‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 95 sur 335 · Acta SS. Benedict. sæc. n, p. 465; ap. Petit-Radel, l. c · texte numérisé non relu

Acta SS. Benedict. sæc. n, p. 465; ap. Petit-Radel, l. c

7. Biblioth. vet. Patr.,t. XIII. Bonifac., Epist., 36, 40, etc. Cf. Ep. 2, 5, 7, 13, 14, 20, 25, 28, 31, 34, 35, 38; etc., etc. — Leidrad, archevêque de Lyon, écrivait aussi en latin à sa sœur {op. c., t. XIV), ce qui est moins extraordinaire cependant pour la France du vxxic siècle que pour l'Angleterre peuplée par des nations germaniques. Mais, au xii° siècle, Pierre de Blois écrivait de même à une religieuse {op. c., t. XXIV, ep. 36 et 55), lui citant même un vers d’Ovide {de Ponto). Cependant la littérature des couvents de femmes paraît avoir été communément réduite

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de ses compositions en vers latins, pour en avoir son avis. Elle nomme sa maîtresse, qui s’appelait Eadburg*e \ Les religieuses ang*lo-saxonnes, et sainte Liobe entre autres, portèrent leur éducation classique en Allemagne; partageant l’apostolat des missionnaires anglais par l’établissement d’écoles quelles dirigeaient2 dans les pays nouvellement conquis à l’Évangile. Il semble que leurs préceptes et leurs exemples aient jeté de profondes racines dans ces contrées, puisque c’est dans les provinces germaniques, si je ne me trompe, que vécurent les religieuses les plus lettrées du moyen âge. Au xe siècle Hrosvvitha, religieuse de Gandersheim (près d’Hildesheim), apprit dans ses moments de loisir, non-seulement la langue latine, mais quelque peu de grec, dit-on, et les principes de la philosophie 3. Elle a laissé, outre un poème sur la fondation de son couvent4, et une histoire de l’empereur Othon Ier, six drames chrétiens composés par elle à X imitation de Térence, sur des sujets pris de l’histoire ecclésiastique. Or, quoique la lecture des œuvres de Hroswitha la montre assez éloignée du modèle qu’elle s’était proposé, on ne peut y méconnaître une érudition fort étendue, une entente remarquable du drame, et souvent une perfection de style vraiment surprenante.

Sainte Gertrude de Saxe, abbesse d’Helfede (fin du xmc siècle et commencement du xive), et formée dès l’enfance à la vie monastique '% poussa l’application aux études littéraires jusqu’à en éprouver plus lard un véritable scrupule Mais ces regrets ne la détournè-

aux auteurs ecclésiastiques, excepté peut-être pour les lectures élémentaires. Tout ce qui s’écartait beaucoup du cercle ascétique y était une exception, la plupart du temps.

1. Voici l'envoi de cette pièce de vers à l'apôtre de la Germanie : « Hoc parvum munusculum mittere curavi, « non ut dignum esset tuæ almitatis aspectu , sed ut « memoriam parvitatis meæ retineas, ncc longa locorum « intercapedine oblivioni tradas; quin imo veræ dilec- « tionis ligatura reliquum nodeturin ævum.... Istos autem « subterscriptos versiculos componere nitebar secundum » poelicæ traditionis disciplinant ; non audacia confidens, « sed gracilis ingenioli rudimenta cxcitarc cupiens, et tuo « auxilio indigens. Istam artem ab Eadburgæ magisterio « didici, quæ indesinenter legem divinam rimari non « cessât, etc. »

2. Mabillon, Præf. ad Acta SS. Benedict. sæc. m, § 4. Plusieurs de ces religieuses sont qualifiées de « valdc eru- « ditæ in liberali scientia » (Cf. Lingard, Antiquities, c. xiii) ; et ce n’était pas toujours un éloge de complaisance. Nombre de lycéens quittent aujourd’hui les bancs de l'école sans être en mesure de concourir avec ces nonnes du moyen âge. Voyez, par exemple, l’éducation littéraire qu'avait reçue sainte Hathumode, d’après sa biographie latine rédigée pour les religieuses de Gandersheim (ap. I). Pez, Thesaur ., t. I, P. ni; p. 291-295, 307, sq ; et 321, etc.).

