‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 223 sur 335 · Isidori Hispal. Epist. inter Braul. 6a et 7a · texte numérisé non relu

Isidori Hispal. Epist. inter Braul. 6a et 7a

MELANGES D ARCHEOLOGIE.

Mais la joie de posséder enfin une portion si considérable de l’œuvre gigantesque entreprise sous son inspiration et poussée déjà si loin grâce à ses instances opiniâtres, suffît, je pense, à tempérer tes regrets de l’ami d’Isidore. A cette joie s’unissait, dans le cœur de Braulion, la satisfaction d’un grand service rendu à l’Eglise. Ce n’est pas sans quelque fierté, bien légitime assurément, qu’il revendique dans ses propres écrits l’honneur exclusif d’avoir tait jaillir, au profit des esprits studieux, cette source abondante et pure de science divine et de science humaine1.

Saint Braulion était donc bien un vrai bibliophile, aimant avec passion les livres et les étudiant avec une ardeur ég’ale. 11 n’était pas le seul de son pays et de son temps. Tout ce que nous savons des lettrés de l’Espagne gothique nous les montre épris du même amour et aussi ardents à le satisfaire. C’est en vérité un curieux spectacle de les voir correspondre entre eux d’un bout à l’autre de la Péninsule, presque toujours à la seule fin de se procurer les ouvrages dont ils sont privés, de compléter ceux dont ils ne possèdent que des portions, ou d’obtenir enfin d’un auteur célèbre la primeur de quelque nouvel écrit. Braulion, que nous voyions naguère poursuivre tous ses amis de semblables requêtes, est à son tour mis largement à contribution. Evêques, prêtres, moines, dames du monde, se mettent de la partie. Isidore n’a pas la sixième Décade des Énarrations de saint Augustin sur les Psaumes, vite un billet à saint Braulion pour la lui demander2. Saint Fructueux veut compléter son exemplaire des Confèrences de Gassien , c’est à l’évêque de Saragosse qu’il s’adresse pour avoir communication de celles qui lui manquent 3; c’est encore Braulion qui doit prêter à l’une de ses filles spirituelles nommée Apicella les livres historiques de l’Ancien Testament'1, c’est à lui que saint Eugène de Tolède ou Tajon exposent des doutes et des difficultés qu’il est prié de résoudre par une dissertation épistolaire où toutes les questions soulevées par ces correspondants soient pleinement élucidées5. Si de Saragosse nous passons à Barcelone, nous verrons Quiricus, évêque de cette ville, requérir de saint Hildephonse de Tolède, pour son édification et celle de toute l'Eglise, une exposition mystique de l’Ancien Testament6; puis, à force d’importunités, obtenir de Tajon, successeur de Braulion sur le siég'e de Sarag'osse, le prêt de son manuscrit récemment terminé des Livres des sentences, où se trouve résumée dans un ordre clair et méthodique toute la doctrine répandue par saint Grégoire dans ses nombreux écrits. Quiricus voit ses vœux exaucés; mais un retard trop prolongé dans la restitution du volume prêté lui vaut une sommation impé-

1. Avant même d’avoir entre les mains l’œuvre capitale d’Isidore, S. Braulion écrivait (Ep. 3) : << Librum Etymologiarum quem... audivimus consummatum (en quoi il se trompe...) servo vestro dirigere jubeatis; quia, ut mihi conscius sum, magna ibi ex parte servi tui postulatione sudasti. » Plus tard, dans sa biographie d’Isidore ( Cotai . VV. lllust. c. 47), Braulion s’exprime plus clairement encore : « Etymologiarum codicem... distinctum ab eo titulis, non 1 ib ris. Quem, quiarogatu meo fecit... ego in xx libros divisi. Quod opus , omni modo philosophiæ conveniens, quisquis crebra meditatione perlegerit, non ignarus divinarurn humanarumque rerum scientia erit. »

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