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Quum esset decem et octo annorum concupivit ere

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MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

tiennes en compagnie d’Atilan, que Dieu lui a donné pour auxiliaire; voit suspendues à ses lèvres d’immenses multitudes accourues de toutes parts pour l’entendre, où tous les âges, les sexes et les conditions sont représentées1 ; ravit d’admiration le roi Alphonse le Grand qui le fait venir dans sa capitale pour jouir de son entretien2, et fonde avec le concours de ce prince de vastes monastères où se réfugient par centaines les âmes qu’il a enivrées de l’amour de la perfection évangélique, dont il est lui-même consumé3. Contraints d’accepter l’épiscopat que leur impose l’ordre formel et irrévocable du roi, Froylan et son ami continuent leur apostolat avec une ardeur nouvelle, l’un à Léon, l’autre à Zamora. Ces deux lampes resplendissant sur leur candélabre, écrit un historien contemporain, illuminaient toutes les plages de l’Espagne des clartés de l’éternelle lumière, par la prédication de la divine parole; et parce qu’ils avaient désormais à instruire, dans un double diocèse, les religieux, les clercs et les laïques, il leur fut départi une double grâce. Ils usèrent en serviteurs fidèles de ce don de Dieu jusqu’à la mort. Nous le savons de source certaine pour saint Froylan, qui, au moment d’expirer, prêchait encore aux assistants éplorés le respect et l’amour de la loi chrétienne4. Citons encore saint Gennade, que le même roi arrachait aux solitudes du Vierzo et plaçait sur le siég’e d’Astorga, ne voulant pas laisser enfoui plus longtemps au désert celui qui pouvait travailler ailleurs si efficacement à l’édification commune. Gennade répondit si bien aux espérances d’Alphonse le Grand, que ce héros chrétien, peu content de le retenir de longues années sur ce siège que la sainte noslalgûe du cloître le poussait à quitter5, le choisit entre tous les prélats du royaume pour le suivre

rinim... et quia "vas electiouis predestinatus erat ad illuminatione fm] raultarum plebium, et cui animus scmper intentus erat Deo, ardentes primas sibi in ore misit, probando, ut si extuassent labia, predicationis oftîcium non adsumeret; sin vero inleso ore et labia permansisset, eloquia divina populis nuntiare licuisset... Apparuit inlesus... Hoc prima virtus in eum Dominus manifestare voluit, ut servus suus frétas iret ad predicationis officium. » Ioann. Diac. Légion., Vit. S. Froylcini ( Esp . sagr., XXXIV, escr. 8). Cette vie a été écrite en 920, quinze ans seulement après la mort du saint. Cf. ibid., p. 105, n. 52.

1. « Jam deinde quis poterit enarrare magnalia, quod ex ore ejus ad docendos emanabat?... Quis fuit qui ex ore ejus verbum salut is audivit, et statim mutata mente et habita seculariad Deum non [se] convertit?... Cum enim illustraret urbes et instanter predicaret verbum divinum in populis... liabens secum collegam sanctum Atilanern sacerdotem... rumor ejus peragravit omnem provinciam. Fit concursus populorum utriusque sexus ad audiendum verbum divinum promiscuo populo, magnati, pontifices, clerus, et omnis cœtus, tain viri quam etiam mulieres timentes Deum, etc., etc. » Id. , ibid., p. 423.

2. « Cum ejus fama totam peragraret Hispaniam, pervenit quam tarde ad aures principis Adephonsi qui regnum Gothorum regebat in Ovctao... Arcesserc eum ad se precepit. Quod (quo) xiso, tantæ sanctitatis décoré ornatus ( or nato) stupefactus, admirans in eum, divina gratia plénum et (Ed. et plénum) Spiritu sancto, dédit laudem Deo qui talem elegisset famulum. » Id., ib., p. 424.

3. De ces trois monastères fondés dans le Léonais, le premier, celui de Viseo, reçut trois cents religieux ; le second, établi à Tabora, était double, et renfermait six cents religieux ou religieuses; le troisième dont on ignore le nom, comptait près de deux cents moines. Alphonse le Grand ne

concourut, par ses libéralités en terres et en argent, qu’à la fondation des deux derniers monastères. Id., ibid., et Iiisco, ibid., p. 180-182.

4. Après avoir raconté le double sacre des deux évêques, le diacre Jean (Hist. S. Froyl., p. 424) poursuit en ces termes : « Due vero lucerne super candelabro imposite claritate lacis eterne illuminaverunt Hispanie 1 ittus — duplicem gratiam invenerunt ad docendos utrarumque [sedium] ordines monachorum, clericorum et laicorum... Cum jam tempus resolutionis sue advenire . sensisset, convocatis omnibus discipulis sive cetu monachorum vel clericorum in unum, docuit servare divina precepta... Clamor plangentium attollitur... civitas omnis murmure repleta, ulufatu et fletu, etc., etc. » — S. Froylan mourut en 905; il était, né en 833. Cf. Risco, Esp. sagr., XXXIV, p. 175, n. 39 et 186, n. 89.

