‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 158 sur 335 · Cf. Viel-Castel, texte joint aux Statuts de l’Ordre du · texte numérisé non relu

Cf. Viel-Castel, texte joint aux Statuts de l’Ordre du

Saint Esprit (Paris, 1854). — Biblioth. de l’École des

Chartes, vic série, 1. 1, p. 79.

10. Chant de la bénédiction du cierge pascal. D’Agincourt, t . II, p. 66-70; Peintures, pl. 53-56.

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MINIATURE AU MOYEN AGE

miniateurs. Pour rendre plus accessible au simple peuple la solennité de la liturgie à ce moment, on partageait le texte en plusieurs sections divisées par autant de tableaux relatifs aux expressions; et, comme les peintures étaient tracées dans un sens inverse à celui de l’écriture, le rouleau, en se dépliant sur bambou à mesure que le cbant du diacre avançait, faisait passer devant les yeux des fidèles la représentation de ce qu’exprimaient les paroles. VExultetàe la bibliothèque Barberini à Borne (xi" siècle environ) offre, selon M. Valéry', une variété et une bizarrerie déconcertantes, soit pour les peintures, soit pour les caractères.

A en juger d’après les calques de d’Agincourt, il semblerait que cette bizarrerie se réduit à ceci : savoir, que la vieille notation du plain-chant et la représentation d’une cérémonie ecclésiastique sont choses un peu étrangères à bien des curieux de notre époque.

Le Cabinet des mss. (t. II) nous donne pour cet âge deux miniateurs de Saint-Germain des Prés : Heldric et Edmond (p. 40, sv.).

Les scriptoria saxons d’Angleterre paraissent avoir pris au vin" siècle et au ix° l’initiative d’une interprétation graphique des psaumes (et peut-être des autres prophéties) qui semble n’avoir pas déplu aux Anglo-Normands. G’est un système étrange dont je n’avais pas voulu d’abord admettre la possibilité (cf. Revue archéologique , avril 1849). Je m’y suis rendu néanmoins après quelque hésitation, affirmation contraire même, en voyant les dessins rapportés du British muséum par mon collaborateur (cf. Mélanges d’archéologie, t. I, pi. 249, svv. ; et pl. 45). Outre l’exagération nationale de la stature et des mouvements, surtout pour la draperie, cette école se pique d’une traduction esthétique où elle frôle assez souvent le ridicule quand elle n’y saule pas à pieds joints sans sourciller. On s’y propose, de parti pris, la tâche quasi incroyable de rendre par le crayon ou le pinceau ce que la poésie lyrique exprime dans les hardiesses de son style emphatique et imagé; mais, chose assez digne d’observation, c’est que l’on ne verse guère dans le comique sur celte voie singulière, tout en le côtoyant presque sans cesse1 2. Desartistes si sérieux ne s’aperçoivent même pas qu’un rien vales faire trébucher jusqu’au rôle du caricaturiste moqueur. La théorie est bien voisine de l’absurde, et ses adeptes la suivent consciencieusement sans guère broncher sur une piste si glissante. Il y a là un sport original qui mériterait vraiment d’être suivi en détail par un amateur anglais. On y signalerait, je crois, l’alliance de rudesse et de souplesse que montre habituellement Shakespeare.

Ce que je disais de cette école étrangle vers 1849 se bornait à quelques pages accompagnées d’une seule gravure en divers fragments; aujourd’hui on en peut juger plus à l’aise par le Psautier cl'Utrecht (Latin Psalter... of Utrecht), qui vient d’être publié photographiquement par les Anglais et dont l’idéal est absolument le même. Il ne s’agit pas, entre ces différentes illustrations , de supposer un modèle commun reproduit matériellement par des ateliers de même provenance : l’idée générale persiste seule, et ses formes varient sous la plume puissante du dessinateur; sauf en certains cas où l’on peut absolument reconnaître un poncif commun pour point de départ. Un si merveilleux volume mérite bien l’épithète prodigious ! souvent répétée par le Dominie Sampson de Walter Scott, quand il déballe les livres de son patron; et je n’ignore pas tout à fait les querelles ou discussions ardentes qu’il a suscitées en Angleterre parmi les théologiens, paléographes, etc. Après les quelques heures qu il m aété possiblede consacrer à l’examen d’un livre si exceptionnel, je serais malvenu à me

1. Valéry, Voyages... en Italie, xv, 33. l’air d’y mettre d’espièglerie intentionnelle. Il s’est lire de

2. Ce n’est pas qu’on n’y puisse rencontrer çà et là du son programme comme il a pu; et il y a vraiment lieu de lui genre clown qui tourne au grotesque. Mais l'auteur n’a pas en faire compliment, vu la difficulté de son dessein.

