INihil Deo celorum in cunctis terrenis
Atque celestibus créât unis,
Deesse videlur, quod non a se (éd. esse) creatum obtineat, Aut quod possession gubernatione propria non disponat
(éd. deponat).
Et ideo, si, ejus opificio, et condita,
Et ordinata sunt uni versa,
Ouid ei dignum possumus offerre,
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
au culte divin, ne peuvent, pas plus que ceux donnés à Timon par Alphonse III, être regardés comme constituant le premier noyau d’une bibliothèque proprement dite. C’est au saint personnage que je viens de nommer qu’avec l’honneur d’avoir relevé de ses ruines l’ancien monastère de San Pedro, et d’en avoir édifié quatre autres dans les solitudes du Yierzo ', revient celui de les avoir dotés des premiers éléments d’une vraie bibliothèque. Le saint nous l’apprend lui-même par sa donation de l’an 919, qui renferme la liste des manuscrits dont il se défait en faveur de ses moines. En voici le contenu : une Bibliothèque sacrée complète, Job et les Livres sapientiaux, le Pentateuque et Ruth en un volume ; puis, en œuvres des docteurs ou des Pères de l’Eglise2 : les Morales de saint Grégoire le Grand sur Job, ses commentaires sur Ezéchiel, et peut-être aussi sur les Evangiles3; les Vies des Pères ; des écrits de saint Prosper; les Offices et les Etymolog’ies de saint Isidore; des commentaires sur l’Évangile de saint Jean4; les livres de la Trinité de saint Augustin ou de saint Hilaire; le livre d’Apringius [sur l’Apocalypse]; les Lettres de saint Jérôme, et ses Etymologies des noms [hébraïques]5; le Livre des règles; le Catalogue des hommes illustres [de saint Jérôme, de saint Isidore et de leurs continuateurs]; un livre liturgique Je Livre du Comte). Gennade ne se borne pas à doter ses monastères d’une bibliothèque , il en réglemente soigneusement l’usage. Il veut que cette bibliothèque unique appartienne
<jui ab eo accepimus flatum vite?
Et tamen quia ipse Promittit placari se posse,
Sacrificio humilitatis spiritus,
Ea, que de manu ejus accepimus,
Ei gratissima devotione litemus...
Unde... Ego Ordonius rex et Geloira regina offerimus... libros ecclesiasticos : Psalterium, Comicum ( Çosmicum ?), Antiphonarium, Manualium, Orationum, Passionum, Sermonum, Hordinum, Precum, et Orarum, etc. » Ordono II, dans Sandoval, Fundaciones ( San Pedro de Montes), p. 20, 21 . Chaque fondation a sa pagination propre dans mon édition de cet ouvrage. — Trois pages plus haut, Sandoval donne tout au long une donation de Cliindaswinthe, roi de Tolède, à saint Fructueux et à son monastère de Compludo dans le Yierzo. Cette charte, datée du 18 octobre 646, le jour même où se célébrait, en présence de Cliindaswinthe, le septième concile de Tolède, me parait être l'œuvre d’un faussaire, et d'un faussaire assez maladroit; car il produit, sous le nom du roi goth, une copie de la donation d’Ordono II, sans autres changements que ceux dont la différence des deux monastères de Compludo et de San Pedro lui faisait une nécessité. Il fait signer cet acte par Candidat, évêque d'Astorga, et ne se demande même pas comment ce prélat a pu signer, le 18 octobre 646, une donation évidemment dressée et homologuée à Tolède, lui qui, absent de cette ville, n’a signé que par procureur les actes du concile qu’on y célébrait le même jour. Un s’explique encore moins qu’Ordono II, s'il n’est que le copiste du roi goth, ne fasse aucune allusion à la charte de Cliindaswinthe; qu’il retranche de sa copie l’éloge de saint Fructueux, qu’on lit dans la charte du roi de Tolède, etc. Ce qu’on s’explique trop bien, par exemple, c’est que le faussaire, en ajoutant, dans la pièce supposée, les Dialogues de saint Grégoire le Grand aux livres mentionnés dans la charte authentique d’Ordono 11, a voulu prouver que saint Benoît et
sa règle étaient connus de saint Fructueux et de ses contemporains, ce qui est plus que douteux.
1. Saint Gennade releva le monastère de San-Pedro et construisit ceux de Saint-André, de Saint-Jacques, de Pcnalva et de Saint-Thomas (Florez, Esp. sagr., XIV, p. 133, 27). Mais le testament de saint Gennade semble réduire Penalva et saint Thomas à la condition de simples oratoires. L'église de Penalva, reconstruite en 931 par Salomon, évêque d’Astorga et disciple de saint Gennade, offre ceci de curieux qu’elle se termine par une abside à ses deux extrémités, et que le cimetière couvert circule, en forme de cloître, autour de toute l’église, l’abside du chœur exceptée. Cf. Florez, ibid., p. 39.
