouve relevé jusqu'au centre (fig. 13 et ii et autres) ; ils sont ornés de dessins en creux ou d'appendices en relief, mais seulement d'un côté. Cette face ornementée est ordinairement garnie d'une sorte d'écusson, soit en relief, soit délimité par un cordon seul proéminent.
Les fig. 45 à 54 rendent inutile une description plus minuUeuse. On notera que les provenances de ces vases sont très variées.
On est surpris de leur très faible capacité : la moitié ne peut guère contenir plus de liquide qu'un godet d'aquarelliste, et l'on peut se demander quel était leur usage. D'ordinaire, en pareil cas, les archéologues ont l'habitude de dire : « Ce sont des objets votifs » , ou bien : <- C'est une céramique \
Fio. *3. — Coupe dii
- Coupe du ïale|fig. i8.
■c de Minorquo, Gr. \. Collecdoii l'ona y Soler.
funéraire ». Mais cela ne nous avance guère, il faudrait d'abord des preuves. On pensera peut-être que ces vases sont les plus petits de ceux du même type qui étaient en usage; qu'ils se sont mieux conserves à cause de leur plus grande facilité à résister aux accidents. C'est possible; mais, dans la cité de l'Hostal, les fouilles ont mis au jour des vases de toutes les dimensions et de volumineux
fragments d'urints ; notre type s'y trouve avec son formai normal : aucun tesson plus grand ne lui appartient.
Ce type enfin paraît spécial à Minorque. Voici quelle serait, en revanche, la céramique primitive de Mayorque dans l'étal actuel de nos connaissances:
Ce sont d'abord des vases à forme spliérique, et par conséquent destinés à être suspendus. Ils sont munis, en effet, de petits mamelons perforés tantôt verticalement (fig. 55), tantôt tiorizontalement. Dans un spécimen, les deux directions existent alternées ainsi. Le nombre de ces anses minuscules varie de deux à neuf.
Ces VQses, venus de diverses localités, et notamment de Sitjoles, près de
Llumayor, sont tous remarquables parleur faible épaisseur. La pâte est celluleuse, noirâtre, inégalement cuite, assez bien ouvrée cependant pourqu'on hésile d'abord à croire qu'elle n'a pas été tournée. Aucune ornementation ne s'observe à la surface.
D'autres en forme de pots à fleurs sont fabriqués avec la même poterie.
Va(C9 en lerro de Uînorque. 0. J. Collection Pons y Solpr.
(Collection de M. Planes). A Vista-Alegra, en démolissant un lalayot, on mil à découvert au milieu des blocs de l'assise inférieure, et dans des conditions qui paraissent affirmer la même antiquité, des traces de foyer, des os non étudiés et perdus, deux petits pots l'un dans l'autre. Leur pâle, remplie de sable, non tournée, irrégulière, a tous les caractères ordinaires d'infériorité. On les prendrait volontiers pour des lampes, bien que dans le plus grand il n'y ail aucune interruption dans le rebord en face de l'appendice en forme de bec. Un troisième vase du même gisement est muni d'une sorte de poignée courte et trapue.
LES OBJETS, ARMES, l'ARURES, USTENSILES. 61
Évidemmeot celui-ci n'a rien de commun avec une lampe, mais il a des analogies avec les petits vases précédents, et fait ainsi douter qu'ils aient eu eux-mêmes celle destinatioD. L'appendice, avec sa dépression légère, pourrait n'être qu'une poignée très réduite, une imitation de poignée. (Collection de M. Moragues.) Visla-Alegra possédait un groupe de talayots qui, au nombre de quatre ou cinq, étaient groupés dans une enceinte. Çà et là, autour d'eux, étaient des squelettes, en assez grand nombre me dit-on. Malheureusement, en dehors de ces trois vases que renfermait le mur du plus grand talayol, rien ne fut ramassé.