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mêler dans les controverses anglaises que soutiennent (pro et contra) des savants de premier ordre. Il ne me déplaît pas du tout de voir les paléographes se prendre aux cheveux avec les experts en miniatures ou dessins à la plume; car la confédération de ces deux Etats pourrait bien n’avoir pas encore des frontières suffisamment régularisées, quoi qu’on en ait dit. Un peu de modestie chez tous nos savants, européens ou autres, ne gâtera rien pour l’avenir. A mon petit avis, si peu qu’il vaille, l’original pourrait être du vu0 siècle au plus tard ; et, bien que .j’aie cru précédemment avoir un certain droit de classer ce g’enre extraordinaire dans les travaux saxons, il ne me répugnerait pas aujourd’hui de l’attribuer à l’école irlandaise (où j’avoue n’être pourtant qu’un mince connaisseur). J’avais néanmoins imaginé, me dira-t-on, que l’ivoire de Charles le Chauve (Mélanges, t. I, pl. XI; et p. 43, svv.) pouvait bien venir de .Bénévent; parce que l’ordonnance de la composition avait un aspect relativement très-classique, où semblait se montrer l’Italie grecque. Mais alors je suivais un tout autre point de vue, désavoué depuis (ibid., p. 249-257); et, si l’on voulait me hontoyer pour cette assertion de ma jeunesse, je pourrais dire avec Turenne : « Qui n’a pas fait de fautes à la guerre, n’apasfait la guerre. » Cependant l’école irlandaise, si peu étudiée qu’elle soit, est tellement originale à la fois et cosmopolite en même temps, qu’on ne saurait trop lui prêter. Les Saxons peuvent lui avoir emprunté beaucoup plus qu’on ne pense.

ayant eu communication du Psautier d’Utrecht que pour un temps fort limité, où je n’étais même pas maître de lui donner attention suffisante, je ne pus l’examiner en détail comme le mériterait ce volume important. Ceux qui voudront s’en occuper avec le soin que demande une si curieuse publication y trouveraient sans peine le sujet d’un gros mémoire auquel je ne dois pas songer ici. Ajoutons que les cantiques de l’Ancien et du Nouveau Testament y sont traités comme le Psautier, avec le Gloria in excelsis, le Pater et le Credo, le symbole de saint Athanase, etc. La singularité de gageure acceptée par les dessinateurs s’y complique de scènes du Nouveau Testament . lorsque la prophétie est bien visible dans un psaume; costumes, architecture et technique d’atelier (pour représenter ruisseaux, rochers, vallons, etc.) mériteraient aussi des observations qui appellent l’étude d’un homme compétent, et dont je ne puis me donner le plaisir dans ma course à travers les manuscrits du moyen ag’e. Peut-etre cette tâche aura-t-elle été comprise et acceptée dans quelque recueil qui n’est pas venu jusqu’à moi. Mais, quand c’aurait été fait déjà, que nul n’en désespère pour 1 avenir. Le sujet est trop étendu poui qu’il n’y ait pas lieu de glaner encore après qui aurait voulu le traiter trop rapidement. Nul de mes lecteurs ne peut donc dire que je lui aie coupé l’herbe sous le pied en cela, et que je paraisse blâmer les recherches ultérieures. Passons donc à d autres considérations tout aussi transitoires.

Malgré la quasi-exclusion quej’ai donnée à 1 Eglise grecque dans ces études, pour les cii conscrire plus nettement, on ne me reprochera sûrement pas d avoir introduit à cet endroit deux miniatures du xL siècle (1056-1067) empruntées au célèbre évangéliaire slavon d’Üs-

romir. Ce semble être le plus ancien vestige des miniateurs russes avant la consommation u schisme de Pholius par Michel Gérulaire. Le manuscrit paraît avoir été fait pour un prince

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ou gouverneur de Novgorod; et les deux évangélistes (A, s. Marc, p. 149; et B, s. Luc, p. 151) dontje réduis quelque peu les peintures, n’ont rien de très-surprenant (sauf le style décoratif)

pour qui connaît le moyen âge' grec et latin *. En retranchant de ces réductions le paléo-slave dont mes lecteurs n’avaient que faire, il est juste néanmoins de ne pas leur dissimuler que

1. Je pense avoir très-suffisamment répondu, aux désirs svv.; etc.), pour ne pas recourir à d’autres occasions où je des curieux sur cet article, dans ces Nouveaux Mélanges pourrais cependant encore me citer moi-même. Mais je n’y (t. Il, p. 79-113; et Caractéristiques des saints, p. 392, tiens pas plus que de raison.

