‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 26 sur 335 · Presque n’est pas le mot; car à quelques lignes de là · texte numérisé non relu

Presque n’est pas le mot; car à quelques lignes de là

« dominaient encore les esprits même assez éclairés, et de celles qui avaient été soutenues

« dans les écoles philosophiques des païens La plus étrange de leurs explications (de la

« Bible) a sa racine dans quelque opinion de ces philosophes païens dont ils méprisaient « beaucoup la morale1, mais dont ils estimaient fort le savoir, et qu'ils aimaient toujours à « citer à l’appui de leurs propres opinions. C’est ainsi que les idées cosmog’raphiques aux- « quelles l’autorité des Saints Pères donna tant de crédit, remontent presque toutes aux écoles « philosophiques de la Grèce*. » — « Les arguments de Cosmas datent de loin, et en tout temps « ils ont été trouvés fort bons. Plutarque les met déjà dans la bouche d’un de ses inter- « locuteurs, grand ennemi de la sphéricité de la terre et des antipodes 3. » — « Il est curieux « de voir, après tant de siècles, reparaître une des notions favorites de la cosmographie des « poètes grecs4. » — En foi de quoi sont appelés pour témoins Pisandre , Mimnerme, Eschyle, Antimaque, Phérécyde 5. — « La théorie de Cosmas, qui nous paraît si extra- « vagante, tire encore son orig-ine de la philosophie gTecque; il s’appuie lui-même de l’au- « torité de Xénophane et d’Ephore... Il pouvait y ajouter Anaximène e. » On est libre d’aller voir encore la page 631 de la Revue, entre autres.

Tout cela est-il clair? Mais aussi tout cela est-il associable ? Ici donc, de nouveau, choisissons entre des assertions opposées. La faute en est-elle aux interprétations soit littérales, soit allégoriques? Que nous importent alors Plotin, Plutarque, Philolaüs, Homère, Parménide, etc., etc.? Ces cosmographies, au contraire, se réclament-elles des philosophes g-recs de l’antiquité? Ne vous en prenez donc point à la Bible et aux partisans du sens verbal ou symbolique. Mieux eût valu un peu moins d’érudition et un peu plus d’ensemble, ou au moins un peu plus de franchise; car que résulte-t-il de toutes ces citations réunies par M. Letronne? Que les docteurs chrétiens n’étaient point au niveau de la science telle qu’elle existait de leur temps? Mais on dit que leurs opinions cosmogTaphiques étaient celles d’hommes même assez éclairés d’alors, chose en vérité fort pardonnable; et qu’ils s’appuyaient toujours du savoir païen. — Que s’ensuit-il donc? Que les Pères de l’Eglise n’ont point été coperniciens? On nous P eût persuadé à moindres frais. — Que le système cosmog’raphique de Ptolémée lui-même a trouvé chez eux peu de faveur? Quand cela serait, cela constituerait-il contre

M. Letronne vous 'dira que c’était comme un plan adopté, une espèce de tactique convenue, que de s’appuyer sur la science païenne. Mais alors pourquoi la Bible serait-elle en cause? 11 faudrait être au moins d’accord avec soi-même.

1 . Méprisait-on si fort la morale (théorique s’entend) de Sénèque, par exemple, lorsqu’on voulait en faire un disciple de saint Paul ? Mais passons ; car je ne tiens pas à cette thèse de curiosité historique, malgré l’affection que j’ai professée ailleurs pour la littérature apocryphe. Ce qui me plairait en questions de ce genre, ce ne serait pas qu’on s’y aheurtàt; mais plutôt qu’on les abordât vigoureusement pour n'en laisser debout que les côtés indestructibles, s'il en est. Autrement, qu’elles soient rasées une bonne fois afin de déblayer le terrain ! Seulement qu’on n’y emploie pas des engins pour rire , surtout en les soutenant d’un sérieux d’autant plus comique chez des hommes qui font trop bon marché des maîtres de la science chrétienne.

Ceci n est pas précisément amené par M. Letronne, sans être tout à fait hors de propos à son endroit; mais ce n’en vaut pas moins pour tous cas à quoi il appartiendrait, quand même des gens bien intentionnés envers l'Église s’y trouveraient compris. Si 1 intention est sauve, c’est affaire à Dieu;

les principes et le bon sens demeurent ce qu’ils sont, quoi qu’il en soit des personnes qui doivent, ressortir à tribunal plus clairvoyant que nous autres simples humains.

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