2. Gennade distingue très-nettement l’Écriture sainte des Saints Pères: « Libros, tam divinos, id est Bibliothecam totam, Moralium, Job, Pentateuchum cum historia Ruth liber unus; sive etiam et specialiter Doctorum, id est Vitas Patruin, etc. » Gennad., Douât, (a. 919). Sandoval, Fundac., p. 28. Sur la date vraie de cette donation, voir Florez, E. s., XVI, p. 141, I 42.
3. «Moralium, Ezechielum, item Ezechielum. » Genn., /. c. Le nom d’Ezéchiel est répété deux fois par erreur dans cette énumération des trois principaux ouvrages de saint Grégoire le Grand. Je crois qu’il faut lire : « Ezechielum, item Evangelium. »
4. « Ivata Juanis (1. Joannem). » Cette formule désigne d’ordinaire le texte de l’Évangile auquel on l’applique et rien de plus. Mais comme elle figure ici dans la section réservée aux SS. Pères, le texte du quatrième évangile devait être, dans le ms. en question, accompagné de notes ou de commentaires.
5. « Epistolæ Hicronymi, item etymologiarum glossematum. » Genn., 1 . c. L 'item de S. Gennade rattache les Étymologies dont il est ici question à S. Jérôme comme à leur auteur. Je ne vois dans les œuvres de S. Jérôme que le Livre des noms hébraïques dont le contenu réponde d’une façon satisfaisante à l’énoncé de saint Gennade.
MELANGES D ARCHEOLOGIE.
en commun aux trois maisons de San Pedro de Montes, de Saint-André et de Saint-Jacques, sans qu’aucune d’elles en puisse réclamer jamais la propriété exclusive au détriment des deux autres. La collection sera donc divisée en trois lots, un pour chaque communauté. Lorsque les religieux de l’une d’elles auront lu tous les ouvrages dont leur lot se compose, ils les échangeront contre ceux du couvent voisin, et ainsi de suite, de façon à établir une circulation constante et rég’ulière de tous les livres de la bibliothèque commune, entre les trois monastères qui ont un droit égal à son usage, et entre ceux qui pourraient plus tard s’élever dans les montagnes du Vierzo, auxquels saint Gennade étend d’avance le même privilège b
Le monastère de Celanova, que saint Rosendo avait mis sept années entières à construire, reçut en 942 de ce saint prélat, qui devait un jour y vivre en simple religieux, une de ces bibliothèques initiales dont nous parlons. Elle ne le cédait en richesse à aucune autre. J’en donne l’inventaire tel que le saint l’a inséré dans sa charte de dotation : « Livres spirituels : la Bibliothèque ; les Morales, le Pastoral, les Dialogues et les Homélies sur Ezéchiel » de saint Grégoire le Grand; « les Etymologies et les Sentences » de saint Isidore ; un recueil de « Lettres « de saint Jérôme (?) ; « l’Histoire ecclésiastique» d’Eusèbe sans doute, traduite par Rufin ; « l’Heptaméron » qui pourrait bien n’être autre chose que l’Hexaemeron de saint Ambroise auquel on aurait joint le traité du Paradis terrestre du même auteur; «l’Exposition du mystère de la Sainte Trinité; les conférences de Cassien ; le Geronticon »; deux autres ouvrages dont le titre absolument défiguré ne me laisse deviner ni l’auteur ni le sujetI. 2, et dix livres liturgiques3.
Je citais tout à l’heure les quelques livres donnés par Ordono II à San Pedro de Montes. Ce même prince, devenu roi de Léon, prit à sa charge personnelle la restauration complète de l’antique monastère de Samos, et se montra, par cela même, beaucoup plus généreux pour cette abbaye, dont il se considérait à juste titre comme le fondateur, que pour celle de San Pedro rétablie par un autre. Il fit présent aux religieux qu’il y ramenait, des « Homélies » sur les Évangiles (?), « des Dialogues, et de l’Homélie des Prophètes», c’est-àdire des Homélies sur Ézéchiel de saint Grégoire; « d’une Exposition », ou Commentaire « d’Isaïe » par saint Jérôme (?); « d’une partie des Morales sur Job 4 » ; de la Décade sur les Psaumes » de saint Augustin ou de Gassiodore; « du texte des Évangiles ; du livre des Règles »; « des Offices » de saint Isidore, « de ses Synonymes et de ses Étymologdes ; « de Y Abîatigum laterculum », titre énigmatique pour moi, qui abandonne volontiers à de plus doctes le soin d’en pénétrer le mystère; et une collection très-complète de livres liturgiques.
Descendons de la Galice dans les provinces portugaises, reconquises par Alphonse III sur les Arabes, et jusqu’au xn° siècle soumises aux rois de Léon. Nous y retrouverons à chaque éreclion d’abhaye nouvelle, chez les fondateurs, la même g’énérosité à pourvoir par un don delivres aux premiers besoins intellectuels des religieux. Guimarâes, un des plus cé-