Quelques rouleaux des morts, publiés par M. L. Delisle , montrent que les religieuses écrivaient el répondaient en petites pièces de vers latins assez présentables; au point que les écoliers de Sarisbery (p. 192) s’en dépitent avec un style qui n’efface guère celui des nonnes, dont ils prétendaient sans doute se moquer un peu.

3. Trithem., De Scriptor. ecclesiostic. — Ziegelbauer, l. c. — Saxii Onomasticon, t. II.

4. Scriptores rerum Brunsvic., t. II. Il y a une édition de ses œuvres, publiée en 1707, in-4°, à Wittcnberg; outre celle de Nuremberg, 1501.

Depuis que ceci s’imprimait en 1839, M. Magnin a publié le théâtre de Hroswithe en y joignant une traduction française qui n’annonce pas toujours l'habitude suffisante du latin ecclésiastique. Mais ce qui mérite particulièrement d’être vérifié dans la Revue critique d’histoire et de littérature (1868, ire partie, p. 169), c’est, l’énorme bévue d’un savant germanique de nos jours au sujet de cette religieuse qu’il croit inventée par les humanistes allemands de la Renaissance. Le malheureux persiste dans son assertion, qui pis est, ne voulant pas en avoir le démenti. Si un Français eût écrit et soutenu pareille thèse, les peuples de la droite du Rhin feraient chorus d’éclats de rire à perpétuité pour bafouer l’étourderie celtique ou la légèreté irrémédiable des races latines.

D’ailleurs voulùt-on mettre en doute ce latinisme dans l'éducation des femmes allemandes, nous en trouverions l’équivalent dans notre France, vers la même époque; par exemple à Meung-sur-Loire (Cf. Romania, 1872, p. 42-45); et je ne réponds point que des comtesses ou duchesses françaises n’en sussent pas à peu près autant. Mais, au cas où nous viendrions à prouver cela, la Germanie serait capable de nous assurer que les paysannes allemandes apprenaient le grec dans les écoles rurales du xi° siècle. Donc, ne laissons pas les Teutons se piquer au jeu contre nous autres Welches, ou bien Dieu sait ce qui en arriverait !

5. Insinuationum divinæ pietatis (I. I, c. n), ed. L. Clément, Salzbourg, 1662, in-16.

6. Insinuât., I. c. « Nam gratia illustrante divina accidit ut ipsa virgo, dum inter humana litterarum studia continue versaretur, agnosceret se nimium in regione dissimilitudinis distare a Deo. Quippe quæ immodice litteris inhæserat humanis.... Intellexit præterea, nec absque gemitu cordis expendit, quot intérim, tum consolationibus, tum divinæ sapientiæ illuminationibus sese privaverit dum plus justo studiis oblectata sit humanis... Atque ideo sciens se monasterio inclusam ut non minus virtute cresceret ac sapientia,

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rent des premiers objets de son attention, que pour lui inspirer ie désir de s’adonner à des sujets plus graves avec un sérieux plus grand encore ; rédigeant elle-même des compilations édifiantes ou transcrivant de pieux écrits, pour les monastères qu’elle savait en être dépourvus1. D’ailleurs, le fruit de ses premières études n’en persista pas moins, comme on le voit par le style de ses ouvrages, et par l’estime qu’en firent dès lors ce qu’il y avait d’hommes les plus distingués dans son siècle et plus tard encore2. Car sa réputation n’a

pas cessé parmi les ascétiques sérieux, our abréger, oublions en ce moment l’abbesse Herrade (en Alsace, xne siècle) qui rédigea une sorte d’encyclopédie ( Hortus deliciarum ) dédiée à ses religieuses, mais son livre est perdu depuis le dernier siég’e de Strasbourg. Peut-être consacrerai-je plus tard un article commémoratif à cet objet. Mais c’est assez de détails 3, je pense, sur un sujet qui n’est après tout qu’accessoire dans ces recherches, bien qu’il ait un rapport réel avec l’histoire des bibliothèques au moyen âge. Ajoutons seulement que même les dames séculières avaient souvent pris goût à l’étude des langues anciennes. L’éducation qu’elles recevaient par-

quam ætate; grannnatica (cujus notitia satis fuerat jam locupletata) relief a, theologiæ, hoc est studio sacræ scripturæ, sese applicuit; nec destitit quoscumque sanctos habere potuit libres, operam navare omnem donec intelligeret, etc., etc. » On doit savoir que dans le latin d'alors, le mot grammaire indique les études d’humanités.

