Rouard, op. cit., p. 20, 38, etc
6. Saint Bernard y fit ses études in ecclesia Castilionis. Cf. Alan., Vita (II) S. Bernardi.
7. Yoyez Gallia Christ., t, YI, p. 392. Concile de Cambrai (1365), tit. 3, etc. Il nous faut aujourd’hui des citations.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
répandre l’instruction parmi les pauvres1, même par des moyens coactifs. Aussi ne faut-il pas songer que nous ayons énuméré ici les écoles rurales. M. R. de Beaurepaire, pour le seul diocèse de Rouen, a montré que les petites écoles de village y étaient nombreuses, avant le xvi° siècle. De même, M. Siméon Luce vient de rappeler encore, dans son Histoire de du Guesclin (t. I), que nos villages du xiv° siècle avaient des maîtres pour enseigmer à tous leurs enfants la lecture, l’écriture et les éléments du calcul.
our rendre moins incomplets ces aperçus vagues et presque sans lien , il est utile de traiter avec quelques détails une nation en particulier; et ce serait être malavisé que de ne pas choisir l’Irlande pour thème de ce développement. Dérobée d’abord presque entièrement, par sa situation , aux bouleversements qui confondirent tout en Europe lorsque croulait l’empire romain , elle nous montre bien que si le Christianisme n’a pas sur-le-champ mis les nations modernes hors de pair, ç’a été uniquement à cause des obstacles qu’a rencontrés son action2.
L’érudition de l’Hibernie païenne, sorte de dogme pour bien des Irlandais, ne serait pas sans rapport avec l’appréciation des effets produits par le Christianisme dans cette île. Mais, outre l'absence de pièces positives qui puissent confirmer les assertions louangeuses, il est certaines preuves négatives qui ne laissent pas de jeter du doute sur les panégyriques de la vieille Erin. Cette île, dépositaire de la science druidique, emprunta au Christianisme le mot par lequel elle désigne les livres; et ses plus anciennes annales
pour apprendre ce qui était un fait de droit public jusqu’à notre siècle, savoir, que l’enseignement est une chose ecclésiastique. Le traité de Westphalie cependant, qui avait fait bon marché de tant de principes, recula devant celui-ci ; novices qu’étaient ces congrès, qui ne faisaient que s’essayer à l’œuvre de destruction sociale! Cf. André Millier, Dictionn. de droit canon (en allemand). — Cramer, Gesch. d. Erziehung... ind. N'iederlanden.
M. Léon Maître a publié en 1860 une étude sur les écoles épiscopales et monastiques de l’Occident , qui n’est pas sans valeur; mais sur laquelle il reviendra sans doute plus tard avec bien d’autres informations quand il aura du loisir et de l’expérience.
1. Conciles de Mayence (1549), cap. 65, Concil. Germanise, t. VI; de Salzbourg (1569), c. xxxi, Concil. Germanise, t. VII ; de Malines (1570) : De scholis, de schola dominicain ; de Rouen (1581), de scholarum et seminariorum fundatione, 1 ; de Bordeaux (1583) : tit. 27. « l’rovidendum est, [omnique « ratione efficiendum.... ut in singulis parochiis, vel sal- « tem in celebrioribus pagis constituatur ludimagister, qui << cum grammatica.... etc. » C’étaient des ruines qu’il fallait relever après les ravages du luthéranisme et du calvinisme.
2. Le développement de cette idée ne peut être entrepris ici: remarquons cependant que les peuples protégés contre l’action étrangère, ont subitement grandi sous une sorte de charme, par l’intervention du christianisme. L 'Arménie, convertie au commencement du ivc siècle, eut l’âge d’or de sa littérature au siècle suivant; et l’histoire y produisit
dès lors les ouvrages qui servent encore de modèle à ses écrivains. La Géorgie avait au xu° siècle (pendant que l’Arménie jetait instantanément un nouvel éclat) une époque littéraire qu’elle n’a pu atteindre depuis. Elle était catholique alors; si bien que l’invasion tartare l’empêcha seule de se joindre aux croisés latins. La Russie, au moment de sa conversion, sembla promettre une croissance gigantesque. Mais cette civilisation s’arrêta atrophiée subitement; parce que, trop séparées de Rome par leurs liturgies nationales, et trop liées à Constantinople, leur fatale nourrice, ces nations subirent l’intluence du schisme, qui est l’amputation d’un peuple. La Hongrie, qui datait comme famille européenne, du xe siècle seulement, acquit en développement politique ce que lui refusait en littérature la multiplicité de ses éléments nationaux. Trois siècles après sa conversion, elle embrassait une étendue égale à celle de l’empire autrichien actuel; et, sans l’hérésie, elle paraissait appelée à former un boulevard de fer pour la chrétienté. La Bohème toucha quelque temps à l’Adriatique, d’une main, et à la Baltique, de l’autre. Mais elle fut la première nation vraiment européenne à nourrir l’hérésie dans son sein, et la plus châtiée aussi, pour l’exemple; car ses guerres hussites furent atroces, ensevelissant dans les flammes maint vestige important de l'art et de la littérature tchèques dont nous aurions grand besoin aujourd’hui pour voir clair dans un moyen âge si mêlé de byzantinisme, de slavisme et de latinisme. Cette lacune violente est désormais impossible à combler.
BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE
portent le nom de psautiers 1 ( Psalter ). Mais, quoi qu’il en soit de ce préjugé légitime contre les antiquaires patriotes de l’Irlande 2, il est sûr que cette île apparaît tout d’un coup comme une création magique à la lumière de l’Evangile. Chrétienne au ve siècle, déjà au vie et vnc elle est l’île des saints et des savants. On nous cite au monastère de Bengor dans l’Ulster (Beangor, Banchor), 3,000 moines3; àArmagh, 7,000 étudiants; à Clonard, sous saint Finnian, 3,000; à Lismore, un rendez-vous général des pèlerins de la science, et le reste à l’avenant 4. Si ces indications semblent gonflées par le patriotisme, les témoigmages des étrangers et l’histoire du continent les rendent croyables. Aldhelm5 se plaint à un ami de ce que des escadres d’étudiants font voile vers l’Irlande, pour y chercher des maîtres de grec, de latin et d’Écriture sainte. Alcuin et Bède 6 nous donnent la même idée de ce concours qu’attirait la réputation des écoles hibernoises 7. Bientôt l’île ne suffît plus à tout ce monde d’étudiants, qui déborda non-seulement sur les Hébrides et l’Ecosse, mais sur l’Islande et notre continent.
1. On sait que, dès les premiers temps de l’Église, le psautier fut le manuel des écoles. Saint Jérôme, parlant de la diffusion du christianisme chez les barbares, disait déjà : « Hunni psalterium discunt; » et c’est précisément pourquoi il voulut que sa propre version des psaumes ne fit point partie de la Vulgate. Le vieux texte latin lui semblait beaucoup trop répandu pour qu’on espérât le supplanter sans graves inconvénients, parmi les peuples occidentaux dont la pratique habituelle pouvait être ainsi troublée nou sans péril de schisme.
2. Loin de. moi l’idée de trancher par un mot une discussion où il a été fait tant de dépenses d’archéologie. Libre à qui voudra, de consulter Keating, O’Flaherty, O’Connor, etc,., et les antiquaires analysés ou indiqués dans l’ouvrage de Thomas Moore, t. I. Je prends acte seulement du fait chrétien, seul bien constaté dans l’histoire littéraire de cette île. Le [reste peut avoir existé; mais, pour celui-là, il est incontestablement hors d'atteinte.
Cf. P. Cullen, Annali délie scienzc religiose , n® série, t. 111, p. 70, sgg.; et 81, sgg.
3. Ce nombre paraîtra sans doute extraordinaire. Peutêtre faut-il, pour adopter le chiffre 3,000, compter toutes les fondations dépendantes de cette abbaye comme d’un chef-lieu. Cf. Vit. S. Malachiæ, cap. v. — Ware, De scriptoribus Hiberniæ, lib. i, cap. n. Ce monastère ne doit pas être confondu avec celui de Bangor dans le pays de Galles.
4. Cf. Usher, Wachsmuth, O’Connor, Lanigan, Thomas Moore (c. xu etxm). Il est fâcheux que ce dernier auteur ait été traduit avec une précipitation ou une incurie toute propre à empêcher son succès parmi nous. Les fautes d’impression, les contre-sens, le défaut d’éclaircissements, tout, dans cette version, conspire contre l’original. Je dois avouer que je n’ai pas eu le texte anglais à ma disposition. Mais heureusement les inexactitudes du traducteur sautent aux yeux la plupart du temps. Ainsi l’amende imposée au Leinster par Tuathal, est désignée à divers endroits par les noms de tribut, boarien, baorien, baroméen, borromèen. Ailleurs on traduit l’expression théologique : making the body of Christ (corpus Christi conficere), par cette phrase manger le corps du Christ ; tandis que M. Moore voulait y montrer précisément l'antiquité du dogme de la transsubstantiation (p. 300). On fait de Saint Augustin (p. 380) une espece d’hérétique; une phrase louche (p. 383) semble
prêter à l'Église, sur l’Eucharistie, quelque chose de la doctrine calviniste. On nous parle des psautiers de Cashel et de Tara, comme si le vulgaire des lecteurs français pouvait savoir qu’il y a sous ce litre autre chose que des psaumes; etc., etc. Lingard, dans son bel ouvrage sur'les Antiquités de l’Église Anglo-Saxonne, n’a guère été mieux traité, du reste ; et bien d’autres traductions ressemblent à celles-là malheureusement. Aussi voudrais-je que la traduction des Mores Catholici (orages of failli) fût entre des mains plus habiles et plus consciencieuses; dût la rédaction y être modifiée çà et là, mais dans l’esprit, général du livre, et avec le même amour des œuvres catholiques.
o. Ep. hibern. sylloge, ap. Moore, c. xui. Cf. Mai, Classie. auct., t. V, p. 405.
fi. Alcuin. Vit a S. Willibr. « Beatus adolescens Willi- « brordus in Hiberniam veloci cursu conscendit, ibique « duodecim annos inter eximios piæ religionis et sacræ « lectionis magistros.... erudiebatur. » It. carm. de S. Willibr. et de S. Willigiso., etc. Ap. Gonring, op. c., supplem. 31.