La collection de M. Michel Costa, de PoUenza, a été formée de pièces rccueil-
- Vase de Mavorqiin a
lies pendant le défrichement de sa possession Can-Xanel, termino d'Alcudia. Les talayots y étaient nombreux, et ont la plupart disparu. On ne sait pas l'origine précise des objets. Les vestiges romains sont là plus abondants que sur tout autre point des lies, car c'est à Alcudia qu'était le principal et très riche établissement des envahisseurs. Je pense que les bronzes qu'on trouvera dessinés plus loin appartiennent réellement à une époque plus reculée. Les habitants des lies, lorsque les Romains arrivèrent, avaient encore leur industrie particulière, comme leurs mœurs et leurs coutumes ; peut-être, car en cela nous sommes réduit à faire des conjectures, avaient-ils peu subi les influences étrangères, grecques, phéniciennes, etc. : tel objet qui est d'une industrie archaïque n'a pas toujours une date ancienne. En outre, l'industrie romaine ne remplaça pas brusquement l'industrie locale ; de sorte que nous n'avons qu'à présenter sans commentaires les spécimens les plus intéressants. En fait de poterie, ce sont des vases et un frag-
ment orné : l'ornementatioa de ce tesson est limitée et complète ; elle a évidemment un certaine analogie avec celle des vases à écussons de Minorque. Les vases sont en forme de pots à fleurs de petites dimensions, non tournés, mais lissés avec soin. La pâte tantôt est grossière, tantôt plus fine, rougeâlre et mieux cuite.
Olyets de enivre et de bronra. — Si je classe les objets de métal comme s'ils appartenaient à la France, à l'Espagne ou à l'Italie, il Taut mentionner d'abord deux petites perles longues (fig. 56} ; elles sont identiques à celles de la fin de l'âge de la pierre. Sous la même forme, il y avait déjà depuis longtemps
fio. 56 cl 51.
rer1«s de cuivre, Minorque. Cr.
Colloc^on Ram 14.
Fio. 58.
Bracelcl d« cuivre, Hinori|ue. Cr. J
CoUcction Itamis.
Fjo. 59.
Bracelets de bronze du
d'Alcudiï, Mayorque. Or.
des perles de jayet, de calcaire, de roches vertes et autres. Lorsque le métal arriva pour la première fois, on fondit des perles, des pendeloques, suivant les exigences de la tradition. Ces deux objets de cuivre suffiraient à nous donner une date et confirmeraient ainsi les indications suggérées par le plan des grottes sépulcrales et par plusieurs autres faits. Malheureusement leur origine n'est pas précisée, pas plus que celle des autres pièces de la collection Itamis.
Un bracelet de Minorque est un simple lil de cuivre terminé à chaque boul par une boule (fig. 58); d'aulres de Mayorque sont des fils pliils, ronds ou semironds arrangés en spirale (fig. 59 à 61). De pareilles spirales plus petites ont été également rencontrées dans les mêmes gisements du tcrmiuo d'Alcudia. Ces parures ont les plus grands rapports avec celles du sud-est de l'Espagne et qui appartiennent à l'aurore de l'âge du métal, ainsi qu'il résulte des admirables découvertes de MM. Siret. On sait que ces habitts archéologues belges ont pu '■' "- - Aim.au de i.ro.,i- ,i, sanufe^y or. ;.
constater souvent que les pendants
d'oreille et les bracelets affectaient cette même forme de fil en spirale et étaient même quelquefois de même grandeur. Un exemplaire de la collection Michel Costa et UQ autre de la collection Sureda sont enfilés dans un anneau irrégulier, formé négligemment d'un simple bout de fil (fig. 59) : ce fait reproduit deux
fois a sa valeur. L'anneau devait sans doute retenir quelque pendeloque, peut-être une amu- Iclte que le temps n'a pas épargnée. De Can-Xanet et de Monte- Toro à Minorque viennent des bracelets différents de ceux-là :
ce sont de gros anneaux, dont la tige à l'extérieur est bombée et plate à l'intérieur ; leur âge est incertain. 11 en est de même d'un anneau de Santagny (fig. 62) :
si c'est un bracelet, il ne pouvait appartenir qu'à un enfant.
LaMarmora signale (pl.XXXlX) une pièce identique qu'il assure provenir du talayot dit Son-Texeguel, près Lluc- Major (Minorque), ainsi qu'un disque pareil à celui de notre figure 79.
Deux pièces seulement rentrent dans la catégorie des colliers. Dans l'un, de la collection Ramis,latige est ornée de traits gravés; les deux extrémités se terminent par un léger renfiemeut aplati et perforé ; ce qui constituait le fermoir n'existe plus.
de poitrine. Gr.