MÉLANGES d’aRCRÉOLOGIE.

l’honnête Vostokof ne trouva pas beaucoup de sympathie dans le saint Synode russe lorsqu’il présentait la copie de son vieux livre pour l’impression. Des censeurs sourcilleux auraient volontiers remis à neuf le texte médiéval pour ne pas scandaliser l’orthodoxie méticuleuse de nos contemporains. Un point surtout sembla tout à fait exorbitant à la docte (ou timide) assemblée; sur la page consacrée à saint Luc (p. 151), entre l’édicule qui encadre à peu près l'évangéliste, et son animal mystique, sept petites lignes disent dans l'original : « Sous cette forme de veau, le Saint-Esprit apparut à Luc1. » A cette lecture, stupeur chez les membres du pieux bureau de révision officielle, qui ne voulait ni mettre en suspicion l’antique orthodoxie nationale, ni s’attirer les foudres du pouvoir séculier pour méfait antipatriotique.

Heureusement que l’idée vint de soumettre le cas de conscience au métropolitain Philarète, lequel ne s’effaroucha pas si fort. Il répondit, en homme de bon sens calme, que les lecteurs ne pouvaient avoir aucun motif tolérable pour confondre les fantaisies d’un copiste du xie- siècle avec l'enseignement de l'Eglise; et que, d’ailleurs, une simple note de l’éditeur pouvait obvier aux scandales pris à tort par des esprits faux. Quant au reste, disait-il, ce n’est vraiment pas la peine d’en parler.

Pour moi, sans nier aucunement le bien jug*é sur l’opportunité de cette note désirable, je me réfère d’emblée à ce que disait le texte des Vitraux de Bourges (§ 106, p. 191, note 2) sur la caractéristique de saint Luc entre les évangélistes. S’il est vrai, et je le crois, qu’il ait reçu la mission toute particulière de montrer Jésus-Christ comme victime, notre miniateur slave aurait pu, avec une mince variante dans son épigraphe, dire que l’inspiration céleste lui avait présenté la vie et la doctrine de Notre-Seigneur sous cet aspect bien prononcé2.

Ayant déjà donné accès à quelque spécimen de miniatures étrangères dans cette étude, je ne dois pas négliger outre mesure les miniateurs français du xie siècle; quoique ni leur trait ni leur coloris ne soient habituellement bien merveilleux, si ce n’est de façon relative. Je présenterai donc au lecteur (p. 153) cette page de ms. poitevin qui raconte et retrace la vie de sainte Radegonde. On en verra bientôt deux autres avec le coloris du xne siècle (pi. IV et V), d’après le même livre; mais celle-ci est presque certainement fort antérieure aux suivantes. On y voit la jeune princesse thuringienne amenée au roi Clotaire qui la fit baptiser, et l’épousa plus tard. Dans la partie inférieure, c’est notre sainte prosternée devant un autel, et nourrissant de bonne heure son âme par la foi et la prière qui acheminaient ce grand cœur vers la perfection. II me sera permis sans doute d’y faire observer une forme nouvelle •de ces lampes suspendues dans le sanctuaire, dont j’avais réuni précédemment plusieurs échantillons curieux ( Mélanges , Irc série, t. 111, p. 12-22; et 52, svv.), mais nous verrons tout à l’heure le parti qui se peut tirer des peintures médiévales pour mieux se rensei-

1. Extrêmement peu slaviste, de mon métier, je ne parle que sur témoignage de gens qui s’y entendent (le P. J. Marlinov auquel je dois les calques).

