‹ Monuments primitifs des îles BaléaresChapitre 26 sur 42 · GRE.NELLE · texte numérisé non relu

GRE.NELLE

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Ici, nous le répétons, ce n'est plus de l'analogie que présentent les deux têtes,

7i MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES.

mais une identité presque absolue. Les chiffres sont assez éloquents par euxmêmes pour que nous puissions nous dispenser de commentaires.

En présence de ces résultats, doit-on attacher une importance capitale au surbaissement de la voûte chez la femme des Baléares ? N'est-il pas permis de le considérer comme un simple caractère individuel? Faut-il, au contraire, y voir un caractère ethnique suffisant pour séparer complètement le crâne de L'Hostal de celui de Grenelle? Faut-il, enfin, regarder l'aplatissement de la voûte comme un signe de métissage ? A ces diverses questions, il nous semble facile de répondre. Dans la race la plus pure, on observe des différences individuelles qui vont autrement loin que celle dont il s'agit. On ne peut pas même faire intervenir le métissage dans le cas qui nous occupe. Il serait bien extraordinaire, en effet, que le croisement entre deux races eût laissé persister tous les caractères de Tune d'elles, à l'exception d'un seul. Or la tète de L'Hostal nous montre, non seulement dans son ensemble, mais dans ses détails, une ressemblance avec la race brachycéphale de Grenelle qui va souvent jusqu'à l'identité. C'est donc au même type qu'il faut la rattacher.

Si cette conclusion n'est pas erronée, elle présente un intérêt qui n'échappera à personne. Dans la série de crânes recueillis dans le sud-est de l'Espagne par MM. Louis et Henri Siret, M. le docteur Victor Jacques a retrouvé le type de la carrière Hélie de Grenelle, et il se trouvait même « largement représenté dans la population de l'Argar ». Or, les sépultures fouillées par MM. Siret datant de l'époque du bronze, notre confrère est porté à regarder les brachycéphales qui y ont été rencontrés comme les « descendants directs » de la race de Grenellc-llélie. Cette race aurait émigré du nord au sud, et elle aurait dépassé la péninsule ibérique, puisque nous la retrouvons dans les lies Baléares.

Déjà nous avions constaté des faits analogues pour la race de Cro-Magnon, et les observations de M. Victor Jacques ont pleinement justifié ce que nous avions écrit à ce sujet. Il a de plus constaté à l'Argar la présence d'individus offrant tous les traits du crâne de Furfooz n" 2. En présence de ces faits, on est conduit à se demander si toutes nos vieilles races n'ont pas, à un moment donné, émigré vers le Sud, sans doute a Tépoque où de nouveaux-venus leur ont disputé le sol sur lequel elles étaient anciennement établies. Cette hypothèse repose déjà sur un nombre de faits respectable ; la découverte du crâne de la grotte de Lllostal fournit un nouvel argument à ceux qui partagent cette manière de voir. Cette trouvaille nous montre aussi que, de môme que la race de Cro-Magnon, celle de Grenelle n'a pas été arrêtée par la mer: l'une et l'autre l'ont franchie aux époques préhistoriques.

Voulût-OH voir dans le surbaissemenl de la voûle du crâne de L'Hoslal un si^ne de métissage, que les déduclions qui précèdent n'en seraient en rien infirmées. Ce caractère appartient au type n' 2 de Furfooz, et nous venons de voir que le D' Jacques l'avait retrouvé à l'âge du bronze dans le sud-esl de l'Espagne. Ce seraient des individus de cette race ou des hommes déjà métissés qui l'auraient introduit aux Baléares. La réalité des migrations donl nous venons de parler n'en serait nullement battue en brèche.

II n'est pas douteux, d'ailleurs, que divers types aient vécu aux Baléares à l'époqne du bronze, et les partisans de l'aulochtonie ne sauraient prétendre que le milieu ait pu donner naissance à la fois à des traces absolument distinctes. On est donc forcé d'admettre qu'un certain nombre d'individus au moins étaient venus du dehors.

Si nous manquons de crânes pour mettre en évidence la mulliplicité des races anciennes des Baléares, nous possédons des os longs qui vont le montrer suffisamment. Un très petit nombre sont entiers, et permctlent de calculer la taille. En nous servant des chiffres d'Orfila, nous sommes arrivés aux résultats suivants :

Pour les hommes de la grotte de L'ilostal, nous avons trouvé des failles de l'",63 {"",^8 et 1",69 ; deux femmes nous ont donné l'",53.

La naveta de Itaful Ruhi renfermait les restes de deux hommes qui mesuraient respectivement 1"',G8 et 1"',70; une femme avait 1"',53.

Ainsi la taille des hommes variait de l'",63 à l"',70; celle des femmes parait avoir été de l^iSS. Assurément, entre les bommes les plus grands et les individus les plus petits la différence n'est pas énorme; mais nous n'avons pu évaluer la taille que de cinq sujets, et il est bien probable que, si nous eussions eu des matériaux plus nombreux, les variations seraient bien plus accusées. Quoi qu'il en soit, lorsque sur cinq individus on trouve une difVérencc de 7 centimètres, on n'est pas autorisé à prétendre qu'on se trouve en présence d'un groupe homogène.