1. Insinuât., 1. c. « Collegit pranterea ex sententiis doctorum, velut columba, grana varia ac potiora, quæ ad multorum ædificationem scribens, complures perfecit libros, etc. » It., lib. c., c. 5. « Ouidquid sacra potuit lectione haurire quod in salutem proximorum , aut Dei honorem aliquando effundi posset, sollicita sedulaque collegit; idipsum pro nulla nisi pro Dei solius gloria faciens nihil exspectans propterea a quovis domine laudis, nihil opinionis, nihil gratiarum actionis : sed hoc tantum curabat ut ubi fructum sperabat uberiorem, i 1 lue quæ ante ex scripturis collegerat largius profunderet. Nam ad loca ubi sacræ scripturæ scicbat inopiam, quatenus potuit libros et ea quæ erant saluti magis necessaria, quo omnes Christo lucraretur, destinabat. Ob eamdem denique causam visa est sibi requiem somnumque differre, reliquaque corporis commoda aut aspernari aut intermittere ; etc. »

2. Insinuât., lib. i, cap. n. « Orationes quoque multas... et nonnulla alia stilo certe non femineo, id est contemptibili, composuit; quæ a nullo adhuc virorum gravium visa sunt non dico contemni, sed non laudari, etc. » Cf. Landsperg, Ludovic. Bios., etc., in Parænetic. et synopsi vitæ S. Gertrudis, ed. c.

3. Nous nous abstiendrons donc de toute autre indication, citant seulement pour mémoire : sainte Mechtilde, sœur de sainte Gertrude, Catherine Schaertler, abbesse de Sæflingen en Souabe (xvi° siècle) ; et renvoyant )au traité ad hoc, de Ziegelbauer, t. III, c. 5. On parle en France, outre les

religieuses du Paraclet (xnc siècle), de Marguerite, prieure du monastère de Poletin (xui0 siècle); cf. Colonia, Ilist. lût. de Lyon , it, 334. Mais il ne paraît pas que nous ayons jamais rien eu en ce genre à comparer aux pays du Nord ; si bien qu’un saint évêque de Rennes (Marbod, xue siècle) s’en plaint positivement: « Quod prava consuetudo in anti- « quis Galliæ monasteriis obtinuerit, ut pecunia scientiæ c præferatur. » C’est bien des couvents de femmes qu’il parle, puisqu’il s’agissait d’une postulante qui, n’ayant à présenter que son éducation, et point de dot, avait été refusée. Cf. Ziegelbauer, Z. c. 11 y a cependant des réserves à faire sur ce jugement, comme on le verra plus bas.

Terminons par la citation d’une sorte d’épigramme qui eût causé des accès de jalousie à bien des grammairiens des xvic et xvne siècles. Ce petit tour de force littéraire est d’une abbesse allemande du xie siècle (Rilinde, Regilinde ou Regille), qui fait parler ainsi Jésus-Christ (ou à laquelle on prête ce langage) aux religieuses de son couvent qu elle avait réformées :

« Vos quas includit, frangit, gravat, atterit, urit Hic carcer mæstus, labor, exilium, dolor, æstus;

Me lucem, requiem, patriam, medicamen et uinbram Quærite, sperate, scitote, tenete, vocate. »

Cf. Ziegelb., 1. c. § 8. — Bibliothèque de l’École des Chartes, t. XXXIII (1872), p. 303.

11 est des gens qui voudraient que ce parallélisme de noms et de verbes superposés fût un artifice littéraire (ou figure de rhétorique, si I on veut) propre aux Arabes! Si donc je m’avisais de m’en prévaloir pour supposer la connaissance de la littérature arabe dans les monastères de femmes? Heureusement je ne suis pas si facile a persuader, et n’avance que ce qui me paraît assez garanti.