2. Les Russes (Moscovites surtout), depuis quelques années, se sont mis enfin non pas seulement à étudier, mais à publier leurs vieilles peintures; et nous pourrions en tirer grand parti, même pour l’histoire de notre art occidental. Si l’idiome nous y est souvent un obstacle infranchissable pour profiter de l’histoire et de la doctrine exposées par le texte, bien des renseignements utiles se puiseraient dans la simple inspection de diverses planches. Le faire du dessin, le groupement des figures, les personnifications allégoriques

(la mer, la terre, les fleuves, les astres, la mort, etc.), y rappellent maintenant quelques-unes de nos époques et de nos écoles. Sous ce rapport, l’art tchèque et slave du sudouest aurait fort à nous dire sans doute, parce qu'il se trouva de bonne heure en fréquentes relations avec Constantinople d’une part et les Latins de l’autre.

Quant à la Russie, MM. Th. Bouslaïef et G. Filimonof (entre autres) nous ont rendu un vrai service par leur publication française du Moniteur... de l’art ancien russe, où bien des difficultés seront atténuées pour la chrétienté latine. Ils ont ainsi percé un mur de séparation infranchissable pour la plupart des latins.

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g'ner sur les usages civils ou ecclésiastiques de nos ancêtres, si l’on a soin d’admettre le bon sens à cette inspection.

Je dois la connaissance de ce manuscrit à M. de Longuemar, plein de zèle pour les antiquités poitevines, et qui m’a communiqué les fragments que je reproduis ici et ailleurs.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

M. Jubinal cite, dans son rapport au ministre1 après un voyage fait en Suisse, des miniatures (du nié siècle, à Saint-Gall) de la plus grande dimension, et où la vérité de l’expression fait oublier l’imperfection du dessin. Le célèbre évangéliaire (xie siècle) donné à Saint- Benoît de Mantoue par la comtesse Mathilde, et transporté depuis au Vatican, offre de petites scènes prises dans la vie de la sainte Vierge, qui surpassent, pour le goût, tout ce que Lanzi connaissait de cette époque2. Un psautier du xnc siècle, à la bibliothèque Barberini (de Borne), a été analysé d’une manière intéressante pour l’histoire de l’art, par M. de Bumhor3. On conserve à Sienne 1 ' Ordo officiorum senensis ecclesiæ, exécuté en 1213 par le chanoine Oderico (qu’il ne faut pas confondre avec Oderic de Gubbio), qui l’a encadré dans des bordures représentant divers animaux, et orné de figurines4 *. Dans un saint Augustin de la bibliothèque de Pérouse ’ plusieurs miniatures sont importantes pour prouver l’existence d’un art passablement développé déjà dans l’Ombrie. C’est encore à ce siècle qu’appartient le beau traité de fauconnerie composé en latin par l’empereur Frédéric II, et orné de peintures remarquables pour le naturel et la vérité des poses d’animaux aussi bien que d’hommes6.

Selon le Cabinet des mss. (t. II), Edmond, moine à Saint-Germain des Prés, au xne siècle, a laissé un frontispice remarquable- en tête des homélies d’Origène traduites (p. 41, mss. latins 11,615).

La bibliothèque Laurentienne possède le superbe missel admiré par Laurent le Magnifique, et par Léon X, qui l’enviait à Florence. Dix-neuf autres livres de chœur (dont dix-huit ont été indignement détruits), une des merveilles du xive siècle, venaient de l’ancien monastère des Anges et étaient l’ouvrage des moines camaldules. Ces artistes presque ignorés ont donné à leurs délicieux petits tableaux une expression, une vérité, une grâce, une variété, une entente même de la perspective et des draperies (par exemple dans la Procession par les rues de Florence ), qu’on ne peut assez admirer7. Le manuscrit in-folio de Dante (xive siècle), à la bibliothèque Barberini de Borne, semble être un des plus beaux ouvrages qui se puissent citer pour les figures et pour les arabesques8.

Les livres de piété n’étaient donc point seuls enrichis de ces précieuses peintures : on cite plusieurs exemplaires de Sénèque, de Virgile, de Térence, de Quinte-Curce , d’Ovide; et surtout le brillant manuscrit des Vies et poésies des troubadours provençaux (au Vatican), par un moine des îles d’Hyères9. Mais nous aurons occasion d’entrer dans quelques nouveaux détails à ce sujet, lorsque nous parlerons des principaux miniateurs dont les noms ont été conservés.

Pourquoi cependant ne dirais-je pas que le technique me semble avoir souvent pris le pas sur l’idéal dans beaucoup d’œuvres fort admirées à cette époque? Dessin, perspective et coloris peuvent y être irréprochables; admettons encore que la composition y soit habile, bien qu’un

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