Examinons maintenant quelques caractères des os longs. L'humérus des sujets de la naveta de Bafal Itubi présente, vers la pointe du V deltoïdien, un diamètre antéro-postérieur qui varie entre 19 et 26 millimètres. La largeur de son extrémité inférieure oscille entre 53 cl 68 miilimèlres. Dans un sexe comme dans l'autre, on rencontre des individus peu robustes à côté de sujets qui peuvent rivaliser en force avec les hommes les plus robusios de la race de Cro-Magnon. Enfin deux humérus montrent la [)erforation olécrànienne, cl sur l'un l'ouverlure atteint i2 millimètres de large; neuf autres ne présentent point ce caractère.

A L'Hostal, un humérus féminin, le seul que nous possédions, mesure

278 millimètres de longueur, 17 de diamètre antéro-postérieur et 48 de largeur à son extrémité inférieure ; la femme était donc à la fois petite et peu vigoureuse.

L'étude du fémur nous montrerait les mêmes mélanges. Presque tous sont trop brisés pour qu'il soit possible de rendre par des chiffres les différences qu'ils offrent. D'une façon générale on peut dire que certains individus avaient des os grêles, tandis que d'autres étaient d'une robusticilé peu commune, comme le démontrent à la fois le volume de l'os et la saillie de la ligne âpre. Il est cependant un caractère que nous avons pu évaluer : c'est l'existence ou la non-existence de la platymérie. On sait que M. le docteur Manouvrier a donné ce nom à l'aplatissement de la portion du fémur située au-dessous des trochanters, et qu'il a proposé de l'évaluer par le rapport du diamètre antéro-postérieur de l'os au diamètre transverse, mesurés l'un el l'autre au niveau du point le plus aplati. Or voici ce que nous avons observé:

A la naveta de Rafal Rubi, le tiers des fémurs présente une platymérie très accusée (indices de 67,57 à 73,52); un autre tiers offre une platymérie modérée (de 76,66 à 77,42); les autres n'en offrent pas de trace. Les extrêmes vont de 67,51 à 86,20.

A L'Hostal, nous constatons le même fait : deux fémurs sont franchement platymériques (ind. = 74,99 et 75) ; le troisième ne l'est pas du tout (ind. = 87, 87).

Ainsi, à quelque point de vue que nous examinions le fémur, nous trouvons entre les individus des différences notables.

C'est ce que va nous montrer encore le tibia. Réduit le plus souvent à un fragment de la diaphyse, nous avons dû nous borner à en évaluer le rapport du diamètre antéro-postérieur au diamètre transverse, chaque fois que nous avons eu le trou nourricier.

Sur 14 tibias de la naveta de Rafal Rubi, 4 nous ont donné des indices inférieurs à 63, c'est-à-dire qu'ils sont bien aplatis, platycnémiques, pour employer le mot consacré; 6 donnent des indices qui oscillent entre 63 el69 (platycnémie faible) ; 4 enfin dépassent l'indice de 69, et ne sont par conséquent nullement aplatis. Les indices extrêmes vont de 58,97 à 81,48.

La grotte de L'Hostal offre quelque chose d'analogue : un des tibias qui en proviennent est légèrement aplati (ind. =: 64,10), l'autre ne l'est pas du tout (ind. =^73,52).

Enfin, trois tibias de la grotte de Torre-d'en-Gaumes ne présentent pas de trace de platycnémie.

En présence de caractères aussi variables et de chiffres aussi éloignés les uns

des autres, il est impossible de nier que la population des Baléares était déjà fort mélangée à Tépoque du bronze. Malheureusement les matériaux que nous avons entre les mains ne permettent pas de déterminer les divers éléments ethniques qui s'étaient donné rendez-vous dans ces îles. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que l'une des races était peu vigoureuse, tandis qu'une autre était, au contraire, extrêmement robuste. Il serait téméraire de vouloir rechercher à quel type appartenait cette dernière. Néanmoins la vigueur des os, la saillie de la ligne âpre du fémur, l'aplatissement du tibia, que nous avons signalés chez certains individus, pourrait faire supposer qu'il était arrivé là des hommes de Cro-Magnon. C'est évidemment une simple hypothèse, qui n'a rien d'invraisemblable si nous nous rappelons que la race comptait alors des représentanls dans la péninsule ibérique, presque en face des îles Baléares, et si nous tenons compte qu'elle n'hésitait pas à franchir la mer, puisqu'elle a gagne, vers celle époque probablement, le nord de l'Afrique. Ce qui paraît le mieux établi, c'est que la race brachycéphale de Grenelle n'avait pas craint de faire ce voyage d'outre-mer, car le crâne de la grotte de L'Hostal en est un spécimen pur ou à peine altéré.

Telles sont les conclusions qui se dégagent de la rapide étude que nous venons de faire. Il nous resterait à signaler parmi les os recueillis dans les sépultures des Baléares quelques pièces pathologiques intéressantes. Sans entrer dans des détails descriptifs, citons un cas de fracture consolidée sur un péroné de la naveta de Rafal Rubi et trois cas d'arthrite végétante sur un humérus, un tibia et un péroné de la grotte de L'Hostal. Sur l'humérus on remarque plusieurs orifices d'anciennes végétations de tumeur blanche. L'olécrâne s'est séparé du cubitus pour se souder à l'humérus. Il s'est fait entre ces deux os et le radius une pseudarthrose qui siège très haut et en avant de l'extrémité inférieure de l'os du bras ; celle-ci, par suite de la prolifération osseuse, ne mesure pas moins de 77 millimètres de largueur. La plus grande partie de sa surface articulaire, de même que celles du tibia et du péroné de la même grotte, a été fortement usée par le frottement et polie, en même temps qu'elle a acquis l'aspect de l'ivoire.

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