XXX INTRODUCTION
est, dans les occasions où elle est vraimeul enjeu, tout ce qu*il y a de moins commode. Les comme si ne sont plus de mise en cette affaire. Persoimene voudra lâcher le réel pour le conditionnel, la proie pour Tombre. On ne peut donc se passer de raisons bien fondées dans Taction morale, qui pose le grand problème : — Que vaut la vie et qu'est-ce qui fait la valeur du « vivre » ou, au besoin, du « mourir » ? Que vaut l'individu humain et qu'est-ce qui en constitue la dignité? Que vaut la société humaine? A-t-elle une valeur par elle-même, ou par les personnes individuelles qui la composent et par le but universel qu'elle poursuit? — Ces problèmes sont intérieurs et immanents à la morale, au lieu de lui être extérieurs et transcendants, comme dans les autres sciences. Tout acte moral en est une solution pratique, raisonnée ou irraisonnée, mais qui, dans les grandes occasions, se donne toujours à elle-même des raisons. De deux choses Tune : on Tidée morale est vraie, ou elle est fausse. Dans le premier cas, il faut la fonder par l'analyse et par la critique de ses éléments, de ses conditions, de ses origines ; dans le se<'.ond cas, il faut lui enlever tout fondement objectif par cette même analyse et cette même critique. Se dispenser d'examen et se servir, comme les sociologues exclusifs, du « sentiment d'obligation » pris comme (( fait », pour édifier une simple physique des mœurs, c'est l'abdication de la vraie science en même temps que de la vraie philosophie. On comprendrait que la « science des mœurs » voulût remplacer la morale en la détruisant, mais qu'elle veuille « la remplacer sans la détruire » et en prenant pour « des données » tous les produits de Tintention morale, c'est là une entreprise qui ne nous semble ni scientifique ni philosophique*