U MUNUMENTS PaiHlTIFS DES BALEARES.
L'autre, de la collection Pons, est origÎDaire de Minorque (fig. 63) ; mais on se souvient d'une semblable trouvaille faite dans les ruines d'un lalayot près Saintc-Marie,JLMayorque. Cet objet, volumineux et très lourd, est-il réellement une parure du col et de la poitrine? Cela me parait probable, parce que les dimensions ne s'y opposent pas, et surtout parce que nous connaissons des pièces semblables dont l'usage est mieux déterminé; on les conserve notamment dans les musées de
Fia, 64. — fcpingic (?) en bmntc, Majorque. Or. (. CollecLion Sureda.
Vienne et de Berlin. Il est curieux de trouver pareille analogie à si grande distance; mais ce lien entre l'Europe centrale et tes Baléares reste, comme d'autres faits, sans explication.
La longue tige de la collection Sureda (fig. 64) doit-elle rentrer dans la catégorie des parures? L'épingle, si c'en est une, au lieu d'une pointe présente une spatule plate et perforée, à laquelle s'attachait probablement une pièce perdue
Fia. 66.
I, Uonte-Toro, Minorque. Or. |. CoUeclioa Pona j Soler.
ou ajoulis ornemental faisant pendant à la tête discoïdalc. Un tel objet peut très bien trouver place dans une coiffure.
Je n'ose pas donner une haute antiquité à la boucle que montrent de tous leurs côtés les figures 65 à 67. Sa surface extérieure avait des bandelettes, de métal sans doute, qui ont disparu avec le temps, après avoir laissé une durable empreinte dans l'oxyde du bronze. Un second exemplaire identique vient d'une
En fait de fibules, rien de bien ancien, des formes romaines et connues dont je donne néanmoins le dessin (fig. 68). Quant à la petite bacbette bipenne de la figure 69, je n'affirme pas davantage son âge. On peut, je pense , la placer parmi
les parures. Elle a peut-être
formé la tète d'une épingle
ou une perle de collier, lin
exemplaire vient d'Alcudia,
Mayorque (CoUoclion Micbcl
Costa), un autre de Minor-
que {Collection Pons.)
Fio. fiO.
Armes et Outils. — Trois i,nJtatioD de iiaci.ntc. or. nm bâches de métal ont été recueillies : deux peliles et plates, du type le plus ancien de l'Age du bronze (fig. 70) ; une qui est au contraire du type le plus récent (fig. 71). La Marmora assure que
celle-ci (ou peut-être sa pareille, je oe sais, le dessin de Ramis étant par trop sommaire) fut trouvée dans un lalayot.
Avec les premières marchent les lames de poignard triangulaires et très minces
a MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES.
dont il y a aussi de rares spécimens. L'une (fig. 72), bien complète, avec ses trous il rivets et la trace du manebe très nette, futtrouvée avec sa voisine (fig. 73}
Lames de poignunl en cuJTre.Or. {. Majorque, Collection Moragues.
Laiii^es en bronze (ï| Hinorque.
Qr. }. Collection Pons.
à Son-Morogues, près Valdemosa. C'est en faisant sauter des rochers qu'on les mit à découvert. Un troisième exemplaire, plus long et plus élégant, fait
PoÏDlei i douille en bronio jni
F:o. 71 et 18.
0 Santa-Agueda, Minorque. Or. \. CoUeclîon Pons.
par(ie de la collection du château de. Itatxa près de Palma; mais il ne figure |ms nu catalogue, pas plus que les autres objets de provenance mayorquine; on a l'a plus d'égards pour les antiques ou les soi-disant antiques venus d'Italie.
La même collection et surtout celle de M. Pons renferment des têtes de lance à douille d'un type assez particulier et qu'on retrouve en Sardaii^ne et dans le monde grec (fig. 75). D'autres pointes {fig. 74 et 76) sont semblables à celles qui abondent un peu partout au nord et à l'occident de la Méditerranée. Les pointes les plus originales sont celles dont M. Pons possède une série : ce sont des tiges grêles à base creuse (fig. 77 et 78); la plus longue a 18 centimètres de longueur, la plus petite 6. Ce sont sans doute des bouts de flèches.