Bed., Ilist. Anglor., lib. m, cap. 27 (ap. Conring., ibid.). « Erant eo tempore (A. Chr. 664) multi nobilium simul et « mediocrium de gente Anglorum ; qui tempore Finani et « Colmani episcoporum, relicta insula patria, vel divinæ « lectionis, vel continentioris vitæ gratia illo (in Hiberniam) « successerant. Quos omnes, Scoti liberalissime suscipien- « tes, victum eis quotidianum sine pretio, libros quoque « ad legendum, et magisterium gratuitum præberi cura- « bant, etc. » It., cap. vu, ibid. — Ware, op. c., 1. ï, c. xiv.
7. Les plus remarquables de ces écoles ( Monaster . Hibernica, 410, cité par l’auteur des Mores Cathouci, iij, 6), furent les abbayes de Louth, Saint-Ibar dans l’ilc de Beg- Eri (côte du Wexford), Clonard (dans l’East-Meath), Rathène, Lismore fondée vers 663, Ross, Bengor (monastère fondé vers 558), Sainte-Marie de Clonferth, Saint-Ninnidius dans file de Dam-Inis (sur le lac d’Erne), l’île d’immay, sur la côte de Gallway. Cf. Ware, 1. I, c. n, m. — Supra, p. 64.
Quant aux monastères irlandais (ou Scots) du continent, il est bon de rappeler au moins [Bobbio, Luxeuil, Cologne, Saint-Gall, Seckingen (dans le canton de Claris), Salzbourg, Ratisbonne, Vienne (d’Autriche), Wurzbourg, etc. Plus d’un vulgarisateur français a mal compris en cela l'expression allemande Schotten Muenster (Scotorum monasterium).
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
’humeur voyageuse du peuple irlandais lui fît entreprendre une espèce de croisade scientifique au profit de l’Église latine tout entière. Des moines, des évêques même, espèces de pêriodeutes à la manière de l’Orient, transportèrent au loin la science scotique ; et leurs fondations sur le continent apparaissent çà et là dans l'histoire, comme ces astres dont la course ne se peut tracer que par induction et à force de calcul. En Brabant, à Verdun, à Würzbourg, à Ratisbonne, à Erfurth, à Cologne, à Vienne, etc., les colonies de ces cosmopolites sont attestées par le nom de monasteria Scotorum, qui dans plusieurs de ces villes a subsisté jusqu’à nos jours ; et qu’on traduit parfois assez drôlement.
En Angleterre , le monastère irlandais de Lindisfarne ‘, fondé par saint Aïdan, à la sollicitation du roi saxon Oswald1 2, ainsi que celui de Malmesbury établi par Maidulf3, augmentèrent l’influence irlandaise sur la civilisation britannique; et Aldhelm, tout mécontent qu’il était de voir la Grande-Bretagne désertée par les étudiants, devait ses propres connaissances à un maître hibernois 4. D’ailleurs les établissements albaniens (dans le comté d’Argyle, etc.), qui transportèrent à la Bretagne septentrionale5 le nom même de l’Irlande ( Scotia ), livrèrent cette contrée à l’activité scotique. Là elle avait comme son point d’appui dans l’île de Hy (Icolmkill, Iona), peuplée de moines irlandais 6 par saint Columba (Columbkill).
En Fi '( mce , la fondation de Luxeuil et de Fontaines n’a besoin que d’être rappelée. Mais il faut ajouter que le zèle de saint Columban (fin du vic siècle) ne se renferma point dans les murailles de ces abbayes, et qu’il parut à la cour de Thierry et de Brunehaut, avec tout l’ascendant et toute la sainte rudesse d’un Élie7. Il visita de même, en se retirant, les cours de Clotaire et de Théodebert, et ne passa en Lombardie que quand les succès des Austrasiens menacèrent de lui enlever tout refuge sur le sol de la France8. Dagobert II, élevé en Irlande, puis Pépin d’Héristal, accordèrent leur confiance à des compatriotes de ce grand homme9, et deux évêques de sa nation occupèrent successivement le siège épiscopal de Strasbourg10 *. L’impulsion était donnée aussi, durant la période carlovingàenne, c’est un débordement d’Hibernois sur tout l’empire franc12, au dire d’un écrivain d’alors. Charlemagne et Lothaire, en confiant à quelques-uns d’entre eux la direction des grandes écoles (à Paris et à Pavie) nouvellement améliorées13, associèrent à la renommée de leur œuvre celle de Clément, d’Albinus et de Dungal. Jean Scot Érigène (ou Eringena) semble avoir pris à tâche de garantir chez la postérité, par ce double nom, sa qualité d’enfant d’Érin. Or l’em-