Mais, quant aux religieuses du moyen âge, il ne s’agit pas d’affirmer absolument que toutes, sans exception, eussent la pratique du latin. Sainte Lutgarde semble n avoir pas entendu cette langue (Cf. Sur., 6 jun. — Sarnclli, Lettere

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fois dans les couvents y contribua sans doute; quoi qu’il en soit, on en trouve plus d’un exemple, surtout parmi les princesses. Je ne parle pas seulement des lettres latines qu’écrivait Charlemagne à sa femme Fastrade l, ou de la célèbre comtesse Mathilde, que son chapelain Donizon nous représente2 comme égalant un évêque par son application quotidienne aux affaires et à l’étude. Le calembour de saint Louis, d’où nous vient, dit-on, la forme actuelle du nom des Tartares, indiquerait peut-être qu’il parlait quelquefois en latin à sa mère 3. Isabelle, sa sœur, « entendoit moult bien le latin4; et l’entendoit si bien que, quand « les chapelains l’y {sic) avoient écrites ses lettres qu’elle faisoit faire en latin, elle les amen- « doit quand il y avoit aucun faux mot. » Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, et qui épousa Etienne de Blois, recevait des lettres latines et des distiques que lui adressaient les évêques Hildebert et Ive de Chartres. Le moine lingue de Fleury rédigeait pour elle une histoire ecclésiastique en latin 5; et elle-même écrivait à des abbés, à des évêques et à des comtes6 également en latin. Quand Marie de France dans ses poésies anglo-normandes cite des auteurs latins et prétend avoir voulu en traduire, elle peut bien se vanter à tort; mais cette seule prétention mise en avant montrerait qu’une femme du xme siècle pouvait se donner les airs de connaître la langue latine sans passer pour un bas bleu ridicule.

nés moins distinguées par leur rang ne se dispensaient point de cette connaissance. Saint Bernard et plusieurs autres ecclésiastiques écrivaient des lettres latines à des femmes de barons et de

ou des Cordeliers; ce que faisait plus tard aussi, à Naples, le roi Alphonse Ier. Ajoutez-y le Quinte-Curce de Charles le Téméraire, gardé en Suisse.

Mais les neveux et petits-neveux de saint Louis n’avaient pas dégénéré sur la terre étrangère. Au xive siècle, sous les princes de la maison d’Anjou à Naples, le goût des livres est attesté par les comptes d’achat, de reliure , etc., qui se voient encore à la bibliothèque royale de cette grande ville. Le roi Robert surtout dépassa ses prédécesseurs, aussi son amour pour les lettres est-il attesté par divers écrivains de son temps. Cf. Andres, Anecclota græca et latina... (Naples, 1810, in 4°), Prodrom.. p. 2; etc.

4. Cf. Tbomassin, Discipline de l’Église, part, r, 1. Il, c. t. xxxvii, n°3. On peut voir, sur la grande Isabelle, reine de Castille et d'Aragon, le même Thomassin, l. c., c. lxxxviii n° 5. M. Daniélo (dans le Chroniqueur de la jeunesse , i, p. 267) rapporte, outre ces exemples, celui d’une comtesse de Toulouse, qui composa un livre latin pour l’instruction de son fds. Je ne fais nulle difficulté de joindre cette citation d’un recueil destiné presque à l'enfance, avec celles des auteurs graves dont je me suis servi; parce que, là où sc trouve la probité scientifique et le sérieux des recherches, sous quelque forme que ce soit, il y a tout ce qu’il faut pour faire autorité.

Comment ce bizarre mais honnête écrivain n’a-t-il pas trouvé à sa verve galopante quelque emploi qui lui permit de consacrer son temps à des labeurs suivis sans préoccupation d’intérêt ou de politique? Trompé dans son espoir, il a fini par imaginer que les jésuites lui coupaient toute voie ; et Dieu sait si ces religieux disposaient des grâces sous Louis-Philippe ou les gouvernements qui l’ont remplacé!

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