‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 59 sur 335 · Trithem., Chron. Hirsaug., ad A · texte numérisé non relu

Trithem., Chron. Hirsaug., ad A

4. Un seigneur s’était d’abord emparé du monastère, comme il arriva si souvent à cette époque; puis des ecclésiastiques séculiers y remplacèrent les moines expulsés par la violence et les mauvais traitements ; en sorte que l’abbaye devint le théâtre de désordres malheureusement trop fréquents durant ce siècle parmi le clergé.

5. Trithemii Epist., 1. Il, Ep. 2. Sa lettre est datée de Würzbourg en 1306.

Le Serapeum (1842, p. 312-328) renferme un article de M. E. G. Yogel sur la bibliothèque de Sponheim. 11 suffit, je crois, d'y renvoyer les curieux.

BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE

ans une autre lettre1, il considère le sacrifice auquel il lui a fallu se résoudre en quittant, avec Sponheim, sa chère bibliothèque, comme la plus amère privation qu’il ait eu à subir pendant toute sa vie. Et ce n’était point une singularité : saint Nil le Jeune (x° siècle), en apprenant la dévastation de son monastère de Rossano, par les Sarrasins, fut si profondément affligé de la destruction de ses livres2 * *, qu’il se retira à Rome; fuyant les lieux où ce douloureux souvenir semblait devoir le poursuivre sans cesse. On voit en effet la première pensée des religieux se porter sur cet objet, lorsqu’un danger sérieux menaçait leurs monastères. En 883, dans un incendie qui fit perdre aux moines de Fleurv tout ce qu’ils avaient de mobilier ', ce fut à sauver les livres qu ils s attachèrent de préférence. Au x° siècle, l’abbé de Saint-Gall, fuyant devant les Magyars, voulut qu’avant tout on dérobât les livres aux dévastations de ces farouches conquérants ', et les fit transporter dans les montagnes. Les Bénédictins du Mont Cassin, obligés, dès le premier siècle de leur existence (vers 580 ou 586), d’abandonner leur monastère à la fureur des Lombards, sauvent leurs livres 5, avec les monuments de leur règ’le. C était là le trésor des abbayes; et saint Fulrad, abbé de Saint- Denis, n’en juge pas autrement, lorsque, dans la liste de ce qu’il laissait à sa mort (viiic siècle), il place les livres immédiatement après l’or et l’argent6. Nous verrons dans la suite de ce travail ce qu il en coûtait de peines assidues pour former des collections comme celles des grandes bibliothèques monastiques, et chacun pourra mieux comprendre ce que leur perte pouvait entraîner de regrets.

1. Trithemii Ep., 1. II, 3. « Scio quidem non paucos « mirari quod abbatiam dimisi spanhemensem quam libris « et structuris efïeci pulcherrimam, usque adeo ut iu tota « Germania nunquam reperiatur bibliotheca in qua tôt « habeantur in omni scientia Scripturarum nova simul « et antiqua volumina prcliosa atque rarissima; non solum « latina, sed hebraica quoque et græca, charactere scripta « vetustissimo. Nam, ut vidisti, plus quam duovoluminum « millia ex diversis mundi regnis ram et antiquissima com-

« portavi, quæ omnia, cum ædificiis et rebus variis, amore « pacis dimisi. Si quis ex eorum amissione dolor animum « pulsare cœpisset, mortis mihi similitudinem formavi, « qua non solum oblivionem librorum, sine qnibus ali- « qaando vivere non potui, sed etiam contemplum, ut « dixerim ita, mihimetipsi persuasi. Magno, fateor, biblio- « thecæ quondam tenebar amore , et cunctis mundi opibus « libros meos anteferebam : sed postea quam rerum mu- « tationem perpendi adesse mearum, omnia quæ prius « amaveram stercoris æstimatione contempsi, animoque « irnperavi meo nihil præter seipsum deinceps suum cre-

« dere; et quæ in morte necessario esset relicturus, multo

« magis vivens in carne disceret non amare, etc. » Je me

suis étendu à dessin sur Trithème, parce qu'il appartient à un temps (fin du xvc siècle et commencement du xvi°) que

bon considère volontiers comme ayant été, sans contredit, l'âge de l’ignorance la plus épaisse pour les monastères.

Cf. Blume, Iter Italicum , t. I (Berlin 1824), Einleitung p. 14. Mais M. Blume, comme on peut le voir dans l’Encyclopédie d’Ersch et Gruber (V° Handschrift ), est un ennemi déclaré de la bigoterie monastique; affirmant sans gêne que les dévastations des barbares son! loin d’avoir été aussi funestes aux manuscrits que la stupidité des moines. Et voilà comme on écrit l'histoire, même après avoir visité maintes bibliothèques! Il y a des gens que rien n’éclaire, tant leur parti est bien pris d’avance. Qui aurait cru que l’on puisse étudier les manuscrits avec une certaine application, sans y rencontrer le moyen âge. Étudier, voyager et compiler, sont bonne chose; mais réfléchir n'y gâterait rien.

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