5. « Vitam eremitarum delectatus, cum duodenis fratribus Dei (Deo) certantibus... ad sanctum Petrum, ad sanctum eremum perrexi, qui locus (al. loculus) positus a beato Fructuoso est institutus... Suprafatum locum (al. loculum) in vetustate reductum, pene oblivioni deditum, vepribus seu densissimis silvis opertum... restauravi, edificia instruxi, vineas et pomares plantavi, terras de scalido ejeci, hortaet omnia que ad usum monasterii pertinent imposui, Sed emulus virtutum , vitam nostram invidens, quasi pro edificatione mulforum, mentes plurimorum excitans, adpontificatum Astorice... adtractus sum. In qua multis annis semivolens et magis vi Principum perdurans quam spontanea mente, sed neque plene corporis ( corpore ) ibidem commoravi. » S. Gennad., Testam. (a. 914), dans Sandoval, Fundaciones (San Pedro de Montes, p. 28), et Florez, Esp. sagr., XVI, p. 130-134. On aura remarqué sans doute, dans ce passage, la forme vulgaire liorta, aujourd’hui liuerta, jardin maraîcher.

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

et l’aider de ses prières dans sa dernière expédition en pays more, le garda au chevet de son agonie, et lui confia l’exécution du legs pieux qu’il laissait en mourant à l’apôtre saint Jacques1. Saint Rosendo, nommé à vingt ans évêque de Mondonedo par acclamation unanime du roi, des grands et du peuple, s’appliquait à l’instruction religieuse de son troupeau avec un dévouement égal à celui des Froylan et des Gennade. Le charme de sa personne, la gTâce et la suavité de sa diction, la sainteté de ses mœurs donnaient â sa prédication une efficacité toute-puissante2. Tels furent encore saint Alvitus, abhé de Samos, puis évêque de Léon, où Ferdinand I l’avait appelé, afin que de ce poste élevé l’éclat de sa doctrine et de ses vertus se répandît plus loin3; et au xn° siècle, dans les provinces portugaises, saint Martin de Saure et saint Théotonio, qui, dans l’exercice des fonctions sacerdotales et dans l’instruction du peuple fidèle, luttaient de zèle et de dévouement avec les plus saints évêques de leur temps et des siècles antérieurs4.

On pourrait croire que l’Eglise d’Espagne, vu les circonstances spéciales au milieu desquelles devait alors s’exercer son apostolat, cédait souvent aux préoccupations du présent dans l’enseignement public donné en son nom aux fidèles par ses interprètes officiels; que par conséquent, sans négliger en rien l’instruction dogmatique et morale de leur troupeau, évêques et prêtres adressaient de fréquents appels au patriotisme chrétien de ces populations dont la confiance entière et absolue leur était acquise; qu’ils leur montraient dans la guerre contre les infidèles l’œuvre sainte entre toutes, et le plus sûr moyen de conquérir le ciel. Cette hypothèse est si vraisemblable, qu’elle a été admise comme un fait incontestable et incontesté par de très-graves historiens5, .le dois néanmoins faire observer que l’enseignement religieux de l’Eglise hispano-portugaise du haut moyen âge, tel que nous le connaissons par les documents historiques du temps, ne laisse entrevoir aucune trace de pareilles excitations, d’ailleurs assez légitimes. Ecrit ou parlé, cet enseignement se renferme scrupuleusement dans les limites que lui assignent sa fin propre, qui est la sanctification des âmes; il se tait absolument sur tout le reste. Prenez et lisez les Commentaires sur l’Apocalypse écrits par saint Beatus de Liebana, en 7846, c’est-à-dire, quand les Ilots menaçants de l’islamisme viennent encore battre les contre-forts des Pyrénées asturiennes, etdans la longue et minutieuse explication de ce livre mystérieux, qui, par la nature de son contenu, se prête si bien à des lamentations sur le passé, àdes encouragements sur le présent, àdes spéculations pl us ou moi ns hasardées sur l’avenir, vous ne trouverez pas une allusion aux malheurs de l’Espagne contemporaine. Vous y chercherez vainement le nom de Mahomet ou des Arabes, il n’y est

1. « Firmum manet atque notissimum eo quod genitor noster bone memorie Dominus Adefonsus rex ad obitum veniens ordinavit, sub juramentidiffinitione, pro remissione peccatorum suomm, Pat ri Genadio episcopo quingentos auri numraos aule Lieati Jacobi Apostoli deferendos... U le vero hoc agere non valnit, quia germanus noster Dnus Garsea apicem regni accipiens, aditum eundi et redeundi ad eumdem loeum sanetum jam dictus episcopus minime habuit. » Ordono 11, Charte d'échange (a. 915), dans YEsp. sagr.,X IX, p. 352. Alphonse étant mort à Zamora, chef-lieu du border léonais, au retour de sa glorieuse campagne, Florez conclut à bon droit de ce fait, attesté par Sampire et le moine de Silos, et rapproché de la présence de Gennade auprès du mourant, que le saint avait suivi le roi au-delà du Duero (Esp. sagr., XVI, p. 139, n. 30).

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