De plus en plus la Revue des Deux-Mondes (p
1 1. Il faut avouer que M. Letronne joue de [malheur dans ses citations. Leurré ici par une petite phrase, il s’empare de saint Augustin; et c’était précisément saint Augustin
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
« était contraire aux plus simples notions du bon sens, mais comme elle était appuyée par « des textes dont le sens littéral lui paraissait le seul admissible, etc...; car, ajoute-t-il, « toute la capacité de l’esprit humain doit céder à l’autorité de l’Ecriture. Ce seul mot expli- « que et excuse tant d’aberrations » etc., etc.
e moyen d’arrang-er tout cela ! Il faudrait opter entre des imputations contradictoires. Si la majorité des Ihéolog-iens s’en tint toujours à l’interprétation littérale (ce que je n’examine point, mais ce que l’on affirme2), faut-il les faire responsables d’une cosmographie fondée sur l’interprétation allégorique à laquelle on consacre une si grande partie de l’article? Que si l’interprétation allégorique a dominé3, ou du moins si c’est elle qui a causé les plus grandes absurdités, ou des absurdités quelconques, faut-il s’en prendre à la Bible de ce qu’ont dit ceux qui s’en écartaient à leur gré ?
4° Même difficulté pour accorder ce que l’on avance sur les sources où étaient puisées les idées cosmolog-iques des théologiens. Dans les premières pagos de la Revue, la faute en était au parti pris de trouver la science toute faite dans la Genèse; puis, comme pour enlever aux Pères de l’Eg-lise le mérite de l’invention, l’on montre leur cosmographie en entier dans les enseignements des vieilles écoles grecques. Le lecteur dira si j’y mets du mien. « Il fut un temps... ou toutes les sciences devaient prendre « leur origine dans la Bible. C’était la base unique sur laquelle on leur permettait de « s’élever... Les sciences avaient leur point de départ fixé et déterminé, et l’on traçait au- « tour de chacune d’elles un cercle d’où il leur était interdit de sortir, sous peine de tom- « ber à l’instant sous la redoutable censure des théologiens, qui avaient toujours au ser- « vice de leur opinion, bonne ou mauvaise, trois argriments irrésistibles, la persécution, « la prison ou le bûcher. Ces obstacles que l’esprit scientifique rencontra dans tout le (f moyen âg*e, et qui retardèrent si long-temps les progrès des sciences d’observation, « tiraient leur force principale de l’autorité des Saints Pères. Ceux-ci s’étaient persuadé « que la seule cosmographie possible était celle qu’ils trouvaient exposée dans la Bible, et « que... toutes les paroles de Moïse, inspirées par l’Esprit divin, devaient offrir le reflet de « l’éternelle sag-esse4. » — « Ce n’est vraiment qu’à l’aide des interprétations les plus forci cées qu’on peut voir dans le texte de la Bible autre chose que ce qu’y ont vu les Pè- « res ^ » etc. J’ai déjà rapporté précédemment et j’aurais pu ajouter encore plusieurs passag-es qui répètent la même assertion avec un ton de certitude que l’on appréciera mieux quand on aura vu la contre-partie dans l’auteur lui-même.
« Les Pères étaient presque à leur insu6 sous l’influence des opinions populaires qui
dont, il ne fallait pas prononcer le nom dans cette cause malencontreuse. Car est-il si mince commençant en théologie qui ne sache qu’un texte de l’Écriture devient entre les mains de ce docteur, ce qu’on n’eût jamais songé à y voir? Saint Augustin, transformé en un rigide partisan de l'interprétation littérale ! Vraiment, on ne pouvait pas mieux tomber pour nous faire voir ce qu’est un savant quand il sort de sa sphère.
Maintes gens s'imaginent (très à tort, certes; mais beaucoup trop souvent de nos jours) que les études ecclésiastiques sont une manière de passe-temps où peut se délasser tout amateur qui aura étudié n’importe quelle autre chose. On ne saurait souhaiter piège plus insidieux à son
ennemi. Je veux donc bien le signaler à ceux qui n’en soupçonneraient pas le péril.