Lingots. — Deux petites masses de bronze recueillies à Son-Gornessel près Ferrerias, Minorquc, me paraissent rentrer dans cette catégorie (fig. 79).
Ce n'est pas au hasard que j'ai employé ça et là les mots bronze et cuivre. J'avais pris des parcelles d'une partie des objets, et les analyses ont été faites dans le laboratoire de mon ami M. le D' Garrigou, à Toulouse.
Olyets indéterminéB. — Une longue tige de bronze, de 0*°,90 de longueur, s'est rencontrée près de Fornélls, dans une crevasse de rocher, auprès d'un squelette humain. Elle n'est pas pointue, et elle présente, à peu de dislance d'une extrémité, un appendice en forme de crochet. On dirait une broche de rôtisseur.
Trois disques, munies d'un côté d'une protubérance centrale en forme de bouton pointu, de l'autre rôle d'une anse en relief (fig. 80). Un des exemplaires, collection Moragues, est orné d'un léger rebord sur tout le pourtour, el, en outre, il reste un anneau irrégulier en fil de cuivre passé dans l'anse. Ce sont évidemment des pièces décoratives, que dans le matériel gaulois on prendrait pour des phalères de chevaux. Mais je n'ose, à Mayorque, m'exprimer ainsi.
Absolument énigmatiques sont quatre pièces des collections Pons et Hamis. La fig. 81 me dispense d'en donner une description minutieuse et difficile. Leur grandeur varie du simple au double. La corne de l'une des grandes (fig. 81 , a) est arrondie, intacte, et semble indiquer que dans les autres exemplaires ces bouts n'ont pas été plus longs, bien qu'ils paraissent tronqués. Cela m'empêche de croire que ce sont des anses ou poignées de vase. La concavité de la partie
Lingots de broii7i.
Minurquc Or J Colle cuon Pons y Soler.
élargie et qui fait un peu ressembler la plus grande à une cuiller n'existe pas dans les quatre spécimens. Naturellement Ramis a une explication toute prête :
Fia. SO. — Disque en bronze, S mUgiif i?) tlayorque. Or. ]. Collcclion Suraila.
ce sont des iuslrument3 qui servaient aux druides. Il nous dit, et ceci a plus d'intérêt pour nous, que l'un de ces objets fut trouvé dans un talayot à San-
Qlijets lie liroiiie. Colleclion Pons y Solcr
Thomas, près Alayor, Minorque. M. Pons a également recueilli l'un des siens près d'un talayot à Benicodrell-de-Baix.
J'ai remarqué dans la petite mais intéressante collectioD de M. Moragues une mince plaquette de plomb vraiment curieuse (ftg. 82). Mon dessin donne, je crois, une idée suffisante de rornemenlalion d'une face, mais l'autre est plane,
sauf trois petits mamelons en forme de losange qui sont alignés au milieu de la partie supérieure, derrière les anneaux concentriques du centre. Une pièce tout à fait semblable pour la forme, mais non pour l'oracmenlation, est figurée par la Marmora (voir sa pi. XXXIX, (ig. 4). Il prétend qu'elle provient d'un lalayot dit Son-Texeguet , près Lluc-Major (Minorque). I! l'attribue à l'industrie phénicienne et croit qu'elle représente une peau de tête de bœuf. II l'avait vue avec quelques autres pièces, dans un petil musée, au couvent des Capucins
Fm. Sî. — Plaquette de |>lomb. C l'ina, près Montuire, Mavorquf
de Palma.dont les archéologues de la Société Luliana devraient bien retrouver la trace.
Tous les autres objets qui m'ont été montrés rentrent dans les séries classiques, soit grecques, soit égyptiennes, soit romaines. Aucun d'eux ne rappelle les antiquités spéciales de la Sardaigne. Seules les verroteries, les perles polychromes bien connues et un très beau flacon multicolore apparliennent sans doute à l'industrie phénicienne.
Les personnes qui désireraient des renseignements complémentaires trouveront à la Bibliothèque du Musée national de Sain[-Germain-en-Laye mes photographies et mes croquis.
Je termine ici mes notes en remerciant encore tous les collectionneurs des deux lies de leur complaisance à mon égard.